‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 64 sur 169 · Giàllavme lU 1 roi d’Angleterre, étoit en marche · texte numérisé non relu

Giàllavme lU 1 roi d’Angleterre, étoit en marche

fiourquelqne expédition niilitairerun colonel Icpriade ni dire quel étoit son dessein. «N’en direz- von s rien à « personne ? — Je vous jure que non , sire. — Eh hien ! « j’ai, comme vous, le talent de garderie secret. >> Cette réponse fil taire le trop curieux officier. V oyex. Silence.

SENS (bon).

i.T/e gros hoTT-sens d’nn paysan est s'ouve'fft , datis les arts, un guide plus sûr que les réflexions des prétendus connoisseurs. Un peintre avoit représenté l’ahondance sous î'emhlème d’iine femme qui tenoit une corne, de laquelle sorfoif quantité de fruits. Entre ces fruits s’éleVôie'nt pliTsiCnrs épis mûrs. Chacun admiroit la composition de ce lal)leau,en lonoit le dessin , le coloris, la tduche. Un manan jette un coup-d’œll en passant sur ce chef-d’œuvre , et fait remarquer que les têtes 'des épis n’étoient point courbées vers la terre, 2. On niontroità un bon villageois tout ce qu’un ma-

réchal de France avoit pris ; les villes , les pavs , tout cela éloil dans un tableau. «Morgue ! tout ce (fii’il a «pris n'est pas là , dit-il ; car je nV vois pas mon pré. » 3. Un paysan , qui avoit un procès au parlement de Bordeaux, alla chez le premier président de ce parlement , pour lui présenter un placet. Il attendit trois grandes heures dans une anti-chambre. Enfin le magistrat se montra , et trouva le villageois fort attentif à considérer un portrait où il y avoit au bas quatre P, qui signifioienl Pierre Pontac , Premier President. « Eh bien! mon ami, lui dit le chef du parlement , que « penses-tu que signifient ces quatre lettres ? — Ah !

« monseigneur , il n’est pas difficile , au bout de trois « heures , d’eu deviner l’explication^; elles signifient :

« Pauvre Plaideur , Prends Patience. »

4- Un paysan , chargé de fagots , crioit par les rues : «Gare! gare!» afin qu’on se détournât. Ün petit-maître, vêtu desoie , ayant négligé l'avertissement , eut son habit déchiré. Là-dessus , grand bi^it : le petitmaître veut être payé de son habit , et fait sa plainte au commissaire qui étoil sui-venu. Le rustique e.st interrogé ; mais il ouvre la bouche sans dire mot. « Etes- « vous muet.^ mon ami, lui dit le commissaire. — Non, « non , monsieur, interrompit le plaignant, c’est belle « malice : parce qu’il ne peut se défendre , il fait le « muet ; mais , quand je l’ai trouvé en mon chemin , <i il crioit comme un possédé ; Gare ! gare ! — Eh « bien ! dit le commissaire , que ne vous rangiez- « vous ? » Il est donc des cas où en ne disant rien , on plaide mieux sa cause qu’en parlant ?

U *-- • • ■ ? «'•rv .

N militaire, l’ami et le bienfaiteur des soldats de sa compagnie , et des malheureux qu’il pouvoit secourir , avoit cautionné , pour un emploi , un homme qui , s’y étant mal comporté , fut renvoyé , en laissant dans sa recette un vide de deux mille écus. Le généreux militaire fut obligé de les payer. Cet acte de bienfaisance

Di. '“1 by Googli

sance étolt resté inroiinn à sa famille et à ses amis , ♦ lorsqu’jui jour cet homme vint se présenter dans la maison de son protecteur. L’épouse de l’officier y éloit seule avec un fils â^é de doiize ans. Elle lit à ce malheureux une vive leçon sur son inconduite. Cette sévère remontrance l’affccLa beaucoup ; et l’enfant , témoin de son chagrin , crut le consoler et contenter sa mèi'e , eu s’écriant, par un sentiment d’humanité :

« Maman , vous m’avez dit qu’une parente m’avoit « laissé , l’année dernière , un legs de quatre mille « livres 5 celte somme peut remplacer en partie celle « que cet infortuné doit à mon papa : rendez-lui vos « bontés ; il seroit trop à plaindre de les perdre sans « retour.» Ce cri d’un cœur bienfaisant, dans un âge si foible,lira des larmes de joie du père et de lu mère, ainsi qtie de tous ceux qui étoient présens.

2. Le i4 Avril 1782, jour de la première communion des jeunes personnes de Charonne , mademoiselle le Camus, Vunc des communiantes, âgée de douze h treize ans , pria son père de la gratilicr d’une rente viagère de trois cents livres , en avancement de sa dot. Le père étonné lui représenta qu’ayant droit , comme ses autres enfans , au partage de sa fortune , il ne voyoit point laVaison d’une demande de cette nature. Mademoiselle/e insista les larmes auxyeux, et d’une

manière si touchante, que le père se rendit à scs instances. A peine le consentement fut-il donné, qu’elle alla chercher dans la pièce voisine une femme du pays-, qui venoi t de perdre son mari par un accident très-funeste, et qui restoit chargée de huitenfansen bas âge. Elle, se jetUiàson cou,elluidil en pleurant: «Consolez-vous,

« ma bonne; mon père vient de m’accorder trois cents « livres de rente, que je vous abandonne en entier, et « qui vous seront payées avec exactitude. » Le père attendri , autant que surpris , conlirina la donation.

S.Lne servante suédoise éloil attachée à une veuve chargée d’un grand nond)re d’enfans ; et cette veuve , n’étantpbiscnétal de lui payer sesgages, se vovoildaii.s l’impossibilité de la garder, quoique scs services luifiis- «eulabsolumcntuécessaires.LcdésintércssemcTil et la Tome 111. M

8E1HSIBILITÉ. 3'^()

dans son laMier,etdittoutbasan ])on fermier ; «Piiis- « «ju'ils ont si faim, ils ne pourront pas attendre que la « pâte soit levée , et le pain cuit: je vais leur porter ce- « lui-ci. » Aussitôt elle part, etse montre la malheureuse famille, qui est saisie defrayenr en la voyant. Leur crainte se chanf'eaen étonnement elen reconnoissance, lorsqu’elle leur offrit le pain qu’elle apportoit , et qui venoit l)ien à propos , puisque les petits enfms manj^eoient déjà des poignées.<le farine. Celte bonneactioa a eu la suite qu’elle méritoit. Ce pain rendit à la probité unhommequ’unseulmotpouvoitconduireau supplice. Il trouva de l'ouvraj'e , travailla, et éleva ses enfaus dans les principes de la vertu et de l’honneur.

5. En 1776, un des jours duplus grandfroid, Louis XVI alla se promener à pied à trois quarts de lieu de Versailles , accompagné seulement de son <-apitaine des gardes. Deux enfans qui ne connoissoient pas le roi , lui demandèrent l’aumône sur son chemin. Le bienfaisant monarque, louché de leur état, leur fit plusieurs questions. Leur mère étoit morte depuis deux jours ; leur père, malade et couché sur la paille, n’avoit ni pain ni feu ; et ils pleuroicnt amèrement en annonçant leur crainte de le perdre. Le roi , curieux de savoir s'ils disoient vrai , les suivit jiisqucs dans leur chaumière , et trouva effectivement le père dans l’état où ces enfans l’avoienl représenté. Alors le prince, se livrant à tonte la sensibilité de son cœur , donna de l’argent au malade ; et, de retour à Versailles , lui envoya des secours et des meubles. EnsJiite il ordonna que les deux enfans fussent mis en pension, et élevés à ses propres frais.

En 1772 , ce même prince , n’étant encore que dauphin , se promenant avec son auguste épouse , qui , vovant passer un petit garçon portant de la soupe dans une écuelle avec qiiehpies cuillers d’étain, l’arrêta et lui dit : f< Mon enfant , que portes-tu là , et où vas-tti? « — Madame, c’est de la soupe pour mes frères et sœurs. « — Combien en as-tu donc ? — Huit, madame. — Que « fait ton père? — Il est jonrnalier , et travaille dans « ces jardins. — Combien gagne-t-il pour nourrir une

« si grande famille ?— Vingt-quatresonsPcté;et'vingt « sons l’hiver. » Alors madame la dauphine s’adressant à son époux : « Goûtons cette soupe : elle n’est « pas fort ragoiitante ; cependant ce sont des hommes « comme nous qui s’en nourrissent.... Nïmporte , je « la goûterai... Tenez, goûtez-la aussi. » En même ' temps , elle tire quatre pièces d’or , les enveloppe dans un papier , et ditàl’enfanf: «Porte cela à ton père;» puis elle le suivit pour voir «omment il s’acquitteroit de sa commission. L’enfant arrive à la cabane, et jette e petit paquet sur la table, en disant : « Tenez , mon « papa, me voil.à bien riche. » Le bon homme, effrayé de voir cet or , dit aussitôt : « Malheureux , où as-tu pris « cela ? — Je ne l’ai point pris ; une belle dame me l’a

« donné dans le jardin Est-il bien vrai ? — -Oui ,

« mon ami , dit la princesse qui écoutoit à la porte y « c’est moi qui vous ai envoyé ce peu d’argent. » L’infortuné la reconnoît, et se jette à ses genoux, pénétré jusqu’aux larmes. « Eh bien! monsieur, dit-elle, alors « au dauphin , n’êtes-vous pas attendri de ce spec- « tacle ^ Ne ressentons - nous pas la plus pure satis- « faction? Pourquoi’ iiè pas nous la procurer, tous les « jours Sans doute nous faisons souvent l’aumône } « mais il y a peu de gens de notre état qui sachent « la bien faire. » .

6. L’empereur yojeph /Tse promenoitincoffmrôdans les rues de, Vienne. 11 rencontre une jeune fille qui paroissoit fort' triste, et qui portoit un paquet sous son bras. Lemonarqim l’aborde : « Qu’avez-vous , et ox'i al- « lez-vouÿ? >v Q^âbord elle n’ose répondre ; mais encouragée parî’afrabililé dé l’inconnu, elle avoue qu’elle vavendreles hardes de sa malheureuse mère,etque c’est là dernière ressource qui leur reste. « Hélas ! mon- « sieur , si mon père , qui a versé tant de fois son sang « pour la patrie , vivoit encore , ou s’il avoit obtenu les « récompenses dues .à ses services , vous ne me vei> « riez pas'daiis cedouloureux état. — Pourquoin’allez- « vous pas trouver l’empereur? S’il savoit votre silua- « tion , il l’adouciroit : vous auriez dû lui présenter un « mémoire. — Je l’ai fait, mais inutilcmenlj. Le seigneur

SENSIBILITÉ. ï8l

•« à qui je m’étois adressée, m’a dit (pi’il n’avoit pu rien « obtenir.— On vous a trompée , mademoiselle ; l’em- « pereur aime trop ses sujets pour laisser périr demi- « sère la veuve et la fille d’un officier qui l’a bien servi. « Faites un mémoire , apportez - le demain au chà- « teau , à telle heure, et A tel endroit : si tout ce « que vous me dites est vrai , je vous ferai parler à « l’empereur, et vous en obtiendrez justice.» La jeune personne, en essuyant ses larmes, prodij^uoit scs reinercimens à l’inconnu, lorsqu’il ajouta : 11 ne faut

« cependant pas vendre les bardes de votre mère. Com- « bien comptiez-vous en avoir ? — Six ducats. — Per- « mettez-moi que je vous en prêle douze, jusqu’à ce « que nous ayons vu le succès de nos soins. » A ces mots elle vole chez sa mère , lui remet les douze ducats, et lui raconte avec vivacité l’espérance qu’un seigiieur, qu’elle ne connoît pas, vient de lui donner. Au portrait qu’elle en fait, ses païens rcconnoissent l’empereiu. Désespérée d’avoir parlé peut-être trop librement , elle ne peut se résoudre d’aller le lendemain au château. Elle y est entraînée par ses parens; elle arrive tremblante , et s’évanouit lorsqu’elle reconnoît son souverain dans son bienfaiteur.Cepcndanl le prince, qui lui avoit demandé la veille le nom de son père , et celui du régiment dans lequel il avoit sei-vi , s’étoit informé du mérite de cet officier , et avoit reconnu la vérité de tout coque la jeune personne lui avoit dit. Lorsqu’elle eut repris ses sens , il la fit entrer dans son cabinet avec ses pareils , et lui dit: « Mademoiselle, voilà pour votre « bonne mère le brevet d’une pension égale aux ap- « pointcinens qu’avoit votre père ; la moitié sera ré- « versible sur vous , si vous avez le malheur de la « perdre. Je suis fâché de n’avoir pas su plutôt votre « situation , j’aurois adouci votre sort. »

Un citoyen honnête de cette même capitale , veuf et chargé de onze enfans, n’ayant pour son entretien qu’un revenu de quatre cents florins que lui rapportoit une charge , présenta un placet à ce même monarque, pour le supplier d’augmenterscs appoinlemens. L’empereur lui demanda où il logeoit , et lui promit de penser à lui.

i82 senstsilité.

Kn cfTct, apres s’êtro bien informé de la rôndnile de cet lioinnie , il se transporla chez lui , accompagné d’un chambellan. Il Irouva ce Jion pèredefhmilleassis, et réfléchissant sur son triste sort. En apercevant son souverain, il sepré(ûpile à ses pieds ; le prince le relève et demande ses enfans. Ils arrivent; il lescompte, eteslsurpris d'en trouverdouze.« Pourquoi n’en avez-vous mar- « qué qu’onze dans votre placct.^ — Voire majesté saur.a « qu’on mil devant ma porte, il y a pp» de temps, un « enfant que personne ne vouloit recevoir; mon cœur « s’ouvrit à la compassion , et je lui ai fait partager le « pain de mes propres enfans. » Joseph 11, touché de celle humanité , si conforme à celle que son cnnir généreux éprouve , assura sur-le-champ au sensible vieillard une pension de dix-huit cents florins , et se reti ra pour se dérober aux transports de reconnoissance de celle nombreuse famille.

En officier vint lui dire: «ilyalongtempsque jesuis « au scrvicedevotreniajeslé;mes forces épuiséesetma « santé affoiblie, me contraignent à vous demander ma « retraite. — Combien y a-t-il donc que vous êtes aa « seivice? — Qiiaranteans. — Et quel âge avez-vous.^ —

« — Soixante-dix ans Soit : vous aui-ez pourpension

«vos appointemens; je vous remercie de votre fidélité. « Oserois-je demander une seconde grâce à votre ma- « jeslé.^ — Parlez. — Je désirerois me retirer auprès de « mon père; la pension, que vous daignez m’accorder « partagée avec lui , l'aideroit à vivre. — Vous avez « donc encoi-e votre père ! et quel âge a-t-il } — Cent « flix ans ; il se p»orle assez l)ien , et me mande qu’il « n a d’autre désir que celui de me revoir et de mou- « rir dans mes liras. — Accordé... Allez vers ce vé- « nérable père, et saluez-le de la part de Jasephll.»

7. Après tine longue giierre, on «avoit réformé une grande partie des soldats. Ces malheureux,n’ayantpoint d’asile , se voyoient réduits à devenir brigands ou à mourir de misère. La plupart venoienl au maréchal de JÎ7v.îjac,pourdemandersiaumoinsilneleurindiqueroit point où ils trouveroient du pain. « Chez moi , mes a enfans , répondit Brissac; chez moi , tant qu’il y en

Di '.kJ by Goc

8EX8iniLITÉ. iB.'î

« aura.» Ap^«\s avoir fait dix ans la "ucrre en Italie, ce. général en revint paiivi'e et déiiuc de tout, ayant vendu }nsqu’à sa vaisselleel ses n«eul)lespourpayerseslronpes. lléloitaccoinpagnéd’unefoulede inarcliandsdeTjiiin, qui venoientsolli«-itcr à la cour le paiement de ce qu’ils avoient fourni à l’armée. On ne se pressapas de les satisfaire; et ces mallieiireux, loin de recevoir ce qui leur étoit dû, se eonsumoienten frais Paris. JirLisac, onlré de la négligence de la cour, et louché de l’état de ces infortunés, résolut de sacrifier ce qui lui resloit de l)ieu pour les dédommager en partie. ]\ladame la maréchale deBrissacclo'il arrivéedepuis quelques joursavec vingt mille écus qu’elle avoit amassés pour la dot de sa fille. lirissac fit venir les mar«‘hands; cl les présentant à sa femme : «Madame, lui dit-il, voilà des pauvres gens « qui ont sacrifié leur fortune sur mes promesses : la « courne les veut point payer ; remettons à un autre « temps le mariage de mademoiselle de Jirissac, et don- « lions à ces malheureux l 'argent destiné pour sa dot.» La maréchale y consentit volontiers ; et par le secours de quelque emprunt, lirissac aimasa cent mille livres; ce qui faisoil la moitié de la somme due aux marchands, à qui il donna des sûretés pour le reste.

8. Beauchdteau, ancien comédien deriiôlel de Bourgogne , entendant la messe à ^olre-Dame , vil une femme touleen pleurs auprès d’un pilier de l’église. Il lui demanda le sujet de son cliagrin : elle fit d’abord quelque difficulté de lui répondre; mais sur les instances du sciisihlc comédien, elle lui apprit qu’elle étoit venue à Paris pour le jugement d’un piwès qui avoit duré beaucoup plus de temps qu’elle ne l’avoit prévu ; et que ne pouvant avoir des nouvelles de son pa}'s, il ne lui resloit aucune ressource ; qu’elle n’osoit plus rctoiu ner dans la chambre qu’elle avoit louée , parce qu’il lui étoit impossible de payer le terme qu elle devoit. Beauchdteauy louché de ce récit, la relira dans sa maison. Un pareil traitement engagea celte femme à se faire connoilre de plus eu plus à son J)ienlaiteur. Elle dit entre autres choses qu’elle avoit eu une sreur qui étoit nioiie dans un couvent , où clic avoit expié , par une pén-

l84 s ï Tî s I B I T. I T K.

Ipncc anstpre le malheur de s’élrc rcndiie à la passion d’un président;qu’elleen avoit eu une fille, mais qu’on ne savoit ce que ocl enfant étoil devenu. La femme de lieauchâteau qui cloil présente, se sentitloute émue à ce discours ; ses yeux se remplirent de larmes ; et , cédant aux mouvemens de sa tendi esse , elle se jeta aux pieds de cette personne , et l'appela cent fois sa chère tante. La demoiselle étoit en effet

cette fille , fruit de la séduction du président , et de la foiI)lesse de celle dont on venoit de parler.

9. IlyavoitàlacourduroiP/oZtfV//ée,un jeuuehornme nommé Galeths,hcm de visage,maisencoreplnsrecomjnandahle par la douceur de son caractère ctpar son inclination à faire plaisir à tout le monde. Le monarque aimoit à le voir souvent ; et chaque fois qu il l’apercevoit: «O que vous êtes un excellent jeune homme ! lui « disoit-il; bien loin d'avoir faitle moindre malà qui que « ce soit , vous avez au contraire rendu service à un '< j'rand nombre de personnes. »6îcZe/‘èj, se promenant à cheval avec le roi, vit de loin quelques criminels que l'on menoit au supplice. Il ne perdit point cetteheureuse occasion que le hazard lui présentoitde faire unebonne action : « Seigneur , dit-il au prince , puisque le sort « veut que, pour le bonheur de ces misérables qui ont «été condamnés à mort , nous nous trouvions à che- « val , voulez-vous tourner bride vers eux ÿ afin que « nous leur apparoissions comme des dieux tutélaires n dans l'affretise circonstance où ils se trouvent?» Pto~ lémée, chanué de la sensibilité de son jeune courtisan, alla vers les criminels , et leur accorda leur grâce.

1 o.Le feu avoit pris dans une maison de la villed’Auch, et tout le rez-de-chaussée étoit en proie aux flammes , (■ lorsque M. <Z’v^pc/io«, archevêque de cotte ville, y arriva. Le premier objet qui frappa <-e prélat sensible , fut une fouime tenant un enfant dans ses bras ;i une fenêtre du premier étage , et dont les cris pénéü’oient les entrailles de tous les spectateurs , qui n’osoient la secourir. IjCS flammes commencoient à la gagner. M. d’Apchon fait placer une échelle contre cette fenêtre, et propose une forte récompense à celui qui aura le

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SENSIBILITÉ. l85

courage d’aller sauver la mère et l’enfant.T ont le monde s’y refuse. IjC prélat offre jusqu’à mille livres de pension. L’avidité n’inspire pas plus d’ardeur aux travailleurs , qu’un speetaele aussi touchant. « J’y irai donc moi-nicine, «s’écrie le généreux archevêque en s’élan- #-ant sur l’échelle, que les flammes environnoientdéjà. Bientôt après , on le voit reparoître avec les deux infortunés qu’il a arrachés à une mort certaine.

11. Paris s’étant enfin soumis à Henri IV ^ ce bon prince signala son entrée dans cette capitale, par cette sensibilité vraiment royale , et par cet amour paternel qu’il avoit pour la France et pour tous les Français. La villefutréduite sous son obéissaneesanseffusiondesang, à l’exception de deux oulrois bourgeois qui furent tués. « S’il étoit en mon pouvoir, disoit ce grand monarque, « je rachèterois de cinquante mille écus la vie de ces « deux ou trois citoyens , pour avoir la satisfaction de « faire dire à la postérité que j’ai pris Paris sans qu’au- « cun homme y ait été tué. » Il aperçut un soldat qui prenoit par force du pain chez un boulanger : il y counit lui-même, et le menaça de lui donner la mort.

Quoique la discipline militaire exige des sacrifices nécessaires, Henri trouva fort luauvais que le maréchal <i’y/«/n«n/eiitfait passerpar les verges unsoldatqui avoit quitté son poste pour aller voir sa femme qui éloit en couche. «C’est, dit-il, en user trop sévèrement, que de « prétendre arracher du cœur des sentimens naturels, « et qui n’ont rien que de juste.» 11 défendit d’en user à l’avenir avec une pareille sévérité. Quand le Ciel lui eut donné un dauphin ( LouisXIlI ), il le fit passer par les rues dans un berceau découvert, afin que tout le monde put le considérer à son aise , et jouir avec plaisir de la vue d’un bien que les Francaisavoient si long-temps désiré.

12. Bertrand du Guesclin, près de mourir, prit dans ses mains victorieuses l’épée de connétable; et Payant considérée qnelquesmomensavecbcaucoupd’attcntion: « File m’a aidé,dit-il les larmes auxyeux, à vaincre les « ennemis de mon roi ; mais elle m’en a donné de cruels « auprès de lui. Je vous la remets, ajouta-t-il , s’adres- « saut à Olivier Clisson^ protestant que je n’ai jamais « trahi l’honneur que le roi m’avoit fait en me la

l86 SENSIBILITÉ.

« confiant En même temps , saisi d’un pieux respect il ôte son bonnet , baise cette épée , embrasse tons les assistans, et expire en recommandant à Dieu son ame, son roi et sa patrie.

13. Les Portugais J voulant faire des conquêtes dans les Indes , s’attachèrent, en i5o8, au siège de la ville d’Oïa , qu’ils attaquèrentavecfureur.Les habitans se défendirent avec le courage qu’inspire le désespoir ;mais, trop foibles pour résister à des Européens armés de la foudre, ils prirentlafuite et cherchèrentdans les bois et dans les montagnes voisines des asiles contre la cruauté des vainqueurs. Un officier portugais , nommé Silvéira , découvrant un Maure de fort bonne mine, qui se déi'oboitpar un sentier, avec une jeune femme d’une beauté extraordinaire , courut vers eux pour les arrêter. Le Maure ne parut point alarmé pour lui-même 5 mais , après avoir tourné le visage pour se défendre , il fit signe à sa compagne de fuir , tandis qu’il alloit combattre. Elle s’obstina , au contraire, à demeurer prè^ de lui , en l’assurant qu’elle ainieroit mieux mourir, ou rester prisonnière , que de s’échapper seule. 5fce/ra, touché de ce spectacle , leur laissa la liberté de se retirer , en disant à ceux qui le suivoient : « A Dieu ne plaise « que mon épée coupe des liens si tendres ! » w

14. William, jeune Anglais , aveugle de naissance, recouvra la vue en 1 764 , à l’âge de vingt ans , par l’o-

Eération de la cataracte, que lui fit une main habile.

■es circonstances de cette cure merveilleuse forment une scène de- sensibilité , bien capable de plaire aux âmes tendres. Un chirurgien ayant promis aux parens du jeune aveugle de détruire l’obstacle qui le privoit de la vue , plusieurs personnes s’assemblèrent pour être témoins de cette opéra tion.Tous les spectateurs avoient promis de garder le silence , si l’opération réussissoit , afin de mieux observer les mouvemens qu’occasionneroient dans l’ame du jeune homme les sensations nouvelles et soudaines qu’il éprouveroit. L’opération .eut le succès qu’on en attendoit. Lorsque les yeux du malade furent frappés des premiers rayons de la lumière , on vit sur toute sa personne l’expression d’uu

ravissement extraordinaire 5 il parut prêt à s’évanouir de joie et d’étonnement. L’opérateur étoit devant lui .avec ses inslruinens à la main. William l’examina depuis la tête jusqu’aux pieds. Il s’examinoit ensuite avec la même attention , et sembloit comparer sa figure avec celle qu'il voyoit. Tout lui paroissoit exactement semblable, excepté les mains, parce qu’il prenoit les instrumens du chirurgien pour des parties de ses mains. Pendant qu'il étoit occupé de cet examen , sa nière , qui ne pouvoit plus contenir les tendres mouvemens dont son cœur étoit agité , se jeta à son cou , en s’écriant : « Mon lils ! mon cher fils ! » Le jeune homme reconnut la voix de sa mère , et ne put prononcer que ces mots : « Est-ce vous? est-ce ma mère?» et il s’évanouit. 11 y avoit dans lachamhreune jeune fdle avec qui William avoit été élevé , qu’il aiinoit tendrement , et dont il étoit tendi-ement aimé , tout aveugle qu’il étoit. Lorsqu’elle le vit sans mouvement et sans connoissance , elle lais.sa échapper quelques cris de douleur, qui parurent réveiller la sensibilité du jeune homme. En revenant à lui , scs yeux se flxoient sur l’objet chéri dont il reconnoissoit la voix. Après quelques momens de silence , il s’écria : « Qu’est-cc qu’on m’a donc fait ? « où m’a-t-on transporté^ Ce que je sens autour de « moi est-ce la lumière dont on m’a si souvent parlé ? « Où est Tom, qui me sert de guide? Il me semble « qu’à présent je marcherois bien sans lui. «Il voulut faire un pas , mais il s’arrêta, et parut effrayé de tout ce qui l’cnvironnoit. Comme l’agitation de son ame étoit extrême , ou lui dit qu’il falloit qu’il revînt , pourquelque temps , à son premier état, afin de donner peu à peu à ses yeux la foi’ce de supporter la lumière. On le tint, pendant quelque temps , les yeux couverts ; et enfin, lorsqu’on jugea qu’il seroiten état de supporter la lumière , on chargea la jeune fille d’ôter le bandeau de dessus ses yeux, et de tâcher de distraire , par ses discours, l’impression trop vive des objets. Elle s'approcha de lui ; et , en dénouant le bandeau , elle lui dit: «M. William, ]e vais vous rendre l’usage de la vue, mais je ne saurois m’empêcher d’avoir queiqu’inquié-

l88 * SENSIBILITÉ.

tilde. Je vous ai aimé dès mon enfance , quoique vous fussiez aveuf,de : vous m’avez aimée aussi ; mais vous allez ronnoître la beauté 5 vous allez éprouver de.s seiilimens qui vous ont été inconnus jusqu’ici. Si vous alliez cesser de m’aimer ! si quclqu’objel plus aimable à vos yeux alloit m’effacer de votre cœur ! — Ah ! ma chère amie, répondit le jeune homme, si je devois , en jouissant de la vue , perdre les tendres émotions que j’ai senties toutes les fois que j’ai entendu le son de votre voix ; si je ne devois plus distinguer le pas de celle que j’aime , lorsqu’elle s’approche de moi ; et s'il falloit que je changeasse ces plaisirs si doux et si fréquens , pour le sentiment tumultueux que j’ai éprouvé pendant le peu de temps que j’ai joui de la vue, j’aimerois mieux renoncer à ce sens nouveau. » La jeune fille l’embrassa , en versant de douces larmes. William revit la lumière avec le même trouble et le même ravissement. Il ne pouvoit se lasser de regarder sa maîtresse ; il l’appeloit en la touchant , et la prioit de parler, pour s’assurer que c’étoit bien elle qu’il touchoit. Tout l’étonnoit ; il ne pouvoit accorder les sensations qu’il éprouvoit par la vue , avec celles qu’il avoit reçues des memes objets par les autres sens ; et ce ne fut que par degrés , et bien lentement , qu’il parvint è rcconnoître et à distinguer les formes, le» couleurs et les distances.

10. Des voyageurs partis de Glascow, furent obligés de s’arrêter à un petit bourg près de Lanesk. «N’ayant rien de mieux à faire, dit l’un d’eux, nous regardions les passans par les fenêtres de notre hôtellerie , placée vi.s-à-vis la prison. Nous vîmes arriver à cheval un homme vêtu d’un frac bleu , Irès-simjile , et un chapeau bordé sur sa tête. Cet bomme mit pied à terre à notre hôtellerie , et , remettant son cheval h l’hôte, il s’avança vers mi vieillard qui étoit occupé è paver la rue. Après l’avoir salué, il prit la demoiselle , donna quelques coups sur le pavé, en disant au vieillard , fort étonné de l’aventure. Cet ouvrage me paroît bien pénible à votre âge; n’avez-vous donc point d’cr.fans <[ui puissent partager vos travaux , et soulager votre vieil-

lessc? — Pardonnez-moi , monsieur j j’ai trois garçons qui me donnoient les plus grandes espérances ; mais les pauvres enfans ne sont point maintenant ji jiortce

de secourir leur père Et où sont-ils donc? — L’aîné

étoit parvenu au grade de capitaine dans les Indes Orientales; le second s’estfait soldai, dans l'espoir de s’élever comme son frère. — Et qu’est devenu le troisième ? — Hélas ! il a répondu pour moi. Le pauvre enfant s’est chargé de payer mes dettes; il n’a pu les acquitter, et il est en prison.» A ce récit, le voyageur se détourna de quelques pas, resta quelque temps les mains sur le visage, puis , revenant près du vieillard: « Et cet aîné , ce fils dénaturé , ce capitaine , il ne « vous a donc rien envoyé pour vous tirer do la misè- « re? — Ah! ne l’appelez point dénaturé. Mon fils est « vertueux ; il aime et respecte son père. Il m’a en- « voyé de l’argent, et plus même que je n’en avoLs « besoin ; mais j’ai eu le malheur de le perdr^, eu « me rendant caution pourun très-galant homme, pour « mon hôte , qui malheureusement se trouvant hors « d’état de payer, a causé ma ruine. On m’a tout pris , « il ne me reste plus rien.» Alors un jeune homme , passant la tête par les barreaux de la prison voisine , où il étoitrenfermé, se mit à crier: «Mon père 1 mon « père ! si mon frère Guillaume vit encore , c’est lui , « c'est ce vo}'ageur qui vous parle. — Oui , mon ami , « c’est moi-même,» répondit le voyageur, en se précipitant dans les bras du vieillard , qui , tout hors de lui-même , voulant parler et sanglotant , n’avoit pu reprendre ses sens ; quand une vieille femme , mise fort décemment , sortit d’une mauvaise cabane , eu s’écriant: «Où est-il donc ? où es-tu, mon cher Guil- « laume?Y'\Qns donc à moi, viens embrasser ta mère.» Le capitaine ne l’eut pas plutôt aperçue, que , quittant son père, il alla se jeter au cou de la bonne vieille. Alors nous descendîmes , et augmentant le nombre des spectateurs de celle scène attendrissante , M.

,rundcnous, fendant la presse, alla au voyageur, et lui dit: «Capitaine, nous demandons la faveur de nous lier avec vous : nous aurions volontiers fait

igO SENSIBILITÉ,

cent Itcncs pour être les témoins de cette tendre roconnoissance avec votre honnête famille. Vous et les vôtres, nous vous en supplions, dînez avec nous dans celle hôtellerie. » Le capitaine, sensible à cette invitation, l’accepta, mais en nous disant qu’il ne inanf^eroit, ni ne hoiroit , que lorsque son jeune frère auroit recouvre sa liberté ; et à l'instant il alla déposer la somme pour laquelle on l’avoit mit en prison, d’où il sortit quelques momens après. Alors toute cette famille -se rendit è l'hôtellerie, où elle trouva le sensible Guillaume nu milieu d’une multitude qui l’aecabloit de caresses, qu’il rendit avec la même cordialité. Ce bon militaire , dont le nom éloit Brown, nous dit , aussitôlque nous pûmes converser librement : «Messieurs , c’est aujourd’hui que je sens dans toute son étendue , les faveurs de la fortune, à laquelle je dois tout. Mon oncle m’élevoit au métier de tisserand ; mais je répondis mal h ses bontés, et, par esprit de paresse et de dissipation , je m’enrôlai dans les troupes de la Compagnie des Indes. J’avois alors tout au plus dix-huit ans. ^^on bonheur vient d’avoir été remarqué par mylord Clive, dont toute l’Europe connoît la bienfaisance et l’inépuisable générosité. Mon zèle pour le service lui inspira des bontés pour moi ; et, grâces à ses soins , de grade en grade je devins capitaine , et fus chargé de la caisse du régiment. A force d’économie , je parvins , par des moyens honnêtes , et à la faveur du commerce , .à m’assurer un fonds de vingt mille livres slijrling. Alors je quittai le sersâce. 11 est vrai que j'ai fait trois remises à mon père; mais il n’y a eu que la première , de deux cents livres sterling, qui lui soit parvenue. La seconde est tombée entre les mains d’un banqueroutier ; je confiai la troisième à un gentilhomme écossais , qui mourut dans la traversée : j’ai sa reconnoissance, ses héritiers m’en répondront. » Après le dîner , le capitaine remit h son père cinquante livres sterling , pour subvenir à ses besoins les plus prcss.ans; il lui en assura, ainsi qu’à sa mère , quatre-vingts de revenu annuel , et réversibles sur scs deux frères , promit d’acheter une com-

SERVICES. igi

mission à celui qtii étoit engagé , et d’associer le plus jeune à une manufacture qu’il se proposoit d’établir pour donner de l’occupation aux gens industrieux. 11 donna cinq cents livres sterling en dot à sa sœur ^ qui étoit mariée à un fermier peu aisé ; cl, apres en avoir distribué cinquante autres aux pauvres, il donna une très-belle fête aux habitans du bourg. M. Broa n méritoit les faveurs de la fiartune ; et par celte généreuse sensibilité , il fit bien voir qu’il étoit digne des bienfaits qu’il avoitreçusdu lord Clive, Humanité,

Tendresse. ^

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