‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 60 sur 130 · Le chevalier Bayardy ayant enlevé un trésorier · texte numérisé non relu

Le chevalier Bayardy ayant enlevé un trésorier

espagnol chargé d^ une somme de quinze mille ducats^ étala tout cet argent sur une table à son retour au camp. Vn de ses amis, nommé Tardiçu^ arriva; et, comme il Pavoit accompagné dan» cette entreprise, il prétendit avoir la moitié de la somme. Bayard , piqué de ce que Tardieu s^appliquoit la moitié de Li prise, sans attendre ce que son aaiitié decideroit en sa faveur, lui dit qu'il n'auroit rien que ce qu^il voudroit lui donner. Tardieu , que Pintérêt dominoit , quitta Bayard en menaçant , et alla se plaindre au général d'armée ; mais ayant exposé la cause de son démêlé , il fut exclus de tout droit sur la prise. Il s'en revint fort triste ; et Bayard, pour s'égayer, étala une seconde fois devant lui les ducats. Le gentilhomme ne fut pas maître de son transport : « Ah ! la belle dragée , ^ s'écria-t-il ; mais je n'y ai rien. Encore si j'enavois ki k moitié, je seroisà mon aise pour toute ma vie. — « A Dieu ne pliiise", répondi t Fayard , que je chagrine « pour si peu un brave gentilhomme comme vous : « prenez la moitié de la somme que je vous donne « volontairement , et avec joie ; ce que jamais vous « n'auriez eu par force. » Ensuite il distrijjua l'autre à ses soldats, et aux officiers qui servoicnt sous lui, sans rien réserver pour lui-même, suivant son usage. . 25. Lorsque Cyrus s'avançoit à grands pas contre Babylone , un seigneur du pays , nommé Gobrya^ , vint au devant de lui , faisant porter des rafraîchissemens pour toute l'armée. Le roi des Perses entra dans le château. Alors Gohryas fit mettre à ses pjeds des coupes et des vases d'or et d'arg.ent sans nombre, avec une multitude de bourses remplies de monnaies du pays ; et , ayant fait venir sa fiDe qui étoit d'une taille majestueuse , et d'une beauté extraordinaire , que l'habit de detiil dont elle étoit revêtue depuis la mort de son frère , sembloit encore relever davantage , il la lui présenta , le priant de la meltre sous sa protection , et de vouloir bien accepter les marcpies de reconuoissance qu'il prenoit la hberté de lui offrir. « J'accepte de bon « (*œur votre or et votre argent, dit Cyrus , et j'en fais a présent à votre fille pour augmenter sa dol- î^^àssw-

y.srA G o i: T.

K Honneur , qui , non comme la myrrhe en Arabie i « mais qui , pai* loul 1^ monde , porte l'Qnceiis pré" « rieux de la vertiijhonnear,qui, non comme la fose « au mois de mai , mais qui , de tous les .mois, ne « fait qu'iui jour éternel , pour embaumer la terre « deson odeur! Douce odeur ! toute agréable odeur!.... r à qui les Romains sacrifioient tête nue , pour dire « que rien ne lui fait ombre , et qu'il n'y a point de « ténèbres , po'mt de. nuit , point d'éclipsé pour sa « f[loire , que sur le bout , sur V^men , et sur le ? dernier point du monde... »

Le sieur de Vllostal s'efforce de prouver qu'il est impossible de représenter dignement un héros par des statues de bronze , de marbre ou de pierre ; et, comme son but est de tourner toutes ses preuves en sentiment, il fait ici cette vive apostrophe à StasicrafeA\, ce kinexix sculpteur, qui offrit à Alexandre-le-Grand défaire du mont Athos un colosse qui représenteroit le conquérant de l'Asie, tenant une ville dans sa main gauche, et laissant tomber un fleuve de la di'oite. Après un portrait singulièrement chargé du roi de Macédoine: «Ces « fougues , s*écrie-t-il , ces chaleurs de courage, ces « élans , ces bouladcvs , ces brusques saillies a*aml)i- « lion ; cette amo qui Iropigne, qui pétille , qui bout, « qîii brùlr d'aril^Nirde combattre ; ce feu, cetleflam- « me; ce cœur sans peur , et qui donne la peur à tant ^ de cœurs, o Stasicraies ! comment me lerepresen- « teras-lu par une image qui montre toutes ses perfcc- « tionsau doigl ,elie qui ne peutpas remuer un doigt? « Et si ton Athos esl sans cœnr, veux-tu arracher le « cœur à ton Alexandre , atîn qu'il soit sans cœur « comme ton Athos?... On ditd\^^e//ej, qu'il peignoit « les éclairs, les foudres, les tonnerres, ettoutcequi '< bonnement ne se peut peindre; mais une ame , ou- « vrage du sacré doigt du Tout-Puissant , rayon de « la Divinité , et qui , conmie le corps du corps , ne « sort point d'une antre ame; une ame parée et em- « I)ellie, tonte luisante, toute éclatante de ses vertus, « qui la mettra en figure, sinon ceux qui n ont point f( dame pourconnoîtrela vertu,nidevertupoursavoii- « ce que cest que lame ? »

Ce boursoûfflé prëainbule conduit le vice-chancelier de Navarre à Véïoge de Henri - le - Grand. « Si non « Alexandre par le mont Athos , comment dans une « salle , sur im manteau de cheminée , comment tirer ^ en bosse, comment représenter en marbre Henri mon « victorieux^, en qui plusieurs Alexandre^ comme plu- « sieiu'S Marins en un César?... Ni du cheval par la « selle , ni de la tête par le chapeau , ni de Pesprit « par le corps ; et l'on voudra que je jiige du corps et « de Pesprit par une image qui , sans mouvement et « sans esprit, rie peut tenir du vrai corps de Bour- « bon , puisqu'elle n^a rien de son esprit ? Aveugle « image , muette et sourde image , mieux dite morte « image de la mort, que corps figuré d'un corps vivant ! « Et qu^est-il encore ce misérable corps ? Sanglante « ordure en sa naissance ; ampoule de verre, et ballon « rempli de vent , en sa vie 5 entrée de table , rôti , « bouilli , et confitures des vers après sa mort. Oui , « pour la mort gibier tout prêt , s'il n'a toujours un « vivandier , un giboyeur sur la bouche , un chirur- « gien sur les ulcères , un médecin au chevet du lit. « Corps, et non plus corps quemoulin à moudre; four « et marmite à cuire toutes les viandes; sépulcre, ma- ^ nicle et entrave; l'ancre , l'attache et le contre-poids « de nos esprits; croche teiu* vil et abject , mallier et « cheval de valise ; trésorier et receveur-général de « toutes les imperfections de la nature. Et si rosée ^ d'un matin, si fleur d'un jour, si potiron d'une nuit; « si sa beauté, comme un bouquet de fleurs; sa santé, « comme une fiole de verre; sa vie même, oui sa vie , « comme une hirondelle passagère, comme un éclair, « comme une ombre; et qu'est-ce que le corps , qu'une « beauté de fleur, une fleur de santé , une santé de « verre , un verre de vie ; et enfin, une vie d'ombre , « d'éclair et d*'hirondelle passagère ? . . . . Henri en « image ! Tant et tant de lauriers sur la tête de mon « victorieux ! Ces beaux lauriers, cueillis sur le champ « de trois sanglantes batailles , et de trente-cinq ren- « contres d'armées , cent quarante combats , et trois « cents sièges de place? ces lauriers, naguères branle-

a54 COUT.

« branlans entre le pêle-niéle ^ le clic et le clac y£eûà « fumée , coups et plaies , plaies et sang , sang et mem* « très , meurtres et carnage , carnage et horreur ; a « Phorrcur de tant et tant de combats , ou main à (( main 3 pied à pied ^ pistolet contre pistolet , ëpée « contre épée , et où mon Bourbon a montré qu'en u« « siècle brouille-brouillé 5 siècle de querelle et dW « tra^e y siècle de plaies et de sang y il ne pouvoit j ff avoir roi en France qui ne fût soldat , ni soldat plui <t brave , plus courageux que Bourbon : si soldat se « peut dire, celui qui commande aux archers etauxsoP « dais, comme disait IphicreUes : Ah ! lauriers , oùétea-

(( vous ? Ce grand doyen des princes de son siècle ,

« Trajan , dit Pline , passant dans les eues , tout le « monde jetoit et attachoit les j^eux sur lui. Les enfani « à la mamelle le connoissoient : les jeunes crioient: « Voilà ! le voilà I Les vieux , comme en extase - A U <( bon ! disoient-ils , 6 le brave empereur ! Les malade», « quittant les lits , se traîne - traînoient aux portes , « aux fenêtres , croyant que sa vue portoit santé et « guérison ; peuple à troupes , troupes à ondées , et « ondées de peuple à foule perçante , presse et foule « de peuple, comme s^il n^y avoit rien eu aumondeque « Trajan y qui seul méritât les yeux de tout le monde.... « S^il se faisoit de tels honneurs à l'image de Bourbon, « ômcs yeux ! quel objet plus agréable , plue gracieux ! « et que verriez-vous au monde qui ne contribuât à « Phonneiu* de son image ! Rome , ses bénédictions ; « l'Empire , Thonneur de sa main droite ; Tltalie, son « baise-main ; l'Angleterre , son amitié ; la brave « Suisse, toutes ses piques; Hollande et T^élande, ces « deux vieilles guerrières, le tranchant de leurs épées; « Portugal , le regret de ses rois légitimes ; les Mores, « le désir de leur liberté ; PAragon , ses plaintes ; la « Navarre , ses soupirs et ses larmes ; Castille , sa « crainte 5 Castille , sa terreur ; Castille , son effroi , « sur-tout en ce temps , temps si long-temps désiré !

« heureuse ainsi , ô l'heureuse image ! »

Tout l'ouvrage roule sur cette idée : « Ifenri-le-Grand seroit bien représenté , si son image pouvoit rçndre son

tAie ; $oti Caractère , ses vertus ; mais cela n'est pas possible ; il vaut donc mieux n'ériger de statues à sa gloire , ■quecelle que ses beaux faits , ses sublimes actions lui eu ont dressées dans la mémoire de tous les hommes ; il est dcmc plus raisonnable de se contenterde célébrer le bril-- Jant de ses exploits. » Nous |>]aindrions beaucoup le nom à jamais mémorable deJïé«ri/J^,si, pourlirriver à l^immortalité , il n^avoit eu que la bouche et la plume de son vice-chancelier , que son Avant-Victorieux y production extravagante d^un homme sans goût , monument de barbarie , dans un siècle qui avoit déjà produit Malherbe , et qui enfantoit le grand Corneille! On. est étonné, en lisant ce livre , qui contient plus de trois cents pages d^impression , d'y voir la plus vaste érudition. Il n'y a pas la plus petite allusion , qui n'ait son autorité à la marge ; pas le moindre trait a histoire ou de physique , qui ne soit appuyé d'un passage de Pline , et de tous les autres naturalistes anciens ; les poètes , les orateurs , les historiens , les pères de l'Eghse, sont cités tour-à-tour , mais toujours sans choix , toujours sans sagacité , et le plus souvent sans avoir été entendus. Pour achever de le faire connoître , nous nous contenterons de* choisir les morceaux les plus intelligibles , et les plus propres à le caractériser.

Le sieur de VHostal fait en ces termes l'éloge de Sully : « Pilier d'airain , ferme colonne d'état ; épée « tranchante, pour les combats ; tête à double cer- « veau ,jpour les conseils ; bouche de torrent , pour « la persuasion , à mains et à pieds de vent , pour « l'exécution ; Sully , l'une des fibres du cœur de sou « prince, l'im des piecjs du trépied de son oracle; et « digne certes des titres les plus apparens d'honneur, « puisque tu es trouvé digne de servir un si grand « roi. . . . Un roi , qui confit toutes ses vertus au miel a de sa sagesse, et qui, en*Ia hautesse de ses dis- « cours , peut , comme jadis Périelès , se nommer « l'Olympe..*. Ce très-grand roi de fleurs de lys, qui « n'a rien sur lui que Iq ciel' et le soleil.... »

A l'occasion d'une statue équestre de Henri-le-^ Grand , l'auteur s'écrie : « Trompeur imager , qui

« voiidroit nous amuser en la figure* d'un prince-,

«lui-même crayonne el fignre ses mœurs stiri

« canirs ; qui tire au naïf et au naturel ses vertus

« nos âmes 5 et en ses vi-rlus nous morih*e le chenal^

« battu du ciel ! . . . Encore un ronp , iniager txo»f '

« pour , qui monte mon victorieux en St. Geo^,

« qui lui donne Pépce comme à S. Paul , et l'habilkl^

« tout en blanc , comme jadis on figiu'oit la \ésâ

« au temple d'Amphiaraiis.... » «

A quelques pages de là , on trouve cette {vithétiqne

déclamation contre le monde : «Et qui n'aimeroitinieu

« rire , que pleurer , sur les folies du monde ! Monde

« gaucher , fiiit au rebours et à contre-fil , qui prenâ

« l'écorce pour l^arbre, le masque pour le visage, elfe ■

« tableau , pour la chose exprimée ! Monde enfantin',

« et pire qu'enfant , qui coiUente plus ses yeuï aux

« singeries de Part, qu^lux ouvrages plus singuliers de

« la nature; e t qui, comme ikftfg^ûjdisoitdePAzY^mo»,

« ne voudroit jamais avoir entre les mains que dce

« boules et des osselets à jouer. Monde à nez defuret.M

« à prunelle égarée , qui trouve les Français noirs à

« Paris, les Mores blancs en Afrique... toujours amou^

« reux et ftiand de ce qu'il n'a point , et dégoûté de ce

« qu'il a ; vrai chien d'Esope , qui quitte la chair pour

« 1 ombre. . . Monde au cloche-pied depuis son enfiaoïce;

« antipode de la vertu. . .Monde à tête creuse , à cerveau

« mal timbré , qui , pour porter ses yeux au-dessus

« de sa foi , presse le corps ];our voir un esprit , et

« courbe l'esprit pour adorer un cor[)s... Monde à sens

« tourné , abâtardi de jugement , et qui auroit bonbe-

« soin d'ellébore ; monde au plus haut point d'audace,

« et qui , en la témérité de ses desseins , trouve tout à

« pas ouvert , tout à pont-levis baissé, jusqu'à donner

« un corps à celui qui est tout esprit , une image i

« celui qui n'a point de corps... Henri , mon prince,

« Bourbon , mon victorieux , nenni , non , ce n'est

« pas' merveille , si le monde figure un homme en

« E)ieu puisqu'il figure les dieux en hommes !... »

C'est particulièrement dans les endroits où le vicechancelier de Navarre veut louer son prince , qu'il

déploie

O Ô TJ t. 25/

Ipioie toutes les richesses de son éîoqnèhce ompoue : « Henri , mon victorieux , s ecrie-t-il , avec un ridicule enthousiasme , ce grand roi , le dauphin et ramoul* du ciel, sacré ciel de Pamour, Famour et le ciel du mondé , et petit monde , en qui plusieurs inondes de bénédictions du ciel , plusieurs grâces : d'amour... Ce bon i-oi, toujours vetil et habillé des ! passions de ses peuples... Lui , qui ayant fiancé leur ! fortune , et épousé leur liien et leur mal , se pare et f «'embellit des prospérités , et porte le noir sur les jours noirs de la France. Quand ce premier pair des princes du monde , et quand au monde ce prince sans pair, quand il paroît couronné de gloire , tout rayonnant d'honneur , et comme un grand soleil sur les étoiles de tout le monde , 6 que Pamour , ce saint ftmonr, dontson peuple révère ses couromies, Aquel imtnortel printemps il désire à ses fleurs de lys , et qu^il se voit naïvement dans lesfleurs de cetamour,et dans l'amour de ses /leurs ! Oque, par tant de cœurs épanouis d^aise, par tant d'ames en danse au son de tant de prospérités , par ces acclamations d'allégresse et de joie , par ces voix favorablement éclatées , la France montre bien qu'il faut qu'à tour de rôle c:e bon prince entende ses bienfaits ; comme il ne les pouvoit entendre sans les faire ; et qu'il faut qu'un roi si victorieux vive autant que la gloire , qu'il ne sait ce que veut dire mor^... Vive le victorieux ! qui, ayant donné le va-t-en à nos contusions , et dit lo holà aux malheurs de la France , l'a tournée du Couchant au Levant , ainsi que Charon lit jadis de la ville de Chéronée. Vive ce foudroyant ! qui a émoussé la force de ses ennemis , donné l'extrêmeonciion à leur ambition , tiré le dernier hocquet à leur fierté 5 et , en chérubin du ciel , lépée flambante au poing , leur défend l'entrée du paradis de sa France. Vive ce triomphant qui , porté ^ur le char de la gloire , nous a ramené la paix sans ailes , sans patins volans, sans boule roulante; et de même qivon dit que la fortune passa la rivière d'Eurotas ^ pour demeurer chez les Lacédémoaiens ! Vive ^ et» Tome IL ^

« qu^il vive dans les siècles des siècles , sa beauté W « rinée sur nos âmes , son amour sur nos cœurs , sel « mérites en nos mémoires , et en nos bouches le récit « de ses combats , le Te Deum de ses victoires , les « hymnes et les cantiques de ses triomphes !

« Le voilà pourtant , je le vois mon victorieux l

« O front relevé , vénérable ! front , vrai tablean

« d^honneur , trône de biensé^ce , théâtre de majesté !

« O yeux ! ô beaux yeux ! tous traits et attraits !

« yeux doux ; yeux fusils et allumettes ^ flambeaux

« et lumières d^amour , le rendez-vous et le séjoiir

« des grâces ; yeux , 6 doux yeux en temps calme et

« serem ! Maison , orage et tourmente , ô yeux It

« tourmente et orage même ! voyez réclair , voyez U

^ foudre en ces yeux ardens ! Foudre , et toute autre

« foudre que celui qu^on voit en la pierre AstrapiasI

« Nez royal 3 ô nez aquilin ! Titres des mieux marqués .

« entre les titres de Dieu : marque d^honneur entre

« les rois de Perse ; si privilégié , si honoré parmi les

^ Grecs , que , comme on PappeloitPhomme de bonne

« mémoire Mnémon ; un victorieux CaUinicos ; on

« appeloit aussi celui qui avoit le nez aquilin Grypos* >

Rien n^est plus original que la description de

l'homme en contemplation : « Par elle il s'élève plus

« haut que tous les cieux dans le sanctuaire infini de

« rétemité : non affranchi du servage et des liens du

•« corps y il voit loin-loin y bas-bas dessous seh pieds ^

<( les cicux et non plus les cieux > mais petits cercles,

« petites roues à tourner d'une main; les étoiles > le so-

^ leil y la lune , et non plus lune y non plus soleÛ^ non

« plus étoiles^ mais petites lampes y petites bougies i

(( petites bluettes de feu ; la terre , non plus terre ,

« mais un trou de fourmilière y ou les hommes'i

« moindres que fourmis y vont et viennent , tournent»

« retournent, passent, repassent, font et défont, dé-

.« battent et combattent ; tout ce petit tracas , tous

« ces petits labeurs par fois sanglans par un trou de

« fourmilière f)our y bâtir un empire de fourmis....

« Un turelupin, d'étude moisi , un plume-plumant, j ^ \m brouille-barbouille-farfouille papier y une je o^ j

C Ô U T; îSg

% sais quelle plume , qui traîne-ranipe par terre , au lieu % de voler , dit : La paix est la mère-nourrice des al- « liances y Talliance des infractions , et un anneau de « foi et de serjtnent des princes. Màisquëb princes , 6 k turelupin , si sans foi ? Quelle foi , ô turelupin , où le tant , d^infractions ? Quelle alliance , où nulle foi ? k Quel anneau , où nulle alliance ? Et voilà ta paix y toa k allianbe^ ton anneau en pièces^ par tant d'infractions^ « 6 turelupin !.». ture-lilre , turelupin, fi de toi I fi ! je « te laisse avec ton ture-lure; et puisque tune vaux ni «le prendre, ni le pendre, je te laisse, turelupin, pour « reprendre mon vicitorieux. Ha ! où est-il ? où est ce K prince , toujours en, butte et en blanc à tous les mau« t vais démons de PËurope , et qui , à peine a eu le « loisir de mettre Pépée au fourreau ? Où est-il , ce « brave , qui jamais ne trouva estoc assez roide pour « sa vaillance, ni assez d'enniemis pour son ëpée? Vic- « tprieuse épëe ! épée qui auroit autant de fourreaux « que de corps d'ennemis > si , tout doux y tout douce- « ment, sa clémence ne lui eût dit à PoreiUe : Arrête

« ta. victoire , pour être doublement Victorieux

« iEn Pair , ma plume , en Pair : deux et trois , trois I: et quatre , quatre tirade et plus , s'il le faut y tirades k à centaines , pointes sur pointes , élans sur élans , à « ITionneur de ce grand roi;.. En Tair , ma plume y en € Ifair ; il y a de Thonneur à. s'étendre, à s'élargir , à se « donner carrière sur les mérites d'un prinoe de vertu : k tout alors , tout le sang bouillonne ; les veines s'ente fient ; le coeur grossit , l'ame s'élève 5 tous les sens f ipidissent avec l'anie , comme l'ame avec tous les f sens. En l'air, ma plume, enl'air... toujours enl'air, t toujours , toujours sur cette image de mon victot rieùx ; image , qui , à faute d'ame, semble demander t la faveur de ton esprit , et tes complimens sur ses f défauts : vue pour ses yeux ', ouïe pour ses oreilles 5 « parole pour sa langue ; mouvement pour ses pieds ; f et, s'il lui faut des ailes , en l'air , ma plume , eil t l'air, afin que le monde cônnoisse qu'il n'y a aile que t d'esprit , et que tout le monde en image ne vaut pas t uneplume*^ C'est ainsi que laplume de M;€Îel'Ho5t€kl

cesse de voler , après avoir plane si long-temps danl les régions obscures d'une insipide extravagance.

2. Le maire d^une petite ville située sur les bords du Rhône , fit un jour celte harangue à un des lieutenans-généraux de l'amiée de Piémont : « Monsei- « e^neur , tandis que Lovis-le-Grand fait aller Pempirc ^ àe mal en pire , damner le Danemarck y suer la ^ Suède ; tandis qu^il gène les Génois , berne les Ber- ^ nois , et cantonne le reste des cantons ; tandis qae « son digne rejeton fait baver les Bavarois y rend les 9 troupes de Zell sans zèle , fait faire hesse aux Hes- « sois ; tandis que Luxembourg fait fleurir la France « à Fleurus , met en flammes les Flamand , lie les Lié- « geois, et fait danser £^a<f/aizag^a sans castagnette;taii- ^ dis que le Turc hongre les Hongrois, fait esclaves les « Ëscfavons , et réduit en servitude la Servie ; enfin , ^ tandis que Catinat démonte les Piémontais ; que K Saint'Ruth se rue sur le Savoyard , et que Latré « l'arrête , vous , monseigneur , non content de feire « sentir la pesanteur de vos doigts aux Vaudois , vous « faites encore la barbe aux Barbets ; ce qui nous « oblige d'être , avec un très-profond respect, monsei- « gncur , vos très-humbles et très-obéissans serviteurs.» . 3. Les prédicateurs du xiv.® siècle affectoient de tousser , comme une chose qui donndit de la grâce à leurs déclamations. OHvier Maillard , cordeber fort à la mode de son temps , et qui jouissoit d'une réputation brillante , n'a pas manqué , dans un sermon français, imprimé à Bruges, vers l'an i5oa, démarquer a la marge , par des hem ! hem / les endroits oii il avoit toussé. Tout l'auditoire répondoit à cette éloquence de poitrine , dune manière plus éloquente encore ; et c'est peut-être de là qu'est venu l'usage où l'on est de se moucher à chaque division de sermons.

Un des rivaux de Maillard , nommé Bihautius , prêchant im jour le panégyrique de la Magdeleine , dit q\\Q Marthe étoil une très-bonne femme, tara avis in terris ; fort attachée à son ménage , très-pieuse, et ^ni se plaisoit beaucoup \ aller entonch^e le sermon et l'office divin ; niais que Magdeleine , sa sœur , étoit une co(|uelte , qui u'aimolt qu'ai \o\xer ^ i^ causer et à

perdre son temps ; que cependant Marthe faisoit tout son possible pour la gagner et [^attirer à Dieu ; que , pour cela y faciebai bonam sociarriy elle faisoit le bon compagnon avec elle , et entroit en apparence dans ses inclinations mondaines pour ne la pas effaroucher ; de sorte que , sachant combien elle aimoit le bon air et le beau langage , elle lui dit des merveilles de la

f)ersonne et des sermons de Notre-Seigneur , pour "obliger finement à le venir écouter ; que la Magdeleine , poussée de curiosité , y vint eu effet : mais qu'arrivant tard , comme font les dames de qualité , pour se faire davantage remarquer, elle fit grand bruit; et j passant par-dessus les chaises , se plaça in cons^ pectus Domini , vis-à-vis du prédicateur , et le regarda entre deux yeux avec une hardiesse épouvantable. Le reste de ce pathétique sermon est chargé de passages de poètes et dephUosophes cites sans choix et sans goût.

4. Sous le règne précédent, le burlesque étoit «fort à la mode , qu'un docteur osa écrire la passion de Notre-Seigneur en vers burlesques ; et un prédicateur extravagant s'avisa de dire que Jésus-Christ , dans le jardin des Olives , avant de boire le calice- de sa passion , le porta à la santé du genre humain. Le récit de ce trait ridicule donna lieu à une personne de s'écrier : « Oh ! si cela est vrai , avouons de bonne foi que nous. « ne faisons guère raison à ce divin Sauveur. »

5. Un jeune abbé , prêchant la passion à une grillé > dit que Notre-Seigneur , qui sua du sang de tout son corps dans le jardin des Olives , ne devoit point pleurer autrement , parce que Dieu est tout œil ; qu'il garda le silence devant Hérode , parce que l'agneau perd la voix en voyant le loup 5 qu'il étoît tout nu sur la croix , parce qu'il étoit tombé entre les mains des voleurs -, que , pour condanmer la vanité des pompes fimèbres , il ne voulut point de flambeaux à ses fiinérailles , pas même les flambeaux du ciel ; et enfin , qu'il voulut être mis dans te sépulcre de pierre', pour nous apprendre que , tout mort qu'il étoit , iî avoit horreur de la mollesse.

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