RESPECT HUMAIN
1 . XJ N homme qui se respecte, doit aussi respecter le* autres : faire peu de casde ce qu’on peut penserdenous, c’est le propre de l’impudence. Après la perte de la bataille de Cannes, les Romains vaincus cherchoient leur salutdans \&f\x\\.e.CorneliiisLentulu.s,(\n\ fuyoitcomme les autres, aperçutle consul A>nz7/z<.î, dangereusement blessé , et appuyé contre un arbre. 11 court à lui , sans songer davantage aux ennemis qui le poursuivent : il descend de cheval , et supplie le souverain magistrat ^de la république de ne point mettre le comble au malheur de cette journée , par sa mort. « Je suis jeune ,
« disoit-il; les forces de ma jeunesse favoriseront mes « efforts; la vitesse de ma course me fera trouver un « asile; et d’ailleurs, si l’un de nous deux doit mourir, • « illustre Emilius , n’cst-il pas plus avantageux pourla « patrie que je périsse , que vous qui la gouvernez ? » Emilius, charmé de cotte grandeur d’ame , mais ne voulant pas qu’il fût dit qu’il n’étoit redevable de son salut qu’à la mort d’un citoyen , le remercia de ses offres généreuses , lui dit de .se servir de son cheval , pour se dérober lui-même à la poursuite des ennemisj que pour lui , il rougissoit de survivre à tant de Romains et à la gloire de Rome , et qu’il attendoit le coup fatal qui termineroit ses jours avec constance et avec joie. Ensuite il fit ses adieux à Lentulus le chargea
de dire au sénat tout ce qu’il croyoit necessaire de faire dans les circonstances présentes. Lentulus le quitta les larmes aux yeux j et le consul fut massacré peu de momens après.
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2. Le consul Varron , par sa témérité, avoit perdu la bataille de Cannes. Cependant le sénat lui offrit la dictature. Mais V arron , instruit par une funeste expérience , rougit des honneurs qu'on lui déféroit ; et , craignant de paroître indigne d'une république si
* généreuse , il répara , en quelque sorte , sa faute , en refusant cette suprême dignité. ^ w.
3. Depuis la fondation de Rome , jusqu’au temps de Scipion l’Africain , les sénateurs et les plébéiens assistoient pêle-mêle aux spectacles publics. Cependant , durant un si long espace de teul^)s , jamais on ne vit un seul homme du peuple se placer devant un sénateur : chacun se faisoit honneur de céder le pas îi ces graves patriciens dont la sagesse veilloit sans cesse au bonheur de l'état ; et l’on se fût cru déshonoré , si l’on eût manqué à cet acte de politesse.
4. Godefroi de Bouillon , ayant été proclamé roi dè Jérusalem , ne voulut point ceindre le diadème. « Eh « quoi ! disoit-il , je porterois une couronne d’or et « de diamans dans une ville'où le Fils de Dieu , le « Maître et le Créateur de l’univers, s’est vu indigne- « ment couronner d’épines pour expier nos fautes ! « Un 'misérable vermisseau , un vil mortel recevroit « dans Jérusalem plus d’honneurs que le Tout-Puis- « sant! Que penseroit-on de ma piété ? Que diroit-ou ■« de mon respect pour le Sauveur du monde ? »
1. T-Jn solitaire , se sentant ému de colère dans son monastère , dit en lui-même : « Je m’en irai- dans le « désert , afin que n’ayant l:i personne avec qui je « puisse avoir aucun démêlé , cette passion se calme. » Etant donc allé dans la solitude, et s’étant retiré dans le fond d’une caverne , sa cruche qu’il avoit remplie d’eau , se renversa trois fois de suite. Cet accident le mit dans une si grande colère , qu'il jeta la cruche , et la cassa. Mais aussitôt , rentrant en lui-même , il
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dit : « Le démon de la colère m’a trompé ; car, qnoi- « que je sois seul, elle ne laisse pas de me vaincre : « puis donc que par-tout où il y a è comhallre, nous « avons besoin de patience et du secours de Dieu, je « m’en retournerai au monastère. »
2. Platon, irrité contre son esclave , se préparoit à le châtier , lorsque Xénocrates survint : « Tiens , « mon ami , lui dit-il , donne les étrivières à ce coquin; « car je suis fort en colère. »
3. Alfonse F, roi d'Araqon , étant. â table, donna la coupe à Perreti, son eclianson , lui disant de la porter à un seigneur qu’il eslimoit beaucoup. I/échanson , brouillé mortellement avec cette personne, refusa de la lui présenter ; et , quoique le roi le lui eût commandé jusqu’à trois fois , jamais il ne voulut obéir. Alfonse perd enfin iiatience : eiiflamîné de colère , il se lève de table , poursuit cet officier , l’épée à la main ; mais , au moment qu’il est prêt à le frap-
. per , il jette tout-à-coup son épée , en disant : « Il « vaut mieux te pardonner , que d’écouter mon res- « sentiment et le plaisir de la vengeance. »
4- Un officier espagnol , nommé le cajntaine IMichau, vint offrir ses services à Henri IV, sous prétexte desf mécontentemens qu’il avoit reçus de la cour d'Espagne, mais en effet à dessein de prendre son temps pour arracher la vie au roi , et sacrifier cette grande victime à l’ambition de Pù/Z//j/?e/7.//enr/ en fut averti, et se tint sur ses gardes. 11 chassoit , un jour , dans les forêts d’Aillas : il s’aperçut que le traître lesuivoih, l)i en monté , avec deux pistolets aux arçons de sa . selle, bandés et amorcés. Le monarque étoit mal accompagné ; il se tourna du côté du perfide capiüiine, et lui dit avec une voix assurée, et de ce ton d’autorité si naturel aux grands rois : «Capitaine Michau, mets pied à terre ; je veux essayer si ton cheval est aussi bon que tu le dis. » Le capitaine étonné obéit ; et descend de cheval. Le roi saute en selle; et, prenant les deux pistolets : « Veux-tu , lui dit-il , tuer quel- « qu’un ? On m’a dit que tu en voulois à ma vie; mais
je suis maîUe de la tienne , et jjuis le l’ôLer. » En
Di- - .1 :
l6o RETRAITE,
disant ces mots , il lâche les deux pistolets en l’air y et lui commande de le suivre. Le capitaine s’étant excusé , prit congé deux jours apres , et ne parut plus.
5. Mégabyse , seigneur persan , étant allé voir Zeuxis , fameux peintre de Tantiquité , commença à dire son sentiment sur la peinture et sur les tableaux , selon la coutume des grands qui jugent de tout sans rien savoir. Les écoliers de Zeuxis se mirent à rire de ses jugemens hasardés. « Seigneur, lui dit Zeuxis ,
« je vous conseille de laisser cette matière. Avantque « vous eussiez parlé . ces.enfans , éblouis par la niagni- « licence de vos habits , avoient du respect pour vous ;
« mais, depuis que vous parlez, il ne peuvent retenir « le mépris qu’ils conçoivent de vos paroles. » oyez. Circonspection , Modération.