‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 37 sur 130 · ELOQUENCE · texte numérisé non relu

ELOQUENCE

\6.Attilay le fléau de son siècle, sur le point dé livrer J bataille aux Romains, dit à ses troupes : « Braves et in- ■ « vincibles guerriers , ce seroit vous faire injure que « d'entreprendre de vous inspirer du courage et dejia « confiance en votre général. Après avoirconquis, sous « mes ordres, une grande partie de l'univers, vous de-, « vez savoir qui je suis , et je ne puis oublier qui vouaf' <( étes.Laissonsles encouragemens vulgaires à ces génère raux mal assurés , qui traînent après eux des âmes ti- « mides, accoutumées à dormir dans le sein de lapaix> 4C Votre état naturel , c'est la guerre : votre plus douce « passion , c'estla vengeance. Une bataille est pour vous « un jour de fête : célébrons celle-ci avec joie. Voilà « vos victimes : immolez-les à votre gloire, aux mânes « de vos compagnons qu'ils ont égorgés par suïprise- « Ici , la bravoure n'a rien à craindre de la ruse et de « l'artifice ; car ces vastescampagnesnepeuventrécéler « aucune embuscade. Tout est ouvert, tout est assuréii « la valeur. Qu'est-ce que cette troupe que vous aile» « combattre ? un amas confus de nations foibles , effé- « minées, qui se craignent, qui se détestent les unes les «r autres , qui souhaitent mutuellement leur perte , et « qui se déchiroient par la guerre, avant que fa crainte « de vos armes les eût réunies et comme resserrées en- « semble. Ils tremblent déjà ayant la bataille : c'est la « terreur qui leur a prêté des ailes pour courir à cette « éminence. Ils se repentent de s'être engagés dans ces « plaines ; ils cherchent des lieux élevés pour être hors « de la portée de vos traits , et voudroient pouvoir se i « cacher dans les nues. Nous connoissons déjà les Ro- « mains 5 je ne crains que la promptitude de leur faite. « Sans attendre les premiers coups , îli.ont coutume de « disparoître de vaut la poussière que ront lever le&pieds « de nos chevaux : ne leur laissez pas le tempsde se met- « tre en bataille ; j e tez-vous sur leurs bataillons, surleurs << escadrons flottans; et, sans vous arrêter à poursuivre ^ sur eux votre victoire, chargez les Alains, les Français, les Wisigots : ce sont là les nerfs de cette armée ; tout' le reste tombera avec eux. Songez que votre destin ne ^ dépend pas.de l'ennemi : nuls traits ne pourront

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K atteindrecelm queMars réserve pour cbanterrhymne

^ de la victoire. Celui qui doit mourir trouvera la mort

« hors du p^ril. C^est dans cette carrière que la fortune

t a3uspendu la couronne due à vos exploits passés. Elle

f ne vous a sauvés de tant de batailles , que pour vx)us

f récompenser ici par un triomphe glorieux. G^étoit

■ «pour vous conduire en ces lieux qu^elleouvroità vos

« ancêtres la route desPalus-Méotides , fermée, incon-

f nue durant tant de siècles. Ce champ de bataille étoit

i le théâtre de gloire que nous promettoient tant de suc-

i ces i^puijB. Armez-vousd^unenoblefiireur ;abreuvez-

« vous de sang ; rassasiez-vous de carnage. Que celui

ff qui se sentira atteint d^me bless ure mortelle, n'expire

« qu^après avoir immolé son ennemi. lirai le premier

« à la charge. Meure quiconque refusera de suivre

« Attila ! »

17. Un capitaine suédois , avec sa compagnie , ne vouloit point obéir, dans une circonstance, aux ordres réitérés du vicomte de Turenne. Ce général le lit arrêter , et le condamna à être pendu. Lorsqu'on le conduisoit au supphce , cet officier adressa la parole au vicomte , et lui dit , au nom de sa troupe : « Nous « ne craignons point la mort , de quelque manière « qu'elle se présente à nos yeux ; et mes compagnons « pourroient bien te montrer , ainsi que moi , qu'ils « l'ont affrontée plusieurs fois sanis pâlir. Vois ces cica- « trices , et poursuis ton dessein. Mènes-nous où tu « voudras , pourvu qu'il y aille du service de la cou- « ronne dont nous sommes nés sujets. Nous ne sommes « point des mercenaires ; et, si nous avons été à la solde « (du roi ton maître , nous l'avons bien seTvi pour son « argent. Les trente-deux blessures que je temontrefïii « sur ma poitrine, en sont une preuve. Je sers depuis « Fàge de dix-sept ans : j'en ai soixante quatre passés; « et , comme je suis sur le bord de ma fosse , tu ne « peux avancer ma mort que de peu de jours ; mais « prends garde à ne pas déshonorer les tiens , en con- « damnant de braves gens à un supplice infâme. » Ce fier discours remplit le ijénéràl d'admiration. Au même mstant , il révoqua son anêt , combla cet orner de cai esses ^ et^ j^sa^ ses hienfedls , le reiîÀiVàocÀft

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28. Avant la bataille de Rocroy , le duc d^Eni voulant encourager ses troupes, leur tint ce discounj « Français , c^est tout vous dire en un mot , vous vo] « devant vous vos vieux ennemis , ces fiers Espagne « qui disputent avec vous , depuis si long-temps , k| « gloire et Pempire. Leur furieux général firémit dé « se voir arracher une victoire qu^ilcroyoit sûre , el « obligé d'abandonner le siège d^une place dont la « conquête lui eût ouvert nos plus belles proviucet « jusqu^aux portes de Paris. 11 vient pour s^en venger, « avec tout l'orgueil de sa nation : opposons-lui toute « la fierté , toute la valeur de la nôtre. Je suis parti « de la cour pour me mettre à votre tête , et j^ai pro- « mis de ne revenir que victorieux. Ne trompe^ pas « mes espérances. Souvenons-nous , vous et moi , de <ç la bataille de Gérisoles : imitez vos aïeux , qui triom- ^ phèrent , et j^'im itérai mon prédécesseur , qui les « menoit au combat. Que le surnom à'Enguien , que « portoit ce prince du sang de Bourbon, nous soit, i « vous et à moi, de bonne augure ; et que Pennemi, « qu^il vainquit aux champs de Gérisoles, honore « encore aujourd'hui notre triomphe par ^a défaite « dans les plaines de Rocroi (1). >> Voyez Govt.

1- vJn roi de Lacédémone vouloit détruire une ville rivale de Sparte ; les éphores s'y opposèrent : « Coh- « servez , lui dirent-ils , la pieiTe sur laquelle s'aide guise le courage de nos jeunes gens. »

2. Deux officiers Romains , nommés Varénus et Tulfio , se disputoient sans cesse le prix de la bravoure , et chacun vouloit être préféré à son rival. Les

(i) On trouvera dans les diffërens articles qui composent ce Die. tionnaire , un très-grand nombre de discours qui peuvent êtri |^egard<is comme des modèles d'éloquence ; nous^y rTvo "om lî

ÉMULATION. î5

fervtens , penples des Gaules , atlaquoîent le camp Komains. Au plus fort de l'attaque , Puljio défié ^àténus : «Voici, dit-il, Toccasion de décider nos an- \k ciennes querelles ; voyons qui de nous deux fera f I preuve d'une plus grande valeur. » En même temps M s'élance hors des retranchemens , et va fondre sur ' pn gros d'ennemis qui étoient très-serrés. Varénusi^\-

Îie d'honneur , le suit à peu de distance. Puljio tue abord un des Nerviens ; mais bientôt il est enveloppé. P'arénus court à lui et le dégage ; mais il se trouve , le moment d'après , dans le même péril d'où il vfent de tirer son émule , et est , à son tour, dégagé par lui. Ainsi les deux rivaux se durent mutuellement la vie , et la gloire de lavaillancedemeura encore indéciseentrceux.

2. Depuis huit ans , les Messéniens et les Lacédémoniens se faisoient une guerre sanglante. Ils en vinrent aux Inains près d'ithome. Euphaès , roi de Messénie , enfonça les bataillons de Théopompe , roi de Sparte , avec trop d'ardeur et de précipitation. Il y fat percé de coups , dont plusieurs étoient mortels , et tomba presque sans vie. Alors on fit, de part et d'autie , des efforts extraordinaires de éourage , les uns pour enlever le monarque , les autres pour le sauver. Cléonis tua huit Spartiates qui l'entraînoient , et , les ayant dépouillés , mit leurs armes en garde entre les mains de ses soldats. Il avoit reçu plusieurs blessures , et elles étoient toutes par devant, preuve certaine qu'aucun des ennemis ne lui avoit fait lâcher le pied. Aristomène , combattant dans la même occasion , et pour le même sujet , tua cinqLacédémoniens , dont il emporta aussi les dépouilles ; et il ne reçut aucune blessure. Le roi délivré par ses fidélles et courageux Messéniens , recueillit ce qui lui restoit de force pour les féliciter de leur victoire . Aristomhne , après la bataille , rencontra Cléonis , qui ne pouvoit , à cause de ses blés- • cures , marcher ni de lui-même , ni avec le secours de ceux qui lui donnoicnt la main. Il le chargea sur ses épaules , sans quitter ses armes , et Je porta au camp.

Après qu'on eut mis le premier appareil aux plaies du roi de Messénie et des officiers , il s'éleva çarmiles

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jours foible jusqu'à l^âge de douze ans ; ce qui fit souvent à son père ^ qu^il ne seroit jamais en état soutenir les travaux de la guerre. Le jeune héros, po le forcer à penser difleremment , pritàrâgededix-hidj ans la résolution de passer une nuit , pendant Thiver)^ surlerempartdeSedan.Lechevalier Je f^assignac, satf gouverneur , aprcsl'avoir long-temps cherché, le trouy|^ sur l'affût d'un canon , où il s'étoit endormi. Il s'attachoit beaucoup à la lecture de Thistoire , et sur-toat à celle des grands hommes qui s'étoient distingués psf les vertus et par les talens militaires. Il fut frappé da caractère A' Aleosandre-le-Grand. Le génie de ce conquérant plut au jeune vicomte, que son ambi tien auroit peut-être porté aux entreprises les plus éclatantes i s'il eût vécu dans ces temps ou la valeur seule autorisoît les honuncs à troul)ier la paix de l'univers. Il prenoit plaisir à lire Quinte-Cnrce , et à raconter aux autres les faits héroïques qu'il avoit lus. Pendant ces récits, on voyoit son geste s'animer, ses yeux étinceler ; et alors son imagination échauffée forçoit la difficulté naturelle qu'il avoit à parler. Un officier s'avisa un jour de lui dire que l'histoire de Quinte* Curce n'étoit qu'un roman. Le jeune prince en fut vivement piqué. La duchesse de Bouillon , pour se divertir , fit signe à l'officier de continuer à le contredire. La flispute s échauffa : le héros naissant se mit en colère, quitta brusquement la compagnie, etfit^ecrè* temcnt appeler en duel l'officier, qui accepta la proposition , pour amuser la à\xc\\Qsse de Bouillon y charmée de voir dans sou fils ces marques d'un courage précoce. Le lendemain , le vicomte sortit de la ville , sous prétexte d'aller al a chasse; et, étantarrivé au lieu du rendez-vous , il y trouva une table dressée. Comme il révoit à ce que signifioitcet appareil, la duchesse de Bouillon parutavec l'officier , et dit à son fils qu'elle venoit servir de second à celuicontrequiilvouloitse battre. Leschasseurs se rassemblèrent; on servit le déjeûner ; la paix fut faite , et le duel se changea en une partie de chasse. 6. L'orateur CûZZ/j^ra/^e de voit plaider en pleine audience une cause célèbre. Sa grande réputation, et rim-

EMULATION. iSg

Lce.dusujet y excitèrentlacuriosiiëdes Athëniens^ rendirent en foule dans la salle. Démosthèney âge ors de seize ans , pressa vivement ses maîtres de r le mener avec eux au barreau , afin qu'il pût îràcctte fameuse plaidoirie. Callistrate futécouté ine grande attention ; et aj^ant eu un succès exinaire 5 il fut reconduit chez lui en cérémonie 9 lieu d'une foule de cil oyons illustres qui s'emlient à Penvi de lui prodiguer des éloges flatteurs, [lectacle^ ime vive émulation s'empara du cœur de sthene : ces honne urs extraordinaires , accordés au 5, firent sur son ame une impression profonde ; sccmoment, enfl.ammédu désird'imiteretmême passer Callistrate , il se livra tout entier à l'étude oquence , dont les charmes étoient si puissans* L Rome , on aimoit à récompenser le mérite ; et )nnoissance publique excitoit le plus vif désir de citer. Lès actions militaires avoient mille récom- 5 qui ne coûtoient rien à l'état, et qui étoient in- ^ntprécieuses aux particuliers , parce qu'ony avoit é la gloire , cette idole chérie du peuple romain. :ouronne d'or très-mince , et , le plus souvent , ouronne de feuilles de chêne, ou de laurier , ou îlque herbage plus vil encore , devenoit inestimanni les soldats 3 qui ne connoissoient point de plus décorations que celles de la vertu , ni de plus noble stion que celle qui venoit des actions glorieuses, îffet produisoient, dans l'esprit des soldats et des rs, les louanges données àla tête de l'armée par léral, après uu combat où ils s'étoient distingués manière particulière ! Et ces louanges étoient ipagnées de monumens glorieux , et de preuves Jes et permanentes de leur mérite , qu'ils 1 aissoient postérité, comme un précieux héritage. G'étoientu* eux de véritables lettres de noblesse rc'étoient îurs des titres assurés pour monter à des places ques plus avantageuses et plus honorables | qui icntaccordées qu'au mérite, et non enlcvéesparla leet par la cabale. De simple soldat, oh pouvoit , «sanlsuccessivement par différens degrés , arriver

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jiisqu^au consulat. Quelle agréable perspective un bas-officier, d'envîsagerdans le lointain les prer charges de Tétat et de Parmëe , comme autant < compenses auxquelles il pouvoit aspirer ! Mais c impression Phonneur du triomphe ne devoit-il pa sur Tame des généraux ! Un particulier voyoit ve devant de lui le sénat en corps avec tous les ord] rétàt. Pour lui, tous les temples fumoient des saci offerts aux dieux en action de grâces de sa victoîi montré en spectacle sur un superbe char , il voyoil cher devant lui les glorieuses dépouilles quil remportées , et étoit suivi de Tarmée victorieuse faisoit retentir toute la ville de louanges non suspec justement méritées ! Une si auguste cérémonie bloit élever le triomphateur au-dessus de Phuma 8. Un bénédictin des Blancs-Manteaux, dont M lin , encore tout jeune, alloit souvent entendre ou: la messe , fut le premier qui aperçut en lui lesgr: dispositions qu^ilavoitpour les lettres. Il connoiss mère du jeune homme , qui étoit , en son genre femme de mérite. 11 lui parla, et lui dit qull fallc solument qu'elle le fît étudier. Son inclination le p bien àPétude; mais des raisons plus fortes en appai sV opposoient toujours. Elle étoit devenue veuvC; nulle ressource du côté de la fortune , que la cont tion du commerce de son mari , quiétoitcoutellie enfans pouvoieut seuls Paider à la soutenir, et e trouvoit hors d état défaire pour aucun d'eux lea d'une autre éducation. Le bon religieux , bien le se rebuter, continua ses instances; et, leprincipa taclc ayant été levé par l'obtention d'une bourse d lége des Dix-Huit , le sort du jeune Rollin fiitd en conséquence: et dès-lors il parut tout autre, u aux yeux de sa mère. Elle commença par tn plus d'esprit et de délicatesse dans les marques d respect et de sa soumission. Elle fut ensuite ser à ses progrès , qu'on lui annonçoit de toutes pari dont on ne lui parloit qu'avec une sorte d'étonnci et, ce qui ne la flatta pas moins, sans doute , ce 1 voiries pareus de ses compagnons d'étude^ les ph

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ENJOUEMENT. l6l

tinguëspar leur naissance etpar le rang qu'ils tenoient dans le monde , envoyer ou venir eux-mêmes la prier de trouver bon que son fils passât avec eux les jours de congé, et fût associé à leurs plaisirs conmie à lenrsexercices. A la tête de cesparens illuwStres, éloitM. le Pelletier 5 le ministre, dont les deux fils aînésavoient trouvé un redoutable concurrent dans ce nouveau venu. Leur père , qui connoissoit mieux qu^ui autre les avantages de l'émulation, ne chercha qu^l l'augmenter. Quand le jeune boursier étoit empereur, ce qui lui arrivoit sou-» vent, il lui envoyoit la mcuie gratification qu'il avoit coutume de donner à ses fils; et ceux-ci Paimoient , quoique leur rival. Ils Pamenoient chez eux dans leur carrosse : ils le descendoientchcz sa mère, quand il y avoit affaire : ils l'y attcndoient; et un jour qu'elle remarqua qu'il prenoit sans façon la première place, elle voulut lui en faire une sorte de réprimaude , comme une Ëiute essentielle contre la politesse ; mais le précepteur répondit humblement que M. le Pelletier avoit réglé qu'on se rangeroit dans le carrosse , suivant l'ordre de la classe. Voyez Amour de la Gloire.

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