‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 33 sur 130 · ELOGES · texte numérisé non relu

ELOGES

E vis , dit le philosophe Sadi , chez un grand seigneur fort riche , plusieurs moUaks qui lui donnoient des louanges fort exagérées : « Vous louez , leur dit-il, « celui qui se connoît , et vous 1 affligez , vous vantez « les plumes du pao* , mais il voit ses pieds et sou- « pire. Tenez ^ ajouta-t-il , en leur donnant une somme « considérable , recevez cet argent ; et Je vous en « donnerai davantage , si vous ne me louez plus. » Ils prirent l'argent, etne louèrent plus le grand seigneur. 2. Arcliidame , roi de Ijacédémone , entendant un homme donner les plus grands éloges à un musicien, et porter jusqu'au ciel sa science et ses talens : « Mon <<ami , lui dit-il , quels honneurs rcscrvez-vous donr

i36 ihô ùt8.

« a la vertu, si vous préconisez avec tant de stèle l'art- « d^un vil histrion ? »

3* Hippomaque , fameux joueur de flûte y entendoit Un de ses écoliers qui jouoit assez mal dans un carref3ur > mais qui cependant étoit applaudi par la populace qui Tenvironnoit. Il s'approcha de lui ; et lui aiTachant sa flùle : « Ne vois-tu pas , dit-il, que ta' «joues mal > puisque de tels ignorans t'applaudissent?»

4. Au lever de Louis XIV , l'archevêque d'Embrun louoit beaucoup la harangue de l'abbé Colbert. Le roi y qui vit que le prélat ne songeoit qu'à flatter son ministre 5 dit à M. de Maulevrier : « Promettez-moi de « ne pas dire un mot à Colbert de tout ce que va dire « l'archevêque d'Embrun; » et ensuite il dit au prélat adulateur : « Continuez tant qu'il vous plaira. »

5. Chez les Grecs , au milieu des jeux publics , les écrivains dans tous les genres exposoient au jugement d'une assemblée nombreuse et solennelle , les productions de leur génie . Hérodote lut son histoire pendant les jeux olympiques ; et cet excellent auteur tut écouté avec tant d'applaudissemens , qu'on donna aA neuf livres qui la composent , le nom des neuf Muses , et qu'on crioit par^tout quan^ il passoit : « Voilà celui qui a si dignement écrit nos actions , et « célébré les glorieux avantages qu^nous avons rem- «t portés sur les Barbares ! » Toutes les bouches de ceux qui avoient assisté à ces jeux furent comme autant de trompettes qui firent ensuite retentir toute la Grèce du nom et de la gloire de ce fameux historien.

6. Un jour , le brave Crillon se trbuvoit auprès de Henri IV , avec tous les grands de la cour et les mimistres étrangers. La conversation étant tombée sur les guerriers qui se sont le plus distingués : « Mes- « sieurs , dit le monarque en mettant la main sur « l'épaule de Crillon , voilà le premier capitaine du « monde. — Vous en avez menti , sire ; c'est vous , » reprit vivement Crillon.

7. Henri IV fat complimenté parles députes du parlement de Paris sur une victoire qu'il avoit remportée. Le maréchal de Biron , qui y avoit eu beaucoup de

part 6e frouTa à Paudience, : « Messieurs , leur dit te monarque y en leur montrant ce capitaine y voilà « un homme que je présente également à mes ami^ « et à mes ennemis. » Que cet éloge délicat est digne du grand roi qui Ta fait y et du général qui Ta reçu ! »

4* Boileau fut choisi par Louis XIV , pour écrire l'histoire de son règne. Ayant appris que , dans une affaire , ce monarque s'étoit si fort exposé , qu'un Itonlet de canon avoit passé à sept pas près de lui y ce poète courut à lui , et lui dit : « Je vous prie , sire , « en qualité de votre historien , de ne me pas faire « finir sitôt mon histoire. » Une autre fois , le roi lui demandant son âge y il répondit : « Je suis venu au monde un an avant votre majesté , pour annoncer les merveilles de son règne. » Voyez Compliment.

Page 1