‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 74 sur 130 · HUMILITÉ · texte numérisé non relu

HUMILITÉ

fautes , quelque porte ou qîielque fenêtre s'ouvroit, il se levoit aussitôt pour l^aller fermer , en disant ï son confesseur : « Vous êtes mon père j je suis votre « fils : c^est à moi de vous servir. »

3. Quelqu^un des amis du cardinal le Camus , le félicitant sur la nouvelle élévation , lorsqu^il reçut le ch^eau , et lui disant que sa dignité étoit le fruit et le tribut de son mérite , il répondit fort humblement: « 11 faut que SaSainteté aime bien la vertu, puisqu^efle « en récompense jusqu'à lombre. »

4- Philippe y père du grand Alexandre^ roi de Macédoine, s'exerçant un jour à ]a lutte, se laissa tomber sur l'arène. En se relevant , il vit la trace de son coips imprimée sur le sable : « Grand Jupiter ! s^écria-t-îi, f( que Thomme tient peu de place sur cette terre dont « il ambitionne Tempire , et qui suffit à peine à 9ei « désirs ! »

5. Un étranger, curieux de s'instruire de ^ancienne histoire de France , alla consulter le fameux M. Ikh cange. Cet écrivain l'envoyant au P. Mabillon : tOn « vous trompe , quand on vous adresse à moi , dit le « modeste religieux; allez voir M. Ducange. — C'ert « lui-même qui m'envoie à vous , dit l'étranger- — U « est mon maître , répliqua dom Mabillon. §i cepenm dant vous m'honorez de vos visites , je vous coni- ^ muniquerai le peu que je sais. » Voyez Modestu*

. • Mi n

1 . vJardons-:^ous de confondre les jeux de la c\jpidite , avec les délassemens que la nature et la raison permettent en tout temps , en tous lieux , à tous les âges , à toutes les conditions. Jeunes ou vieux, riches ou pauvres, le philosophe et Partisan, tous ont besoin d^amusemens. Ils ne sauroient se passer , les uns de recréations , les autres de réjouissances ; mais ces réjouissances , ces récréations , peut-on les trouver dans les jeux de hasard ?

2. Caton le censeur ne cessoit de crier aux Romains : « Citoyens , fuyez les jeux de haisard ! »

3. « On ne joue d'abord que par complaisance, dit « Yong'Tchengj empereur de la Chine, dans soi^édit « contre le jeu, oubien par désoeuvTement.Onne donne « que des momens au jeu , puis des heures , puis des « jours , puis des nuits entières ; et c'est ainsi que la • « passion s^allumant par degrés, dévore le temps plus « cher que For, et fait oublierles devoirs les j5lus sacrés. »

4. Les jeux de hasard furent dans tous les temps regardés comme le fléau des nations policées , et les peuples les plus sages dévouèrent au mépris ceux qui en faisoient une occupation sérieuse et continue , . plutôt qu'un simple amusement momentané. Le Lacédémonien Chilon , député à Corinthe pour y contracter une alliance , ayant surpris au jeu les premiers magistrats de cette ville, se retira brusquement, déclarant qu'il ne savoit pas traiter avec des joueurs , et que son pays le désavoueroit, com me s'il eut partagé l'infamie qu'on attachoit à Sparte à ces sortes d'amusemens.

Pour déconcerter le parti de Catilina, etrendre lacon» juration de ce citoyen perfide vraisemblable aux sénateurs, Cfc^roTin'imaginarien de plus fort que d'affirmer que le parti du rebelle n'étoit composé que de joueurs. Pour diffamer Antoine le triumvir, l'un des plus effrénés joueiurs de son tenips , puisqu'il bravoit les lois qui

prosori voient le jeu, ce même orateur Paccusa à'rm mis plusieurs joueurs au nombre des sénateurs.

5. Lucien conscilloit à ses contemporains de rappeler Tnsage du siècle de Satiume , où l'on ne jouoit tout an plus que des noix. Le droit romain permettoit les jeux de hasaixi , pourvu que la perle fut employée à se donnée des festins. Charles IX défendit à ceux qui crioient des oublies dans les rues, de jouerdel^argentaux dés, leur ordonnant de ne jouer que des oublies. Amédée i^*UIy duc de Savoie , déclare dans ses statuts publiés en 1470 j quels jeux seront permis ou défendus dans se» étal5. « On ne pourra , dit-il , jamais jouer d'argent, « à moins qu'il no soit employé à des coUations oursh « fraîchissemens. » lies cartes étoient mises au rangde& jeux prohibés : il les permettoit seidement aux femmes et aux hommes qui jouoient avec elles, pourvu oue Von n'y jouât que des épingles. Mademoiselle PUston de Chartres lit un petit ouvrage , afiu d'inviter les riches à ne jouer, comme autrefois chez les Perses, qu'au profit des pauvres. C'ctoit-là véritablement, comme l'obser?e le vertueux M. Dusaulx , dans son estimable Traité de la passion du jeu y attaquer la racine du mal. Que n'a-t-clle réussi ! ajoute-t-il : oua ne joueroit plus , cm si on jouoit encore, ce ne seroit guère qu'aux épingles.

6. ^z^/Tt/zZie/ïrecommandoit à ses disciples d'éviterles amusemens stériles , et qui n etoient, disoit*-il> queb ressource des i^norans^Dans les siècles postérieurs,dea hommes démérite, ielsqne Jean de Salisbury, évéque de Gîocestcr ; le fameux Jean Hus , et le cardinal Cajétan , se sont plaints et du temps que l'on perd aux jeux les plus iiuiocens, et des passions fâcheuses que Ton y éprouve souvent malgré soi. Montaigne, appelle le jeu des échecs un niais et puéril jeu 5 et il en faut dire autant de tous ees amusemens sédentaires par lequel on prétend appeler ou corriger la fortune. « Je le hais el le fuis , dit-il , parce qu'il esbât trop « sérieusement : j'ai honte d'y fournir l'attention qui « suffiroit à quelque chose d'utile. »

7. Les anciens ne souffrirent long-temps que des jewt capables de fortifier et d'aguemi* U jeune^sçs

X'empereur Justinien , ennemi déclare des jeux de liasard , permettoit seulement de risquer des sommes très-modiques aux jeux d^adresse; encore fixoit-il bh perte de chaque partie , et la proportionnoit-il aux frcultés les plus homées.

8. Le pri^ aux jeux olympiques n'étoit qu'ime couronne d'olivier. « O dieux ! s'ëcrioit un Perse , quel « soitt donc ces hommes qui méprisent Targent , et « ne combattent que pour la vertu ? »

9. Alexandre , qui mëprisoit le jeu , n'épargnoit pas à cet égard y ses amis les plus intimes. Il en condamna plusieurs à une amende y parce qu'ils ne jouoient pas pour jouer , disoit-il y mais pour se dépouiller.

. 10. On reprochoit à Xénophane de fuir le jeu par timidité. « Pavoue y répondit-il , que je ne me sens « ni le courage de l'injustice , ni celui de la honte. ^

îi. L'un de nos plus etcellens rois , S. Louis y frémissoit qu2Hid il entendoit seulement parler des jeux de hasard* Ce grand homhie , si doux , si patient , Q^étoit plus maître de lui dès qu'il savoit que ses premiers sujets y au mépris des ordonnances y avoient Paudace de se livrer à des jeux défendus. A son retour de la Palestine y et languissant sur son vaisseau des suites d'une longue maladie , il apprend que le comte d*Anjou son frère est y dans la chambre voisine y aux prises avec im autre seigneur. Quoique foible , il y court : il saisit les dés et le damier y les jette dans la mer, et y dit Joinville y <«se courrouce moult fort contre € son frère. » Gautier de Nemours , qui jouoit contre le comte , ne perdit point la tête : « car tous les de-^ « niers qui étoieut sur le tablier, dont il y avoit grant f foison y il les jeta en son geron , et les emporta. »

12, Charles /^recommandant les jeux d'exercice, proscrivit les jeux de hasard. « Voulant obvier à tous « inconvéniens , disoit-il dans son ordonnance de f 1369, toujours duire et gouverner nos sujets en ce f qui peut leur être utile et agréable , défendons les « jeux de hasard. » Le prévôt de Paris, pour seconder les salutaires intentions de ce sage monarque , rendit j, en i397^ une ordonnance dons laquelle il décl^roit

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qu^en interrogeant les criminels , il avoit découveit que la plupart des crimes venoient du jeu. Cependant | les tripots et les loteries n^existoient pas encore.

i3. Par son ordonnance du i5 Janvier 1629, Louis XIII déclaroit infâme^ intestable et incapable dé tenir jamais offices royaux , quiconque , maigre se& ordres réitérés , se livreroit aux jeux de hasard.

14. Dans l'empire du Mogol , Pofficier chargé de la police , est expressément obUgé de poursuivre ceui qui se livrent aux jeux de hesard.

i5. he yin, la colore et le jeu , disent les rabbinSi nous montrent tels que nous sommes. « Je ne joue « point , disoit un grand politique , parce que je ne « veux pas donner la clef de mon ame. »

16. « Rien n^est si grave et si sérieux , dit la « Bruyère , qu'une assemblée de joueurs : une triste € sévérité règne sur leurs visages. Implacables Tim « pour l'autre , et irréconciliables ennemis , tant que <( la séance dure ^ ils ne connoissent ni liaisons ni « distinctions. Le hasard seul , aveugle et faurouche # divinité, préside au cercle, et y décide souveraine- « ment : en un mot , toutes les passions suspendues « cèdent à une seule : c'est celle du jeu. »

17. Ce qu'on nomme jeu dans la plupart des so^ ciétés , n'est réellement que le délire d'une passion désordonnée , qui ôte à l'esprit l'exercice de ses plus belles Êicultés , pour le soumettre tout entier aux vaines et laborieuses combinaisons des probabilités. Locke y qui ne négiigeoit rien de tout ce qui avoit quelque rapport aux opérations de l'entendement humain , se trouvant dans une assemblée de joueurs acharnés l'un contre l'autre , eut la patience d'écrire mot à mot leurs propos discordans. Il en résulta ime ^orte de dialogue surchargé d'interlocutions incohérentes , d'exclamations contradictoires , de monosyllabes dépourvus de sens, et auxquels les joueurs eux* mêmes ne purent rien comprendre , quand le philosophe leur présenta cette belle production de cequ'ils appeloient un amusement.

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