‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 62 sur 130 · Un çordelier , precHant le jour de S. Nicolu · texte numérisé non relu

Un çordelier , precHant le jour de S. Nicolu

lans tm village ^ fit le parallèle de ce grand saint avec a Vierge , et dit , entre autres choses : « Elle éloît K chaste , il étoit pur. Coupons-lui la harhe ^ c^est la K Vieree Marie toute pure. »

11. On se rappelle encore les facéties et le goût comique du petit père André , fameux prédicateiu: dn dernier siècle , et relifjieux du couvent des PP. Augustins à Paris. C^éloit un homme d^un vie trèssainte et très-austère , mais d'une éloquence entièrement ridicule. Quelques traits en feront juger.

Un évêque Pavoît appelé le petit fallot. Pour s'en venger^ ce religieux prêchant en présence du prélat , prit pour texte : VosestisluxmundL «Vous êtes, mon- « seigneiu- , dit-il en s'adressant à Févêque , vous êtes « le grand fallot de l'Eglise ; mais pour nous , pauvrea « diables, nous ne sommes que de petits fallots. )>

Un jour , la reine Anne d'Autriche arrivant à son sermon lorsqu'il étoit commencé , il lui dit pour tout compliment : « Soyez la bien- venue , madame : nous « n'en mettrons pas plus grand pot au feu ; » puis il poursuivit son discours sans le reprendre dès le commencement , selon la coutume- Une autre ibis , il compara les quatre docteurs de ITEglise latine aux quatre* rois du jeu de cartes^ « S. Augustin , dit-il , est le roi de cœur par sa grande t charité ; S. Ambroise est le roi de trèfle par les « fleurs de son éloquence, S. Jérôme est le roi de pi- « que par son style mordant 5 S. Grégoire est le roi « de carreau par son peu d'élévation. »

Il prêchoit devant un évêque , le prélat s'endormît. Pour réveiller , le P. André s'avisa de dire au Suisse de l'Eglise : « Fermez les portes \ le pasteur dort , le» € brebis s'en iront : à qui annoncerai-je la parole de € Dieu ? 4 Cette saillie causa tant de rumeur dans « l'auditoire , que le pontife n'eut plus envie de dwmiri 0*1 l'avoit chargé d'annoncer une quête pourformer la dot d'une demoiselle qui désiroit se faire religieuse, 11 dit, avant de commencer son sermon : «Messieurs , « on recommande à vos charités une demoiselle quv « n'a pa& ass.ez de bien pour faire vceu de pauvretés ^

aG4 GOUT,

Il avoit prêché tout le carême dans une vilîe on personne ne Tavoit invité à dîner. 11 dît dans snn adieu : « J^ai prêché contie tons les vices , excepte ^ contre la bonne chère ; car je ne sais pas comment « l'on traite en ce pays-ci. »

11 prêchoit dans un couvent , et vouloit exciter h charité de ses auditeurs envers les religieux. «Un ^rand « motif, dit-il , vous y engage : le feu du ciel est tombé « sur leur maison; mais, grâces vous soient rendues,/» . « mon Dieu ! le tonnerre esttomhé sur la bibliothèque « où il n'y avoit point de religieux. A h ! si , par malheur, « il fut tombé sur la cuisine , ils seraient tous péris. » Il devoit prêcher à Paris le soir du dimanche dea Rameauv. Le matin, un abbé qui monta en chaire dit; « Il y a des gens oisifs qui agitent sérieusement la « question pour savoir si jNotrc-Scignenr monta surua « âne , ou sur ruie âncsse. Je laisse la dé^'ision au pré» « dicatenrdu soir. » LepelitP.^wdré/, préchautàson tour, dit : «Messieurs, je suis surpris quele prédicateur « du matin m'ait renvoyé une question si aisée à résou- « dre. Lisez l'Ecriture , et vous y trouverez ce passage; « Sedenssuper pultumasinœ ;e\ ,qi\o[q\rendiselepré-' « dicatenr , vous verrez d'abord que c'est un âne. >

Il prononcoit aux capucins le panégyrique de saiut François 5 et , parlant des miracles de ce grand patriarche : « Jésus-Christ , dit-il , nourrit avec cinq « pains cinq mille personnes. Ah ! que S. François en-» « chérit bien là-dessus ! car , si le Sauveur renouvela « ce miracle une autre fois, S. François tous les jour» « avec deux aunes de toile C c'est-à-dire , avec unebe- <c sace ) , nourrit plus de cinquante mille religieux : « n^est-ce pas là un miracle perpél uel de la religion? » Prêchant devant un grand prince , il prit pour texte : Omnis caro fcenum , et commença par dire ."^ « Monseigneur <, foin di^ vous ! foin de moi ! foin de <( vous , mesdames ! foiu de tous les hommes ! Onmis ^ caro fœnuin, »

12. Un prédicateur .>yant pris pour texte : Paul 9 apôtre , commen<'a son sermon par ces paroles : « Grande étoit la Diaj^e des. liphcjiiens. ^ niai^ plusi

prand «nccre le colosse de Rhodes : grands ëloient ûB prësens d'Abraham y mais plus grands encore eux de la reine de Saba : grandes et magnifiques toient les noces du roi Assuérus , parce que l'on

voit des rois , des monarqi^es , des princes et des al râpes ; mais plus grandes encore celles de Cans^ arce qu'on y voyoit Jésus-Christ et ses douze pôtres. C'est de l'un de ses ap&tres que nous avons

vous entretenir : Paul , apAtre. »

3. Un capucin , lançant dans son sermon des traits glnns contre les libertins, leur dit avec véhémence:

ons voas flattez , malheureux , qu'à l'heure de la lort lui bon peccavi raccommodera tout ! Insensés \ ous vous trompez : vous ne pourrez jamais dire ue pec , sans pouvoir prononcer cavi ; et voilà une me fricassée , dont je ne donnerois pas un zest. »

4. Le P. Bourdaloue y dans son sermon de la fausse science , dit : « Souvenez-vous que le chemin du iel est étroit , et qu'un chemin étroit ne peut avoir e proportion avec une conscience large- » Cette Lsée est assez semblable à celle d'un autre prédi- 3ur qui disoit : « Le ciel n'a point de porte-cohère , on n'\ entre point en carrosse. »

5. M. le Camus n'étoit point pour les saints nouux ; et il disoit un jour en chaire sur ce sujet : 8 donnerois cent de nos saints nouveaux pour un ncien ; il n'est chasse que de vieux chiens : il l'est châsse que de vieux saints. « 11 se plaisoit fort lire des allusions. Prononçant un jour le panégyue de S. Marcel , son texte ftit le nom latm de ce rit , Marcellus , qu'il coupa en trois poiur les trois lies de son discours. Il dit qu'il trouvoit trois >ses cachées dans le nom de ce grand prélat :

i.^ Que JMar y vouloit dire qu'il avoit une mer charité et d'amour envers son prochain 5 1.^ Que cel montroit qu'il avoit eu au souverain gré le sel de la sagesse des enfans de Dieu ; S.® Que lus prouvoit assez comme il avoit porté la fnifere de l'Evangile à un grand peuple , et comme i-méme avoit été une -lumière de J'Egbse , et la îipe ardettle qui brûloit du feu de Tamo \\r àrîVn.*^

16. Un prédicateur ^ faisant le pan^yrique saint ^ prit pour texte le pronom Hoc. Cet admii pronom , dit-il y contient les trois vertus de noton «ÛDti H j humilité de mon saint ; O , obéissanee de saint ^ C , charité de mon saint. Ce seront les. ^ints de mon discours , et le sujet de vos £ely( attentions : j^ve y Maria^ 'ij

17. Guillaume Petit y confesseur de Lauis JTiljfti en i5i4 ^ trois oraisons funèbres de la reine Anmiè Bretagne y d'abord à Blois y où elle mourut ; enimte à Notre-Dame de Paris , où son corps fut porte ; m fin à Saint-Denis , où il fiit inhumé ; et , quelque dit férence qu'il pût y avoir entre ces trois dîiscours ,ii| se ressemblent tous par le goût singulier qui rcgDfll ^lors. Parce que la reine avoit vécu trente-sept antr il dit que « celte princesse avoit mérité trente^ « épithètes pour trente-sept vertus y formant un du « qui la conduisoit au ciel. » Parce qu'elle descendo de la très-illustre et très-ancienne maison de France l'orateur fit remonter son origine jusqu'au siège ( Troie ; et , en descendant y il lui donna des.rappor de parenté avec Brutu^.

18. Un moine , prêchant à Paris , feignit d'être à porte du paradis , où plusieurs personnes se prése toient pour entrer. Une duchesse vint avec un grai apjpareil , et frappa à la porte. « Qui est^là ? demam « S. Pierre. ^- La duchess^e répondit: c'est madame « duchesse une telle. — Quoi, répUqua le célèbre pc « tier 5 madame la duchesse qui va au bal et à Topér « madame la duchesse qui met du fard ? madame « duchesse qui a des galans '^ Au diable ! au diable !

19. Le P. Honoré y capucin célèbre de son temp traitoit les vérités les plus terribles de la religion w une forme burlesque : il brisoit les cœurs, après ave épanoui les rates. Dans un de ses sermons , sur jui^ement dernier, il prit en ses mains une tête de moi « Parles , disoit-il en son langage provençaj. 5 parli « ne serois-tu point là tête d'un magistrat ? Tu j « réponds pas ? Qui ne dit mot consent. » lUuimettc] «lors un bonnc| de juge. « Eh bien ! disoit^il , n'aH

^ point vendu la justice au poids de Por? N^as-tu paa li^' ronflé plusieurs fois à Taudience ? Ne t'es-tu pas % entendu avec Tavocat et le procureur pour violer la ^ justice ? Combien de magistrats ne se sont assis sur 'M les fleurs de lis, que pour y mettre la justices et la '"M droiture mal à leur aise ! » Il jetoit alors la tête avec ime espèce d'emportement, et en reprenoit une autre à qui il disoit : « Ne serois-tu point la tête d'une de « ces belles dames qui ne s'occupent que du soin de « prendre les cœiirs à la pipée ? Tu ne réponds pas ? m Qui ne dit mot consent. « 11 tiroit alors une fontange de sa poche, et la mettant sur cet objet hideux : « Eh bien ! tête éventée, poursuivoit-il , où sont ces beaux yeux qui jouoient si bien de la prunelle ? cette belle fcourhe quiformoit ces ris gracieux, qui feront pleurer tant cle gens en enfer ? Où sont ces dents qui ne mordoient tant de cœurs, que pour les pouvoir faire mieux manger au diable? ces oreilles mignonnes, auxquelles tant de godelureaux ont chuchoté si souvent pourèntrer dans le cœur par cette porte ? Où est ce fard , cette pommade , et tant d'autres ingrédiens dont tu fenluminois le visage ? Que sont devenus ces roses et ces lis que tu laissois cueillir pas des baisers impudiques?» Il parcouroit ainsi toutes les conditions, et coiffoit sa tête de mort , selon les différens sujets qu^il avoit i traiter. Louis Xlf^y ayant demandé au P. Bourdaloue son sentiment sur ce capucin : « Sire, dit^il, il écorche « les oreilles, mais il déchire les cœurs. A ses sermons,, « on rend les bourses que Ton a coupées aux miens. » 20. La philosophie n'a point entièrement banni ce mauvais goût de nos ouvrages 3 et , puisqu'il ose encore se montrer avec audace , on ne sauroit trop en garantir la jeunesse , en leiu* en dévoilant tout le ridicule. Dans un hvre écrit de nos jours , en faveur du Souvemement arbitraire, l'auteur, M. jL s'exprime e la sorte : « O^ a prétendu que la théorie des lois « étoit le fruit du délire de la manie paradoxale. Au « son d'un écu , on est sûr de faire élancer du sein de « la terre une foule de malheureux. On escamote le» « morceaux au manouvrier libre, et ojji, lui scellei-oit la

« hoiulipjsi on rosoil:. On a empoisonné noshiim( « de celle sombre contrainte , de cette défiancei « cenirôe , do ce goût d'une crapule solitaire ^qn « sont naturalisés à Londres , parmi les fumées « fureuses du charlion de terre. »

Ailleurs y en parlant des ouvrages pénodique» Tout justement critiqué, il dit : « On révère ces e « périodiques , qui , à force de gratter répidern» « boas ouvrages , parviennent quelquefois à y <( naître des ampoules. Des mites raisonnantes $e « ral)atlnes sur le blé, sur le pain, la mouture : e « ont porté la corruption. Toutes blanches encore « poudre farineuse dont elles se sont couvertes « leurs boulangeries, elles «''avisent d insulter lei « misseaux indiscrets,qui ne rougissctil prtsde s'élc

#( de la huche lien estdesbommesetdeçgo

« nemens, comme des noies de musique. En hai) 4c et baissant la clef, voqs changez toute la gamm « a donc à choisir entre les gammes politiques.. « Nos philosophi^tes ne manquent pas deciterque « lambeauK des coutumes anglaises , et de venii « mes de ce fumier infect, insulter impudemme: « usages de leur patrie.... La vérité est ma mal « chérie , quoiqu'elle ressemble un peu aux ca « et que son commerce ne rapporte ni honneui

« profit Je me suis aperçu de Texistence des 1

4t mérides , comme de celle des puces, par une i< sure. Vivez, mon sautillant censeur ! »

Il dit dans un autre endroit: «Nous vivons de ; « nous autres occidentaux; notre existence dépe: « cette drogue dont la corruption est le premier ék « que nous sommes obligés d'altérer par un po « pour la rendre moins mal-saine. Nous avons h ^ de la regarder comme la nourriture seule dig « rhomme. Elle est devenue le premier objetdcs « soins et des coiu-tes vues de nos empires , le pr « besoin des êtres qui s^'énorgueillissent de porl< « chapeaux ; mais aussi elle est la ressource la plui « du despotisme, et la plus cruelle chaîne dont i ^ chargé les enfans d'Adam : pareille à ces poisons

COUT. 26g

l^abitudè mène an tombeau , et dont la privation causeroit également la mort. Nous ne pouvons y renoncer ni en jouir. » Tout Touvragc est écrit dans ce yle, qui malheureusement a des amateurs et des roiates.Pourlerendrejustementodieuxauxjeunc^ens, suffit de leur proposer de hons modèles. La lettre à [. d^Alemhert sur les spectacles , de laquelle nous Ions rapporter quelques passages ,nons paroît devoir mplir a autant mieux cet objet, qu^elle unit à la morale plus saine, les grâces Ja chaleur et la pureté du style. in auteur , J. J. Rousseau, le Démosthene de notre sièe 3 est autant supérieur aux écrivains que nous avons te» ci-dessus , que le bon goût Remporte sur la bar- Liic , et Péloquence sur le jargon du pédantisme. « La même cause qui donne, dans nos pièces tragiques et comiques , ^ascendant aux femmes sur les hommes , le donne encore aux jeunes gens sur les vieillards; et c^est unautre renversement.desrapporls naturels , qui n'est pas moins répréhensible. Puisque l'intérêt y est toujours pour les amans, il s'ensuit que les personnages avancés en âge n'y peuvent jamais faire que des rôles en sous-ordre. Ou, pour former le nc&ud de l'intrigue , ils servent d'obstacle aux vœux des jeunes amans , et alors ils sont haïssables; ou ils sont amoureux eux-mêmes , et alors ils sont ridicules : Turpesenex miles, On en fait dans les tragédies, des tyrans , des usurpateurs ; dans les comédies, des jaloux , des usuriers , des pédans , des pères insupportables que tout le monde conspii-e à tromper, V oilà sous quel honorable aspect on montre la vieillesse au théâtre ; voilà quel respect on inspire pour elle aux jeunes gens....

« Ces effets ne sont pas les seuls que produitl'intéi et

de la scène, uniquement fondé sur l'amour. On lui

en attribue beaucoup d'autres plus graves et plus im-

portans , dont je n'examine point ici la réalité , mais

: qui ont été souvent et fortement allégués par les écri-

: vains ecclésiastiques .Les dangers que peut produire

< le tableau d'une passion contagieuise sont, leur a-t-on

< répondu, prévenus par la manière de le ]jYéseTi\fex %

a^O GOUT;

« l'amour qii^on expose au théâtre , y est rendiï I^ « time ; son but est honnête ^ souvent il est sacrifiés J^ « devoir et à la vertu ; et^ dès quHl est coupahle^ il al |^ « puni. Fort hien ! Mais n>st-il ^as plaisant qu'on pié* « tende ainsi réj^ler après coup les mouvenoiens du contf « sur les préceptes de la raison, et qu'il faille attendit « les cvénemens pour sa voir quelle impression l'on doit « recevoir des situations qui les amènent? Le mal qu'on « reproche au théâtre n'est pas précisément d'inspirer « des passions criminelles, mais de disposer l'ameâ des « sentimens trop tendres , qu'on Satisfait ensuite au « dépens de la vertu. Les douces émotions qu'on j « ressent n'ontpasparelles-mêmes un objet déterminé) « mais elles en font naître le besoin : elles ne donnent « pas précisément de l'amour ; mais elles préparent h en v« sentir : elles ne choisissent pas la personne qu'on doit « aimer; mais elles nous forcent à faire ce choix. Ainsi « elles ne sontinnocentes ou criminelles, que par l'usage « que nous en faisons, selon notre caractère 5 et ce ca* « ractère est indépendant de l'exemple. Quandilseroit « vrai qu'on ne peint au théâtre que des passions légi- « times, s'ensuit-il de là que les impressions en sont plus « foibles , que les effets en sont moins dangereux ? « Comme si les vives images d'une tendresse innocente « étoient moins douces , moins séduisantes , moins ca- « pables d'échauffer un cœur sensible, que celles d'un « amour criminel, à qui l'horreur du vice sert au moins « de contre-poison ! Mais si l'idée de l'innocence em- « bellit quelques instans le sentiment qu'elle accom-- << pagne, bientôt les circonstances s'effacent de ta mé^ d moire, tandis que l'impression d'une passion sidouce << reste gravée au fond du cœur. Quand le patricien ^ Manilius fut chassé du sénat de nome , pour avoir « donné un baiser à sa femme en présence de sa fille, à « ne considérer cette action qu'en elle-même, qu'a- « voit-elle de répréhensible ? Rien , sans doute : elle ^ ariiïoncoit même un sentiment louable. Mais les ^ chastes feux de la mère en pouvoient inspirer d'im- « purs à la fille. C'étoit donc d'une action fort bon* « nête , faire \m exemple de corruption. Voilà l'effet ^ des amours permis du théâtre....

COÛT. ft^i

(X « Qu^on nous ]^igne Pamour comme on voudra , il Il $éduit^ ou cen^est pas lui. S'il est mal peinte la pièce âji est mauvaise ; s'il est bien peint , il offusque tout W ce qui raccompagne. Ses combats y ses maux , ses M souffrances le rendent plus touchant encore que s'il « n^avoit nulle résistance à vaincre* Loin que ces « tristes effets rebutent , il n'en devient que plus in* te téressant par ses malheurs même. On se dit malgré « soi , qu'un sentiment si délicieux console de tout. « Une si douce image amollit insensiblement le cœur: « on prend' de la passion ce qui mène au plaisir; on en « laisse ce qui tourmente. Personne ne se croit obligé « d'être un héros > et c'est ainsi qu'admirant l'amour % honnête , on se livre à l'amour criminel....

« Ce qui achève de rendre ces images dangereuses,

t c'est précisément ce qu'on fait pour les rendre agréa*

ft blés; c'est qu'on ne les voit jamais régner sur la

te «cène qu'entre des âmes honnêtes ; c'est que les

€ deux amans sont toujours des modèles de perfec-

€ tion. Et comment ne s'intéresseroit-on pas pour une

« passion si séduisante entre deux cœurs dont le ca-

tr ractère est déjà siintéressantparlui-même? Je doute

% que dans toutes nos pièces dramatiques, on en trouve

« une seule où l'amour mutuel n'ait pas là faveur du

■■€ spectateur. Si quelque infortuné brûle d'un feu non

t partagé, on en fait le rebut du parterre. On croit

« faire merveilles de rendre im amant estimable ou

t haïssable, selon qu'il est bien ou mal accueilli dans

« ses amours ; de faire toujours approuver au public

« les sentimens de sa maîtresse , et de donner à la

« tendresse tout l'intérêt de la vertu; au lieu qu'il

« faudroit apprendre aux jeunes gens à se défier des

« illusions de Tamour , à fuir l'erreur d'un penchant

« aveugle , qui croit toujours se fonder sur l'estime;

« et à craindre quelquefois de Uvrer un cœur ver*

« tueux à un objet digne de ses soins. » ( On peut

consulter l'article Eloquence , qui doit être regardé

comme la suite de celui-ci. )

ftyt C K A C B s»

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