‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 32 sur 169 · RAILLERIE · texte numérisé non relu

RAILLERIE

1. Aristophane , pour satisfaire la haine qu^il portoit à Socrate y composa confre ce grand homme une pièce qu’il intitula 11 introduit sur la scène le philosophe perché dans xm panier , et guindé au milieu des airs et des nuées , d’oii il débite les maximes , oxx plutôt les subtilités les plus ridicules. Un débiteur fort âgé , qui désire se dérober aux vives poursuites de ses créanciers,vient le trou ver pour apprendre de lui l’art de li-omper en justice ses parties, de leur prouver par des raisons sans réplique , qu’il ne leur doit rien 5 en un dé faire une bonne cause d’une mauvaise affaire. IVtaisj sè“ n sentant incapalxlc de profiter des sublimes leçons dcson nouveau maître, il lixi amène sonfik à sa place. Ce jeune homme, fort peu de temps après , sort de cette savante école , si bien instruit ,' qu’à la première rencontre il bat son père, et lui prouve , par des argumens subtils, mais invincibles , qu'il a raison d’en user de la sorte. Dans toutes les scènes où paroît Socrate , le poète lui fait dire mille impertinences, mille impiétés contre les dieux ,’et sur- tout contre Jupiter. 11 le fait parler comme un homme plein de vanité, d’estime pour soimême , de mépris pour les autres , qui veut , par une curiosité criminelle , pénétrer ce qui se passe dans le» cieux , et sonder ce qui est dans les abîmes de la terre j qui se vante d’avoir des moyens de faire toujours triom-

Ïiher l’injustice, et qixi ne se contente pas de garder pour ui ces secrets dangereux , mais qui les enseigne aux autres, et par-là corrompt la jexmesse. Tous ces traits satiriques sont accompagnés d’une finesse de raillerie et d’un sel qui ne pouvoient manquer de plaire infini- ‘ ’ ment à un peuple d’un goût aussi délicat qu’étoit celui d’Athènes , et naturellement ennemi de tout mérite ^ qui excelloit au-dessus des autres. Aussi les Athéniens en furent si c.harméî , que sans attendre que la représentation fût finie, ils ordonnèrent que le nom d’.<^mrophane scroil écritau-4c6su6desnomsdetoussesrivaax.

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5ocr<z^e, qui avoitsuqil’ondevoitlejoner sur le théâtre , se IroiLva ce’ jour-là à la comédie , contre son ordinaire ; car il n’aimoit pas celte sorte de spectacle, où Ton déchiroit impitovablemcntla réputation de ses concitoyens. 11 assista à celui-ci sans s'émouvoir et sans marquer le moindre mécontentement ; et quelques étrangers étant en peine de savoir qui étoitee Socrate dont on parloit dans toute la pièce, il selevadesaplace, et se laissa voiV tant que l’action dura. Quelques-uns de ses voisins lui dirent ; « ÇiSocrate ! n ctes-vous pas indice gné des brocards sanglans qu’on vous lance? — ÎNulle- « ment , répondit-il; le théâtreme paroîlétre un grand « festin où je suis raillé par les convives , et j’entends « raillerie. » La seule vengeance qu'il tira des froides plaisanteries & Aristophane , bit de les mépriser sans colère , ou plutôt d’en rire le premier.

2. Un orateur éghyoit toujours ses discours de plaisanteries et de bons mots : il paroissoit n’avoir d’autre but que de réjouir les juges. «Ne craignez-vous point, « lui dit Plistarque , roi de Lacédémone , qu’après « avoir bien ri de vos bons mots , on tie rie eiilin de « vous ? Celui qui cherche tant à faire rire les autres, « devient tôt ou tard ridicule lui-même. »

3. La mère d’yf/ea;a/z£Zre-/e-f»/’a/?drailla fînemen tson ■fds, lorsqu’elle appritqu’il se fai.soit adorcrcomme dieu, et qu’il se disoit fils de Jupiter : « Je vous conjure, lui « écrivit-elle , de ne me ]>oint brouiller avec Junon. »

4. On nous pardonnera de rapporter sous ce titi’e le fameux mémoire satirique du philosophe Cratès ; fiction ingénieuse qui fait voir la folie des hommes qui font volontiers de grandes dépenses pour des choses nuisibles et honteuses , et croient toujours payer trop cher les choses nécessaires et utiles.

liv. s. d.

« Pour le cuisinier , dix mines 4^®

« Pour le médecin , une drachme B

« Pour le flatteur , dix talens.....^5o,ooo

« Pour l'ami fidclle , de la fumée

« Pour la courtisane, un talent 2,400

« Pour lé philosophe, trois oboles 2. ...9.

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