‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 12 sur 130 · CONSEIL · texte numérisé non relu

CONSEIL

i.LlÉMÉTRius de Phalère, exilé d'Atli/ïnes , avoit trouvé auprès du roi d'Egypte , Ftolémée-Phileulelphe^ un asile glorieux ; et ce prince le mit an nombre. de SCS amis les plus intimes. Il méri toit cette faveur par ses vertus , et les sages avis qu'il donnoit au monarque. Ce qu'il lui recommandoit sans cesse , c eloit de lire avec soyi les livres qui enseignoient le grand art de régner. «Vous y trouverez , lui disoit-il^ des cou- « seils c[ue vos plus grands amis n'oseroient jamais t vous donner. »

2. Ne jugeons pas toujours de la bonté d'un conseil par révénement : c'étoit la maxime de Phocion. Cet

• Athénien avoit donné «\ ses concitoyens un avis qui n'avoit point été goûté. L^affaire cependant , qui avoit passé contre son opinion , eut un succès favorable. « Eh bien , Phocion , lui dit quelqu'un , cs-tu content « que la chose aille si bien? — Je m'en réjouis , rcpon- « dit-il 5 mais je ne me repens pas de <îe que j'ai dit. »

3. Un jeune abbé , qui avoit du talent pour la chaire, demanda un jour h. Despréaux ce qxx'W fa Uoit qu'il fit pour apprendre à bien prêcher. Le satirique lui conseilla d'aller entendre le P. Bourduloue , et l'abbé Cotin y si impitoyablement ridiculisé dans ses vers. Le consultant surpris de voir mettre en parallèle l'abbé Cotin et Bourdaloue , s'écria : « Mais , monsieur , t comment l'entendez-vous Pet que puis-je apprendre « aux sermons de l'abbé Cotin ?— Il faut j>ourtant que '< vous Pentendiez , répliqua Despréaux.helP. Bour- « daloue vous apprendra ce qu'il, faut faire ; et l'abbé Colin , ce qu'il faut éviter. »

4. Les Samnites , ces infatigables ennemis de la puissance romaine , avoient enfermé les lc*;ions de la répii]>liqiie dans un détilé appelé iesFovrgcs caudines; ot ils délibéroient entre eux sur la manière dont il^ iLseroicnt de leur fortune. Héren?iius , vieillard qu^

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son âge et Sa profonde sagesse rendoient vénérable , leur conseilla de laisser aller les Romains en liberté , sans leur faire aucun mal , mais cet avis fut aussitôt rejeté Le lendemain on le consulta encore sur le même sujet : « 11 faut les massacrer tous sans exception, » répondit-il. Les Samnites , étonnés de la prodigieuse différence qu^il y avoit entre ces deux avis , lui en demandèrent la raison. « 11 faut , dit Hérennius , vous « attacher les Romains par un bienfait insigne et im- « portant , ou les affoiblir entièrement par une perte « irréparable. » Les Saninites ne le crurent pas : ils voulurent prendre un milieu , et firent passer les Romais sous le joug 5 mais ils s'aperçurent bientôt que cet affront n^avoit fait qu'irriter le courage de ces guei> riers redoutables ; et quelque temps après , ils éprouvèrent à leur tour Pignominie dont ils avoient couvert les troupes ennemies.

5. Charles-Quirit ayant formé le siège d'Alger , en i54i y s^aperçut bientôt des obstacles sans nomore qui s'opposoient au succès de ses armes. Incertain de réus- . sir par la force , il a recours à Partifice : il envoie aa vieil eunuque Hascen , gouverneur de la place , uu gentilhomme adroit et très-éloquent, qui n'oublie rien pour l'intimider, ou pour le corrompre. Après qu'il a cessé de parler , le brave gouverneur le renvoie , en lui disant : «C'est être fou que de se mêler de conseil- « 1er son ennei||i 5 mais c'est être encore plus fou que « de s'arrêter aux conseils qu'un ennemi donne. »

6. Un satrape de Carie écrivit au philosophe Hippocratide , pour lui demander conseil sur une affaire qui ' le touchoitde près. « Un homme , lui marquoit-il , sa- « chant qu'on me tendoit des embûches ,n'a osé me le « découvrir , craignant le ressentiment des conjurjés. « Que dois-je lui faire ? » Hippocratide lui répondit ^' « Si cet homme a reçu de vous quelques bienfaits , - « faites-le mourir , comme coupable d'une lïoirc ingra- « titude ; sinon , chassez-le de votre province , comme * « un lâche qui n'ose être vertueux. » iv

7. Le fameux Esope ^fkché du mauvais accueil que Crépus y son protecteur, avoit fait à Selon , dit à ce phi-

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osoplie y par forme d^avis : « Solon , il faut, ou n'ap- « procher point du tout des rois, ou ne leur dire que « des choses agréables. — Dites plutôt, répondit So^ « Ion y qu'il faut ou ne les point approcher , ou leur « dire des choses qui leur soient" utiles. »

8. Xerxès , roi de Perse , étant sur le point d^entreprendre sa grande expédition contre la Grèce , voulut prendre Tavis de son conseil. Par son ordre , tous les grands du royaume s'assemblèrent , et le monarque leur proposa son ^dessein. Ses motifs étoient le désir d'imiter ses prédécesseurs , qui tous avoient illustré leur nom et leur règne par de nobles entreprises ; l'obligation ou il étoit de punir Tinsolence des Athéniens , qui avoient osé attaquer Sardes ,^ et Pavoient réduite en cendres 5 Tespérance des grands avantages qu'on pourroit retirer de cette guerre , qui entraîneroit après elle la conquête de TEurope , le plus riche et le plus fertile pays qui fut dans Punivers. Il ajoutoit que cette guerre, avoit déjà été résolue par son père Darius ', dont il ne faisoit que suivre et exécuter les intentions ; et il finit en promettant de grandes récompenses à ceux qui s'y distingueroient par leur bravoure. Mardoniusy seigneur ambitieux , et qui désiroit extrêmementd'avoir le commandement des troupes, parla le premier. Il commença par éXeyev Xerxès au-dessus de tous les rois qui l'avoient précédé , et de tous ceux qui dévoient le suivre. Il montra Tindispensable nécessité de venger l'injure faite au nom persan. 11 décria les Grecs, comme des peuples lâches et timides, sans courage , sans force , sans expérience dans la guerre. Il en apporta pour preuve la conquête qua lui-même avoit faite de la Macédoine , qu'il exagéra avec des termes pleins de fastes et de vanité , montrant qu'il n'avoit trouvé auciuie résistance. Il ne craignoit pas d'assurer qu'aucun peuple de la Grèce n'oseroit venir à la rencontre de Xerxès , qiii marchoit avec toutes les forces de T Asie , et que , s'ils avoient la témérité de se présenter devant lui , ils ajppréndroient à leurs dépens que les Perses étoient le peuple de la terjre le plus guerrier et le çlu& couTtDL^aws..

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Ce discours flatteur, bien capable d'aveugler le monarque, parce qn'ilét'oit conforme à son goût, ferma la bouche à tous ceux qui composoient le conseil. Dans ce silence général , Artahane , oncle de Xerxes , prince recommandable par son âge et par sa prudence , eut le courage de prendre la parole. « Grand roi , dit-il , en « s'adressant au souverain 5 souffrez que je vous dise ici « mon sentiment avec la liberté quicbnvientàmonâge « et à vos intérêts^ Quand Darius , votre père et mon « frcte(^oj*ez Zèle), songea à porter la guerre contre « les Scythes ,îe fis tout mon possible pour Ten détour- « ner. Vous savez ce que wii coûta cette entreprise , et « quel en fut le succès. Les peuples que vous allez a tta- « quer sont infiniment plus à craindre que les Scythes. « Les Grées passent pour être j et sur terre et sur mer, « les meilleurs guerriers du monde. Si les Athéniens « seuls on pu défaire Parmée nombreuse commandée « parDa/w et i^tiT Artapherne , qiie faut-il attendre de « tous les peuples de la Grèce rémiis ensemble? Vous « songez à passer d'Asie en Europe, en jetant un pont « sur la mer. Eh ! que deviendrons-nous ,si les Àthé- « niens vainqueurs font avancer leur flotte vers ce pont, « et le rompent ? Je tremble encore ^ quand je pense « que, dansrexpéditiondeScythie,onfit dépendre la « vie du roi votre père , et le salut de toute Tarmée , « de la bonne foi d'un seul homme , et que , shHystice « le Milésien , eût , comme on Vy exhorta fortement , « rompu le pont qu'on avoit jeté sus le Danube, c^'ert « étoitfait de Tempire persan. Ne vous exposez point , « seigneur, à un pareil danger, d'autant plus que rien « ne vous y oblige. Prenez du temps pour y réfléchir. « Quand on a délibéré mûiementsur un affaire, quel « qu'en soit le succès, on n'a rien à se reprocher. La pré- « cipitation , outre qu'elle est imprudente , est presque « toujours malheureuse , et suivie de funestes effets. « Sur-tout, grand prince , ne vous laissez point éblouir « ni par le vain éclat d'une gloire imaginaire , ni par le « pompeux appareil de vos troupes. Ce sont les arbres « les plus élevés qui ont le plus à craindre de la foudre « Gomme Dieu seul est grand, il est ennemi de por-

« g[ueil ; il se plaît à abaisser tout ce qiii s^élève ; et « souvent les plus nombreuses armées fuient devant « ime poignée d'hommes , parce qu^il remplit ceux-ci m de courage , et jette la terreur parmi les autres. »

Apnîs qvx'Artabane eut ainsi parlé a u roi^il se retourna YCTsMardonius , et lui reprocha le peu de sincérité ou de jugement qu'il avoit fait paroître , en donnant au monarque une idée des Grecs entièrement contraire à .la vérité , et le tort extrême qu'il avoit de vouloir engager témérairement les Perses dans une guerre , qu'il ne souhaitoit que par des vues d'intérêt et d'ambition. « Au reste , ajouta-t-il, si l'on conclut pour la « guerre , que le roi , dont la vie nous est chère , de- « meure en Perse ; et, pour vous , puisque vous le « désirez si fortement , marchez à la tête des armées « les plus nombreuses que vous aiu-ez pu amasser. « Cependant, qu'on mette quelque part en dépôt vos « enfans et les miens, pour répondre du succès de la « guerre. S'il est favorable , je consens que mes en- « fans soient mis à mort ; mais , s'il est tel que je le « prévois , je demande que vos enfans , et vous-même , « a votre retoiu* , soyez traités comme le mérite le « téméraire conseil que vous donnez à votre maître. »

Xerocèsjqm n'étoit pas accoutumé à se voir contredire de la sorte , entra en fureur. « Remerciez les « dieux , dit-il à Artabane , dd^B que vous êtes le «frère de mon père, sans quoi ^ra porteriez dans le ♦ moment même la juste peine de votre audace. Mais «je vous en piuiirai autrement , en vous laissant ici « parmi les femmes , à qui vous ressemblez par votre « lâche timidité , tandis qu'à la tête de mes troupes , « je marcherai où mon devoir et la gloire m'appellent.»

Le discours à' Artabane étoit très-mesuré et trèsrespectueux : ceçeiiAdiVXXerxès en fut extrêmement choqué. C'est le malheur des princes gâtés par la flatterie , de trouver sec et austère tout ce qui est sincère et ingénu, et de traiter de hardiesse séditieuse , tout conseil libre et généreux. Ils ne font pas réflexion qu'un homme de bien même n'ose jamais leur dire toi^t ce qu'il pense , ni leur découvrir la \én\.é Tome II. B

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toute entière , sur-tout dans les choses qui peuvent leur être désagréables : ils oublient que leur plus pressant besoin est de trouver un ami sincère et lidelle qui ne leu^ cache rien. Un prince doit se croire trop heureux^ quand il naît un seul homme, sous son règne , avec cette générosité , qui est le plus précieux trésor de Tétat, et, s^il est permis de s^expriraer ainsi , l'instrument de la royauté le plus nécessaire et le plus rare. Xerœès le reconnut dans l'occasion dont il s^agit. Quand son premier emportement de colère fut passé , et que la nuit lui eut laissé le loisir de faire réflexion Sur les deux différens avis qu'on lui avoit donnés , il reconnut quUl avoit eu tort de maltraiter de paroles son oncle ; et il ne rougit pas de réparer sa faute le lendemain en plein conseil , avouant nettement que le feu de la jeunesse et son peu d'expérience , Tavoient fait manquer à ce qu'il devoit à un prince aussi respectable qxi'Artabane , et par son âge , et par sa sagesse ; qu'il lui en demandoit pardon , et qu'il le supplioit de lui continuer ses bonnes grâces. Tous ceux qui composoient le conseil furent ravis d'entendre ce discours •, ils témoignèrent leur joie en se prosterïiant tous devant le monarque , et relevant à l'cnvi la

{{Joire de cette démarche. Cet aveu si sincère, loin de Qur paroître uiu^fi|tt>lesse dans Xerxès , fut regardé comme l'effort j^Bè grande ame , qui s'élève audessus de ses proj^R fautes , en les avouant avec courage , pour les réparer.

Artabane récompensa celte action de son neveu , en lui donnant en particulier une nouvelle preuve de sa sincérité. « Prince , lui dit-il , la première qualité « d'un roi est de bien penser par soi-même , et de se « rendre docile aux bons avis d'un autre. Vous la « possédez, -Yericè^ ; et si vous suiviez votre hpureux « naturel, vous ne vous porteriez qu'à des actes de sa- « gesse et de modération. Il n'y a que les discours « empoisonnés des flatteurs qui vous poussent à des « partis violens ; comme la mer, tranquille par elle- « même , n'est troublée que par une impression « étrangère. Au reste , ce qui m'a affligé daus ce que

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t VDuis m^avfez dit, n^a pas été mon injure persoftnell^^ K< mais le tort que vous vous faisiez à vous-même ^ par « vôtre mauvais choix eplre les deux conseils qu'on iK vous dontîoit , rejetant celui qui vous porloit à des H seniimens de modération et d'équité ^ et embrassant « Pautre , qui ne tendoit , au contraire , qu'à nourrir l'orgueil 5 et à irritelr TambitioUk

Q. Henri i/^, avant que d'être élève isur le trône de la France , vouloit épouser la comtesse de Guiche sa maîtresse. Il demanda à Théodore-A grippa ^'^wèzg-W son avis sur ce mariage. Il le prévint, en lui marquant la grande envie qu'il avoit de prendre ce parti. 11 lui allégua ^exemple de plusieurs princes qui avoient fait leur bonheur en épousiant des femmes qu'ils aimoient, quoique aii-dessous d'eux par leur condition: il nomma ati contraire , plusieurs souverains qui , s'étaiit mariés par politique , avoient fait des alliances ruineuses à leurs états ; enfin il en dit assez pour déterminer d'Auhi^né à lui donner un conseil conforme à son inclination; Mais d'Aubigné prit .hardiment le contre-pied. «Rien, dit-il à ce pnnce, ri^est si mépri- « sable <Jue ces courtisans qui s'appuient des histoi- ^ res que votre majesté a rapportées^ afin d'autoriser « la passion condamnable de leur maître. Ces exem- « pics ne peuvent point vous convenir , sire. Ces « princes Jôuissoient tranquillement de letirs états : « ils n^avoieht point denneniis sur les bras \ ils n'é- « toient point, sire , errans comme vous> qui ne con- « servez votre vie et ne soutenez votre fortune que « par votre vertu et votre renommée. Vous devez aux « Français de grandes actions ,.de beaux exemples. €f Je ne vous impute poiiit la lecture de ceux que <3f vous avez cités : ils vous ont été fournis par des «•conseillers infidelles , qui ont voulu nourrir votre « passion. Je ne prétends point que vous y renonciez t tout-à-coup. Je sais , par mon expérience , combien « coûtent de pareils sacrifices. Mais enfin conduisez- « vous en roi : soyez roi , ou rien. Rendez-vous assidu « dans votre conseil , que vous abhorrez ; consacrées «t plus de temps aux aSaîres nécessaires , e\. wéi^v^'^-

« les à vos plaisirs. Le duc d'Alençon est mort ; vous « n^avez pins qu^un pas à faire pour monter sur le « trône. Si vous devenez Tépoux de votre maîtresse , « le mépris que vous ferez rejaillir sur votre personne « vous en fermera le chemin sans ressoiu'ce. Quand « vous aurez subjugué le cœur des Français par vos « grandes actions , et que vous aurez mis votre vie et « votre fortune à Tabri , vous pourrez alors imiter , « si vous le voulez , lés exemples que vous alléguez. » Quelle liberté ! quelle dure sincérité ! Henri remercia cependant ^'^wizg^n^ de son conseil, et lui donna plus d^une preuve.de sa tendre affection. Quelle générosité dauslc sujet ! Quel le grandeur d'ame dans le monarque !

10. Pendant qu^^/i^ome, épris des charmes dangereux de Cléopâtre , se laissoit amollir par les délices de V A&ie ^ Auguste ^ aigri contre ce rival, se préparoil à lui faire la guerre. Lés amis à' Antoine ^ qui étoient à Rome , lui députèrent Géminius , pour ^instruire des dispositions de son collègue , et Vengager à se réconcilier avec cet homme jaloux de sa grandeur. Le triumvir reçut très-bien Géminius , et Pinvita même à un festin magnifique , où se trouva la rfeine d'Egypte, armée de seis funestes attraits. Au milieu du repas , Antoine pressa l'ambassadeur de lui dire le sujet de son arrivée. «Seigneur, lui répondit Ge/wimW, ce heu « n'est pas propre à traiter des affaires sérieuses ; et « vous-même n'êtes pas en état de m'entendre. Ce- « pendant je vois qu'il faut vous obéir ; je vais le faire « en deux mots : Mon général , quittez Cléopâtre , « rompez avec cette princesse , et tout ira bien,. » .

1 1 . Darius , roi de Perse , ayant déclaré la guerre aux Scythes , entra dans leur pays à la tête d'une armée nombreuse , capable d'effrayer tout autre peuple que ces Barbares fameux. Ils ne répondirent aux vives poursuites du monarque ennemi , qiié par uiie fuite plus vive encore. Ils vouloient affamer, épuiser, ruiner ses formidables bataillons. Ils en vinrent à î)out ; et bientôt cette armée si belle , si florissante , n'offrit plus aux regards étonnés que d'infortunés restes échappés aux maladies , aux fatigues > à l'hor-

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Teur de la famiiie. Dans cette triste circonsfenre , le roi des Scythes envoya des ambassadeurs qui présentèrent à Darius y de la part de leur maître , un oiseau , im rat , une grenouille et cinq flèches. L^orgueil interpréta cette offrande à sa manière; mais Gobrias , seigneur persan , plus célèbre encore par sa profonde sagesse que par sa haute naissance, en donna une cxpli* cation bien différente. «Prince, dit-il au monarque , i< les Scythes veulent vous faire entendre que si vous « ne vous envolez comme un oiiseau , si vous ne vous « cachez sous la terre comme un rat, si vous ne sautez « dans les marais comme une grenouille , vous se- « rez percé de leurs flèches. Croyez-moi, seigneur, fii- « yons une contrée quipourroit devenir notre tombeau: « retournons dans la Perse. » Darius goûta cet avis et s'empressa de le suivre.

12- Cynéa^ y ministre de Pyrrhus , roi d'Epirc , voyant que ce prince, avide de conquêtes , se préparoit, avec beaucoup d'ardeur , à porter la guerre en Italie, et n'ignorant pas les dangers de cette expédition , employa toute la souplesse de son esprit pour le détourner de ce dessein. « Vous connoissez , lui dit-il , le « courage des Romains, leurs exploits, leur puissance. « Si les dieux vous en rendent victorieux , que comptez- « vous faire } — Vainqueur des Romains , je m'empare « de l'Italie , et de là je passe en Sicile. ^- Apres la « conquête de la Sicile , où portez-vous la terreur de « vos armes? — En Afrique , et, ce pays une foissou- « mis , il n'y a pliis rien qui puisse nous résister. — « Mais après tant de victoires , après cette foule de « conquêtes , que ferez-vous , seigneur ? — Alors , mon « cher Cynéas , i.ous n'aurons qu'à nous réjouir ; tous « nos jours seront des fêtes.— Eh! grand roi, qui vous « empêche de vous réjouir dès à présent , sans sortir « de l'Epire , sans essuyer de dangers ! N'êtes-vous « pas assez puissant et assez riche ? » Ainsi le philosophe Cynéas faisoit sentir à Pyrrhus la folie de ses projets , et apprenoit en même temps à tous les hommes à se défier de cette inquiétude naturelle , qui les fait chercher bien loin, et au travers de mille dan-

gers , nn bonheixr qu^ils ont sous la main. La manie Ai^ roi d'Epire le précipita dans une foule de disgrâce», et ruina sa puissance. Si les dieux de la terre savoient mieux régler Paveugle ambition qui les transporte , l'univers seroit plus paisible: il y auroit moins dehé^os et plus d'heureux.

\Z,Antigone , roi de Macédoine, consultoit le phi-i losophe Ménédhme y pour savoir s^il devoit se trouver à certaine partie de débauche. Le sage , pour toAite réponse , lui dit : « Seigneur vous êtes roi. ».

14. Théodose-le-Grana ayant fait proclamer augustei Honorius son second fils y embrassa le jeune César avec tendresse , et lui donna ces conseils qui peuvent servir à tous ceux qui commandent : «Mon fils*, si « vous étiez destiné àrégnersurlesPerses^vous n'au- « riez besoin qued^être h^wà'Artuxerxèsj pour por- « ter le diadème. Mais celui dont je viens d'orner voire «lête, exige un titre supérieur à la naissance ; c^est « la vertu. Pour bien régner sur les autres , il faut « savoir régner sur soi-même. C^est un devoir com- « mun à tous les hommes, il est vrai : mais vous devez « apprendre pour Punivers , ce que les particuliers « n apprennent que pour eux, Vous serez esclave sous « la pourpre , si les pissions vous tyrannisent. Com-^ « bien il est difficile a un prince de les maîtriser ! La « facîilité de les satisfaire , leur prête battrait le phia a dangereux. Elles font courir les autres hommes ver& « les objets de sédu,ction ; mais elles viennent les offrir <( aux princes; elles les amènent au pied de leur trone^ « Ils peuvent tout ce qu'ils veulent. Songez donc à « régler tous vos désirs : songez que vous allez être « placé sur un tliéàtre éclatant de lumière , en vue à « toutes les nations du monde , environné de regards « perçans , qui pénétreront jusques dans votre cceur ; « et ne comptez pa^ que la renommée vous fasse au^ « cune grâce. Soyez clément comme Dic.u même > « prudent sans défiance , vrai et sincère. Faites le biei\ « que vous so'ihaitez qu*on dise de vous., sans vous in-^ « quiéter si l'on vous rend justice. L'amour de vos su-b « jets sera votre garde la plus sûre:m[éfitez4'ét]r^aip^

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