e-(7rzr/n/,ayant imposéuncconlribulion
Cxtraordiuaire,chargeasesofliciersdelaleverdansfontes les provincesdcPempire.Lesordres du prince ne trouvèrent aucune résistance dans le reste de la Syrie; mais ils soulevèrent Antioche. Cette ville étoit, par sa gp-andeiir, par son opulence , parlabeaiitéde sa situation et de ses édifices, considérée commcla capitale de l’Orient. Divisée en quatre quartiers entourés de murailles , et qui fonnoient presque autant de villes, elle renfermoit deux cent mille hahitans , partagés en dix-lmit tribus. A ce peu pie nombreux se joignoit une infini té d’é t rangers qui s’v rendoient sans cesse de toutes les contrées de l’univèrs.Tant d’humeurs diversesétoientune matière toujours préparée aux plus violentes agitations. Ou parloit depuis quelques jours, delanouvelleimposition;cen’étoit qu’un bru itsourd,quitrouvoit peu de croyance, maïs qui meltoitdéjè les esprits dans cet état d’incertitude où ilsdeviennentplusfacilcsàémouvoir.Lcsordresde l’empereur étant arrivés pendant la nuit du 26 de Février , Je gouverneur assembla, de grand matin, le conseil. La lecture des lettres n’étoit pas achevée, que les assistan» s’abandonnent à la douleur, llss’écrient: «quela somme « est exorbitante ; qu’on peut leur briser les os par les « tortures, leur tirer tout le sang des veines; mais qu’en « vendant et leurs biens et leurs personnes , on ne « pourra trouver de quoi satisfaire à cette exaction « cruelle. » Lesmurmures,lesgémissemens,lescris,Ies marques du dernier désespoir troublent toute l’assemblée. Plusieurs élèvent la voix , pour adresser h Dieu des prières plus séditieuses encore que les murmures.
Le gouverneur fait de vains cffoHs pour les appaiser. Ils sortent de la salle , et courent comme des forcenés
sous le portique.Lè, redoublant leurs cris ensc dépouillant de leurs robes , ils .appellent les citoyens : ils leur exagèrent le sujet de leur alarme. On accourt de toutes parts : bientôtun peuple innombrable les environne ; la fureur se communique plus promptement que leurs pa-
Digüizt»; V Gi
PARDON. O
rôles : la plupart ij^norent encore la cause du tuinulLe,et frémisseiildéjà de colère.Touf- à-coup, sans aucuncomniandeiuent,il se fait un grand silence: cette immense populace demeure calme et immobile, ainsi que lamer aux approches d’imviolentorage; et, un moment après , poussant des cris f'uricux,etsedivisanten plusieurs troupes, comme en autant de vagues, les uns se jettent dans les thermes voisins 5 ils renversejit, ils brisent, ils détruisent et les vases et les ornemens : d\autres courent à la maison de l’évêque Flavien, et ne l’ayant pas trouvé, ils reviennent à lasalle du conseil, d’où le gouverneur n’avoit encore osé sortir : ils tâchent d’en enfoncer les portes , et menacent de le massacrer; ce qui n’étoit point sans exemple à Antioche. N’ayant pu réussir , ils se dispersent , en criant : « Tout est perdu ! tout est per- « du ! 1 ,a ville est abîmée sans ressource ! Une impo- «Jsition tyrannique a détruit Antioche ! »
Toutee qu'il y avoitd'étrangers,de misérables, d’esclaves, grossit la foule des séditieux. Ce inéLange confus ne connoît plus ni prince, ni magistrats, ni patrie. A la vue des portraits de l’empereur , qui étoient peints en plusieurs endroits de la ville, la rage s’allume. On l’insulte de paroleset àcoups de pierres; et, commes’ilrespiroit encore plus sensiblement dans les ouvrages de Lif)n/.e, on va attaquer ses slatues,onn’épargiie pascelles de Flaccille , ù’ Arcadlns et d’JIonorius , ni la statue équestre de 7 '/iJo<£oje le père. Ou attache des cordes à leur cou ; chacun s’empresse de prêter son bras à ce ministère de fureur : on les arrache de leurs bases ; on les brise en morceaux , en les cliargeant d’opprobres et d’imprécations : on en abandonne les débris aux enfans , qui les traînent par les rues de la ville.
Ce dernier excès d'insolence effrayalescoupableseuxn)êmcs. La vuedes images d’un empereur si respectable, brisées et mises en pièces, les frappa d’horretir, comme s 'ilseussentvu les membres du prince même épars etdéchirés. Pâles et trenddans, la plupart .s’enfuient et se renferment. La sédition se ralentissoil, mais elle n’éloit pas encore appaisée. Une troupe des plus opiniâtres s’assemble autour de la maison d’un des principaux séua-
tonrs, qui, se tenant renferiné chez lui , paro'ssoit condamner la révolte. Us y mettent le feu. Vendant l’emportement du peuple, les plus sa"cs citoyens n’avoient osé s’exposer. T jCs magistrats cachés dans leurs maisons, ne songeoient qu’à conserver leur vie. pouvant se concerter enseml)le,niprcndreaucuncmcsure, ils en étoient réduits à foire des vœux au ciel. Quantité de voix appeloient en vain le gouverneur. Quoique ce fut un officier vaillant, et qui s’éloit signalé dans la guerre, cependant il n’osa se mont rerjusipi’au moment où il apprit que la plus grande fougue du peuple étoit passée, et quela maison du sénateur n’étoit attaquée que par une poignée de misérables. 11 s’y transporta àla tête de sa garde: il n’en conta quedeuxcoupsdeflèchespourdissiper ce reste de séditieux. Le comte d Orient, qui commandoit les troupes,et qui n’avoit pas montré plus dehardiesse,vintalors se joindre à lui. Leurs soldat^ poursuivirent les mutins, qui fuyoient devant eux ; on en prit un grand nombre , qui fui’cnt aussitôt enfermés dans les prisons.
On remarqua que les femmes de la plus vile populace, qui ont coutume de signaler leur rage dans ces émeutes soudaines, ne prirentaucune partà celle-ci. L’agitntion, qui subsistoit encore dans les esprits, après tant de secousses violentes, fit, comme il arrive souvent, imagiijpr des fantômes et des prodiges bizarres. On ne pouvoit croire que cedésordren’eûlpas étéproduitpar une puissance surnaturelle. Le bruit courut que, dans le fort du tum ulte, on avoit vu un vieillardd une tail le gigantesque, monté sur un puissant cbeval,et que,s’é tant changé d’abord en jeune homme , ensuite en enfant , il avoit disparu.On disoit encore que,la nuit d’auparavan t,on avoit aperçu au-dessus de la ville, une femme horrible h voir et d’une grandeur effrayante; que ce spectre avoit passé sur toutes les rues, en frappant l’air d’un fouet, avec un bruit affreux. Ce n’étoit rien moins, dans l’idée du peuple, qu’un monstre infernal, qui excitoitles esprits à la fureur, de la même manière que les valets de l’amphithéâtre animoient, à grands coups de fouets, la rage des bêtes féroc'cs dans les spectacles. SclonS. J ean-Lhry- 4oslônt€, il n’étoit pas besoin que le démon courut dans
PARDON. 5
l’air; c’ctoitassez qu’il entrât dans les cœurs , et qu’il y souflflâtle fende la révolte. Elleavoit commencé au point du jour ; â midi , le calme éloit rétabli dans la ville- Mais cecalmen’avoilrienqiiedc sombre et de lugubre. Après ces accès defrénésie, les habitans abaltns.ccnsternés, ne se'reconnoissoient qu'avechorreur.La houle, les remords, lacrainte,lenoienttouslesc<eurs accablés.La vuedes courricrs,qui partent jwurinformerrempeieur, leur annonce déjà leui condanmalion.Lcsinnocensetles coupables attendent également la mort ; mais personne neveutêtrecoupablcûIss’accusenllesuuslesautres.Les païens,quin’étoientpasplus criminels quclcs chrétiens, tremblent qu'on ne leur impute tout ce désordre. Tous, renfermés avec leurs familles qui fondent en lai mes,déplorent le sort de leurs femmes et de leurs enfans;ils se ' ' pleureuteux-mêmes. Par-tout règne une affreuse solitude; on voit seulement errer cà et là , dans les places et dans les rues,des troupes d’ar< hers,traînant aux prisons des malheureux qu’ils ont arrachés de leurs maisons.
Lanuitse passe dans de mortelles inquiétudes; elle ne présente à leur esprit que des gibets, des échafauds. La plupartsqjdéterminentà quitter leurpatrie, qui ne leur paroîtpius qu’un vaste sépulcre. Les riches caclient et cnfouissentleurs richesses. Chacun se lient heureux de sauver sa vie. Dès le point du jour, les rues sont remplies d’hommes, de femmes, d’enfans, de vieillards qtii fuient la colère du prince, comme un incendie. Les magistrats incertains du sort de la villc, i’osent les retenir.
A peine peuvent-ils , à force de menaces , arrêter les séhateurs , qui se préparoient eux-mêmes à déserter Antioche. Les autres sortent en foule , et se dispersent sur les montagnes et dans les forêts.Plusieurs sont massacrés par les brigands , qui profilent de cette alarme pour infester les campagnes voisines ; et le fleuve Oronte , qui baignoit Antioche , rapport oit tous les jours dans cette cité malheureuse , quelques-uns des cadavres de ces infortunés fugitifs.
Cependant les magistrats éloient assis sur le tribunal, etfaisoientcomparoître ceux cj^-onavoit arrêtés à la fin de la sédition , et la nuit suiVsinte. Ils déployoient toute l’horreur des supplices. On pouvoit leur reprocher de
Di.