Emilie , aïeule de Scipion Emilien , constitua
l- Ijoui" son héritier cet illustre Romain. Outre les dia»t. mans, les pierreries et les autres bijoux qui compo^ ^ soient la parure d'Emilie y cette dame avoit ime grande . ^< quantité de vases d^or et d'argent , destinés pour lei ^ sacrifices , un train magnifique , des chars ^des équi-^ t pages , un nombre considérable d'esclaves de Tun et de * rautre sexe. Quand elle fut morte, Scipion atbandonnâ *f tout ce riche appareil à sa mèrfe Papiria ^ qui , répudiée '■ depuis quelque temps par Paul-Emile , et n'ayant pas de quoi soutenir la splendeur de sa. naissance, menoit i Une vie obscure, et ne se montroit plus dans les assem^ blées ni dans les cérémonies publiques. Quand on Py vit reparoître avec cet éclat, une si magnifique libéralité fit beaucoup d'honneur à Scipion , dans une ville sur-tout où lAn ne se dépottilloit pas volontiers de son bien. Il he se fit pas moms admirer dans un autre oc-« casion. Il étoit obligé , en conséquence de la succession qu'il venoit de recueillir, de payer , en trois termes différens, aux deux filles de Scipion, son grand-père adoptif , la moitié de leur dot , qui montoit à cinquante mille écuSi A l'échéance du premier terme, Scipion fit remettre entre les mains du banquier la somme entière^ Tibérius Gracchus et Scipion Nasica , qui avoîent épousé ces deux sœurs , croyant que Scipion s'étoit trompé, allèrent le trouver, et lui t^eprésentèrent que les lois lui laissoient l'espace de trois ans pour foumif cette somme. « Je n'ignore pas la disposition des lois , « répondit-il : on en peut suivre la rigueur avec de^ « étrangers ; mais avec des amis , avec des proches ^ « on doit en agir avec plus de simplicité , plus de no-^ « blesse. » Ce fut par le même eSprit que , deilx ans après , Paul-Emile , son père , étant mort j il céda à son frère Fabius , moins riche que lui , la part qu'il avoit dans la succession de leur père , laquelle montoit à plus de soixante mille éciis. Les présens que Scipion avoit faits à sa mère Papirià , lui revenoient de plein droit après sa mort; et ses sœurs, selon l'usage de ce temps , n'y pouvoient rien prétendre. Mais il auroit cru se déshonorer , et rétracter ses dons , s'il les avoit repris* U laissa donc à ses sœurs tout ce qu'il avoit doimé à levti:
244 ÔENEROSITE.
mère , el s'attira de nouveaux applaudissemens par cette nouvelle preuvp qu'il donna de sa grandeur d'anic^ et de sa tendre amitié pour sa famille. Ce qm relève surtout cette rare j^énérosité , c'est qu^il étoit jeune encore , et qu'il exerçoit cette vertu bienfaisante avec les manières les plus ^-acieuses et les plus polies. 19. Fabius^Maxintus , surnommé le Teinporiseur^ avoit fait avec Annibal un traité pour le rachat dd prisonniers , par lequel il étoit convenu qu'on rendroît homme pour homme -, et que celui qui , après I "échange, se trouveroit encore avoir des prisonniers , les rendroit tous pour cent vingt-cinq livres chacun. L^échange fait , il se trouva qv\' Annibal avoit encore deux cent quarante-sept Romains. Le sénat refusa d'envoyer leur rançon , et fit de grandes plaintes de Hêbius , lui reprochant que, contre la dij^nité et la majesté de Rome, et au grand préjudice de la république , il rachetoit des hommes qui , ayant les armes à la main , avoient été assez lâches pour se laisser prendre par Tennemi. Fabius , informé de tous ces emportemens du sénat, les souffrit sans se plaindre 5 mais , se trouvant sans argent , et ne pouvant se résoudre ni à manquer de parole , ni à abandonner ses concitoyens , il envoya son tîls Quin tus-Fabius à Rome , avec ordre de vendbre ses terres , et de lui en apporter l'argent. Le jeune piitiicien exécuta promptemcnt les ordres de son père, et revint à l'armée avec une somme considérable» Fabius envoya sur-le-champ au général carthaginois le prix dont il étoit convenu, et retira les prisonniersw La plupart offrirent de le rembourser dans la suite ; mais jamais ce généreux Romain ne voulut rien recevoir : pour toute reconnoissance , il les pria de bien aimer et de mieux servir la patrie.
20. Les- S')ldaLs de Scipion l'Africain lui amenèrent une jeune persomie d'une beauté si rare, qu elle attiroit sur elle les regards de tout le monde. Le général romain voulut savoir à qui elle appartenoit, et quelle étoit sa naissance. Ayant appris, entre autres choses, qu'elle é toi tsur le point d être mariée à Allucius^ prince des Ccltibériens , il le manda avec les parens de la jeune
îsoTinière ; et comme on lui dit qu'Alluclus raimoit >erdùnient> ce seigneur espagnol ne parut pas plutôt i.SMprésence , qu'avant même de parler au père et à . inere, il le prit en particulier. Alors, pour calmer » inquiétudes qu^il pouvoit avoir au sujet de la jeune ^pagnole, il lui parla en ces termes : « Nous sommes : jeunes vous et moi , ce qui fait que je puis m^explicqaer«avec plus de liberté. Ceux des miens qui m'ont K amené votre épouse future, m'oiil en mcnie temps « assuré que vous Paimiez avec une extrrme tendresse ; f et sa beauté ne m'a laissé aucun lieu d'en douter. L,\t dessus , faisant réflexion que si je songeois comme (K vous à prendre un engagement , et que je ne fusse f pas uniquement occupé des affaires de ma patrie , je ^ souhaiterois qu'on favorisât une passion si honnête c et si légitime : je me trouve heureux de pouvoir , dans € la conjoncture présente, vous rendre un pareil ser- « vice* Celle que vous devez épouser a été parmi nous , c comme elle auroit été dans la maison de son père et € de sa mère. Je vous l'ai réservée pour vous en faire « un présent digne de vous et de moi. La seule recon- % noissance que j'exige de vous pour ce don, c'est que * vous soyez ami du peuple romain. Si vous me jugez f hooune de bien $ si j'ai paru tel aux peuples de cette ft province , sachez qu'il y en a dans Rome beaucoup f qui valent mieux que moi ; etqu'il n'est point de peuple f oans l^univers que vous deviez plus craindre d'avoir f pour ennemi , ni souhaiter davantage d'avoir pour c ami. » Allucius , pénétré de joie et de reconnois- Mnce, baisoit les mains de Scipion , et prioit les dieux de le récompenser d'un si grand bienfait , puisque luimême il n'étoit pas en état d'en faire autant qu'il l'auroit souhaité, et que le méritoit son bienfaiteur.
Scipion fit venir ensuite le père , la mère et les mires parens de la jeune princesse. Ils avoient apporté ■ne grande somme d'argent pour la racheter. Mais , quand ils vinrent qu'il la leur rendoit sans rançon, ils K conjurèrent , avec de grandes instances , de recevoir d'eux cette somme comme un présent, et témoignèrent lue , par cette complaisance et cette nouvelle gc^e^ ^iV.
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meltroitlc comLle à leur joie et à leur recoiiAois5«ince^ Scipion ne put résister à des prières si vives etsipreisantés : il leur dit qu'il afceptoit ce don, etlefitn^pttre k ses pieds. Alors, s'adressant à AUucius: « Pajoute, « dit-il , à la dot que vous devez recevoir de votre « beau-père , cette somme que je vous prie d^acçepler « comme un présent de noces. » Ce jeune prince , charmé de la libéralité et de la politesse de Scipion y alla publier dans son"pays les louanges d'un si généreux vainqueur. Il s^'écrioit, dans les transports de sareconnoissance , qu'il étoit venu dans l'Espagne un jeune héros semblable aux dieux , qui se soumettoit tout , moins encore par la force de ses armes , que par le» charmes de ses vertus et la grandeur de ses bienfaits. C^est pourquoi , ayant fait des levées dans tout le payi qui lui étoit soumis, il revint, quelques jours après, trouver Scipion avec un corps de quatorze cents cavaliers. AUucius y pour rendre plus durables les marques de sa reconnoissance , fit graver dans la suite raction que nous venons de rapporter , sur un bouclier d'argent dont il fît présent au général romain ; présent infiniment estimable et pi as glorieux que tous les triomphes.
Ce bouclier, que Scipion emporta avec lui en retournant à Rome , périt au passage du Hhône avec une partie du bagage. Il étoit denieuré dans ce fleuve jusqu'à Tan 1665, que quelques pécheurs le trouvèrent ; etc'est aujourd'hui l'une de ces pièces précieuses qui embellissent le cabinet du roi.
21. M. Thojnson^ Pauteur du poëme des Saisons, ne jouit pas tout de suite d^une fortune égale à son mérite et à sa réputation. Dans le temps même que ses çuvrages avoicnt la phis grande vogue, il étoit réduit aux extrémités les plus désagréables. Il avoit ét^ forcé de faire beaucoup de dettes : un de ses créanciers, im-. médiatement après la publication de son poème des Saisons, le fit arrêter dans l'espérance d'être bientôt payé par I miprimeur. M. Quin^ comédien, apprit le malheur de l'homson : il ne le connoissoit que par son pf>è'me ; et ne bornant pas à le plaindre , comme une. ^ufinitç de gens riches et en état de le secourir, il ^
rendit chez le bailli^ on Thojfison a\oit été condniL 11 obtint facilement la permission de. le voir. «Monsieur, « lui dit-il, je ne crois pas avoir l'honneur d'être conjiu « de vous , mais mon nom est Quin. » Le poète lui ''fépondit que , quoiqu^il ne le connût pas personnelle- * ment, son nom et son mérite ne lui ëtoient pas étrangers. Quin le pria de lui permettre de souper avec lui, et de ne pas trouver mauvais qu^il eût fait appr^eler
«lelques plats. Le repas fut gai. Lorsque le dessert t arrivé : « Parlons d^aflFaires a présent , lui dit Quin;^ « en voici le moment. Vous êtes mon créancier , M. « Thomson ; je vous dois cent livres sterling , et je viens « vous les payer. » Thomson prit un air grave , etse plaignit de ce qu'on abusoit de son infortune pour venir Vinsulter. «Que je ne sois pas homme, reprit le comé- « dien , si c^est là mon intention ; voilà un billet de « banque qui vous prouvera ma sincérité. A l'égard de « la dette que j'acquitte , voici comment elle a été con- « tractée. Pai lu l'autre jour votre poème des Saisons ; 4^ le plaisir qu'il m'a fait méritoit ma reconnoissance : « il m'est venu dans l'idée que, puisque j'avois quel- « ques biens dans le monde, je devois faire mon testa- « ment , et laisser de petits legs à ceux à qui j'avois des « obligations. En conséquence, j'ai légué cent livres- « sterKng à l'auteur du poème des Saisons. Ce matin « j'ai entendu dire que vous étiez dans cette maison; et ^ j'ai imaginé que je pouvois aussi-bien me donner le « plaisir de vous payer mon legs pendant qu'il vous 4f seroit utile , que de laisser ce soin à mon exécuteur « testamentaire , qui n'auroit peut-être l'occasion d6 « s'en acquitter que lorsque vous n'en auriez plus ^ besoin. » Un présent fait de cette manière, et dans^ une pareille circonstance, ne pouvoit manquer d'êti'e accepté, et il le fut avec beaucoup de recemioissance. 22. L'une des plus belles vertus à'Antiochus-le-* Grand , roi de Syrie , étoit la générosité. Ce prince assiégcoit Jérusalem : les Juifs lui demandèrent une suspension d'armes de sept jours, pour célébrer leur fête la plus solennelle. Non-seulement le monarque leur accordadeboAcœur ranoisUce c|a'\Udem^3iâkQVKiûX.>
mais il fit aussi dorer les cornes d'un grand nombre de tiuu'eaux , et proparer les parfums les plus exquis ; conduisit lui-même le tout en procession jusqu'à la porte de la ville , et le remit aux prêtres. Les assiégés', iinchantés de sa pieuse libéralité , se rendirent, aprèsla fête , à ce roi généreux.
Jje fils de Scipion TAfricain ayant été pris par des soldats du roi Antiochus , ce prince le reçut avec beaucoup d'amitié , lui fit de magnifiques présens fk et le renvoya sans rançon à son père. Scipion VAfiri^ cain, vainqueur &Annibal dans les plaines de Zama\ étoit alors lieutenant-général de son frère Scipion , à qui cette guerre valut le surnom A' Asiatique. Le procédé du monarque syrien est d'autant plus noble , que Je père et Ponclc du jeune prisonnier l'avoient déjà dépouillé d'une partie de ses états en Asie.
:z3. Taxile , qui régnoit dans les Indes sur un pays aussi fertile et non moins étendu que l'Egypte , et qui d'ailleurs étx)it un homme sage, voyant q\ji' Alexandre s,c disposoit à porter la guerre dans son pays , vint saluer ce conquérant, et Jui dit : « Roi de Macédoine, « si tu ne viens point ici pour nous priver de l'eau et « des autres choses qui nous sont nécessaires pour « noire no\irriturc , qu'est-il besoin de tirer lépée ? « Quant aux richesses, si j'en ai plus que toi, je suis « prêl à t'en faire part; si celles que tu possèdes sont « s'ipérieures aux miennes , je ne refuserai pas ce que « tu m'en voudras donner. » Alexandre , étonné de ce discours, lui répondit en l'embrassant : « Crois-tu « donc, avec ces belles paroles et ces caresses aimables, « que notre entrevue se passera sans combattre? Non; « je te combattrai de politesse et de générosité, pour « que tu ne me surpasses pas en bienfaisance et en « grandeur dame. » 11 reçut de riches présens de Taxile , auquel il en fit de plus considérables ; et dans un souper il but «\ la santé de ce prince , en lui disant : « Je bois à toi mille talens d or monnayé. » Ce présent , qui fâcha ses amis , lui gagna les cœurs de plusieurs princes et seigneurs du pays.