Un riche marchand de Wurenabcrg vint se plaindre
i à l 'eftipereur Rodolphe I^ qu^ayant donne à garder à son lii hôte sa bourse , où il y avoit environ cent florins , et jî Tayant voulu retirer, Vhôte avoit nié le dépôt , parce i tjxi'ïï n\y avoit pas de témoins. Cet hôte étoit riche , un ar des premfers de la ville, et ne pouvoit être aisément ^ convaincu. L'occasion seule étoit capable de le confon- ( dre. Un jour que les députés de Nuremberg se présen- ^ tèrent à Paudience de Pempereur, Rodolphe reconnut , l'hôte parmi eux. Il s'approche de lui ; et examinant sa parure : « Vous avez , lui dit-il , im assez beau chapeau; « troquons. » L'hôte, avec îoie, présente aussitôt son chapeau, et reçoit celui de l'empereur. Rodolphe sort de la sal le sous quelque prétexte , et ordonne à un bourgeois qu'il rencontre, d'aller, de la part de l'hôte, demander à sa femme la bourseoùétoitledépôtquelemarchand avoit désigné , et de lui montrer le chapean , pour
preuve desamission.L'hôtesse,àce signe, remetlabourse au bourgeois, qui la rapporte à l'empereur. 11 entre dans la salle avec le marchand qu'ilavoit fait appeler, et fait denouveauplaiderlacauseàson tribunal. L'hôte infidèle affirme encore , avec serment, qu'il n'a point la bourse. Rodolphe indigné la lui présente, la remet au marchand , et condanme l'hôte à une erosse amende.
lo. Un marchand avoit perdu une bourse remplie d'une somme considérable, et d'un bon nombrede pierreries ; et pour la retrouverplus facilement, ilfîtpublier qu'il en donneroit la moitié à celui qui la lui rapporle- ' roit. Un mahométan , qui l'avoit trouvée , la lui porta ; mais il ne voulut lui rien donner, disant que le tout n'y étoit pas. L'affaire alla jusqu'à Octaï-Kan y empereur des Tartares , qui voulut en prendre connoissance. Le mahométan jura que la bourse étoit en son entier., et qu'il n'en avoit rien pris ; et le marchand soutint par serment qu'il y avoit plus d'argent et plus de pierreries. Octaï-Kan prononça , et dit au mahométan : «Emportez « labourse, et gardez-la jusqu'àce que celui à qui elle « appartient vienne vous la demander. Pour le mar- « chand , qu'il aille chercher ailleurs ce qu'il a perdu; « car , de son propre aveu , la bourse n'est pas à lui. »
1 1 .Un marchand chrétien ayant confiéàun chamelier turc un ccrtaiii nombre de balles de soie , ^owr\fc^N%v-
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turer d^Alep à Constantinople,se mit en chemm» '^ lui ; mais au milieu de la route il tomba malade , et| *^ ut suivre la caravanne, qui arriva long-temps avanll iiC chamelier ne voyant point venir son homnie aul de quelques semaines ^ s'imagina qu'il étoi^niorl;,' dit les soies , et changea de profession. Le marcl chrétien arriva enfm^ le trouva , après avoir perdu bk du temps àlechercher^et lui demanda ses inarchandû Le fourbe feignit de ne pas le connoître , et nia d'aï jamais ëté chamelier.Le cadi, devant lequel cetteafTavel fut portée, dit au chrétien : « Que demande-tu?-! « Vingtballes desoie, répondit-il^que j'ai remises à cell « homme. — Que réponds-tu k cela, dit le cadl aucha- « melier ? —Je ne saisce qu'il veutdire avec sesballesde « soie et ses chameaux; je ne l'ai jainais ni vu ni eoiiiiu.l Alors le cadi,se tournant vers le chrétien, lui déniant quelle preuve il pourroit donner deceqn'ilavanroit.Le marchand n en putdonner d'autre, sinon que la maladie l'avoit empêché de suivre le chamelier. Le cadi leur dit à tous deux qu'ils étoientdes bêles, et qu'ils se retinssent de sa présence. Il leur tourna le dos ; et pendant qu'ils sortoient ensemble , il se mit aune fenêtre, et crii assez haut : « Chamelier, un mot ! » Le Turc aussitôt tourna la tête , sans songer qu'il venoit d'abjurer cette
{profession. Alors le cadi l'obligeantde revenirsur ses pas, ui fit donner la bastoimade, et avouer sa friponnerie. Il le condamna à payer au chrétien sa soie, et de pi us, ime amende considérable pour lefauxsermentqu 'il avoîtfait 12. Un Turc prêta cent écus à un chrétien, à condition que s'il ne lui rendoit cette somme dans un temps qu'il fixa, il lui pourroit couper deux onces de chair.Le chrétien, au terme expiré, ne put pas payer. Le Turc, olein de colère , vouloit exécuter la peine convenue; et e chrétien s'effor<!oit de s'en affranchir. Ils furent traduits tous deux devant -^77zi/ra^ /, qui essaya d'abord de concilier le débiteur avec le créancier; mais l'in/lexible Turc ne voulut rien accorder. Alors le grand-seigneur, pour le punir de son inhumaine obstination , lui permit de couper les deux onces de chair, mais ;i la charge , s'il (jxcédoitce poids, de subir la même peine. Oejugement
effraya
i icffrayai^implacaLle musulman : aussitôt il se désista de ^ ses poursuites, et remit sa dette aumalheureux chrétien. n iS.Des chanoines ayant fait réparer dans leuréglise ■^ une chapelle dédiée aux amesdupurjjatoirejle sculpj leur , qui en fit la représentation en bas-relief, plaça j directement au milieu de ses figures , l'effigie du père , prieurd^in couventvoisin.EUe étoitsiressemi)lante,que personne ne s^y méprit : le père s'y reconnut lui-même. Aussitôt il en porte ses plaintes aux chanoines , qui font Tenir le sculpteur , pour délivrer sa révérence des flammes du purgatoire. L'artiste s'en défend, sous prétexte qu'il ne peut toucher à son ouvrage sans le gâter. Le révérend père, peu content de cette défaite , croit qu'il y va de sonhonneur de se plaindre à l'archevêque.Leprélat demande au sculpteur si cette ressemblance est un effet du hasard : «Non, monseigneur, répondit-il. — Eh « bien , il faut donc détruire cette figure , puisqu'elle « outrage celui qu'elle représente. — Je m'en garderai « bien,monseigneur;et vous m'approuverez sans doute. « Le carême passé , M. le prieur , dans un de ses ser- « mons , prouva , d'une manière invincible , que ceux « qui retiendroient le bien d'autrui , seroient détenus « dans les flammes du purgatoire , jusqu'à ce qu'ils /< eussent payé leurs dettes : or, il y a plus de deux ans « qu'il medoit cent écus,que je lui ai toujours demandés « inutilement:pourrenpunir,jeraiplacédansmonpur- « gatoire;etjery laisserai , monseigneur, à moins que « votre grandeur n'en ordonne autrement. » Le prélat, trouvantla réponsedu sculpteurfondéesurl'équité,condamnalemoine,honteuxetconfus,àresterenpurgatoire jusqu'à ce qu'il eût entiérementacquitté son créancier. i4» Jlcyndinus, gouyerneuT d^Antioche , apprenant qu'un citoyen n'apportoit pas k l'épargne la livre d'or à laquelle il avoit été taxé , le fit mettre en prison , et le menaça de le faire pendre, s'il ne recevoit cette somme dans le temps qu'if lui marquoit. Le terme aHoit expirer , sans que l'infortuné débiteur fiit en état de satisfaire Acyndinus. Sa femme , d'une beauté ravissante , crut devoir, dans ce pressant daneer, sacrifier ce qu'elle, ;ivoitdeplus cher, pour sauver les jours de son mari. Tome IL A.^
Sto j u g E IVÎ e n s-
Elle alla le trouverdans sa prison , et lui communiquai! | proposition que lui avait faite un homme riche y de payetf j ses faveurs du prix qu^elle désireroit. Le prisonniir rengajçea, lui commanda même d'accepter ses offres» Elle obéit y mhis Phomme vil qui la déshonoroit > att lieu de lui donner Pargent promis , substitua à sa place une bourse pleine de terre. La femme, de retour chef elle, ayant aperçu la tromperie, en demanda justice aa gouverneur, et avoua le feiit ingénument. AcyndinuSf qui reconnut aussitôt les suites honteuses de sa trcç grande rigueur , se condamna d'abord à payer au fisc la livre d'or : ensuite il adjugea à la femme la terre d'oà étoit prise celle qu'elle avoit trouvée dans la bourse^ i5. Charles-le-Hardiy duc de Bourgogne, avoit donn^ le gouvernement de la capitale de la Gueldre à Claude Bhinsault , Allemand , qui l'avoit bien servi dans leâ guerres. A peine fut-il pourvu de cet emploi, qu^il Jete les yeux sur Sapphira , femme d'une rare beauté , et qui étoit mariée à un riche marchand de la ville , nomnii V&vXDauveU. llmit toutenusagepours'introduireche* elle ; mais , instruite de ses vues , elle n'oublia rien poiff éviter le piège qu'il lui tendoit. Le gouverneur , convaincu qu'il ne ré ussiroit jamais parles voies ordinaires ,^ fit emprisonner le mari , sous prétexte qu'il avoit des correspondances avec les ennemis du prince. On lui fit son procès ; mais la veille du jour qu'il devoit être exécuté , Sapphira courut implorer la clémence du gouverneur qui lui dit qu'elle ne pouvoit espérer de sauver la vie à son mari, qu'en se rendant à ses désirs. Cette vertueuse femme, accablée de douleur, se transporta à la prison , où elle découvrit à son époux tout ce qui venoit de se passer, et le rude combat qui s'é toit livré dans son ame, entre sa tendresse pour lui et la fidélité qu'elle lui devoit. Cet homme, honteux d'avouer ce que la craint^ de la mort lui suggéroit, laissa échapper quelques mots qui lui firent entendre qu'il ne la croiroit pas déshonorée par une action où il étoit bien persuadé que sa volonté n'auroit aucune part. Avec cette prière indirecte de lui sauver la vie, elle prit congédu triste prisonnier, qu'elle embrassa nxilie fois. Le lendemain matin, elle sala trou-
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M irer le gourverneur, et se mit à sa discrétion. Rhinsault m loua ses charmes , se flatta d^avoiravec elle un commerce B libre dans la suite , et lui dit d^un air cruellement gai ^ g d^aller retirer son mari de la prison 5 « mais , ajouta-t-iiy « vous ne devez pas être fâchée si j^ai pris des mesures , « afin qu^il ne soit pas à Pavenir un obs tacle à nos rendez-» « vous. ^ Ces derniers mots lui présagèrent le malheur* reux sort de son époux , qu^elle trouva exécuté, lors-» qu-elle arriva à la prison. Outrée de douleiu:, elle alla trouver en secret le duc de Bourgogne, à qui elle remit unplacetquicontenoitlerécit de sa funeste aventure; le duc le lut avec des mouvemens d^indignation et de pitié. Bhmsault (ai mandé à la coiu*, et confronté avee Sapphira. Dèsqu^îlputrevenirde sa surprise, le prince lui demanda s'il connoissoit cette dame. Il répondit que oui, et qu^il Tépouseroit, si son altesse vouloit bien regarder cettedémarche comme une juste réparation de son crime. Le duc en parut content, etfitd^abordcélé* brer le mariage. Il dit ensuite au gouverneur: «Vous » en êtes venu là, forcé par mon autorité; mais je ne » croirai jamais que vous ayez de la tendresse pour votre ^ femme, à moins que vous ne lui fassiez une donation » de tout votre bien, pour en jouir après votre mort.» Quand Tacte eut été expédié, le duc dit à la dame ; ^11 » ne me reste plusqu^à vous mettre en possession du » bien que votre mari vous a donné;» et là-dessus il commanda que Rhinsault fut mis à mort.
16. Un esclave, nommé Furius Etesinusy s'é tant tiré de servitude, avoit acheté un petit champ, et lavoit cultivé avec tant de soin, qu'il devint le plus fertile de tout lepays.Le succès de ses travaux excita la jalousie de tous ses voisins , qui Taccusèrent de magie. Il fut appelé en jugement devant le peuple romain. Le jour de Tassi-
f nation étant venu, il amena dans la pjlace publique sa lie, qui étoit une grosse paysannebien nourrie et bien vêtue: il fit apporter tous ses instrumens de labour, qui étoient en fort bon état, des boyaux très- pesans , une charrue bieiïéquipée et bien entretenue ; il fit aussi venir ses bœufs qui étoient gi*oset gras . Puis se tournant ver» les juges : fi Voila, dit-il, mes sortilèges, et la magie,
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« que j'emploie pour rendre mon champ fertile. » Lei suffrages ne fiirent point partagés: il fut absous d'une commune voix, et le peuple le reconduisit dans sa chaumière, en le comblant d'éloges,
ly.Nicoriy fameux athlète de Thase, avoit été couronné, comme vainqueur, jusqu'à quatorze cents fois, dans les jeux solennels âe la Grèce. Un homme de ce mérite ne manqua pas d'envieux. Après sa mort, un de ses rivaux insulta sa statue, et la frappa de plusieurs coups , peut-être pour se venger de ceux qu'il avoit reçus autrefois de celui qu'dUe représentoit . Mais la statue, comme si elle eut été sensible à cet outrage , tomba sur l'auteur de l'insulte , etletua.Les fils dé l^omme écrasé poursuivirent 1 a statue juridiquement ; comme coupable d'homicide , et punisable en vertu de la loi de JDracon. Ce fameux législateur d'Athènes , po ur inspirer une plus grande horreur de l'homicide, avoit ordonné qu'on exterminât les choses même inanimt^es, dont la chute causeroit la mort d'un homme. Conformément à cette loi , les Thasiens ordonnèrent que la statue seroit jetée dans la mer ; mais , quelques années après, étant aflK-
fés d'une grande famine , et ayant consulté l'oracle de )elphes, ils le firent retirer du milieu des flots, et lui rendirent de nouveau les honneurs que me,ritoit le héros dont elle consacroit la mémoire. Voyez Équité, Justice.