SECRET
1. Paririus, surnommé Prœtextatus, fut, dans sa jeunesse, mené au sénat parson père, l’un des plus illustres membres de cette auguste compagnie. L’onydélibéroitsur desafFaires de la dernièreimportance , et qui , par cette raison , exigeoient un profond secret. Quand lejeune sénateur fut de retour, sa mère lui demanda ce quis’étoitpasséau sénaX.Papirius lui réponditqu’il avoit été défendu d'en parler. Cette réponse, ri en moins que ‘ satisfaisante, ne fit qu’irriter la curiosité de cette femme.
Elle employa les moyens les pluspressanspônrohtenîf ce qu’elle désiroit.Le jeune homme, vivement pressé, crut devoir employer l’artilicc , plutôt que de trahir le secret de l’état. 11 lui ditqu’onavoit délibéré s’il seroit plus utile à la république de donner deux femmes à un mari, que deux mans à une femme. L’épouse du sénateur , inquiète sur cette prétendue délibération , courut aussitôt communiquer ses craintes aux autres dames romaines. Le lendemain elles se présentèrent à la porte du sénat, et dirent d’un ton tumultueux , que, sur une affaire de cette importance , il ne falloit rien conclure sans les entendre. Les sénateurs ne comprenant rien aux demandes de ces femmes attroupées , le discret Papirius les tira de peine , eu leur racontant de quelle nianièi’e il lui avoit fallu éluder la curiosiU* de sa mère. On loua sa prudence ; mais il fut résolu qu’à l’avenir aucun jeune liomme , à l’exception de Papirius , n’auroit l’entrée du sénat,
2. ^/cac'dwriî/’eTecommandoit le silence à ceux qti’il -admettoit à la connoissaucc de ses secrets. « Quiconque
« divulgue un secret , disoit-il , est un homme sans rele- « nue. Si l'appàt du;gain le fait parler , c’est un méchant;
« si c’est un autre motd\ il pé(;he également contjc la « justice. » Un jour il lisoil, et laissoit lire avec lui par Hépkestion une lettre de sa mère ,quiconteiioit desjchoses secrètes et des plaintes conlre Antipater. Après la lecture, il applique son cachet sur la bouche dV/éyp/tejrion,l’avcrti.ssant par là de garder nn secret inviolable.
3. Les Athéniens ayant intercepté un paquet de lettres que Philippe , roi de Macédoine , écrivoit à j)lusieurs de leurs ennemis , elles furent ouvertes en préaence du sénat. Mais ayant trouvé, parmi les antres, une lettre adressée à la reine Olyoïpias , épouse du ^ monarque, l’aréopage l’envoya toute cachetée à celte princesse ; persuadé que les secrets d'un mari et d’une femme dévoient être sacrés chez toutes les nations.
4 -Une courtisane, appelée Lionne, qm , par les charmes de sa beauté , et par son adresse à toucher la Ivre , s’étoit particuliérement ùHacAié Harmodius elAristo- ' gitan, les vengeurs de la liberté athénienne, fut arrê-
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tée apr^s letir mort. IjO tyran Ilippias , qui savoil qn^’ils n’avoirnt rirn de rach<^ pour ceUf femme, la fit mettre à la qne.stion , pour tirer d’elle le nom des eompliees de la runinralidii formée eontre son injuste puissance. Elle sonffrit les ])lns emels toiirmens avec une constance invinciMe , et expira an milieu des supplices , moiifrnnt que son sexe est pins courageux et plus capahlede se«n et (pi’on ne pense. I.cs Alfu^niens nelaiss^*rent point périr la méu'oire d'une a< f ion si glorieuse. La qualiiéderhéroïnesenihloil en ternit l’éclat : ils la dissimulèrent et la eouvrirent , en érigeant en son honneur une statue de lionne , qui étoit sans langue.
5. lin sage eonriisan évite, autant qu’il petit, de se charger du secret de son maître. Le poète PhilippItJe s’étant insinué dans la plus rrilime faveur de l.yiima- <jue , l un des successeurs AlcTamlre : « Que veux- « tu que je te dise, mon ami , lui demanda ce prince ? « — Tout ce qu'il vous plaira, seigneur, excepté votre « secret. » *