‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 67 sur 169 · K V É R I TE · texte numérisé non relu

K V É R I TE

Erincipauxofficiersseréiinirentpourdemandersagrace.

,e roi , après les avoir écoules avec bonté , leur répondit en ces termes: «Ne mesoupconnezpas de cruauté; rien ne me louche plus sensiblement que les malheurs de mes compatriotes. Mais le plus grand mal que je leur • pourrois faire seroit de laisser les crimes impunis. Je sais que le vulgaire nomme clémence une indulgence meurt li ère , qui nourrit les forfoits et les multiplie. Au contraire , celui qui , par une sévérité salutaire , maintient l’autorité des lois , est regardé comme dur et impitoyable. C’est la licence qui renverse ainsi les • vrais noms des choses pour se procurer l’impunité. Vous n’avez point de part au crime : songez qu’en le défeiKlant , vous vous rendriez complices. Je tiens également coupables l’auteur du forfait , et celui qui en empêche la punition. Choisissez de sauver un criminel ou la nation entière. Au commencement de la guerre , ndus étions puissans et fortunés : le nombre et la bravoure de nos soldats , nos richesses , nos victoires passées nous rendoient formidables. Toutes les forteresses de l’Italie étoient en nos mains. L’injustice de Théodata détruit notre empire; Dieu s’est armé contre nous : il a marché à la tête d’un petit nombre de Romains , et nos armées innombrables ont disparu devant de foibles ennemis. Rassasié de vengeance , il se tourne maintenant vers nous ; son bras puissant relève ceux que son bras avoit abattus : nous n’attendions que la mort ; il nous a donné la victoire. Conservons-la par notre justice ; n’attirons pas sur nos têtes le châtiment que le coupable a mérité. » Ces sages réflexions pénétrèrent le cœur des jSolbs : ils abandonnèrent le criminel ; il firt exécuté , et ses biens furent donnés à la tille qu’il avoit outragée.

1 1 . Les Romains , sous les ordres des consuls Manlius et Décius , iàisoient aux Latins une guerre sanglante. Les généraux , que quelques échecs avoient rendus circonspects , donnèrent un édit qui défendoit, sous les dernières peines , de combattre hors de rang , sans une permission expresse. T. Manlius , fils du cou- • sul J ayant été envoyé , avec un détachement de cava-

leiie , pour reroiinoître les mouvcmcns des ennemis qui n’éloienl pas loin , s’avança presque jusqu’aux

f)oi tes de leur camp. Un des principatix officiers latins e délia à un combat singulier, et lui parla meme avec une insultante hauteur. Le ieuiic Romain .plein de feu et de couraj'c , ne peut se contenir : il oublie à l’instant ce qu’il doit à la majesté jialcrncll,c , et aux ordres suprêmes des consuls. Il s’élance sur son adversaire j il le terrasse ; il l'immole ; et , couvert de ses dépouilles , il retourne , comme en triomphe , avec sa petite troupe qui le comble d’éloges. 11 arrive au camp ; il vole vers sou père : « Je me suis montré « digne de vous , lui dit-il ; je viens déposer à vos « pieds les dépouilles d’un audacieux , qui , par scs « outrageantes bravades , a provoqué ma colère : sa « mort a vengé votre fils. » A ces mots , le sévère magistrat détourne ses regards ; il repousse , en quelque sorte , des yeux et de la main , le téméraire vainqueur ; et sur-le-champ il fait assembler toutes les légions. Un vaste silence annonce l’attente des guerriers ; et le consul fait entendre ces tenables paroles: «Mon fils , « sans respecter ni la majesté consulaire , ni l’au tonte « paternelle , vous avez osé combattre , hors de rang , « contre notre défense : vous avez aboli, autant qu’il « éloit en vous , la discipline militaire , qui , jusqu’à « ce jour , fut le plus ferme soutien de la république; « et je me vois réduit à la triste nécessité , ou de « trahir les intérêts dcTEtat , ou de me sacrifier « moi-même avec tout ce que j’ai de plus cher ; mais « il est juste que nous portions la peine de notre faute , « plutôt que de la faire retomber sur la patrie inno- « cente. Je crois que vous-même , s’il est vrai que « mon sang coule dans vos veines , vous vous sacri- « fierez volontiers pour rétablir , par votre supplice , « la discipline militaire , que vous avez renversée par « votre désobéissance. Approche , licteur ; attache-le « au poteau. » Toute l’armée fut saisie de frayeur en entendant un ordre si violent et si atroce. Le licteur se saisit du jeune Manlius , et lui trancha la tête en présence de tous les soldats.

12. Dans une guerre contre lesSamniles, Papirius- Cursor , qui commandoit l'armée romaine en qualité de dictateur, étant obligé de retourner à Rome, laissa le commandement à fahius , maître de la cavalerie , jeune homme plein d'ardeur et de courage ; mais il lui défendit expressément de combattre en Son absence. Fabius ne le vit pas plutôt parti, qtdil songea à former V quelque entreprise, sur-tout lorsqu'il eut appris l’extrême négligence qui régnoit parmi les ennemis depuis le départ de Papirlus. il se hâta d’attaquer les Samnites ; et le succès du combat fut aussi heureux qu'il eût pu l’êti-e, quand même le dictateur s’y fiit trouvé en personne. Legénéraletlessoldats firent égalenientbien leur devoir ; et jilus de vingt mille ennemis restèrent sur la place. Aussitôt après l’action. Fabius écrWil à Rome pour y mander la nouvelle de sa victoire. Il adressa les lettres au sénat, et non pas au dictateur, faisant assez connoitre par la qu il ne prétendoit point partager avec lui la gloire des avantages qu’il avoit remportés.

Toute la ville fut dans la joie à cette nouvelle. Le seul Papirius n’y prit point de part , et ne térnoignA que du mécontentement et de l’indignation. Il partit À l'instant, faisant contre le maître de la cavalerie les plus terribles menaces. Fabius, averti par ses amis du ïessentinienl de Papirius, assembla ses soldats , et les conjura de le défendre contre la cruauté et la jalousie du dictateur. Cependant Papirius arrive , et convoque 1’a.sscmblée. Il fait citer Fabws , et lui demande , en premier lieu , s’il n’est pas vrai qu’il lui a défendu de combattre ? Fhi second lieu , s’il n’a pas néanmoins livté la bataille.^ Fabius, embarrassé de répondre à ces deux questions, se jette à l’écart : il se plaint d’avoir dans le même homme son accusateur et son juge; il s’é< rie h haute voix, qu’on peut bien lui ôter la vie, mais qu’on ne peut lui enlever l’honneur d’une illustre victoire : il mêle les justifications aux reproches , mais ces discours vagues et tout à la fois offensans , ne font qu’aigrir la colère du dictateur , qui ordonne «U licteur de saisir le maître de la cavalerie. Fabius, en ee moment, appelle tous les soldats à son secours;

et s’étant debarrassé des licteurs , il va chercher un asile au milieu de l’armée qui le reçoit et l'environne. Un tumulte affreux rèfjne dans le camp : ici l’on entend des prières ; lè, des menlices. Papirius ordonne qu’on fasse silence *, mais le bruit horrible, qin croît sans cesse , empêche ({u’on ne puisse entendre sa voix, ni celle de ses huissiers. Enfin, la nuit, comme il arrive quelquefois dans les batailles,sé])ara les contes tans.

Fabius est ajourné au lendemain; mais, par le conseil de ses amis, il s’enfuit à Rome pendant la nuit, et, le lendemain matin , il assemble le sénat. Pendant qu'il y déclamoit contre la ri{>ueur et l'injustice de son général, on entend tout-à-coup à la porte le bruit des licteurs qui faisoient écarter la foule : c'étoit le dictateur, qui, ayant appris la retraite du maître delà cavalerie, l’avoit suivi de près. La querelle recommence, et Papirius ordonne à ses licteurs de saisir le coupable. En vain le sénat entier lui demande grâce ; toujours inflexible, il persiste dans sa résolution. Alors M. Fabius , père du maître de la cavalerie , eut recours à la dernière ressource qui lui restoit; et adressant la parole au dictateur : « Puisque , dit-il , rien n’est capable de vous « toucher, ni l’autorité du sénat, ni la vieillesse d’un « père infortimé , ni le mérite et la noblêssc de l’ac- M. cusé, j’en appelle aupeuple, qui certainement a yilus « de pouvoir que ne vous en donne votre dictature. » En conséquence de cet appel , on se transporte dans la place publique; et Papirius monte à la tribune aux harangués. Fabius avoit pour lui la majesté du sénat, la faveur du peuple , les vœux de l’armée. De l’autre côté , Papirius faisoit valoir l’autorité du commandement, regardée jusques-là comme inviolable ; la discipline militaire, les ordres des dictateurs, toujours res-

f)cctés comme des oracles; l’exemple de Manlius, et a tendresse paternelle sacrifiée à l’Etat : il s’autorisoit encoredu supplice ^ueJîrü/iw, fondateur de la république, a voit fait souffrn à ses dcuxenfans.Tousccs motifs, qu’il détailla dans un discours prononcé d’un ton sévère et d’un air imposant, üi'ent une terrible impression sur les esprits. Le peuple n’osa absoudre iu/ôiwj ; il prit le

parti de prier et de conjurer le dictateur de lui accorder sa f^race ; les tribuns joignirent leurs prières à celles du peuple. Le pcredeFaiiWjFaZizMj lui-niéme, se jelèrent aux pieds de Papirius, le suppliant, avec larmes, de se laisser fléchir. Alors le dictateur, ayantfait faire silence:

.Te suis content, dit-il ; la discipline militaire , la ma- « jesté du souverain commandement, qui ont couru ris- « que aujourd’hui d’être abolis pour jamais , ont enfin « triomphé. Fabius, qiii a osé combattre contre l’ordre « de sou général , n’esl point défendu comme innocent,

« mais reconnu pour coupable. 11 obtient le pardon de « son crime par les prières du peuple romain et des tri- « buns, qui deinandentpour lui la vie comme unegrace,

« et non comme une jtislice. Vivez, Fabius, plus heu- « reux mille fois par ce consentement unanime de tous « vos concitoyens à s’intéresser pour vous , que par la « victoire qui vous causoit tant de joie. Vivez , après « avoir commis une fauteque votre père lui-même ii’auif roil pu vous pardonner, s’il eût été en ma place; et « sachez que la plus grande marque que vous puissiez « donner au peuple romain de votre reconnoissance ,

«£ c’est d’apprendre, par ce qui s’esl passé aujourd'hui,

« à obéir avTc soumission, tant en paix qu’en guerre ,

« h ceux qui auront sur vous une autorité légitime. » i3. Un serpent d’une énorme grandeur , causoit beaucoup de désordres dans l’île de Rhodes , et avoit même dévoré quelques habitans. La retraite de ce • furieux animal étoit dans une caverne située au bord d’un marais, au pied du mont Saint-Etienne, à deux inillesdela ville. 11 en sortoit souvent pour cherchersa proie ; il mangeoit des moulons, des vaches, et quelquefois des «-lievaux, quand ils approchoient de l'eau et du bord du marais. On se plaignit même qu’il avoit dévoré de jeunes p:\tresqui gardoient leurs troupeaux. Plusieurs des plus Jiraveschcvaliers, endifférens temps et .à l'insu des autres , sortirent séparément de la ville , pour lâcher de le tuer; m.iis on n’en vil revenir aucun. Comme l’usage des armes à feu n’étoit point encore inventé , et que le peau de celle espece de monstre étoit couverte d’écailles à l’épreuve des flèches et de dards

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les plus acérés, les armes, pour ainsi dire, n’étoient pas éf^ales, et leserpenl les avoilbientôt terrassés. C’est

fiourfjuoi Ilélion de Villeneuve, alors grand-inaitre de ’ordre, défendit aux rhevaliers de tenter davantage une cnl reprise qui paroissoit au-dessus des forces liuniaines. Tous obéirent, à l’exception du cbevalier Dieu-Donné de Gozon , qui forma secrètement le dessein de cnm- Lattre celte bête carnacière, résolu d’y pénr, ou d’en délivrer l’île de Rhodes. Pour commencer .à mettre son

Îjro’mt à exécution, il passa en France, et se relira dans e château de Gozon , qiii subsiste encore aujourd’hui dans la province de Languedoc. Ayant reconnu que le serpent qu’il vouloit attocpier n’avoit point d’éfcailles sous le ventre , il forma, sur cette observation, le plan de son enlieprise. 11 fit faire, en bois ou en carton , une figure de celle bête énorme; et il tâcha sur-tout qu’on en imitât la couleur. Il dressa ensuite deux jeunes dogues à accourir à ses cris, et à se jeter sous le ventre de cette affreuse bêle, pendant que, monté à cheval, couvert de ses armes et la lance à la main, il feignoit , de son côté, de lui porter des coups en différens endroits. Le chevalier employa plusieurs mois à faire tous les jours cet exercice ; et il ne vit pas plutôt ses dogues dressés à ce genre de combat, qu’il retourna à Rliodes. A peine fut-il arrivé dans l’île, que,sans communiquer son desseiiiàqiii que ce fût, il fit porlersecrètement ses armes auprès d’une église située au haut de la monla-

Spie de Saint-Etienne, où il se rendit, accompagnéseuemenfde deux domestiques qu’il avoit amenés de France. 11 entra dans l’église ; et après s’être recommandé à Dieu, il prit ses aimes, monta à cheval, et ordonna à ses deux domest iques, s’il périssoit dans le combat, de s’en retourner enFrance;mais deserendreauprès de lui, s’ils s’apercevoienl qu’il eût tue le seipent, ou qu’il eneûtétéblessé. 11 descendit ensuite de la montagne aveesesdeux chiens, marcha droit au marais et Hk repaire du serpent. Au bruit que faisoit l’intrépide chevalier, le furieux animal accourut, la gueule ouverte , cl les yeux élincelans, pour le dévorer. Gozon liiiporta uiicoupdelance,que l’épaisseur et la dureté des écailles

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rendit innlile.il se préparoit,\redonl>lerses coups; mai» son cheval épouvante des silllemens et de l’odenr du serpent, refuse d’avancer, recule et se jette à côté. Ilauroit été la cause de la perte de .son maître, si, .sans s’étonner, il n’eût mis pied àterre.Tirant aussitôt son épée, accompagné decesdenx lidelles dogues, iljointceflchorrihle bête, et lui porte plusieurs coups en différens endroits, que la dureté des écailles empêche d’entamer. Le redoutable animal, d’im coup de queue,le jeta même a terre, et il en auroit été infailliblement dévoré, si les deux chiens ne se fussent attachés au ventre du serpent, qu’’ilsdéchiroieut par de cruelles morsures , sans que , malgrç tous ses efforts, il pût leur faire lâcher prise. Le chevalier,;» la faveur de ce secours,se relève, et se joignant à ses dogues, enfonce son épée jusqu’à la gai (fe ^ns un endroitquin’étoitpointdéfendupardesécailles; il y fit une large plaie dont il sortitdes flots de sang. Le monstre,blessé à mort,tombesiirle chevalier,qu’ilabat une seconde fois;etiH’auroit étouffé parle poids et la masse énorme de son corps, si les deux domestiques, spectateurs de ce combat,ne fussentaccourusausecours de leur maître. Ils le trouvèrent évanoui, et ils le crurent mort, mais après l’avoirretiré de dessous le serpent avec beaucoup de peine, pour lui donner lieu de respirer s'il étoit encore envie, ils lui ôtèrent son casque ; et après qu’onlui eut jeté de l’eau sur le visage, il ouvritenfin les yeiix.Le premier spectacle , etle plus agréable quipouvoit se présenter à sa vue, fut celui de son ennemi mort. On n’eut pas plutôt appris dans la ville sa victoire et la mort duserpent,qu’unefouled’habitans sortit au devant de Ini.Les chevaliers le conduisirent en triomphe au palais du grand-maître. Mais, au milieu de ces acclamations, le vainqueur fut bien surpris, quand le grandmaître, jetant sur lui des regards courroucés , lui demanda s’il ignoroit les défenses qu’il avoit faites d’atta- ^er cette dangereuse bête, et s’il croyoit les pouvoir ^oler impunément. Aus.sitôt œ sévère observateur de la discipline, sans vouloir l’entendre, ni se laisser fléchir par les prières des chevaliers, le fitmettre en prison. Ensuite il convoqua le conseil, oùil représenta que l’ordre

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ne poiivoit se dispenser depiinirrigoureusementunedésoLdissance si formelle, et, comme un autre Manlius, il opinahaiitement à rendre cette victoire funeste au vainqueur.Le conseil obtint qu'il se conlentAt de le priver de l’habit de l’ordre. Le malheureux chevalier s’en vit honteusement ddpouilld; mais le grand-maître aprds avoir satisfait à son devoir par ce châtiment, revint à son caractère natui'ellcmenl doux et plein de bonté, et rendit l’habita cel>ravechevalier,auxinstantesprîèresdcsprincipaiixconimandeurs del’ordre. Gozon, dans la suite,erL devint le chef, et soutint dans cette dignité suprême la haute réputation due aux vertus qui l’y avoient élevé.

i4- Trois jeunes gentilshommes flamands , envoyés par leurs parens à l’abbaye de Saint-Nicolas-des-Bois, pour apprendre la langue française, allèrent un joïir se

})romener hors du monastère,et s’amusèrent à tirer des apins àconpde flèches. L’ardeur de la chasse les emporta jusque dans les boisd’£n^werranddeCo«cr,oùils furent arrêtes par les gardes de ce seigneur Je plus violent et le plus emporté de son temps, qui les fit pendre sur-le-champ sans les entendre, et sans leur donner le temps de se préparer à une mort qu ’ilsnecroyoientguère avoir mérité. S. Louis en fiitaverti par un proche parent d’un de ces malheureux étrangers. T ouché d’une action si barbare , il donna promptement ses ordres pour en faire informer. Le crime fut avéré, et Cot/cy assigné à comparoîlre devantles juges ordinairesdelacourduroi. 11 se présenta, mais sans vouloir répondre, sous prétexte qu’étant baron, il nepouvoit être jugé que par les pairs. On lui prouva que celte prérogative ne lui apparlenoit pas : il fut arrêté, et très-étroitement gardé dans là tour du Louvre, non par les pairs ou par les chevaliers, mais parles huissiers ou sergens d»i roi. Cette action derigucur étonna tous les baronsdelaFrance,laplupart parens ou alliés du coupable: ils commencèrent à craindre pour sa vie : LowzV vouloil la peine du talion; il s’en expliquoit ouvertement. Le monarque assembla son conseil,coinposé, dans celle circonstance; de tous les barons etde la jiliis grande noblesse du royaume. Coi/cy, interrogé par le roi meme, et presque convaincu, ne vit d’aulre

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2o4 sévérité.

moyen d’éviter sa eondamnalion, que de demander de pouvoir prendre conseil de ses paï ens, ce quifutaceordé. Alors, ce qui prouve bien lanohlessedueoupable, tous les barons se levèrent et sortirent avec lui. Quelque temps après, ils rentrèrent; et Coucy, à leur tête, nia le fait, offrant de s’en justifier parle duel.Mais ce moyen fut rejeté par le prince, qui le traita de monstrueux bri-

bloit oublier la qualité du criminel, pour ne sonj'er qu’à l’énormité de son crime. Plein decetle idée, il ordonne aux barons de reprendre leur place , et de donner leur avis. Alors il se fait un profond silence; aucun ne veut opiner ; tous se jettent aux pieds du monarque, pour demander «race. Co«c)'lui-mênie,prosterné .\ses f'enoux, et fondant en larmes, implore sa miséricorde. On peut juger de l’effet que produisitunescènesi touchanlesur un cœur comme celui de I.ouis; il insistoit néanmoins encore surlanéccssité depunir sévèrement une actionsi inhiimaine.Mais enfin n’espérantpliis obtenir le consentementde ses barons,ne croyant pas devoir mépriser les sollicitations de tous les grands de son état, content d’ailleurs de leurs soumissions etde celle d’un homme de la première qualité , il laisse tomber un regard sur lui : « Enguerraii,d, lui dit-il d’un ton do maître, sijesavois « certainementqucDieum’ordonnàtde vous faire mou- « rir , toute la France et notre parenté même ne vous « sauveroient pas.» Ces paroles , mêlées tout-à-la-fois de clémence eide sévérité, remirent le calme dans l’assemblée, qui ne demandoitque la vie du coupable. On alla ensuite aux opinions , qui furent tou tes pour un châtiment exemplaire. Coucy fut condamné à fonder trois chapelles où l’on diroit des messes à perpétuité pour les trois gentilshommes flamands; à donner à l’abbaye de Saint-Nicolas , le bois fatal où le crime avoit été commis; à perdre dans toutes ses terresledroitdehaute-justice et de garenne; à servir trojs ans à la Terre-Sainte, avec un certain nombre de chevaliers ; enfin , à payer doLu^e mille cinq cents livres d’amende , que le mo-

gandage; et cette mexoralile lermete fit trembler pour le malheureuxJEngi/errawii.Lesaint monarque convaincu que la justice doit être la première vertu des rois , sein-

Dt

narque se fit délivrer avant que de le mettre en liberté.

i5.Ausiégede Virtual, fait parle inaréchaUeÆ/'WJac, un ieune qcntl ihom me, nommé le Bâtardde Boissi, par une témérité dii^ne de son âge , part de sa troupe sans attendre aucun ordre, monte surla brèche, tire un coup d’arquebuse, et mettant l’épée à la main, s’y maintint quelque temps. Quelques-uns de ses com^jagnons , l’a-

Eercevant dans cedanger, courent à la brèche, y comattentavec valeur, etappellentlerestede l’armée, que lemaréchal fut obligé d’envoyer à leur secours.La place fut ainsi emportée après un combat furieux. Quelques jours après, le maréchal assembla l’armée,et il se plaignit delà désobéissacce des soldats qui, sans son ordre, avoient eu l’audace de monter à l’assaut. Il fit arrêter jBowji,qu’il remit lié et garotté entre les mains du prévôt. On le condamna à mort comme infracteur de ladiscipline militaire. Plusieurs officiers se jetèrent en vain aux genoux du général , pour obtenir sa grâce : il fut inflexible. On prononça la sentence au malheureuxjBowj£,etleprévôt alloit l’emmener au supplice, lorsque le maréchal lui ordonna de se retirer. Il fit alors approcher le coupable. .|[ Boissi, lui dit-il, ta vertu et ton courage, téméraire- « ment montrés à l’assaut deVigual, m’excitent à la pi- « tié. Ta faute est plutôt l’effet d’une valeur inconsidé- « rée,que d’un esprit de désobéissance : je té pardonne « en .cette considération, et en faveur de toute l’arfnée « qui m’en pi’ie ; et de mon côté , pour feeonnoîlrc l’in- « trépide courage qui t’a fait jeter à corps perdu dans la « brèche, je te donne celte chaîne d’or, que je te prie « de porter pour l’amour de moi : mon écuyer a ordre « de te remettre un cheval et des armes , avec Ics- « quelles tu servira» désormais auprès de moi. »

i6. Epaminondas fyànt tr^vé une sentinelle endormie , la perça de son épée ; et comme on lui repror.hoit cette sévérité , il répondit : « J’ai laissé cet « homme tel que je l’ai trouvé. » Le sommeil est l’image de, la mort. 4t

17. Pendant la guerre des Thébains contre lesLàcédémoniens,,ce mè^e général, obligé de retourner à Thèbes pour l’élection des magistrats, laissa le commande-

mentderarmée à sonfils, avec une défense expwssed^engager le combatà son absence 5 mais le jeune homme ne pouvant supporter les reproches de l’ennemi, oublia les ordres'de son père , attaqua les Spartiates , et 1 es défit entièrement étant de retour au camp , son fils

vint se présenter à lui, tout fier de sa victoire. Ce père inflexible le couronna d’abord comme vainqueur, elle fit ensuite mourir comme rebelle à ses ordres. - î 18. UewvperexxTAlexandre-Sévkre apprità Antioche ' que plusieurs officiers dépensoient leur bien en jeux et en festins ; il les fit mettre en {wison. Gettejuste sévérité excita une révolte parmi les troupes. L’empereur, sans s’étonner , monte sur son cheval ; et jetantsur les mutins un regard terrible , il les dégrade tous , puis, d’un Ion foudroyant , il leur ordonne de mettre bas les armes. Tous les soldats surpris , déconcertés , obéisent à l’ins^ tant , et l’empereur fit porter les armes et les drapeaux dans son palais , au milieu du peuple d’Antioche ; quelque temps après , il leur pardonna ; et il n’eut ensuite qu’à se louer de leur courage et de 'leur obéissance.^

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