‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 7 sur 169 · PATIENCE · texte numérisé non relu

PATIENCE

1. Le célèbre M. Domat,A\i milieu de ses plus grandes douleurs, disoit : « Dieu me fait la grâce de souf- « frir sans me plaindi'c; niais il me semble qu’un chré- « tien doit aller jusqu’à souffrir avec joie. »

2. S. jRo/uaqW, fondateur de l’ordre des Camaldules, résolu d’embrasser la vie d’ermite, se mit sous la conduite d’un pieux solitaire nommé Afariw.Cet homme ne comptoit pas la douceur parmi ses vertus ; et sa dureté étoit capable de rebuter un élève moins affermi dans sa vocation que ilo/naaZJ.Toutes les fois que son disciple faisoit quelque faute en lisant, l’impitoyable Marin lui donnoit un*grand coup de baguette sur la tête, du côté gauche. Rotnuald souffrit long-temps ce traitement rigoureux avec une patience héroïque. Enfin il dit im jour à Marin : « Mon maître , je suis presque devenu « sourd du côté gauche ; je vous prie d’avoir la bonté « de me frapper désormais dn côté droit. » S.Unedesqiïalitésles plus marquées de Socrate étoit une tranquillité d’ame que nul accident , nulle perte , nulleinjure,nulmauvaistraitementnepouvoientaltérer. On a ditquece philosopheétoitnatnrellementfongueux et emporté, et que la modération à laquelle il étoit parvenu , étoit l’effet de ses réflexions, et des efforts qu’il avoit fai pour se vaincre lui-même etpour se corriger.

11 avoit exigé de ses amis dePavertirquandilsle verroient

{irèsdese’mettreen colère. Au premier sigpal, il baissoit e ton,ou même se taisoit.Se senlantun jour de l’émotion contre un esclave: «Je te û'apperois, dit-il, si jen’étois en

« colère.» Une antre fois, ayant rern d’unhrnlal un vîgoiu’enxsou(îlet,il se contenta de dire en riant:«Ileslfàchonx de ne savoir pas quand il faiits’arnierd’iinca.sqne.»

Il trouva dans sa propre maison une ample carrière pour exercer sa patience dans toute son étendue ; et Jiantippe, son épouse , la mit aux plus nides épreuve.^ ]iar son humeur hizaiTC, emportée , violente^ 11 paroît qu'avant de la choisir pour compagne, il n’avoitpas ignoré son caractère. 11 disoit lui-même qu’il Tavoilprise exprès , persuadé que s’il venoit à bout de soufTi’ir scs emporlemens, il pourroit vivre avec les personnes les plus difficiles. Les li-ails suivans feront connoître que ce grand homme avoit parfaitement réussi dans son choix.

11 donnoit à souper à Euthidhme son ami. Tendant le repas , Xantippe lui chercha querelle , cria , teVnpêta, suivant l’usage -, se leva toute furieuse , et renversa les plats qui cloicnt sur la tal)le. Evthidème étonné de ce fracas , profiLoitdu bruit pour s’esquiver doucement par la porte , quand Socralp , le retenant ; « Ne vous troublez point, lui dit-il ; l’autre jour, que « je mangeois chez vous , une poule , en volant sur « la table , ne renversa-t-telle pas tout ? Nous n’en « fûmes cependant pas plus émus.» La tranquillité du mari melloit le comble à la fureur de l’épouse: «Tou- « jours, disoit-clle avec un ton de désespoir , toujours « il rentre à la maison avec le même air et le même « visage qu’il avoit en sortant. »

Un jour , pour l’outrager d’une manière sensible , elle lui arracha son manteau de dessus les épaules, au milieu de la rue , et le jetta dans la crotte. Les amis du sage luiconseilloient de sc venger sur-le-çhamp de celte épouse insolente, et de lui faire sentir une bofme fois qu’il portoit un bâton. « C’est-à-dire , messieurs , « répondit Socrate , qu’un mari et une femme aux « prises , seroienl pour vous en spectacle fort amu- « sant J mais je ne suis pas d’humeur de vous donner « la comédie à mes dépens. »

Une autrefois , après avoir long-temps supporté sans rien dire scs assauts de mauvaise humeur , et les lorrens d’injures qui les accompagnoienl , il sortit de

la maison pour laisser le champ libre .Vson inépuisable moitié, et s’assit devant sa porte. A’anz/ppe'', désespérée du pblçgme de son mari , monte à sa chambre , et , par la fenêtre , renverse sur la tête chauve du trop patient philosophe , un pot plein d’eau i

Ce n’^toit pas de l’eau de rose.

Mais de l’eau de quelque autre chose.

Les passans , témoins de l’aventure , en firent de grands éclats de rire. Socrate en rit aussi , et dit tranquillement : « Je m’y attendois bien j après le ton- « nerre vient la pluie. »

Alcibiade s’étonnoit qu’il pût résister aux cris éter-* nels de cette femme acariâtre. «J’y sTiis tellement ac- ^« coutnmé , répondit-il , que ses clameurs ne font « pas plus d’impression sur moi , que le bruit d’une « charrette. » C’est ainsi que , jusqu’il sa mort , ce grand philosophe souffrit en riant , et sans se plain- ' dre , les excès inouis de cette furie domestique , que • le Ciel scmbloit avoir formée pour exercer sa vertu.

l^.Alfonse V, roi d’Aragon, passoit devant Capoue avec son armée. Tout-.\-coiip un homme , ayant la mine d’un soldat , vient à lui comme un furieux , arrête d’abord son cheval par la bride , et se met ensuite h l’accabler d’injures. Le monarque eut la patience de l’écouter , et attendit qu’il eût déchargé toute sa mauvaise humeur ; puis il continua son chemin sans lui répondre un seul mot , et sans vouloir même le regarder.

5- Une dame vertueuse fut priée , par une de ses amies , dq, lui apprendre quels secrets elle avoit pour conserver les bonnes gr.ices de son mari : « C’est, lui' « dit-elle, en faisant tout ce qui lui plaît , et en souf- « frant patiemment , de sa part , tout ce qui ne me « plaît pas. »

6. Un jeune homme, après avoir été lélevé, pendant quelque temps, chez le philosophe Zénon, revint dans la tnaison paternelle : «Eh bien ! lui dit son père ,qu’as- « tu appris de bon chez ce philosophe ? — ■ Vous le « saurez bientôt , mon père , » réponditle jeunehomme ; et ensuite il se tut. Le père , irrité de son silence, et

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ïe prenant pouf un aveu tacite du peu de fruit qu'il avoit retiré de l'étude de la philosophie , se leva tout en colère: «Malheureux, lui dit-il, tu as donç perdu « ton temps ? C'est donc en vain que j'ai fait tant de « dépenses pour ton éducation ? » En même temps, il commença à le frapper rudement. Le jeune homme reçut avec soumission ce traitement cruel; et , lorsque la colère de son père se fut appaisée : « Voilà , lui dit- « il avec douceur , ce que j'ai appris à l’école de Zé- « non , à souffrir patiemment la colère et les*mauvais « traitemens de mon père. »

7. Le célèbre 5er#or/aj, voyant scs soldats découragés par la perte d’une bataille , les fit assembler , et commanda qn’on amenât, devant eux deux chevaux l’un vieux , maigre , défait , et d'une exü"ême foiblesse ; l’autre jeune , gras , vigoureux , et fort , remarquable sur-tout par la beauté de sa queue , et par la quantité de crins dont, elle étoit fournie. Auprès du cheval foible , il mit un homme grand et fort ; et , auprès du , cheval vigoureux, il mit un petit homme foible, et de mauvaise mine. Le signal étant donné , l’homme fort prit à deux mains la queue du cheval foible , et la tiroit a lui de toute sa force , comme pour l'arracher ; et lepetit homme foible se mit à arracher un à un les crins de là queue du cheval fort. Après que le premier eut pris beaucoup de peine inutilement , et qu’il eut bien Êiitrire tous les spectateurs, il renonça à son entreprise; mais le petit homme foible , sans aucun effort , fit bientôt voir la queue de son vigoureux cheval , topte nue , et dépouillée de ses crins. Alors Sertorius se levant dit : « Mes alfiés , vous voyez que la patience est « plus efficace que la force , et que la plupart des « choses dont on ne sauroit venir à bout tout à la fois',

« quelques efforts qu’on fasse , on les exécute sans « peine peuà,^eu. Ne vous laissez donc point abattre « par un mauvais succès ; soyez sûrs qu'en revenant « souvent à la èharge , votre persévérance vous fera '< enfin triompher. » Retenue. « :v>

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