‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 25 sur 130 · DÉLICATESSE · texte numérisé non relu

DÉLICATESSE

i. V>i.ôr AIRE II, roi de France, manda S. Eloi à sa cour pour lui faire prêter serment de fidélité. Le moanrque lui proposa de jurer sur les saintes reliques. &m promiHtoit bien de demeurer toujours fidèle ; mais il ne put se résoudre à mettre la main sur la pâlisse ) moins encore à jurer , parce qu'il savoit que Jésos^Chri^ a défendu tout jurement , hors le cas d'ime indispensable nécessité. Plus le roi le pressoit de se lier a son service par un serment , plus Eloi s'en défendoit avec humilité ; en sorte que , craignant d'offenser Dieu en obéissant au roi , et d'offenser le roi ta obéissant à Dieu, il n'opposoit que des larmes au:( instances du prince. Clotaire en fut touché \ et jugeant que ces scrupules ne venoient que de la délicatesse de sa cimscience , et du respect qu'il avoit pour les choses sacrées, il n'insista pas davantage. <( votre € répugnance, » lui dit-il en le congédiant, «m'assure « bAucoup mieux de votre fidélité , que tous les serf mens que vous pourriez faire. »

2. Le« martyrs Alexandre et Calus , firent voir jusqu'où les chrétiens de leur siècle portoient la délicatesse , et ce religieux scrupule qui est , pour ainsi dire, la boussole d'ime ame sainte. Ces deux héros de notre religion auguste, ayant été condamnés à mort, et condails au supplice avec des Marcionites , demandèrent, comme une grâce singulière à leurs bourreaux, d'être décapités séparément , afin que leur sang , consacré ig^x

7^ DEPEDTêK^

vers le monarque , et lui dit que la dépense de la fête monteroit à dix-^uit cent mille livres. Louis emt qu^A vouloit Peu dégoûter par cet excessif calcul^ et il lui dit d^un ^on chagrin : « Je ne donnerai donc point de féte^ « je ne veux pas ruiner mon peuple pour diveitir let « courtisans.» Colbert insista sur la nécessité de l'exé* cution , promit au roi de rassembler les fonds nécessaires , et se retira. Aussitôt il fit mettre dans toutes les nouvelles pi Jjliques y que le roi étoit dans Tintentioii de donner un carrousel , qui surpasseroit en magm* ficence tout ce qu^onavoit vu jusques-là dans*le même genre. En même temps on s'empressa de travailler wx préparatifs. Ces nouvelles circulèrent dans toutes l'Europe. La paix étoit générale dans cette partie du monde. On vit accourir de tous côtés une foule d'étran* gers à Paris. Ils s'attachèrent à faire honneur à leut nation par une grande dépense ; et leur nombre aug« mentant chaque jour, il se fit y dans la canitale et tus environs, une consommation prodigieuse. iLesouviiers arrivant en foule des provinces et des pays voisins y étoient aussitôt employés. La noblesse» qui d'orâînaiis paroissoit le moins qu'elle pouvoit à la cour , quitte cette fois ses retraites , et crut ne pouvoir mieux employer les fruits de son économie > que dsofi UJM circonstance si favorable pour se £iire remarquer. Les préparatifis s'avançoient , et le jour indiqué [K>ur laféle alloit arriver. Colbert alors alla trouver le roi , et lui dit que les ouvriers n'avoient pu achever leur ouvrage} qu^il falloit absolument reculer la fête de quinze jours. Il proposa de donner y en attendant y un bal aux Tuî* leries : ce qui fut du goût du roi. Le bal fut donné : les courtisans et les étrangers y parurent avec les habits superbes qu'ils avoient fait faire pour le carrousel ; il en fallut d'autres alors. Par ce moyen, Colbert au|;meatii la dépense , et donna un mouvement plus rapide à la circulation de l'argent. Enfin, le carrousel s'exéouta. Jamais on n'avoit vu de spectacle si brillant ni si bien ordonné. Les étrangers ne pou voient concevoir comment on avait pu amasser tant de richesses , étalées avec profusion 5 et comme ce qui passe une certaine

valeur est toujours estimé bien du-delà de son prix , on feisoitmonter la dépense à des sommes exorbitantes. Le roi^ après avoir loué hautement ]a beauté de la »l6te , ressentit cette incpiiétude qui suit ordinairement l'exécution des projets téméraires. Il ctoit en peine du compte que Colbert alloît lui rendre des frais du carrousel ; et lorsqu'il sç présenta à sa majesté pour ce sujet , le monarque voulut prévenir les détails en demandant avec empressement le total. Quelle fut sa jwc et son étonnement , lorsque Colbert lui montra

Se tous les frais se bomoient à douze cent mille ncs , et que le produit des fermes avoit augmenté de pins de deux millions ; en sorte que , tout payé , il en restoit un dans les coffres du roi ! Ce trait d'un

fnie supérieur à tout ce que Pon avoit vu jusqu'alors Tauministration pénible des finances y montre en même temps une probité bien rare.

3. Octaï-Knan , fîls de Genghiz-Khan , empereur des Tartares , passant par le marché de Caracorum, sa c^itale y vit des jujubes y et commanda à un officier de lui en acheter. L'officier obéit y et revint avec une charge de jujubes. Octaï lui dit : a Je juge à la quantité të que vous en apportez , qu'elles coûtent plus d'une *-« balische. » L'officier crut faire sa cour , et dit qu'elles ne coûtoientque le quart d'une balische; et que c'étoit même plus que le double de ce qu'elles valoient. Octdi plein de colère : (n Jamais y reprit-il , acheteur de ma € qualité n'a passé devant la boutique de ce mar- « chand; je t'ordonne d'aller lui porter dixbahsches.)^

4« Ily avoit à Milan un médecin (jui s'appliquoit à guérir de la folie. 11 s'y prenoit de cette manière : on attacfaoit le malade à im poteau , qu'on plantoit tout droit au milieu d'un étang bourbeux , ou l'on enfbnçoit plus ou moins le patient y suivant le degré de son mal. On le laissoit dans cet état, jusqu'à ce que la £adm ou le froid le fît revenir dans son bon sens. Parmi les malades , il s'en trouva un qui , après avoir demeuré long-temps dans ce bain, commença à donner quelques signes d'amendement, sur quoi le médecin, à sa prière , lui permit de se promener dans la maison

y% DEPENSE.

et dans ]a cour , à condition de ne pas mettre le pied hors de la porte qui donnoit sur le chemin ; ce qu'il promit de faire , et tint parole. Gomme il étoit un jour, a la porte y un chasseur à Foiseau vint à passer àchengi val , avec un cpervier siu* la main , des chiens , et tout réquipage nécessaire à ce divertissement : «Monsieur, « lui cria le fou , un mot , je vous prie. Qu'est-ce « que ceci ? lui demanda-t-il ; à quoi sert ce que vous. « portez là ? » et d'autres questions pareilles. Le gentilhomme eut la complaisance de répondre en détail. « L'animal sur quoi je suis monté , dit-il, s'appelle un « cheval, que j'entretiens pour servir à mon divertis- « sèment. Cet oiseau que vous me voyez sur le poing, « s'appelle un épenfier, et sait prendre en volant des ^ cailles et des perdrix; et ces chiens sont des épa- « gneuls , qui font lever le gibier. — Fort bien , dit « le fou 5 et à combien peut se monter le prix des oi- « seaux que vous prenez dans une année ? — A douze ^ ou quinze louis d'or. — Que vous coûte l'entretien « de vos oiseaux , de vos chevaux et de vos chieiÉ ? « — Peut-être quinze fois autant? — Retirez-vous au. « plus vite , avant que notre docteur ne vous aper- - « çoive ; car , il m'a saucé jusqu'à la ceinture dans « l'étang , pour des bagatelles ; je puis vous assurer « que vous y seriez jusqucs par-dessus les oreilles , « s'il venoit à savoir le mauvais emploi que vous faites <^ de vos richesses. »

5. La découverte des Indes répandoit en France tant d'or et tant d'argent , que les terres affermées • jusqu'alors mille livres , furçnt portées à dix ou douze mille. Mais la noblesse n'en étoit pas plus riche , parce que la dépense , sur-tout en chevaux et en équipages de chasse , l'emportoit sur le revenu ; ce qui faisoit dire à Louis XII : « La plupart des gentilshommes

« de mon royaume sont, comme Actéon et Diomède, « mangés par leuxs chevaux et par leurs chiens. »

6. Henri IV n'dimoil point les dépenses inutiles \ et ce grand prince montroit , par son exemple , à retrancher toute espèce de superfluité , sur-sout celle qui a rapport à la magnificence des hâbils^ 11 alloit ordi-

désintéressement/ 79

nairement vêtu de drap gris , avec un pourpoint de 8atîn ou de taffetas , sans découpure et sans broderie. D iouoit ceux qui se vêtoient de la sorte , et se moqooit des autres , qui portoient, disoit-il , leurs mouans et leurs bois de haute futaie sur leur dos.

7. L^eiïipereur Aurélien aimoit la simplicité 5 et jamais on ne le vit faire d'inutiles dépenses pour les objets purement de Ijxxe. La soie étoit alors fort chère!, et coûtoit une livre d'or. L^impératrice un jour le pria de lui donner une robe de cette étoffe , et ses désirs étoient très-pressans. « Aux dieux ne plaise , répon- € dit Aurélien , que j^achète du fil au poids de Tor ! » Voyez Economie.

1. L^ ES Romains avoient envoyé des embassadeurs à Pyrrhus pour la liberté des prisonniers faits dans les batailles précédentes. Quand le monarque leur eutré-

Kmdu^ il prit en particulier FaArîciW, le plus célèbre omain de son siècle y et lui tint ce discours : « Je ^ connois tout votre mérite , illustre Fabricius. J'ap- « prends que vous êtes un grand capitaine 5 que vous ^ savez commander et agir en héros 5 que la justice ^ et la tempérance sont votre caractère , et que vous « passez pour un homme accompli dans toutes les 5c vertus. Mais je sais aussi que vous êtes sans biens , « et qu^en cela seul 1% fortxme vous a mal partagé , « en vous réduisant y pour les commodités de la vie , « à rétat des plus pauvres sénateurs. Pour suppléer à « ce qui vous manque de ce c6té-l«\ , je suis prêt à vous « donner autant d'or et d'argent qu^il en faut pour vous « mettre au-dessus des plus opulens de Rome , per- « suadé qu'il n'est point de dépense qui fasse plus « d'honneur à un prince y que de soulager les grands « hommes qui sont contraints par la pauvreté de mener « une vie indigne de leur vertu, et que c'est-là le plus « noble emploi qu'u^ roi puisse faire dç sçs richesses.

ÔO DESINTERESSEMENT. '

« Ne croyez pas <{ue , pour reconnoissabce , je pté* « tende exiger de vous aucun service injuste oudësboH ^ norant. Ce que je vous demande ue peut que vousfiôiri ^ honneur , et augmenter votre pouvoir daiiS vùM « patrie. Je vous conjure d'abord de m'àider de tooÀ ^ votre crédit à gagner le sénat des Romains , qui jûs-^ ^ qu'Ici s'est rendu trop difficile , qui n'a jamais voulu ^ donner les mains à un accommodement, et qui n*â ^ consulté en aucune manière les règles dé lamodénn i^ tion. Faites-lui bien comprendre , je vous prie , que V j'ai donné ma parole de secourir les Tarentins^t les « autres Grées qui habitent cette côte de l'Italie , et « qu'à la tête d'une armée puissante et victorieuse , je « ne puis en honneur les abandonner^ Cependant il « m'est survenu quelques affaires pressantes ^ui mé « rappellent dans mes états ; et c'est ce qui me feit « désirer encore plus ardemment la paix* Au reste, si « ma qualité de roi me rend suspect au sénat, dèvenes « vous-même mon garant ; et joignez-vous à moi pour « m'aider de vos conseils dans toutes mes entreprises^ « et pour commander mes armées sous moi. Vu « besoin d'un homme vertueux et d'un amî fidellé i « vous , de votre côté , vous avez besoin d'un princcî « qui , par ses libéralités , vous mette en état dé « faire plus de bien. Ne refusons point de nous aider « l'un et l'autre , et de nous prêter un mutuel secours.» PyrrAw^ ayant parlé de la sorte, FabriciuSy après un moment de silence , lui répondit en ces termes : « Sei- « gncur , il est inutile que je dise rien de l'expérience 4i que je puis avoir dans le goiavemement des affaires « publiques et particulières , puisque vous en ^tès in- « formé d'ailleurs. A l'égard de. ma pauvreté ^ vous « me paroissez aussi la connoitre assez , pour que yb « ne sois point obligé de vous dire que je n'ai ni ar- « gent que je fasse profiter, ni esclaves qui mieprodin- <r sent des revenus ; que tout mon bien colnsiste dans « une maison de peu d'apparence etdans uïi petit champ « qui fournit à mon entretien. Si vous croyez néaj^* « moins que la pauvreté rende ma condition înJFérieure « à celle de tout autre Romaia , et que , remplissant

DÉSINTÉRESSEMENT. 8l

« les devoirs d^iD honoéte homme^ je sois moins consi* « dëré parce qiie je ne suis pas du nombre des riches^ f permettez-moi de vous dire que Tidée que vous avez « de moi n^est pas juste et vous trompe , soit qu'on vou^ € ait inspiré ces sentimens , soit que vous en jugiez par « vous-même. Si je ne possède pas de grands biens , « je n^ai jamais cru, et ne crois point encore que mon € indigence m'ait jamais fait aucun tort, soit que je me « considère comme peronne publique , ou comme sim- « pie particulier. Ma patiîe , à cause de ma pauvreté , « m*a t-elle jamais éloigné de ces glorieux emplois qui 4C sont le plus noble objet de l'émulation de tous les « grands coeurs ? Je suis revêtu des plus bautes digniit tes.Onme me t à la tête des plus illustres ambassadeurs. « Passiste aux plus augustes cérémonies . On me conlie « les plus saintes fonctions du culte divin. Quand il « s'agit de délibérer sur les affaires les plus importan- « tes, je tiens mon ranç dans les conseils, et j'y donne « mon avis. Je vais de pau* avec les plus riches et les plus fn puissans ; et si j'ai à me plaindre , c'est d'être trop « loué et trop honoré par mes concitoyens. Pour remit plir tous ces emplois , je ne dépense rien du mien , X non plus que les autres Romains. Rome ne ruine .« point ses citoyens en les élevant à la magistrature. « C'est elle qui donne tous les secours nécessaires à .f €eux qui sont dans les charges , et qui les leur fourr f nit avec libéralité et magnifacencc : car , il n'en est « pas de notre ville comme de beaucoup d'au tics , où « le public est très-pauvre , tandis que les particuliers € possèdent de grandes richesses. Nous sommes tous « riches^ dès que la republique l'est, parce qu'elle Test € pour nous. En admettant également aux emplois pu- € nlics le riche et le pauvre , selon qu'elle les en juge « dignes , elle égale tous ses citoyens , et ne reconnoît c entre eux d'autre différence et d'autre distinction que « celle du mérite et de la vertu. Pour ce qui regarde «mes affaires particulières, loin de plaindre mon sort, « je m'estime ïe plus heureux de tous les hommes , lors- «que je me compare aux riches ; et je sens en moi- % même , dans cet état; uAe sorte de complaisaivco c\. Tome IL F

^% DK8II9TERE8SCMENT.

« même de fiertë. Mon petit champ, quoique très-m^ <( diocre , me fournit tout ce qui m>st nécessaire j « pourvu que j'aie soin de le bien cultiver , et d'en « conserver les fruits. M'en feut-il davantage ? Tout it aliment m'est agtcable y quand il est assaisonné parla (i faim : je bois avec les délices quand j'ai grande soif ^ je « goûte lesdouceursclusommeilquandj'aibienfatigaé. « Je me contente d'un habit qui me meta couvertdesri: ^ ^ gueurs de l'hiver ; et entre tous les meubles qui peu- \ (( vent servir à im même usage y le plus simple est celui i « qui m'acconunode le mieux. Je serois déraisonnable * ^ et injuste si j'accusois la fortune : elle me fournit « tout ce que demande la nature. Quant au superflu y « elle ne me l'a point donné; mais en même temps elle ne « m'en a pas inspiré le désir. De quoi puis-je dfmc me ^ plaindre ? Il est vrai qtie, faute de cette abondance^ ^ je me vois hors d'état de soulager ceux qui sont dans ^ le besoin : avantage unique qu'on pourroit envier aux ^ riches. Mais y du moment que je fais part h la xéjfor ^ blique et à mes amis du peu que je possède ^ qiiC: je ^ rends à mes concitoyens tous les services dont je suis « capable , et qu'enfin je fais tout ce qui dépend de <( moi, que dois-je me reprocher ? Jamais la pensée de ^y — i^v.: — ^ «,>^oi. „«•>« -^"ns l'esprit. Emplc"""^ '^'^

mistration de la n 'am asser de grandi « mes d'argent sans aucunreproche. En peut-on désirer « une plus favorable que celle qui se présenta il y a « quelques années? Revêtu de la dignité consulaire, je « fus envoyé contre les Samnites, les Lucaniens^ lés « Brutiens ^ à la tête d'une nombreuse armée. Je rava-

^ louic 1 ttiiiicc uc leur* cKfpuuuies : je ueaommageai « chaque citoyen de ce qu'il avoit fourni pour les frais « de la guerre ; et ayant reçu les honneurs du triom'* 4i phe , je mis encore quatre cent mille écus dans le a trésor public. Après avoir négligé un butin siconsi* « dérabl^ , dont }e.pouvois prendra tout ce que j'auroi»

t)X8INTiÊRE4S£lIENt. éS

dépoi

« çepter Tor et Targent qiie tous m^offrez ? Quelle! « idée auroit-^n de moi ? quel exemple dônnerois-je «t à mes concitoyens ? De retour à Rome y comment « soutiendrois-je leurs reproches 3 et leiu^ FCgards c mille fois plus terribles encore ? Nos censeurs ^ ces « magistrats préposes à veiller sûr la discipline et sur « les mœurs ^ ne m^obligeroient41s pas de rendre « compte devant tout le monde des présens que vous 5 voulez me faire accepter ? Non , prince ; vous gar- « àeret , s'il vous plaît , vos richesses ; et moi , ma lit pauvreté et ma réputation. ^

LiC lendemain^ le roi d'Epire voulut surprendre l 'ami>as8adeur romain et Té tonner. Jamais il n'avoit vii d'éléphant armé et prêt à combattre. Le prince commanda au capitaine qui cdnduisoit les exercices de ces animaux guefriers , de placer le plus grand derrière ode tapisserie, dans le lieu où il seroit en conversation avec PahriciuSy et de le faire paroitre tout~à-coup quand il l'ordonnei*cût. L'officier obéit. On dondb lé signal i la tapisserie tombe ; l'énorme animal se prosterne^ se retourne, levant sa trompe sur la tête du Romain , et jetant un cri horrible et épouvantable. Fabridus y tranqùillenolent et sans témoigner ni surpiîse ni crainte , dit h Pyrrhus en souriant : «Ni votre or ne m'ét mUthier, ni votteéléphàiitne m'étonne aujourd'hui. » Le monarque admirant la grandeur d'àme de cd héros y et charmé de sa prudeiice et de sa sagesse y désira encore avec plus de passion de faire alhance et amitié avec sa ville , au lieu de lui faire la guerre ; il le prit en particulier y il le conjura encore une fois Ae vouloir bien , après qu'il aiiroit moyenne un accommodemententre les deux états, s'attacher à lui et vivre dans sa coût-, où il auroit la première place parmi tous les ainis et tons ses capitaines. « Je ne vous le conseillef rois pas , repartit Fabricius en lui parlant à l'oreille et «en souriant, et vous entendez peu vos intérêts ; car ^ ceux qui vous honorent et qui vous admit enlprés^etEir

84 D i SINT^RESSEMENT.

« tement, s^ilsm^avoientunefois connu, m'aimeroient • « mieux pour leur roi que vous-même. »

2. Les Lacëdémoniens résolurent de faire présent k Philopémen y Tun des plus grands hommes de son siècle , d'une somme de cent mille écus , en récompense des services qu'il leur avoit rendus. Il parut en cette occasion , que la vertu de ce fameux personnage étoit bien pure et bien désintéressée 3 car il ne se trouva pas un seul Spartiate qui osât se charger d*aller lui offrir ce présent ; de sorte qu'ils prirent Je parti de lui en envoyer faire la proposition par un de ses hAtes, nommé Timolaùs. Cet homme étant arrivé à Mégalo-

f)olis , logea chez Philopémen ^ qui le reçut avec toutes es marques de Tamitié la plus sincère. Là , l'envoyé de Sparte eut le temps de considérer la gravité de sa conversation , la frugalité de sa vie , et la sévérité de ses mœurs qui le rendoient inacessible à l'intérêt et à

qu^

de , ,

venu. 11 fut envoyé une seconde fois , et ne fiit pas» plus hardi. Enfin, au troisième voyage, il se hasarda quoiqu'avec peine , à déclarer à Philopémen la bonne volonté des Lacédémoniens.PAi7o/?^/wew, après l'avoir écouté tranquillement , partit aussitôt pour Lacédémone . Dès qu'il y fut arrivé , il fi t assembler le peuple , et lui parla de la sorte : « Je vous conseille , Lacé- « démoniens , de ne pas dépenser votre argent à « corrompre les gens de bien , qui sont vos amis ; « leurs services vous sont acquis , sans que vous leur « en donniez aucune récompense. Gardez plutôt vos « trésors pour gagner et acheter les méchans , et » pour fermer la bouche à ceux qui troublent l'état « par leurs discours séditieux. »

3. Le roi de Babylone , voulant témoigne^ par des effets au philosophe Apollonius de Tyane , la grande considération qu^il avoit pour lui , envoya un eunuque chargé de lui dire qu'il pouvoit faire dix detnandes à son gré , qui toutes lui seroient accordées. Apollonius se reoditdonc àlacour; et tous le€ seigneui^si

Vêtant assembles pour le voir et pour l'entendre , 4 éleva la voix et dit au monarque : « Prince , au f lieu de dix grâces ^ je ne vous en demanderai qu'une « qui me tiendra lieu de toutes. Vous avez , non loin « aici y une colonie de Grecs , qui n^ont qu'un petit « espace de terre qu'ils cultivent avec soin ; mais aux « approches de la récolte , desÊarbares , leurs voisins, c viennent tout ravager , et les privent du fruitde leurs « travaux. Je vous supplie do les mettre à l'ombre de « votre protection. » Le roi lui répondit : « Les Grecs « dont vous me parlez , étoient regardés comme mes « ennemis y et les ennemis de mes pères ; mais désor- « mais ils seront traités comme mes amis. Au reste , « pourquoi refusez-^'ous neuf dons que je suis dispose « à vous faire ? -* C'est que je n'ai point encore « acquis d'amis dans ce pays-ci. — Et vous , n'avez- M, vous donc besoin de rien ? — Il me faut des fruits « et du pain : avec ces mets je fais bonne chère. »

4r Périclès avoit tant d'éloignement poUr les pré"* sens y il méprisoit si fort les richesses y il étoit tellement au-dessus de toute cupidité et de toute avarice, que , quoiqu'il eût rendu Athènes Tune des plus opulentes cités de l'univers , et qu'il eut manié longtemps avec un souverain pouvoir les finances de la Grèce , il n'augmenta pas d'une seule dragme le bien que son père lui avoit laissé. Telle fut la source et la cause véritable du crédit suprême de Périclès dans la république , digne fruit de sa droiture et de son parfait désintéressement. Il employoit ses richesses à servir utilement l'état , en s'attachant d'habiles coopérateurs dans son ministère , en aidant de bons officiers dépourvijS souvent des biens de la fortune , en faisant au bien* à tout le monde.

5. Dans le temps que le célèl)re Lysandre commandoit la flotte des Lacédémouiens , il sut , par sa souplesse et par ses manières flatteuses, gagner 1rs bonnes grâces de Cyrus y fils du roi de Perse. « Je veux vous « prouver mon amitié , lui dit un jour ce jeune prince : « demandez, je ne vous reliiscrai rien. » Lysandreusu en digne Spartiate de la permission qu'on lui donnoit.

86 D 4 SIN TÉ RESSEMENT,

« Seigneur, diMl à Cyrus^ je vous conjure ^^afouteîr « seulement une obole à la paye des matelots , et de « Ipur en donner quatre , au lieu de trois qu'ils re- « çoivent. » Le prince , plein d'admiration pour un ilésintéresseipent si généreux, lui fit compter aussitôt mille dariqiies. Lr sandre les employa à fournir aux matelots cette obole d'augmentation ; et, par ce moyen, il eut bientôt rendu presque vides toutes les galères^ des ennemis : la plupart des matelots accouroient ou la paye étoit la plus forte.

o. Le même Cyrus , ayant envoyé de Targent pour payer les troupes lacédémoniennes , avoit destiné en particulier pour Callicratidas ^ amiral de Sparte , un riche présent qui seroit , disoit-il , un gaffe de son amitié pour ce grand homme. Callicratiaas reçut Targent qui de voit servir à la paye des soldats; mais il refusa le don magnifique du prince, et ajouta : «J*ho- « nore Cyrus comme Tami public de Lacédémone ; « mais je n'ai avec lui aucune amitié particulière. »

Quelques amis à^Lysandre lui offroient ime grosse ^omme , pour qu'il leur permît de faire mourir im de leurs ennemis. Il la refusa avec indignation. « J'eusse -« reçu cet argent, lui dit Cléandre^ si j'eusse été Cal^^ « licratidas, — Et moi îïussi, si j'eusse été Cléandre. »

7. Après la destruction de Corinlhe , on songea à pimir les auteurs de l'insulte faite aux ambassadeurs romains , et Ton mit leurs biens à l'encan. Lorsqu'on vint à ceux de Ditjeus , qui y avoit eu le plus de part, les dix commissaii-es ordonnèrent au questeur qui les mettoit en vente , dé laisser prendre au célèbre Polybe ' tout ce qu'il y trouveroit à sa bienséance , sans rien exiger de lui ^ et sans en rien recevoir. Il refusa cetta offre, quelqu'avantageuse qu'elle parût 5 et il auroit cru se rendre complice, en quelque sorte, des crimes de ce scélérat, s'il avoit pris quelque partie de ses biens : outre qn'il regardoit comme honteux de s'enrichir des dépouilles de son concitoyen. Non-seulement il ne voulut rien accepter , il exhorta encore ses amis de ne rien souhaiter de ce qui avoit appartenu à Diœus ; etti»i;s ccuii: qxii sirivir-c^^eût exemple géncrçuî^ftirçnt

Dléfl INTERESSEMENT. ^

cçokbléé de justeà louanges. Cette action fit concevoir aux commi^aires tant d'estime pour Polybe , qu'en sortant , de la Grèfce , ils le prièrent dé parcourir toiitea les villes qui vénoient d'être cotiqùises , et d'accommoder leurs différents, jusqu'à ce que l'on s'y fut accoutumé aux changemens qui s'y ëtoiciit faits ^ et aux nouvelles lois qui leur avaient été dcmnées. La manière dont ce grand homme s'acquitta de cett^ honorable commission , mit le comble à sa gloire.

8, Sur le point de partir pour la conquête des Indes , AlexAndre remarqua que la grande multitude de bagâgeis et de butiif que son armée tratnoit après elle , en retarderoit beaucoup la marche. Un matin donc que les chariots étoient déjà chargés y il brûla d'abord les siens , puis ceux de ses favoiis ; ensuite il ordonna qu'on mît le feu à tous les autres. 11 avoit , sur ce sujet 3 pris le conseil de ses amis , qui avoient trouvé la chose beaucoup plus dangereuse qu^elle ne le fut dans l'exécution. Très-peu de soldats témoignèrent du mécc»itentement« Le plus grand nombre y animés .d'un généreux désintéressement y et comme poussés par ufie inspiration divine y s'entre-donnèrènt tes unis; aux autres , en jetant des cri^ de joie , les choses dont il étoit impossible de se passer^ et brûlèrent tout le reste.

g. En se promenant , le célèbre Thémistocle trouva un cdlier d'or. Aussitôt il appela le premier hoMme qu'il aperçut. « Tu peux , lui dit - il y ramasser ce 4i collier ; car tu n'es pas Thérnistocle. »

Jamais peut-être on ne porta le désintéressement

Îlus loin que ne le fit le célèbre M. Annius-Cttrius- }entatus^ Il venoit de triompher desSabins -, et, pour récompenser les exploits de ce grand homme , le sénart lui assienoit une portion de terre plus considérable que celle qu'on avoit coutume d'accorder aux anciens soldats; mais le magnanime consul refusa cette faveur^ et se contenta du partage commun , ajoutant que celui qui vouloit posséder plus de terre que les autres , étoit un mauvais citoyen. Après sa victoire, les députés des Samnites vinrent le trouver , et lui offrireiït

68 DiésiNTEKCdSEMËNf.

de riches présens. Curius mangeoit alors des rdVéS auprès de son foyer. Il se tourna vers les ambassa^ deurs , et leur dit : « Pour feire de pareils repas , je « n'ai pas besoin de tant de richesses ; d^aiUeiirs, « n^est-il pas plus beau de commander à ceux qui « ont de l^or , que d'en avoir soi-même ? i

lit Epaminondits > Tun des plus grands gënéraut de la Grèce , ayant appris que le roi de Perse avoit envoyé des ambassadeurs à Thèbes , pour tacher de le corrompre par des présens ^ les invita à diner. Il leur servit un repas des plus simples. Tout dans sa maison annonçoit la pauvreté. « AÎfez , dit-^-il ensuite « en souriant aux ambassadeurs ; alle2 , et apprenez « à votre maître quelle est la vie d'Epaminondas : il « comprendra qu'un homme qui sait se contenter de « si peu de chose , méprise Tor et les richesses. »

12. Des ambassadeurs que les Etoliens, peuple de là Grèce, avoient envoyés pour complimenter -4?/iW- TuberO'Carus y gendre de Paul-^Emilie y ayant rap porté chez eux qu'ils n'avoient vu sur la table de cet illustre Romain que de la vaisselle de terre, revinrent, lorsqrt^il étoit consul , lui présenter de la part de leur république , une grande quantité de belle vaisselle d'argent de toute espèce. Le généreux Romain remercia les Etoliens de leur magnificence , leur promit ses services , et refusa leur présent.

i3. Annon , riche et puissant Carthaginois, ébloui de la grande réputation du philosophe Anacharsls , lui fit dire qu'il vouloit l'aller voir , et lui faire de magnifiques présens. Cette vaine bienfaisance paroît avoir été le défaut des grands dans tous les siècles 5 et, malheureusement pour la gloire des lettres, on a vu peu d'écrivains s'estimer assez pour refuser d'être en quelque sorte aux gages de l'opulence. -^wa^Aa/'jw étoit trop sage , son ame étoit trop élevée pour ne pas refaser des dons qui l'avilissoient , en diminuant son agréable indépendance. Son remérciment fut donc conçu en ces termes: « Mon habillement est <( celui dont se servent les 3eythcs ; la peau de ra^^ « pieds , qui s'est endurcie à force de marcher, me sert

f>i8IirTÉRE88EMENT. 89

« ie «oulîers. Pour me reposer et dormir , il ne me « fiiat pas de meilleur lit que la terre ; et la sauce la «plus fiîande dont j^use à mes repas^ est la faim. Je « mange ordinairement du lait et du fromage ; et , «quand cela se trouve, de la viande. C'est pourquoi « je t^avertis , si tu veux me venir voir et ne me point f offenser , de donner tes magnifiques prësens a tes «concitoyens, ou bien aux Dieux immortels , et non t pas à moi. Bonjour* »

. 14. Aiesbandre ayant entendu parler de Dioghne comme d'un homme singulier , eut la curiosité de le voir. Il le trouva assis au soleil sur son tonneau , avec tout rëquipage cynique. Après avoir causé quelque temps avec lui : « Diogène , lui dit-il , demande-moi « ce que tu voudras , je te Taccorderai. — Eh bien ! f répondit le philosophe , je vous demande que vouk € VOUS retiriez un peu de côté , afin que je puisse « jouir des rayons du soleil. » Le même prince , paroissant avoir pitié de l'extrême pauvreté où il le voy oit réduit, lui offrit de le secourir aans ses besoins; mais le fier cynique lui répondit : <c Quel est, à votre aifis, « le plus pauvre , de vous , qui , non content du royaume « de vos pères , vous exposez tous les jours à mille « dangers pour en conquérir de nouveaux -, ou de f moi , qui vis satisfait de ce que je possède , et dont % les désirs ne s'étendent pas au-delà de ma besace et « de mon manteau ? )>

i5- Archélausy roi de Macédoine , inyïioit Socrate à venir à sa cour , lui promettant de l'enrichir. Le philosophe lui répondit : « Le boisseau de farine ne coûte « à Athènes qu'une obole : les fontaines fournissent « abondamment de l'eau : à quoi me serviroient les ri- « chesses ? Et d'ailleurs , qu'irois-je faire chez un prince « qui peut me donner plus que je ne puis lui rendre ? »

Alcibiade son disciple ayant fait porter chez lui des présens magnifiques , Socrate se disposoit à les renvoyer; mais son épouse Xantippe^ qui étoit avare , ne pouvoit y consentir, et lui disoit qu'il seroit bien fou de ne pas recevoir ces dons faits de si bonne grâce. Le sage lui répondit ; « Alcibiade met sa gloire à m'en-

90 bisiNTERESSEME.N^T.

« voyer de riches presens; je fais consister k jmewa^ «^ ^ ]es refuser. »

16. Le poète AncLcréôn ayant reçu de Polvcraie^^ tyrdn de Sainos y une gratifiéatioti de cinq taiens j oâ tinq mille ëcus ^ passa deux nuits sans dormir^ en f>roie aux plus vives inquiétudes.

Le repos quitta son io^is ;

Il eut pour hôtes les soucis ^

Les soupçons , les alarmes vaines.

Tout le jour il avoit l'œil au guet ; et la nuit ^

Si quelque chat faisoit du bruit , IjC chat prenoit l'argent.

EnBn , comme le savetier de la fahle , jinûtréon rësolitt de se défaire d'un argent que le Cièl lui àtolt envoyé dans sa colère 5 et , préconisant le désintéressement des sages , dont il setitoit en ce ïndftiéiit tout le prix , il renvoya lès cinq tàlens au tylran dé Samos. « Cachez-les avec soin dans Vôtre ébflfiiô, Itil « dit-il ; car ils pourroient bien vous jottëf lé tiiédié « bour qu'à moi. »

17. Alexand4è-Grand envoya à Phociott , gënéru athénien , un présent de cent mille écii*. Ce câfiitainè demanda aux députés du monarque , « pcmrqiitri , « dans un si grand nombre d'Athéniens , il rftoit Ift « seul que le roi de Macédoine eût ju^ digtie de seô « bienfaits ? » Les ambassadeurs lui répondirent qu'Alexandre vouloit lui témoigner , par cette distinction , combien il estimoit sa vertu. << Eh bien ! « qu'il me laisse donc cette vertu , reprit Phùciùh » « et qu'il garde ses trésors. »

Une autrç fois , Antipater , gouverneur de la Macédoine , lui fit offrir une grosse somme d'argent par un certain Ménillus. Phocion la refusa. « Permettez da <s moins, lui dit le député,, qu'on la donne à votre fils. « — Non > répondit Phocion : si mon fils sait régler sa a vie et ses mœurs , l'héritage de son père lui su^ra^ « mais s'il devient un prodigue et un débauché, queK « qu'argent qu'on lui donne , il n'eii aura jamais assez.»

jS. Le même conquérant fit présenter une somm^

â'ëigent considérable au philosophe Xénocràte. Ce âage » ^ur ne pas paroîlre mépriser les dons du fumce ^ en prit une très-petite partie , et dit aux ènlFoyés : « neportéz le reste à votre maître 5 il en c a plus besoin que moi. »

19. Une abbaye étant venue à vaquer, deut moines allèrent offrir i Guillaume-le^Roux^iai d'Angleterre, une somme considérable pour l'obtenir. Le monarque écouta leurs offres y ets^adressa , sans leur répondre , i un troisième moine qui étoit venu avec eux , et qui /l'avoit encore rien dit : « Et vous , lui demanda-t-il , « combien me voulez-vous donner de cette abbaye ? fL — Moi, sire ^ répondit le religieux , je n'ai rien à

. « donner ; et je sems bien {aclie d'acheter un emploi

« gpi 9 obtenu de cette manière , seroit nuisible à mon

. « mut. « Le roi charmé de ce désintéressement , lui

.dit: fi De tels sentimens vous rendent digne de com-

4f mander aux autres : je vous donne cette abbaye. »

20. Le duc de Montmorenci étant à Montpellier , pour éviter d'être suivi d'une troupe de soldats qui se disçosoient à raccompagner avec leurs acclamations ordmaires , s'avisa de leur jeter des poignées d'argent : mais ces guerriers , sans s'amuser aie ramasser, comme il se l'étoit promis , ne l'abandonnèrent point, et l'escortèrent jusqu'à ce qu'il fût rentxé chez lui.

21. Dès que le célèbre M. Fagon fut premier médecin du roi Ijouis XIV y il donna à la cour un spectacle rare et singulier, un exemple qui non-seulement n'y a pas été suivi , mais peut-être y a été blâmé. 11 diminua beaucoup les revenus de sa charge. 11 se retrancha ce que les auti-es médecins de la cour , ses subalternes, pay oient pour leur serment. 1) abolit des tributs qu'il trouvoit établis sur les nominations aux chaires royales de professeur en médecine dans les différentes universités, et sur les intendances des eaux minérales du royaume. 11 se frustra lui-mcrae de tout ce que lui avoit préparé, avant qu'il fût en place , une avarice ingénieuse et inventive , dont il pouvoit assez innocemment recueillir le fruit 5 et il ne voulut point que ce qui appartenoit au mérite lui pût êtic disputé

gi DESINTERESSENENT.

par Pargent, rival trop dangereux et trop accoul à vaincre. Le roi ^ en feisant la maison du duc deBei donna à M. Fagon la charge de premier médecin ce prince y pour la vendre à qui il voudroit. Ce n'ébntt i pas une somme à mépriser ; mais M. Fagon ne m démentit pas : il représenta qu^une place aussi importante ne de voit pas être vénale ; et la fit tomber à M. de la Carliere y qu^il en jugea le plus digne.

22. Un officier-général vint proposer à M. de Turenne un moyen de gagner quatre cent miUe firancs dans quinze jours , sans que la cour pût jamais en avoir connoissance. Il lui répondit , avec autant de simplicité que de noblesse : « Je vous suis fort obligé 3 mais « comme j^ai souvent trouvé de semblables occasions 5 « sans en avoir jamais profité , je ne crois pas devoir « changer da conduite à mon âge. » A peu près dans

-le même temps , les habitans d^une grande ville lui offrirent cent mille écus , pourvu qu^il voulût bien se détourner de son chemin, et ne point faire passer ses troupes chez eux. Il leur répondit : « Gomme votre ville « n^est point sur la route par où j^ai résolu de Êûre « marcher Parmée , je ne puis prendre Pargent que « vous m'offrez. >>

23. S. Grégoire y évêque de Conslantinople , que sa haute vertu , ni la faveur de Théodose-le-Grand ne mettoient pas à Pabri de Pinsolence des hérétiques , résolut de renoncer à Fépiscopat ; mais les vives instances de son peuple l'obligèrent de différer l'exécution de ce projet. L'empereur y qui vouloit concilier tous les partis , et rendre la paix à l'Eglise , convoqua un concile â Conslantinople. Ce fut pour Grégoire l'occasion qu'il désiroit depuis si long-temps. Les évoques d'Occident étoient prévenus contre son ordination : ils réclamoient l'autorité des canons contre un prélat qui , déjà évêque de deux sièges, disoient-ils , étoit venu s'emparer encore de celui de Constantinople. Saint Grégoire n'eût pas été embarrasé de se défendre y s'il eût souhaité de gagner sa cause ; mais , indifférent pour les dignités , après avoir déclaré que pour calmer la tempête, il subissoit avec joie le sort;

de Jonas y il abdiqua Topiscopat en plein concile. La dupait des prélats acceptèrent , sans délibérer , la oémission de cet homme divin , dont Téloquenee excitoit leur jalousie^ et dont Taustérité condamnoit leur luxe. Cependant il falloit encore le consentement de Tl^pdose; eidéloiile plus grand obstacle. Grégoire alla au palais ; et s^approchant de l'empereur , qn'il trouva environné d'une cour nombreuse et brillante : € Prince , lui dit-il, je viens vous demander une grâce ; « vous aimez à en accorder. Ce n'est pas de Por pour cmon usage 9 ni des omemens pour mon église ; ce « ne sùnt pas non plus des gouvememens ni des em- 4 ploispour quelqu'un de mes proches. Je laisse ces fa- € veurs à ceux qui ne recherchent que ce qui est de i nul prix. Mon ambition s'est toujours élevée audessus f des choses de la terre. Je ne désire de votre boute f que la permission de céder à l'envie. Je respecte le t U^ne ëpiscopal , mais je ne veux le voir que de loin. « Je suis las de me rendre odieux à mes amis mêmes , f parce que je ne cherche qu'à plaire à Dieu. Rétat tablissez entre les évéques cette concorde si pré- « cieuse ; qu'ils terminent enfin leurs débats , si ce « n^est parla crainte de la justice divine , du moins par « complaisance pour l'empereur. Vainqueur des Bar- « bares , remportez encore cette victoire sur l'ennemi « de l'Eglise. Vous voyez mes cheveux blancs et mes « infirmités. J'ai épuisé au service de Dieu ce qu'il « m'avoit donné de forces. Vous le savez , prince 5 « c^est contre mon eré que vous m'avez chargé du « fardeau sous lequel je succombe. Permettez-moi de « le mettre àvos pieds , et d'achever en liberté ce qui « me reste d'une longue et pénible carrière.» Ces paroles affligèrent sensiblement l'empereur : mais la demande étoit aussi juste que sincère. 11 consentit à regret; et le saint prélat, après avoir dit adieu a son peuple y par un discours plein d'une tendresse noble etchétiennc, qu'il prononça dans la grande église de Cens tau tinople, en présence des évêqucsdu concile, alla terminer le cours d'vuie vie pénitente et laborieuse

94 BÉdT17TlÉKÈft8ÈMENT.

dans sa chère solitude , après laquelle il n'avoit cess^ de soupirer.

24» L*^ saint abbc? , nommé Ammonius , joi^ant la science la plus profonde à la piété la pins émmente , fut demandé pour évêque par les hahitins d^une ville , qui vinrent trouver le saint évéque Timôihée % et le prièrent de votiloir bien lui conférer Ponction ëpiscopale. « Amenez-le-moi , leur dit Timothée , et je Vot^ « donnerai. » Ils allèrent donc en foule pour le prendre ; mais il s'évada secrètement. On l'atteignit pour-^ tant; et comme on vouloit le saisir , malgré ses prières, il se coupa Poreille gauche, et leur dit: «Vous voyea « maintenant que je ne puis devenir ce que vous vou- » lez que je sois par force , puisque la loi défend que « celui qui a les Oreilles coupées soit élevé au sacer* « doce. » Etonnés de cette conduite , ils retournèrent aussitôt vers Timothée , lui raconter Taction d^Amr monius , et le prétexte sur lequel il fondoit son refus. « Que cette loi, répondit ïY/tio/A^^, soit en usage chez « les Juifs, à la bonne heure ! mais, pour moi, quandi « vous m'amèneriez un homme qui auroit le ïiezcoiipéy « pourvu qu'il fût de bonnes mœurs ,^e l'ordonnerois.» Us allèrent donc réitérer leurs instances auprès à'Ammonius ; mais ne pouvant rien ga^er sur lui y ils résolurent d'employer la violence. CÏe saint âtbbé , usant alors du serment, leur dit: «Si vous me Contrai-» « {j;ncz davantage , je me couperai la langue. » Cette moiiace les intimida. Pleins d'admiration pour sa vertd et iH>ur cet héroïque désintéressement, ils se retirèrent en s^i rcrommanilant à ses prières.

*x.u .YMor/ioj , archevêque de Tolède, donna to démission do or ri(*he an^hevêché aussitôt qu'il fut cardî^ nal.llditàrtMix qui paroissoient surpris de sa conduite^ « Je scrois li ^h I)h\inable de garder une épouse que \^

\i ne puis servir. »

uli. J^U là , vi\\ ilo I «aiédéuione , auroit pu vivre , ronnm» la pliipai t dtvs numaix|ues , dans l'opulence et dans los (loluM^H -, uuws il luôprisu Tun et l'autre. Plein a un iu»blodÔHiuhum*iMii«ul ,culiênMnent détaché des picliessu*. luimr«ujjuu»iUcr »o«biens , il voulut rétablir

X>£S|NT£RCS8EMENT. ^5

VëgaHté que les lois de Lycurgue avoient mise entre tjDQS les citoyens. Il en donna le premier l'exemple , mit tout ce qu'il possédoit en commun y et descendit ta niveau des autres.

^.UnLacédémonien nommé Timandridesy partant

pour un voyage , abandonna le gouvernement de sa

\ maison et de ses biens à son fils. Ue retour^ ayant re-

k connu que^ par son économie y il avoit augmenté son

\ béritage , il lui dit fort en colère : « Malheureux ! as-tu

c pu commettre une pareille injustice contre les dieux,

• f tes proches, tes amis, tes hôtes et les pauvres ? Et ne

« devois-tu pas te contenter de prendre sur ces biens ,

< vils objets de ton avarice, ce qu'il te falloit pour

f vivre , sans priver les misérables du superflu qui

« leur appartient ? » Il le déshérita.

28. Le maréchal de Boucicaut ne laissa qu'un fils , ifié. de. trois on quatre ans, qui fut depuis maréchal de ^ance et gouverneur de Gcnes. Ce grand homme ne

. s'étoitpassouciéd'accumuler d'immensf s richesses sur la l4te de cet héritier de son nom et de sa gloire , et li'avoit songé qu'à lui laisser de grands modèles dever-

I tu. Ses amis le^ blâmèrent de n'avoir point profité de la Êiveur du roi Jean son maître. «Je n'ai rien vendu de «rhëritage de mes pères , leur répondit-il, et je n'y « ai rien Qoh plus augmenté. Si mon fils est homme de « bien , il aura assez ; mais s'il ne vaut rien , il aura c trop, et ce sera grand dommage. »

29. Les députés d'une ville rebelle , pour calmer la ccdère du comte de Ugny , qui se disposoit à les traiter avec la dernière sévérité , lui présentèrent un service de vaisselle d'argent du poids de trois cents marcs ; mais le comte ne voulut point le prendre poiu* lui 5 et se tournaj^t vers le chevalier Bayardy dont la rare valeur avoit fait prospérer toutes ses entreprises en Italie : « Chevalier , lui dit-il , voilà ce que je vous donne. » BayarJ remercia très-respectueusement le général, et le refusa , en ajoutant: « Je craindrois , monseigneiu: , f que ce riche don ne me commimiquât quelque chosQ t de l'infidélité de ceux qui vous l'ont offert ; » et , prenant toute cette argenterie , il la distribua à cevjix qui se trouvèrent auprès de Ivi,

g6 DEVOIRS.

5oJLe maréchal de Fabert ëtoitsi peu attaché aos richesses , qu^il sacrifioit généreusement tout son biesn au service du roi. 11 faisoit, en beaucoup d'occasions , travailler les soldats, et élever des fortifications à ses dépens. Lorsque son épouse et ses plus intimes amis lui représentoient que , par ces dépenses , il 6toit à sa fsimille un bien qu'il étoit obligé de lui conserver , il répondoit: «Si pour empêcher qu'une place que le roi ^ m'auroit confiée, ne tombât au pouvoir des ennemis | ^ il falloit mettre à une brèche que je verrois fidte , ^ ma personne, ma famiJle, tout ce qu$ je possède j ^^ je ne balancerois pointa le faire.»

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