‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 47 sur 169 · RÉPUTATION · texte numérisé non relu

RÉPUTATION

1. Ije vicomte <fe Turenne se rendant à la cour, où le roi l’appeloit , pour lui témoigner la satisfaction qu’il avoit de ses services importans, trouva sur sa route un concours do gens de tout âge et de toute condition, qui venoient au devant de lui pour le voir. 11 y en eut en Champagne , qui vinrent de dix lieues sur le chemin par où il devoit passer; et ceux de cette province, persuadés qu’ils lui dévoient tout le bien et tout lo|repos dont ils jouissoient, versoient des larmes de joie en le voyant. Chacun leregardoit comme un homme qui venoit de sauver l’état. On s’arrêtoit dans les rues de Paris pour le voir passer : il ne pouvoilplus aller dans les églises, qu’il ne fût environné d’une foule dépeuplé, qui sernbloit ne pouvoir se rassasier de le voir. La plupart des princes étrangers faisoient venir son portrait. Sa réputation étoit répandue par-tout : il avoit des panégyristes dans toutes les cours, dans tous les pays du inonde. Est-il rien de plusflatteuretde plus capable d’exciter le zèle et la vertu des jeunes guerriers, témoins, et souvent jalor d’une gloire aussi pure et aussi étendue?

2. Sur la r.putation du P. Sébastien , savant machiniste , M. Gunterjield , gentilhomme suédois , vint à Paris, pour lui redemander, pour ainsi dire, ses deux mains , qu’un coup de canon fui avoit emportées; il ne lui resloit que deux moignons au-dessus du coude. Il s’agissoitde faire deux mains artificielles, qui n’auroient pour principe de leur mouvement, que celui’ de ces

résolution. i5i

moi^ons, distribué par des fils à des doigts qui seroient flexil»les. 9n assure que l'officier suédois fut renvoyé au P. Sébastien par les plus habiles Anglais , peu accoutumes cependant à reconnoître aucune supériorité dans notre nation. Une entreprise si difficile, et dont le succès ne pouvoit être qu’une espèce de miracle , n’etïiayapastont-à-fait l’habile religieux. Il alla même si loin, qu’il osa exposer aux yeux de l’académie des scienccsetdu public ses études, c’est-à-dire, ses essais, ses tentatives , et difTérens morceaux déjà exécutés , qui dévoient entrer dans le dessin général. 11 choisit M. Quel pour remplir ses vues; et cet habile mécanicien mit la main artificielle en état de se porter au chapeau de l’officier suédois ; ^le l’ôter de dessus sa tête, et de l’y remcllrc. Ce chef-d’œuvre mit le comble à la réputation du P. Sébastien , et lui mérita la visite de plusieurs souverains , celle du czar Pierre, qui l’admira et le traita comme s’il eût été son égal; celle du duc de Lorraine qui, étant venu à Paris incog^nim, alla le trouver dans son cabinet, et y passa plusieurs heures délicieuses. Dès que ce prince fut de retour dans ses états , où il vouloit entreprendre difTérens ouvrages , il le demanda au duc d’ Orléans, ' vé^cnl du royaume, qui accorda avec joie au prince, son beau-frère, un homme qu’il aimoit, et dont il éloit ravi de favoriser la gloire. Le voyage duP. «S’if/j'a.ï/ien en Lorraine, la réception et l’accueil qu’on lui ht , renouvelèrent presque ce que Phistoire grecque raconte de quelques poètes, ou philosophes célèbres, qui allèrcul dans descours où l'éclat de leur nom les avoit appelés , pour y recevoir les récompenses dues à leur renommée. ^eye:;llENOMMÉE.

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