CONSCIENCE
1 . l^ N homme ne pouvant obtenir de son rapporteur qu'il Texpédiât , s'avisa de lui dire que son procès le regardoit autant que lui-même. «Comment, dit le rap- « porteur ? Ai-je quelque intérêt à votre procès ? — <c JPIus que moi-même, ajouta le client; car il ne s'agit « pour moi que de mon intérêt, et pour vous de votre fc conscience. » Cette réflexion frappa le juge , qui , peu de jours après , termina cette affaire.
2. Un homme condamné , poiu: vol domestique, à être pendu dans le village de la Marche , du ressort de Bar-sur- Aube , fut remis entre les mains de quatre archers, pour être conduit à Paris , par appel de son jiigement. Au village de Guine-la-Putain , le condamné trouva le moyen de se dérober à la vigilance de ses gardes, qui, quelques recherches qu'ils fissent, ne purent découvrir le lieu de sa retraite. Les archers, arrivés à Paris sans leur prisonnier , sont écroués à la requête du procureur-général , qui les en rendoit responsables. On alloit travailler à leur procès , lorsque lo criminel , ne pouvant étouffer les remords de sa conscience , se détermine à les délivrer aux dépens de sa vie , et , pour cet effet , à venir se constituer dans les prisons de la capitale. Qand il fut à la çorle
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Saint- Antoine , il demande le chemin de la Conciergerie : il se présente enfin an guichetier , qui lui reftise l'entrée , et le traite d^insensé , attendu qu'il n^y avoit pas de jni^ement rendu contre lui. Alors ce malheureux lui déclare la nature de son crime , et la manière dont il s'est tire dVntre les mains de ses gardes. Sur cette déposition , et sur la preuve pariante de son évasion , on lui fit la grâce de Temprisomier 5 et les archers lui avant été confrontés , il avoua tout son délits et fut reconnu pour Thomme qui leur avoit échappé. Cette action de probité, d^autant plus étonnante qn^elle partoit d^un homme qui devoit en paroître incapable , fut rapportée à M. le duc d'Orléans, régent du royaume. Elle toucha ce grand prince, qui donna la grâce du criminel , et une somme d'argent pour lui faire reprendre le chemin de son pays. 3. La conscience est pour les méchans un bourreau sans cesse armé de remords, et qui , dans tous les instans de la vie, fait sentir au scélérat combien ses traits sont poignans. Alexandre ^ tyran de Phères en Thessalie , peut fournir un terrible exemple de cette vérité. Cet homme féroce , cruel et sanguinaire , assistoit un jour à la représentation d'Erope , tragédie de Théodore. Pendant la scène la plus tendre , il sentit ses yeux se baigner de larmes : il entendit au fond de son cœur ce cri de la nature , qui lui reprôchoit sa barbare inhumanité. Livré tout-à-coup aux plus tristes pensées , il se lève , il se retire, il fuit la compagnie des hommes. Le lendemain , rencontrant Théoaore,i] le fait approcher 5 et se condamnant lui-même, malgré lui : « Excusez-moi , lui dit-il, si j'ai quitté si « brusquement le théâtre ; ce n'est point par mépris, « ni pour vous otTenser ; mais je n'ai pu m'empêcher « 8e rougir de ce qu'un acteur pou voit m 'inspirer de « la pitié, à moi qui n'en ai jamais eu pour mes con- « citoyens, pour mes sujets.» f^oyez Componction , Remords , Repentir.
CONSEIL. l3