FAMILIARITÉ
î . jLja souveraine Labilelc dansla peinture n^ëtoitpas le seul inériledu célèbre Apelle. Une politesse, laconnoissance du monde, les manières douces, insinuantes, spirituelles, le rendirent fort agréable au grand^/eâ?aiiare, qui ne dédaignoit pas d'aller souvent chezlepeinti'e, tant pour jouirdes charmes de sa conversation, quç pour le voir travail! er,el devenir le premier témoin dei merveilles qui sortoientde son pinceau. Cette affection du conquérant de TAsie pour un peinjbre qui étoit poli, agréable , délicat , ne doit pas étonner. Un jeune monarque se passionne aisément pour un génie de ce caractère , qui joint à la bonté de son cœur, la beauté de Tesprit et la délicatesse du pinceau. Ces sortes de familiarité^ entre les héros de divers genres pe sont pas rares , et font honneur aux princes.
2. Le roi Charles JJ étoit familier de so|i iiaturel , d^un accè.*; Irès-facilç, et aimoit assez à voir et à être vu.Plus d'une fois il dînaavec ses bons sujets de Londres chez le lord-maire. Lorsque sire Robert f^iner eut été élu en cedc qualité , il eut Thonneur dedonner à dîîierà sa maioslé.Sire itoier/:, encouragé par sa bonté, et port<mt des sautés coutinucUes à la famille roja]e , deviiii ?i chaque rasade plus passionnépourson prince, etl)ieiil6lsa tendresse dégénéra en familiarité. Charles II y qui S'en lassa, se leva de table , courut à ]a porte . sans })ruit , et fit avancer son carrosse. Sire ILoiert s'aperçut de son évasion ; et, trop satisfait de sa compagnie pour le laisser partir , il courut après lui , le joignit sur l'escalier , et lui frappant dans la main ; << Oh ! parbleu , sire , lui dit il , vous resterez , s'il « vous plaît ; vous ne me quitterez pas que nous n^ayons « vidé encore une bauteille de vin. » Lç roi se mit à ^ire , le regarda avec bonté ; et , se tournant vers -ceux qui ctoient prcsens , il leur dit ce vers d'un?
Ai^ille chanson : « Celui quiest ivre est égal aux rois. » Il revint avec le maire , et eut la compl^sance de rester jusqu^à ce que le bon-homme eût besoin d'un guide pour trouver son lit.
1 . à tTLiEN P Apostat avait malheureusement fait eonnoître qu^il ëtoit sensible aux traits de la satire ; et la piété , naturellement si patiente et si douce , contracte trop souvent quelque teinture des passions humaines qu^elle trouve dans le cœur : elle y prend surtout dans la persécution un peu de fiel et d^amertume. Une sainte veuve , nommée Publie , connue par sa vertu et par celle de son fils , un des prêtres les plus respectés de la ville d^Antioche , étoit à la tête d^me communauté de filles chrétiennes. Leur occupation ordinaire étoit de chanter des hymnes. Depuis que Julien avoit déclaré la guerre au christianisme, elles affeatoient d^élever leurs voix toutes les fois que Pempereur passoit devant leur maison , et de lancer pour ainsi dire sur le prince 5 certains versets des psaumes comme autant de traits qui luipercoient le cœur. Elles avoient* choisi celui-ci : « Les diieux des nations ne « sont que de Vot et de Pargcnt;c^estrouvrage de la « main des hommes : que ceux qui les font , et qui met- « tent en eux leur confiance, leur deviennent sembla- « blés. » Ji/ZîéîTi leur fit commander de se taire. Publie n^en devint que plus hardie : dès la première fois qu^elle sut que le prince approchoit, elle fit chanter cet autre verset ; « Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient « dissipés. » L^empereur , outré de colère , manda la supérieure , lui fit donner des souflOiets par un de ses gardes, et la renvoya. Elle continua; et Julien s'aperçut un peu trop lard que , ne pouvant faire taire ces femmes , il n'avoit diantre parti à prendre que de ne pas paroître les entendre. Théodoret donne hPublie^ de grand$ éloges : sa fermeté dans la foi es\. ç^w çîS.0^
20a PERMET E.
admirable, mais la prudence chréûonne dirigooit-ellc l(r zèle de cette saiiUe feiTime r Parce que Penipereiir. t'lc»it païen , en éloil-il moins son maîlic ? lui devoit-. elle moins do rrspcct ?
2, Caton d'Lliqiic fut clové dans lo maison de son \ on»*lr IJrifsi/s , alors triluni du peuple. Les députés des \ Tiatins éUnt vernis cliez ce ma;j;istrata pour le prier de leur obtenir le droil de l)our;:çeoisic,Po/?cW/Mj leur chef p/ia le jenue Caton d'appuyer leu? demande auprès de son oncle; mais l enfant réj)ondit dun ton assuré qu'il n'eu feioit rien, et résista consfi) mm eut à ses vives inslan<T&. Alore Popcdii/s le prend entre ses ]}ri\si^ Temport(» au haut de la maison , et le menace de le précipiter en bas , s'il ne se rendà sa demande; mais rien ne pul ébranler la fermeté du jeune Romain. Popëdins , saisi d'admiration, s'écria: «Nous sommes bienheureux
^ qu'il ne soil encore qu'un enfant, s'il étoit sénateur , « nous n'aurions rien à espérer. »
3. Peiidant que Fhocion commandoit l'arniée des Alhéuions^ses soldats vouliu'entle forcer de les mener À l'cMuiiMui. (iO i;rand homme, qui ne jugeoit pas à proj'os de livrer bataille, tint forme, et résista à leurs «'ris. I ics A thr-iuî^us iriilés raocahlèrontd'injures.,Vapj>elanl po»lron cl Ini'lic. Plto^îon leur réjïondit en souriaul ,el sans s'cmouvoir: « V ous ne sauriez me rendre ^' courâf^cux , ni moi vous lendre timides; mais nous « noMS connoissiius , demeurons en là. »
Pans lies lemps for! dilViciles , le peuphî , devenu in>olo:r; , >'<M\iporta coulre lui , et vouloit que sur VluMMt^ Il b»i reudii comple de sa conduite. PAocio», ttinioiirs iurl»r.Mi!:ïMe , se contenta de répondre à la uuill".*'nK* : vSo!\:;c/ d'abord à vous tirer de rembarra». ^ t»ù \o»»s ri\\'i ; c Vsl co qu'il y a de plus pressé. >
^^Viv^lo.i'uu l?Mrcpn\scnloit qu'il é loitdanj» ère ux pour lui J<^s\>; 'j\^>(*: ;î\ ce autant de fermeté auwolontéisdu : o :r 'c .s VtluMïîfMis, irrites de sa résistance opi- \ > Mï>v.ci:l bîtM) C'itîuic faire nu^urir: «Oui,réj'Mî,; i\..»,*;.^'/ . »In »uc Icn^ut mourir; mais Lupiste."u,^ .Ni :.^ !cî;r»vv>riilcrc«juicst utile, oit res-jusle- \.^^. XI r. ;u les lluicr je Uahis leurs intcr£u« >*
4. Le consul Carbon\on\o]i qu^on portât un décret qui oontraififuît les habitans de Plaisance à lui rendte SRs ola,^es. Mûrcw^Ca.yfr/ciW5magislrat de cette ville, * y ojiposoit avec courage. Carbon irrité le meuaçoit , en îi:i disant : « Songez que j'ai bien des épécs; — et « moi , ])'en des années , » lui répondit Castricius.
5. Lc.upereur Justinien I vouloit obliger le pape Ago]y^t de communiquer avec Anilûme^ patriarche de Coiksh.iiihmple , qui étoit eutycliien, le menaçant de r<îxil, s il rcsistôit plus long-temps à ses désirs. « Je ,« crovois , l'épondit l'ititréinde pontife , avoir trouvé « un er.îporenr calholiqne; mais , à ce que je vois^j^ai « en l'jLe un Dorttitlen : sachez cependant que je ne « craiijs point vos menaces. » Cette réponse généreuse causa la déposition du prélat hérétique.
6. Afi^ipater , gouverneur de Macédoine , demandoit aux Lacédoiuoniens , après la défaite à' Agis , roi de Sparte, cinquante enfans pour otages. L^éphoreJî^^ocZe, homme ferme , lui dit : « Nous ne pouvons pas vous « donner des jevmes gens privés de Téducation domes- « tique ; ce sont de jeunes plantes qui doivent être bien « cultivées , et qui , transportées ailleurs, ne profite- « roient point : ils prendroient des mœurs étrangères, « et seroient, un jour, de mauvais citoyens. » Antipater insista sur sa demande, et fit de grandes menaces. « Vos menaces , reprit Etéocles , épouvantent peu des « gens qui savent braver la mort. »
7 . Popiliusy noble Romain,fut envoyé vers Antiochusy roi de Syrie , de la part dp. sénat , pour lui ordonner de faire sortir son armée de FEgypte , et de ne point opprimer les enfans de Ptolémée. uiiplixs loin que le menai que aperçut Tambassadeur romain , il le salua avec beaucoup de politesse. Popz7/a^, sans lui rendre le salut, lui exposa les ordres du sénat. Antiochus répondit qu'il y penaeroit, et qu^il lui rendroit réponse. Alors Popilius , traçant avec sa baguette un cercle autour du roi : « Prince , lui dit-il , il faut que vous répondiez , i avant que de sortir de ce cercle- » Le roi de Syrie , étonné de cette hardiesse inti^épide , réi)ondit qu'il étoit prêt à faire ce que le sénat exigcoit. Alors PoplUii&
lesaiiMsfîtrembrass.iavecde^randesmarquesd'amitiét 8. 1 ios états de la Grèce , voulant ierminer les guerrei qui les cpuisoicnt depuis quelques années , indiquèrent un t;ongrès général y auquel chaque ville envoya des députes. Parmi ces ambassadeurs , Epaminondas,teno\i wn des premiers rangs. Sa grande érudition , sa profonde sagesse Tavoient déjà rendu très-célèbre ^ mai» il n'a voit pas encore trouvé l'occasion de donner des preuves bien éclatantes de sa haute capacité pour commander les armées y et pour manier lei affaires publi-* qiies. Dans cette circonstance, il fit briller une fermeté qui dévoila toute la grandeur de son ame. Voyant que tous les députés , par respect pour Agésilas , roi de Lacédémone , qui se déclaroit ouvertement pour la guerre , n^osoient le contredire , ni s'écarter de son avis y il fut le seul qui parla avec une noble.et sage audace y comme il convient à un homme d^état , qui n'a en vue que le bien public. Agésilas , piqué de ce qu'on avoit la hardiesse de fronder son sentiment^ de« manda au téméraire ambassadeur , « s'il croyoit qu'il « fût juste et raisonnable de laisser la Béotie libre et « indépendante ; » c'est-à-dire , s'il conscntoit que les ailles de Béolie ne dépendissent plus dé Thèbes ? Epaininorul^^ tout aussitôt lui demanda à son tour , avec beaucoup de vivacité, «s'il croyoit aussi qu'il fût « juste et raisonnable de laisser la Laconie (ou terri- « toirc de Sparte ) dans la même liberté et la même « indépendance ? » Alors le roi Spartiate , se levant de son siège, plein de colère , 1q pressa de déclarer nettement , « s'il laisseroit la Bcotie lil)re. » Kpaminondas lui répondit par la m(^mc question , etlui demanda encore» « s'il laisseroit de son coté la Laconie hbre. î> Cette intrépide fermeté mit le comble à la fureur du monar^ que , qui ne cherclioitqu'un pi é texte pour rompre avec les Thébains : il saisit celui-ci; et, dans le moment, il effaça leur nom du traité d'alliance qu'on étoit près de conclure. Telle fut la cause de la guerre des Thébains contre ceux de Sparte ; guerre mémorable , qui fiit si funeste à la grandeur lacédémonienne.
g. Mariiis\ parmi les vices qui le déshonoçoient, fit
FERMETE. 2o3
quelquefois briller des vertus dignes du rang distingué qu'il tient dans Thistoire. Etant triLun du peuple , il voulut faire passer une loi utile sur la manière de donner les voix et les suffrages. Comme cette loi paroissoit diminuer Tautorité des nobles dans les jugemens, le consul Cotta s'y opposa , persuada au sënat de la rejeter , et de citer raudacieux tribun pour venir rendre raison devant lui de la proposition qu'il en avoit faite. Le décret étant donné , Marins entra dans le sénat , non avec Tembarras et Pétonnement d'un jeune homme qui , avant que d'avpir fait aucune action d'éclat , s'ingéroit de réformer la république ; mais avec ^assurance que lui domioit le pressentiment des grandes actions qu'il devoit faire un jour. D'abord, il menaça Cotta de le traîner en prison , si , dans le moment^ il ne révoquoit son décret. Cotta , se loumant alors vers Métellus y l'un des plus illustres sénateurs romains , lui demande son avis. Métellus se levant , ap-< puie le sentiment du consul. Aussitôt Marius , sans rien perdre de sa fermeté , fait appeler un licteur qui étoit à la porte , et lui commande de mener en prison Métellus. Ce patricien en appelle aux autres tribuns ; mais aucun d'eux ne vint à son secours. Le danger d'un si grand personnage intimide le sénat ; il annulle son décret ; et ce magistrat, que l'on traitoit de jeune audacieux , triomphe de cette auguste compagnie de vieillards. Marius les quitte couvert de gloire , et se rend à la place publique , où il fait passer la loi dans l'assemblée du peuple. Cette action le fit d'abord regarder comme un homme, entièrement dévoué au {)cuple , et toujours prêt à soutenir ses intérêts contre e sénat ; mais , par un acte contraire , il détrompa ceux qui pensoient ainsi , et leur fit voir qu'il n'avoit d'autre parti que celui de l'utilité publique. Quelqu'un ayant proposé une loi qui portoit que l'on distribueroit gratuitement du blé aux citoyens , Marius s'y opposa de toutes ses forces 5 et , l'ayant emporté , il s'attira le respect de l'une et de l'autre faction.
10. Le tyran Maxime se préparoit à faire la guerre H f^alentinien II ^ afin de le dépouiller de ses é\a\:^v
ao4 K t: n M E T e.
Justine i mère et iulrirc du jcnne empereur, s'adressa à S. Amhroise pour écarter cet orage ; et , quoiqu'elle eût cruel lément persécute le saint prélat,parce qu'il ne vouloil point communiquer avec les ariens qu'elle jmotégeoit, elle comptoit assez sur sa générosité pour lui confierses plus grands intérêts. -^mîrozVeaccepta cette commission difficile \ il s'empressa de montrer h. Justine et à toute la terre , que la persécution ne relâche pas les nœuds sacrés qui attachent les vrais chrétiens à leur souverain. Il avoit ordre de sonder les dispositions du tyran , de renouveler avec lui le traité de paix , et de lui demander les cendres de Gratien , pour leur donner une sépulture honorable. Le lendemain de son anûvéc ,- il alla au paLiis , et sollicita une audience particulière. On lui répondit qu'il ne pouvoi t être admis qu'en présence du conseil. II y consentit , pour ne point rompre la négociation. Lorsqu'il y fîit entré , il refusa le baiser de Maxime : « Vous êtes en colère» « évêquc y lui dit le tyran ; n'est-ce pas ainsi que je vous « ai reçu dans l'audience que je vous donnai il y a « quatre ans ? — Il est vrai , répondit Amhroise y que « vous avez, dès ce temps-là , manqué à la dignité épis- « copale ; mais alors je demandois la paix pour un.in- « férieur ; aujourd'hui , je la demande pour un égal. — « Et qui lui donne cette égalité ? — Le Tout-Puissant « qui a conservé à Valentinten l'empire qu'il lui avoit « donné. » Cette fermeté irriti le tyran ; il ^'emporta en invectives contre Valentinien , qu'il accabla de reproches. Ambroisc le justifia : il le fit souvenir que F^ff/e«^m£e/A étant le mai tcede venger la mortde Gradên sur Marcelliis , ft*ère de Maxime , qu'il tenoit alors en son pouvoir , il le lui avoit renvoyé ; il lui demandoit en récompense les cendres du défunt empereur- Maxi-. me alléguoit , pour raison de son refus , que la vue de ces cendres animcroit ses soldats contre lui. «Eh quoi! « répondit Ambroise, défendront-ils , après sa mort^ « celui qu'ils ont abando^né pendant qu'il vivoit ? « Vous craignez ce prince lorsqu'il n'est plus ! Qu'ar « vcz-vons donc gagné à lui ôter la vie ? Je me suis « défait d'un ennemi , dites-yous : non , Maxime x
1? E R M E T i. àtrS
« Graiien n*ëtoit pas votre ennemi ; c^est ybixi qni étiez « le sien. Il n^entend pas ce que je dis en sa faveur; « mais vous , soyez-en le juge. Si quelqn^un s^ëlevoit « aujourd'hui contre votre puissance , diriez-vous que « vous êtes son ennemi , ou qu'il est le votre ? Si je « ne me trompe , c'est l'usurpateur qui est l'auteur de « la guerre : l'empereur ne fait que défendre ses droits. « Vous refusez donc les cendres de celui dont vous rie « pourriez retenir la personne , s'il étoit votre prison* « nier ? Donnez à Valentimen ce triste gage de votre % réconciliation. Comment ferez-vous croire que voiis • « n'avez pas attenté à la vie de Gratien , si vous le « privez de la sépulture ? » Il convainquit ensuite Maxime d'être l'auteur de la mort du comte VallioTLy qui n'étoit coupable que de fidélité envers son maître. Ambroise , entre les mains et sous le pouvoir du tyran, sembloit être son juge 5 et Maxime confiis ne se tira d'embarras qu'en renvoyant le prélat , et en lui disant qu'il délibéreroit sur les demandes de son souverain. 1 1 . La célèbre marquise de Montespan tâcboit dô concilier le vice avec la piété. Elle s'étoit faite une morale trop relâchée pour une chrétienne , trop sévère pour la maîtresse d'un roi. Ses belles mains ne dédaî* gnoient pas de travailler pour les pauvres. Elle croyoit que des aumônes , l'assiduité au service divin , quelques pratiques extérieures rachetoient auprès de Dieu le dérèglement de sa conduite. Elle approchoit de la table • sacrée à la faveur de quelques absolutions surprises à des prêtres mercenaires ou ignorans. Un jour ,* elle essaya d'en obtenir une d'im curé de village , dont on lui avoît vanté la facilité ; mais cet homme de Dieu lui dit : « Quoi ! vous êtes cette madame de Montespan « qui scandalise toute la France ? Allez , madame , « renoncez à vos coupables habitudes , et vous vienne drez ensuite à ce tribimal redoutable. » Elle sortit furieuse , alla se plaindre au roi , et lui demanda justice de la généreuse fermeté du confesseur conime d'un outrage ; mais le monarque ne crut point que son autorite s'étendît jusqu'à juger dans les sacremers ce qui se passe entre l'homme et Dieu.
12. Lorsque le maréchal de Mar£ZZac se vit condamné à la mort par la haine cruelle du cardinal de Richelieu, il témoigna une résignation parfaite aux ordres de k Providence. En passant devant le palais du tout-puûsant ministre , pour aller au lieu de son supplice : « Voilà , dit-il , une maison où Ton m'a promis bien <( des choses que Ton ne me tient pas aujoiml'hui. > Après qu'on lui eut lié les mains, il dit avec unsoufire d'indignation : « Quand je me considère en cet état, « je me fais presque pitié à moi-même. Je ne sais si j6 « ne fais point aussi un peu de pitié aux autres. M. le « chevalier du Guet y n'êtes-vous point touché dequet « que sentiment de compassion?» Le chevaUer Jii ôueC lui répondit qu'il avoit un extrême regret de le voir en cet état. « Ayez-en regret pour le roi , et non pour moi, > reprit le maréchal ; et il présenta sa tête au bourreau. i3. De Cinq 'Mars , ayant été condamné i mort par les ordres du même cardinal , son implacable ennemi , monta sur Téchafaud avec ime fermeté ^ un courage , un sang froid , qui manifestoient une ame grande et intrépide. Un garde lui voyant son cbapeau sur la tête , osa le lui ôter ; mais Cinq-Mars, se tournant brusquement vers cet «ircher , lui arrache son chapeau, et le remet fièrement. Le bourreau étoit malade^ tm vieux croche teur de la ville tenoit sa place. Cinç-Mars ne voulut pas souffrir qu'on le touchât ; il se coupa lui-même la moustache , et son confesseur lui coupa les cheveux- 11 se promenoit sur Péchafaud, la mam gauche sur le coté , avec la même assurance que s*il n'eût point touché au dernier moment de sa vie : il venoit de se mettre à genoux auprès du billot , pour essayer la posture qu'il devoit tenir , la demandant au bourreau d'une voix feri ne , e t sans paroître ému. Aprè^ avoir encore parlé quelques momens à son confesseur, j^ sans vouloir permettre qu'on lui bandât les yeux , il se remit à genoux devant le billot qu'il tint étroitement embrassé : « Suis-je bien , dit-il à l'exécuteur? « — Oui, monsieur, lui répondit celui-ci. — Frappe» j « donc , reprit Cinq-Mars. » D'un seul coup de haclio ^ le bourreau lui sépajra la tcte du corp*.
1* E R M E 1* ]£é ÙOf
i4- AfUÎgonus y roi d'une partie de PAsîe , et Eu^ mène , roi de Cappaiîoce , se faisoient une guerre sanglante depuis ]a mort à^Alexandre-le-Grand , dont ils âvoient été tous deux capitaines.- Après plusieurs défaites , le dernier se renferma dans le château de Nora ; et Antigonus vint Vy assiéger. Avant de commencer «es travaux , ce prince envoya proposer une entrevue À Eumène ; mais celui-ci répondit que son rival avoit avec lui plusieurs de ses amis qui pourroient prendre sa place , s^il Venoit à manquer , et commander son armée ; au lieu qu^il n^en avoit pas un seul qui pût Je remplacer , parmi ceux dont il avoit entrepris la défense 5 qu^ainsi , il n^avoit qu^à lui envoyer des otages , s'il voiUoit entrer en conférence. Antigonus insista , et lui fît voir que c'étoit au plus foible à venir parler au plus fort. « Jamais je ne r'econnoîtrai « dTiomme plus fort que moi , répondit Eumène > « tant que je serai maître de mon épée. »
i5. Quand Alexandre se fut emparé de tous les états possédés par les rois de Perse , les Macédoniens , devenus insolens^ l'importunoient sans cesse par leurs demandes insensées , et vouloient tout emporter de force. La patience du prince ne pouvant plus y tenir, il les fit ranger d'un côté ; puis , ayant fait mettre les Perses de Pautre : « Macédoniens , dit-il y choi- « sissez entre vous qui vous voudrez pour vous com- « mander ; je vais me mettre à la tête des Perses : « combattons. Si vous êtes vainqueurs , je vous obéirai; « SI vous êtes, vaincus , vous saurez par expérience « que sans moi vous ne pouvez rien , et vous me se- « Tom soumis. » Les Macédoniens , étonnés de cette fermeté vraiment royale, rentrèrent dans le devoir, et ne pensèrent plus à leurs prétentions aveugles.
16. Valentinien ayant été proclamé auguste*, ses soldats voulurent le forcer de se nommer un collègue. Mais le nouvel empereur, le plus intrépide de tous les hommes , sentit que céder , dès le premier pas , à la volonté des légions , c'étoît leur laisser reprendre l'autorité qu'elles venoient de lui conférer. Montrant donc un air assuré y après avoir- imposé silence aijx iglwA
2o8 FERMETÉ.
tiirbiilcns , en les traitait de séditieux, il parla en c« termes : « Braves défenseurs de nos provinces , voui « venez de m'honorer du diadème. Je connois tout le « prix de cette préférence à laquelle je n'ai jamais « aspiré. Toute mon am]>ition s'étoit bornée à me pro- <( curer la satisfaction intérieure, qniconronnelà vertu. « Il dépendoit de vous tout à l'heure de me choisir « pour votre souverain ; c'est à moi ma'mtenant à dé- « cider des mesures qu'il faut prendre pour votre Stt- « reté et votre jifloire. Ce n'est pas que je refuse de « partager ma ])iiissance , je jcns tout le fardeau dn « pouvoir : je reconnois qu'en m'élevant sur le trône^ « vous n'avez pu n)e placer au-dessus de l'humanité. « M<iis votre élection ne se soutiendra qu'autant que « vous me laisserez jouir des droits dont vous m'avez ^ revêtu. J'espère que la providence secondant mes « l>onnes intentions , m'éclaircra sur le choix d'uncol- ^ lègue digne de vous et de moi. Vous savez que dans « la vie privée c'est une maxime de prudence de « n'adopter pour associé que celui dont on a fait une « sérieuse épix?uve. Combien cette précaution est-elle « plus nécessaire pour le partage de l'autorité souve- « raine , où les dangers sont si fréquens , et les fautes « irréparables ! Reposez-vous do tout sur ma vigilances « En me donnant Tempire , vous ne vous êtes réservé « qïie l'hoimeur d'ime fidelle obéissance. Songez seu- « Icment à profiter du repos de Thivcr pour rétablir vos 4( forces y et vous préparer à de nouvelles victoires. » La noble fermeté de ce discours arrêta les murmiu'es. f^aleniinien acquit dcs-lors toute la confiance qu'auroil pu procurer im long règne soutenu avec dignité ; etces libres <"ohortes , qui , un moment ciuparcivanl , prétendoient lui commander , frappérs d'une impression de respect qui dura autant que î>a vie , le conduisirent au palais , au milieu de leurs aigles et de leurs enseignes, avec toutes les marques d'une entière soumission-
l'Ç'. Ijéontius et Mcgaléas , officiers macédoniens , abusoicnt étrangemenl des ]>onlés que Philippe , leur maître , avoit ])Our eux. En vain Afatiis , général deî? Achccns, vouloitdétromper ce monarque sur le compte
de
iP t R M E T F.. ^ÔH
uè ces deux perfides ministres. Il les avoit eus pour conseillers dans sa première jeunesse : sa prévention pour eux étoit une habitude. Ils hâtèfent eux-mêmes leur perte. Un jour , au sortir d'un grand repas , ils poursuivirent ^ra^i^y , h coups de pierres, jusque^ dan» te tente. Tout le camp fift en émeute. Le hruit vint jusqu^ailx oreilles du roi , qui , s'étant fait informer exactement de tout ce qui étoit arrivé , condamna Mëgaléas à une amende de vingt mille éciis , et le fit mettre en prison. Cette nouvelle fut un coup de jToudre pour Ijéontius. Cependant il crut devoir s'aripker de résolution ; et , suivi de plusieurs soldats , il •rôit à la tente de Philippe , persuadé que ce prince , intimidé pat* ce cortège , chaiigei'oit bientôt de sentiment. « Qui a été assez hardi , demanda d^in ton % insolent P^udacieux capitaine , pour porter leis « maîhs sûr Mëgaléas , et pour le mettre en prison ? « — C^est moi ; c'est votre maître et le sien , réi)ondit ik fièrement le roi. » Cette noble fermeté effraya i.^/o/idus. Il jeta quelques soupirs , et se retira consterné- Quelques jours après , il se rendit cantidn de l'amende imposée à Mëgaléas , qui par là recouvra «a liberté.
1 8. Le grand-d uc de Toscane , François de Lorraine , vint former , en \7l{\ , le siège de I.jintz, qu'il pressa avecî fureur. Les Français déiPcndent la jplace avec le courage le plus intrépide . et tandis qu^ils se retirent dans une partie de la ville, les troupes impériales entrent dans Pautre, le flambeau «à la main. jVI. Duchâiely lieutenant-général , est «îétaché pour proposer les articles d'une capitulation honorable. « Je veux , dit le « grand-duc , avoir la garriison prisonnière de guerre. « — Eh bien ! répondit M. Duchiîtel , recommencez * donc à brAler; etjions allons recommencer à tirer.» Cette ferme repartie adoucit le prince , qui accorda tous les honneurs de la guerre à cette brave garnison^
19. Le philosophe Anaxagore ^ le premier qui donna lui-même ses ouvrages au public , exilé d^Athènes , parce qu^il àvoit enseigné que le soleil est une masse de feu ardent , avoit choisi pour retraite la ville de Lamp-- Saque. Il y parloit en public sur quelque matière philo- Tome Ih O
sophiqne , lorsqu'on vint lui annoncer la mort de sa deux lils. Il interrompit son discours y garda quelque temps le silence ; puis y reprenant toui-à-coup la parole , il dit d'un air ferme : « Né mortel , je savoii « que je les avois en£|;endrés mortels. ;> II continua avec la même tranquillité ^ renfermant sa douleur au dedans de lui-m^me. ^oyez Assurance, Con^tancc> Egalité , Intrépidité.
1. J. HÉODORic, quoique arien y avoit un ministre catholique qu^il aimoit beaucoup, et auquel il accordoit toute sa confiance. Ce ministre crut pouvoir s'assurer de plus en plus les }>onnes grâces de son maître y en renonçant à sa reli£[ion : il embrassa Parianisme. Théodoric F.iyant appris , lui fit trancher la tête- « Si cet « homme , dit-il , est infidelle à Dieu , me sera-t-il (H fidelle , à moi qui ne suis qu^un homme ? ».
2. Sou* la minorité de Louis Xlf^y deux gentilshommes finançais , Tim de Picardie , nommé d^&clain- ' villiersy et l'autre de Champafpie, appelé de hennéville y tous deux morts lieutcnans - {généraux , mangeoient un jour ensemble avec plusieurs autres officiers. D'EsclaiiwiLUers dit à la compagnie : « Buvon?
« à la santé du roi ; » puis , s'adressant à Rennei^ille : « IMon ami, ajouta-t-if, je te la porte ; car, vive Dieu! « si tous les gentilshommes nous resscmbloient, il tfy « aiu:oit point de traîtres en Franche. » Aussitôt tous les convives , mettant la main sur leur épée, prièrent Dieu de changer en poison le vin qu'ils alloient boire à la santé du loi , s'ils avoient dauti-e pensée dans Vame , que de verser leur sang pour le service de leur prince et de leur patrie.
3. L^archiduc d'Autriche étant entré dans Madrid en 1710, fit dire au marquis de Mansera^ vieillard de près de cent ans, président du conseil de Castille^ de venir lui bai;>er la maia : « Je n'ai qu'une foi, rcpoiidU
?< ce généretii centenaire ; je n^ai qu^un roi , qui est « Philippe V^ auquel j'ai pieté serment de fidélité. Je « rcconnois Tarchiduc pour un grand prince , mais « non pas pour mon souverain. J'ai vécu cent ans sans « avoii- rien fait contre mes devoirs \ et ', pour le peu « de jours qui me restent à vivre , je ne veux pas me « déshonorer. »
4- Du temps de la Ligue, Nicolas Potier de Notion de Blancménily président à mortier, fut sur le point d'être condamné à être pendu par les Seize. Comme on alloit le juger , le duc de Mayenne revint à Paris. Ce prince avoit toujours eu pour Blancménil une vénération qu'on ne pouvoit refuser^à la vertu. Il alla luimême le tirer de prison. Le président se jeta aux pied^ du prince, et lui dit : « Monseigneur, je vous ai obli- « gation de la vie i mais j'ose vous demander une plus « grande grâce : c'est de me permettre de me retirer « auprès de Henri IV y mon légitime souverain. Je « vous reconnoitrai toute ma vie pour mon bienfai- « teur , mais je ne puis vous servir comme mon mai- « tre. » Le duc de Mayenne , touché de ce discours , le releva, Tembrassa , et le renvoya à Henri IV.
5. Le duc de Guise , ayant soulevé le peuple de Paris , le roi Henri III fut obhgé de se retirer à Chartres , et le duc resta seul mawe de la capitale. Après avoir appaisé le tumulte, il alla rendre visite au premier président, Achilles de Ilarlai. Il le trouva qui se promenoit dans son jardin. Le magistrat s'étonna si peu de sa venue , qu'il ne daigna pas seulement tourner k tête, ni discontinuer sa promenade commencée , laquelle achevée qu'elle ftit, et étant au bout de son allée, il retourna, et, en retournant, il vit le duc de Guise qui vencit à lui. Alors il lui dit : « C'est grand'pitié que le « valet chasse le maître ! Au reste, mon ame est à Dieu , « mon cœur est k mon roi , et mon corps est entre les « mains des méchans : qu'on en fasse ce qu'on voudra. y>
6. 1/oraieur Marc'Antoine étant cité en justice pour un crime capital dont on le chargeoit, ses accusateurs demandèrent qu'il livrât, pour être appliqué a la question, un}eune esclave qu'ils pré tqndoi^nlêlre coxu^\\c<i
de son niAÎtre. Cette circonstance rendit l'*instructi<)a du procès fort délicate pour Paccusé. L'esclave étoit extrêmement ieune : Antoine craignoit beaucoup delà foiblesse de l^âge et de la violence des tourmens; mais le généreux serviteur exhorta lui-même son maître à le livrer sans crainte , l'assurant que sa fidélité étoit au-dessus des douleurs les plus cruelles. Il tint parole; et la question, qui étoit très-rigoureuse chez les Romains , les fouets , le chevalet , les lames ardentes ne purent vaincre sa constance, ni le faire parler d'une manière qui nuisît à l'accusé : exemple qui prouve que la vraie noblesse est de tous les états.