‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 51 sur 169 · RESPECT HUMAIN · texte numérisé non relu

RESPECT HUMAIN

1 . XJ N homme qui se respecte, doit aussi respecter le* autres : faire peu de casde ce qu’on peut penserdenous, c’est le propre de l’impudence. Après la perte de la bataille de Cannes, les Romains vaincus cherchoient leur salutdans \&f\x\\.e.CorneliiisLentulu.s,(\n\ fuyoitcomme les autres, aperçutle consul A>nz7/z<.î, dangereusement blessé , et appuyé contre un arbre. 11 court à lui , sans songer davantage aux ennemis qui le poursuivent : il descend de cheval , et supplie le souverain magistrat ^de la république de ne point mettre le comble au malheur de cette journée , par sa mort. « Je suis jeune ,

« disoit-il; les forces de ma jeunesse favoriseront mes « efforts; la vitesse de ma course me fera trouver un « asile; et d’ailleurs, si l’un de nous deux doit mourir, • « illustre Emilius , n’cst-il pas plus avantageux pourla « patrie que je périsse , que vous qui la gouvernez ? » Emilius, charmé de cotte grandeur d’ame , mais ne voulant pas qu’il fût dit qu’il n’étoit redevable de son salut qu’à la mort d’un citoyen , le remercia de ses offres généreuses , lui dit de .se servir de son cheval , pour se dérober lui-même à la poursuite des ennemisj que pour lui , il rougissoit de survivre à tant de Romains et à la gloire de Rome , et qu’il attendoit le coup fatal qui termineroit ses jours avec constance et avec joie. Ensuite il fit ses adieux à Lentulus le chargea

de dire au sénat tout ce qu’il croyoit necessaire de faire dans les circonstances présentes. Lentulus le quitta les larmes aux yeux j et le consul fut massacré peu de momens après.

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2. Le consul Varron , par sa témérité, avoit perdu la bataille de Cannes. Cependant le sénat lui offrit la dictature. Mais V arron , instruit par une funeste expérience , rougit des honneurs qu'on lui déféroit ; et , craignant de paroître indigne d'une république si

* généreuse , il répara , en quelque sorte , sa faute , en refusant cette suprême dignité. ^ w.

3. Depuis la fondation de Rome , jusqu’au temps de Scipion l’Africain , les sénateurs et les plébéiens assistoient pêle-mêle aux spectacles publics. Cependant , durant un si long espace de teul^)s , jamais on ne vit un seul homme du peuple se placer devant un sénateur : chacun se faisoit honneur de céder le pas îi ces graves patriciens dont la sagesse veilloit sans cesse au bonheur de l'état ; et l’on se fût cru déshonoré , si l’on eût manqué à cet acte de politesse.

4. Godefroi de Bouillon , ayant été proclamé roi dè Jérusalem , ne voulut point ceindre le diadème. « Eh « quoi ! disoit-il , je porterois une couronne d’or et « de diamans dans une ville'où le Fils de Dieu , le « Maître et le Créateur de l’univers, s’est vu indigne- « ment couronner d’épines pour expier nos fautes ! « Un 'misérable vermisseau , un vil mortel recevroit « dans Jérusalem plus d’honneurs que le Tout-Puis- « sant! Que penseroit-on de ma piété ? Que diroit-ou ■« de mon respect pour le Sauveur du monde ? »

1. T-Jn solitaire , se sentant ému de colère dans son monastère , dit en lui-même : « Je m’en irai- dans le « désert , afin que n’ayant l:i personne avec qui je « puisse avoir aucun démêlé , cette passion se calme. » Etant donc allé dans la solitude, et s’étant retiré dans le fond d’une caverne , sa cruche qu’il avoit remplie d’eau , se renversa trois fois de suite. Cet accident le mit dans une si grande colère , qu'il jeta la cruche , et la cassa. Mais aussitôt , rentrant en lui-même , il

R E T E N Ü F. iSg

dit : « Le démon de la colère m’a trompé ; car, qnoi- « que je sois seul, elle ne laisse pas de me vaincre : « puis donc que par-tout où il y a è comhallre, nous « avons besoin de patience et du secours de Dieu, je « m’en retournerai au monastère. »

2. Platon, irrité contre son esclave , se préparoit à le châtier , lorsque Xénocrates survint : « Tiens , « mon ami , lui dit-il , donne les étrivières à ce coquin; « car je suis fort en colère. »

3. Alfonse F, roi d'Araqon , étant. â table, donna la coupe à Perreti, son eclianson , lui disant de la porter à un seigneur qu’il eslimoit beaucoup. I/échanson , brouillé mortellement avec cette personne, refusa de la lui présenter ; et , quoique le roi le lui eût commandé jusqu’à trois fois , jamais il ne voulut obéir. Alfonse perd enfin iiatience : eiiflamîné de colère , il se lève de table , poursuit cet officier , l’épée à la main ; mais , au moment qu’il est prêt à le frap-

. per , il jette tout-à-coup son épée , en disant : « Il « vaut mieux te pardonner , que d’écouter mon res- « sentiment et le plaisir de la vengeance. »

4- Un officier espagnol , nommé le cajntaine IMichau, vint offrir ses services à Henri IV, sous prétexte desf mécontentemens qu’il avoit reçus de la cour d'Espagne, mais en effet à dessein de prendre son temps pour arracher la vie au roi , et sacrifier cette grande victime à l’ambition de Pù/Z//j/?e/7.//enr/ en fut averti, et se tint sur ses gardes. 11 chassoit , un jour , dans les forêts d’Aillas : il s’aperçut que le traître lesuivoih, l)i en monté , avec deux pistolets aux arçons de sa . selle, bandés et amorcés. Le monarque étoit mal accompagné ; il se tourna du côté du perfide capiüiine, et lui dit avec une voix assurée, et de ce ton d’autorité si naturel aux grands rois : «Capitaine Michau, mets pied à terre ; je veux essayer si ton cheval est aussi bon que tu le dis. » Le capitaine étonné obéit ; et descend de cheval. Le roi saute en selle; et, prenant les deux pistolets : « Veux-tu , lui dit-il , tuer quel- « qu’un ? On m’a dit que tu en voulois à ma vie; mais

je suis maîUe de la tienne , et jjuis le l’ôLer. » En

Di- - .1 :

l6o RETRAITE,

disant ces mots , il lâche les deux pistolets en l’air y et lui commande de le suivre. Le capitaine s’étant excusé , prit congé deux jours apres , et ne parut plus.

5. Mégabyse , seigneur persan , étant allé voir Zeuxis , fameux peintre de Tantiquité , commença à dire son sentiment sur la peinture et sur les tableaux , selon la coutume des grands qui jugent de tout sans rien savoir. Les écoliers de Zeuxis se mirent à rire de ses jugemens hasardés. « Seigneur, lui dit Zeuxis ,

« je vous conseille de laisser cette matière. Avantque « vous eussiez parlé . ces.enfans , éblouis par la niagni- « licence de vos habits , avoient du respect pour vous ;

« mais, depuis que vous parlez, il ne peuvent retenir « le mépris qu’ils conçoivent de vos paroles. » oyez. Circonspection , Modération.

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