‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 46 sur 169 · REPENTIR · texte numérisé non relu

REPENTIR

i.T Jn homme qui plcuroit amèrement , vint se jeter aux pieds d’un archevêque de Sens , s’accusant d’avoir commis un inceste avec sa propre fille , et lui demandant s'il y avoit des pénitences qui pussent expier de si grands crimes , avec protestation de les subir , fallût-ïl endurer mille morts. L’archevêque touché du repentir que cet homme faisoit paroître : « Je vous « enjoins seulement , dit-il , une pénitence de sept

« années Comment , interrompit ce pécheur con-

« trit, quand je vivrais jusqu'à la fin du monde , pour- « rois-je effacer mon péché ? — Allez , reprit le prélat ,

« et jeûnez seulement trois jours au pain et à l’eau. » Alors ce bon-homme , versant un torrent de larmes , et se "frappant la poitrine , supplioit le pontife de lui imposer une plus longue pénitence. L’archevêque ,

surpris et édifié en meme temps : «Je vous commande , « lui dit-il , ahsolumciit , et pour la dernière fois , de « vous retirer , et de dire seulement un Pater pour «votre pénitence. «Dans le meme instant, cet homme véritablement contrit, jetant un profond soupir, tomba par terre , et rendit l’anie.

2. Julien l’Apostat épuisoit toutes les ressources )onr faire au paganisme un grand nombre de proséytes. Il s’attachoit sur-tout à pervertir les soldats, -l’ignorance, le désir d’avancer dans le service , l’hajitude de ne connoître d’autre loi que la volonté du prince , lui faisoient espérer, de leur part, une soumission ave\igle. Pour surprendre plus aisément leur foi sans l’alarmer , l’empereur usa d’un stratagème. Un jour qu’il devoit distribuer aux troupes une gra- * liücation , il feignit de vouloir rappeler une coutume pratiquée , disoit-il , parles anciens empereurs. A côté de son tribunal , il fit dresser un autel et une table chargée d’encens. Sur l’autel s’élevoit une enseigne qui portoit l’image de Julien et de scs dieux. Il prit ensuite séance avec tout l’appareil de la majesté impériale. Les soldats , approchant à la file , passoient d’abord devant l’autel : on les averlissoit de jeter un grain d’encens dans le feu qu’on y avoit allumé. La crainte , la sjirprise , la persuasion que ce n’étoit qu’un ancien usage , et sur-tout l’or qu’ils voyoienl briller dans la main du prince , étoulToient les scrupules. Il ne s’en trouva que fort peu , qui , refusant de payer ce tribut à l’idoIàtrie , se retirèrent sans se présenter à l’empereur. Après celte cérémonie, quelques soldats, clnéliens burent ensemble , et l’un d’eux lit , selon la coutume, le signe de la croix. Un de ses camarades se mita rire ; et comme il lui en demandoit la raison « Eh quoi ! répondit l’autre, avez-vous déjà oublié ce « que vous venez de faire ? Depuis que vous avez jeté « l’encens sur l’autel , vous n’étes plus chrétien. >> A. cette parole, tous se réveillant comme d’une léthargie, poussent des grands cris , fondent en larmes , s’arrachent les cheveux , courent à la place publique en criant ; « Nous sommes chrétiens 3 l’empereur nous a

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REPENTtR. i4q

« trompé , il s’est trompé lui-même : nous n’avons pas « renoncé à notre foi. » Ils se rendent au palais : ils se plaignent de la supercherie ; et , jetant aux pieds de rempereur l’or qu’ils avoient reçu , ils demandent la mort en expiation de leurcrinie. JK//e«irritécominande qu’on leur tranche la tête. On les conduit au supplice , hors de la ville , suivis d’une foule de peuple qui admire leur courage et leur généreux repentir. Selon un usage établi par les lois romaines , lorsqu’il s’agissoit de punir ensemble plusieurs criminels , dans l’interrogatoire , on commencoit par appliquer à la question le plus jeune , et dans l’exécution , le plus âgé étoit le premier mis à mort. Mais le plus vieux de ces soldats obtintdubourrcauqu’il commençât par le moinsavancé en âge J de peur que sa constance ne s’ébranlât à la vue du supplice deses camarades. L’epée étoit déjà levée , lorsqu’on entendit un cri qui annoucoit leur grâce. Alors, le jeune homme , qui attendoit à genoux le coup mortel, se leva en soupirant: «Hélas ! dit-il, Jîoma/«(c’é- « toit son nom) ne méritoit pas l’honneur de mourir « |K)ur Jésus-Christ! » Julien se contenta de les casser , et de les reléguer dans les provinces éloignées.

3. LesLacédémonicns,aulieudeconduire leurstroupes dans l’Attique , comme ils s’y étoient engagés, songèrentà se renfermer dans le Péloponnèse, pour s’y défendre. Dans cette vue, ils avoient commencé à élever un mur sur l’isthme, pour en fermer l’entrée à renuemi, et par là ils comploientqu’ils seroient en sûreté , et n’auroientplus besoin des Aihéniens. Ceux-ci députèrent à Sparte , pour se plaindre de la lenteur et de lanégligence de \purs allies. Les Ephores ne parurent pas fort touchés de leurs remontrances, et remirent leurs réponses au lendemain ; puis, traînant raffaire en longueur, sous différensprétextes,ilsgagnèrentdix jours, pendant lesquels lamuraille futachevée. llsétoientprès de renvoyer honteusement les députés, lorsqu’iui particulier leur ayant représenté quelle indignité il y auroit à traiter ainsi les Athéniens, après toutes les pertes volontairesqu’ilsavoientsoufl’erles généreusement pour la défense comm une de la liberté, ettous les services impor-

iSo KEPUTATIOPr.

tans qu’ils avoient rendus à la Grèce , ils ouvrirent le» yeux, et eurenlhonte d’une si noire perfidie. L’efTetde cetheureux repentir futprompt. Dès la nuit même, ils firent partir, à l’insu des Athéniens, cinq mille Spartiates, qui avoient avec eux chacun sept Ilotes. Le lendemain matin, les députés renouvelant leurs plaintes avec beaucoup de vivacité, furent très-surpris d’apprendre que le secours étoit en chemin , et s’approchoit de l’Attique. V oyez Conscience, Pénitence, Remords.

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