‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 130 sur 130 · ÉCONOMIE · texte numérisé non relu

ÉCONOMIE

1 . vJn roi de France , visitant le palais de son maîtred'hôtel, lui dit qu'il le trouvoit fort beau, et très-bien bâti 5 mais qu'il y avoit un grand défaut , selon lui : c'est que sa cuisine, étoit trop petite , et qu'elle-nfe répondoit pas à la grandeur et à la magnificence de ce bâtiment. Votre majesté ne doit pas s'en étonner, ré- « pondit-il ; c'est précisément la petitesse de ma cui- « sine , qui m'a mis en état d'agrandir ma mai^n. » 2. Julien l'apostat, étant parvenu à l'empire , fit de grands changemens dans le gouvernement. Il reforma sur-tout le nombre des domestiques inutiles , dont le palais étoit rempli. On y comptoit mille officiers de cuisine, autant de barbiers, beaucoup plus d'échansons : pour les eunuque8,iln'étoit pas possible de les compter. En donnant une somme d'argent, on de venoit officier et pensionnaire de l'empereur , dont la maison servoit d'asile à l'oisiveté , et dont les revenu» s'épuisoient à nourrir des fainéans qui fouloient le peuple sans servir le prince. Julien , ayant demandé un barbier pour lui faire les cheveux, il en vint un si magnifiquement vêtu, que ce prince lui dit d'un air étonné : «Ce m n'est pas un sénateur que je demande ; c'est un « barbier, » Il questionna cet homme , et apprît que son emploi lui valoit par jour vingt rations de pain et de quoi nourrir vingt chevaux,une grosse pension annuelle*

5o4 OPINION.

les preuves les plus convaincantes. Celui-ci , un peu pique , lui répondit : « A la bonne heure ! faites donc « toujours des Guides , et non des Mignards, »

2. Il n'est que trop ordinaire d'estimer \es gens à proportion des richesses , ou , comme dit un poète satirique , des vertus qu'ils ont dans leurs coffres. Quand Jjùuis XIV{\\ son entrée à Strasbourg , les Suisses lui envovèient des députés. Un archevêque , qui étoil auprès du roi, ayant vu , parmi ces députés , léveque de Basle , dit à son voisin : «C'est quelque miséraLle « apparemment que cet évêque ? — Comment ! lui re- ^

% pondit-il , il a cent mille livres de rente Oh ! oh!

« dit l'archevêque , c'est donc un honnête homme;* ' et il lui fit mille caresses.

^ 3. Quand les Fables de/yûMo^Aeparurent, bien des personnes affectoient d'en dire du mal. Dans un souper au Temple, chez le prince de f^endôme,\e célèbre\abbé àeChaulieu ;. l'évêque deLuçon, fils du célèbre Bussi- Rabutin;un ancien ami de La Chapelle , plein d'esprit et de goût ^ l'abbé Cour tin , et d'autres bons juges des ouvrages s'égayoient aux dépens du nouveau fabuliste. \^ei^vmeedeVendômee\.\e(^ew2X\erdeBouilloneiiQh& rissoient sur eux tous. On accabloit le pauvi^e auteur. M. de Voltaire y qui se trouvoit à ce souper , leur dit : « Messieurs j vous avez tous raison , vous jugez avec « connoissance de cause ; quelle différence du style de « La Mothe à celui de La Fontaine ! avez-vous vu la « dernière édition des Fables de ce charmant auteur } « — Non , dirent-il. — Quoi ! vous ne connoissez pas « cette belle fable qu'on a trouvée parmi les papiers « de madame la duchesse de Bouillon ?» Il leur récita la fable. Ils la trouvèrent charmante , ils s'extasioient. « Voilà duLajPb'7^/a^V^e/disoient-ils;c'estIanatureplu•e: « quelle naïveté ! quelle grâce ! — Messieurs , leur ré- « pondit le lecteur, cette fable est de La Mo the.y> Alors ils la luifircntrépéter5Ctlatrouvèrentdétestable.Mais cette anecdote , que rapporte M.^e /^oZ/a/re lui-même^ ne prouve pas que LaMothe puisse être comparé à La Fontaine; et ce n'est pas la simple opinion qui a élevé ^«'elui-ci sifort au-dessus deceluiTlà.FojezPERSUASiOxV.

Fin du Tome IL

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