‹ Dictionnaire historique d'éducation, où, sans donner de préceptes, on se propose d'exercer et d'enrichir toutes les facultés de l'ame et de l'esprit, ... Par m. Fillassier, des Académies royales d'Arras, de Toulose, de Lyon, de Marseille, etc. Tome premier troisième Tome troisièmeChapitre 8 sur 169 · PAUVRETÉ · texte numérisé non relu

PAUVRETÉ

i.T Jne honnête pauvreté, disoit Ca/on ,’ est mille fois préférable à des richesses acquises par des voies iniques : on plainfale pauvre ; on déteste le riche.

2. La fille de Themistocle étant recherchée en mariage , cet illustre Athénien préféra un honnête homme pauvre , à un riche dont la réputation étoit suspecte ; et il dit que, dans le choix d’un gendre, « il aimoit mieux « du mérite sans bien , que du bien sans mérite. »

3. Un homme de grande condition , et qui ne vouloit point être connu, vint avec beaucoup d’argent au désert de Scété , pour le faire distribuer aux solitaires. On lui répondit qu’ils n’en avoient pas besoin : mais t cet homme ne se contentant point de cette raison , jeta cet argent dans une corbeille qui étoit à l’entrée die l’église , et le prêtre dit’ensuite tout haut : « Que

« ceux qui en ont besoin en prenneht. » 11 n’y en eut pas un seul qui y voulût toucher ; plusieurs même détournèrent leurs regards , pour témoigner le mépris qu’ils faisoient de ce métal , vil objet des désirs de la plupart des hommes’. Alors le bon prêtre dit au riche :

« Dieu a reçu' votre offrande ; dislribuez-la aux véri- « tables indigens ; car , ponr nous , comme vous vo- « yez , il ne nous manque rien. »

4* Un grand seigneur , apportant de l’argent à un vieux solitaire lépreux , et accablé d’infirmités , lui dit :

« Je vous supplie , mon père , de recevoir cette petite « bagatelle pour satisfaire à vos besoins. — Eh ! quoi ?

« mon frère , répondit ce généreux anachorète , venez- « vous ici pour me ravir celui qui me nourrit depuis « plus de soixante ans , et qui, par sa miséricorde, a fait

< que , dans mon infirmité , je n’ai eu besoin de rien ? » 5.y^^OK-//afem, pieux et célèbre docteur musulman,

avoit embrassé par goût une vie très-pauvre et très-austère. Un jour un de ses amis lui demanda comment il pouvoil subsister ? « Le ciel et la teire , répondit-il ,

« sont les magasins et les trésors de la Providence: les

< hommes uc manquent jamais de rien, quand ils pui-

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« sent , avec confiance , dans ces soûrces fécondes de « h’cns. » '

' 6. Socrate s'étoit accoiilumé , de bonne heure , à une vie sobre , dure , laborieuse , sans laquelle il est rare qu’on soit en état de satisfaire à la plupart des devoirs d’un bon citoyen. 11 est difficile de porter plus loin qu’il le fit le mépris des richesses . ,el l’amour de la pauvreté. Il regardoit comme une perfection divine de n’avoir besoin de rien ; et il croyoit qu’on approchoit d’autant plus près de la Divinité , qu’on se contentoit de moins de choses. Voyant la pompe et l’appareil que le luxe étaloit dans de certaines cérémonies , et la quantité d’or et d’argent qu’on y portoit : « Que de « choses , disoit-il , en se félicitant lui-meme sur son « état; que de choses dont je n’ai pas besoin! » Quantis non egeo ! * >

7.11 est rare des voir de princes se livrer par goût à la pauvreté , et ne faire cas des richesses que pour les répandre dans le sein de l’indigence. C’est pourtant ce que fit Alcamkne , neuvième roi de Lacédémone. On lui demandoit pourquoi , avec tant de biens , il vivoit si pauvrement } « C’est , dit-il , parce qu’un, € homme riche a plus de gloire en vivant suivant la « raison , qu’en se laissant aller à sa cupidité. > -,

8. Philoxène de Cythère , poète fameux , ayant acquis de grandes richesses en Sicile, s’aperçut que le luxe et la mollesse , qui en sont inséparables , commençoient à le gagner : « Par tous les dieux ! dit-il , € perdons nos richesses , plutôt qu’elles ne nous per- « dent. » Aussitôt il renonça à tout ce qu’il possédoif, quitta’ la Sicile , et alla dans une agréable retraite , mettre ses mœurs en sûreté , sous les auspices d’une pauvreté volontaire. v"’. ■ vj.*'.;-;-.. f

q. Epaminondas, l’un des plus grands hommes de la Grèce , s’étoit livré par goût et par choix à l’amotir de la pauvreté; et jamais il ne fit aucun cés des richesses. Mais sa pauvreté même lui attiroit l’estime et la confiance des riches , et le mit en état de faire du bien a»ix autres. Quelqu’un de ses amis se trouvant fort à l’étroit', il l’envoya chez un des citoyens de Thèbes les plus opu-

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lens, avec ordre de lui demander, de sa part , mille cens. Celui-ci , étant venu chez lui pour s'informer du motif qui l'avoil porté à lui adresser cet ami : « C'est,

« lui répondit Epaimnondas, que cet homme de bien « est dan* le besoin , et que vous êtes riche. » \o.Ménénius-Af!;rippay\’nnAe& pluseélèbrescitoyens qui aient illustré Rome , après avoir été consul, après avoir reçu les honneursdu triomphe , mourut si pauvre, qu’il ne laissa pas de quoi fournir aux frais de ses funérailles. I.e public y suppléa.I.es tribuns ayant assemblé le peuple, firent î’élof^e du défunt, llsiacontèrcnttout ce qu'il avoit fait de grand , pendant la guerre et pendant la paix : ils élevèrent jusqu’au ciel ses rares qualités, son désintéressement, sa frugalité , sadroiture , son mépris pour les richesses, l'horreur infinie qu’il avoit surtout des usures et des profils cruels qui se tirent du sang des malheureux; et ils conclurent par représenter qu’il seroit honteux qu'un si grand homme fût privé , après sa mort, des honneurs qu’il méritoit, jiarce qu’il n’étoit point assez riche pour cire inhumé .selon son rang. Tous les particuliers se taxèrent par tête avec joie , ce qui fit une somme considérable. Le sénat , piqué d’une noble jalousie , regarda comme un affronl pour l’étal, qu’un homme de ce mérite fût enterré des aumônes des particuliers, etjugea qu’il étoit trop juste que le trésor publie en fît les frais. L’ordre fut donne sur-le-champ aux questeurs de n’épargner rien pour * donner la pompe funèbre de JMéiitnius , tout l’éclat et toute la magnificenre dignes de son rang et de sa vertu. Le peuple néanmoins , piqué à son tour d’émulation , refusa constamment de reprendre l’argent qu’il avoit donné , et que les questeurs lui vouloient rendre. Il en fit présent aux enfans de Ménénïus, de crainte que leur pauvreté ne les eng^ageàt dans des professions indignes du rangetde la gloire de leur père.

1 1 . Cal lias, Irè.s-proche parent à’ Aristide, et le ]dus opulent citoyen d’Athènes , fut appelé en jugenient. Son accusateur, insistant peu sur le fond de la cause , lui faisoit sur-tout un crime de ce que , riche comme il étoit, il ne rougissoit pas de laisser dans l’indigence le grand , le juste Aristide , avec sa femme et ses eu

fans. Caillas , voyant que ses reproches faisoient beaucoup d’impression sur l’esprit des juf'es , somma Aristide de venir déclarer devant eux , s’il n’éloU pas vi’ai qu’il lui avoit plusieurs fois présenté de grosses sommes d’argent , et l’avoit pressé avec instance de vouloir les accepter ; et s'il ne les avoit pas toujours constamment refusées , en lui répondant qu’il se ponvoit vanter à meilleur titre de sa pauvreté, que lui de son opulence ; que l’on pouvoit trouver assez de gens qui iisoieut bien de leurs richesses; mais qu’on en renconlroit peu qui portassent la pauvreté avec courage , et même avec joie ; et qu’il n’y avoit que ceux qui étoient pauvres malgré eux, ou par leur faute , pour avoir été paresseux, intempérans, prodigues, déréglés , qui pussent eu rougir. Aristide avoua que tout ce que son parent venoil de dire étoitvrai; et il ajouta qu’une disposition d’arae, qui retranche tout désir des choses superllues, et qui reserre les besoins de la vie dans les bornes les plus étroites, outre qu’elle délivre de mille soins importuns, et laisse une liberté entière de ne s’occuper que des affaires publiques, ap])rochc encore, en quelque sortCrJ 'homme vertueux de laDivinité même, qui est sans soins et sans besoins. Il n’y etit personne dans l’assemblée qui n’en sortît avec cette pensée et ce sentimentintérieur, qu’il eût mieux aimé èXre Aristide avec sa pauvreté, qweCallias avec'toules ses richesses.

Ainsi la vertu favorite de cet austère Athénien étoitelle ce noble et généreux désintéressement qui fait regarder les biens périssabl es, dont la fortune dispose <à son gré, comme une possession incommode et dangereuse; et quoique ce grand homme eût été revêtu des premières charges de la république; quoiqu’ileûtmaniéles finances avec une autorité absolue, il mourut pauvre, et ne laissa pas même de quoi se faire enterrer. 11 fallut que l'état fit les frais de ses funérailles , et se chai’geàt défaire subsister sa famille. Seslillesfiirentm.ariées', et 2.y^j//na<7i/espufilsfutentretenu auxdéjîcnsdu prytanée, qui assigna aussi .à la fille de ce dernier, après sa mort, le même entretien qu’on donnoit à ceux qui avoient vaincu aux jeux olympiques. Voyez Médiocrité.

penétratioin:.

1. N particulier, fort connu à la cour à’jHfonse Vy roi d'Aragon, étantvenuàse brouiller avec un seigneur, eft disoit pourtant du bien toutes les fois qu'il en parloit ; ce qui étonnoiCd'autant plus les gens qui i'éooutoicnt, qu'on savoit l'extrême inimitié qu'il portoit à cette personne. Le monarque , dont la vue étoit plus perçante que celle des autres , regarda toutes ces louangescomme très-suspectes. Bien loin de s’y fier, il fit venir secrètement tous ceux de sa cour qui les avoient entendues,* pour leur dire que cet homme-l.\ tramoit à coup sûr quelque trahison contre son ennemi, -et que toute sa douceur apparente n'ëtoit qu’une ruse pour le perdre plus sûrement. Il ne se trompoit pas , et ce qu'il avoit prédit ne tarda guère à arriver. Six mois après , ce fourbe , croyant qu’il étoit temps d’exécuter sou dessein , accusa le seigneur , son ennemi , d’un crime dont il ne trouvoit point coupable , et commença à le poursuivre en justice. Alfonse , qui s'éloit attendu à ce procédé injuste , dit alors qu’il vouloit qu’on mît l'accusé hors de cour, et qu’il fût déchargé du crime qu’on lui avoit faussement imputé. Il fit ensuite venir l'accusateur ; et , lui ayant fait les reproches qu'il méritoit , il lui ordonna d’aller promptement trouver le criminel prétendu , et de Iru faire humblement des excuses devant tout le monde.

, 2,. Laurent deMédécis avoit une si grande pénétrât i on, que deux citoyens très-connus dansFlorence,qui s’accusoient mutuellement d'un ved de quelle argent, ayant comparu devant lui, il se contenta de les envisager, et, dans le moment , désigna le coupable. Comme il prévoyoit souvent ce qui devoit arriver , il prenoit presque toujovfrsdes mesures si justes, que Févénemenl lui étoit communément ou favorable, ou peunuisible- Il étoit encore fort jeune, lorsqu’ilsauva la vie kPierredeMëdicis son père , par un sage conseil qu'il lui donna. Il s'étoit formé une conspiration contre ce prinçe jet mi elques-uns

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