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1. V-^yRUs regardoit la libéralité comme une vertu véritablement royale ; et ce prince ne trouvoit rien de
'and,rien d'estimable dans lesrichesses^ que le plaisir le les distribuer aux autres. «Paid^immenses trésors, fC disoit-il à ses courtisans, je l'avoue, et je suis charmé « qu^on le sache ^ mais vous devez compter qu'ils ne « sont pas moins à vous qu'à moi. En effet, dans quelle 4C vue amasserois-je tant de biens ? Pour mon propre « usage 9 pour les consumer moi-même ? Mais le pour- € rois-je, quand ]e le vôudroisPCfstafin d'être en état « de distribuer des récompenses à ceux qui servent uti- € lement Tétat , et d'accorder quelque soulagement « à ceux qui me feront connoître leurs besoins. ;>
Un jour, Crésus lui représenta qu'à force de donner, il se rendroit lui-même indigent, au lieuqu'ilauroifcpu être le plus riche potentat du monde , et amasser des sommes prodigieuses. « Dites-nioi, je vous prie , de- « manda Cjjfus, à quoi elles pourroient montejr » Crésus fixa une certaine somme qui étoit jmmense. Cyrus fit écrire un petit billet aux seigneurs de sa cour i par lequel il leur faisoit savoir qu'il a voit besoin d'argent- Aussitôt il lui en fut apporté beaucoup plus que la somme fixée par le roi de Lydie. « Prince, lui dil-il, « voilà mes trésors , le «œur et l'affection de mes su*» « jets sont les coffres où je garde mes richesses. »
a. Denys l'ancien, tyran de Syraeuse, avoit les vertus d'un roi, et peut-être eût-il été digne du trône, s'il ne fût pas né dans une répiiblique.Une des grandes oualités de ce prince étoitla magnificence et la libéralitérifcroyoit qu^unmonarquen'étoitplacéau-dessusdescitoyens,quc pour imiter les dieux, en rcpandantsans cesse des bienfaits. Etant allé voir son fils , encore Jeune, et apercevant dans sa maison une grande quantité d'or et d'argent: « Jeune homme , lui dit-il , avec un mouvement de ic colère , e&Vce donc là vcnis comporter en fils de roi?
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« Ces vases dont je vous ai fait présent^ ne doivent pas <( être employés à parer votr&Luffct, mais à vous faire « des amis. » l)e/zy'4agissG4Pnformément à ses maximes. Dion, son beau-frére, qui, par ses grands talens> avoitméritc toute sa confiance , peutservirentr'aiitres à prouver la généreuse profusion du tyran. Il ordonna à ses trésoriers de fournir à ce grand homme tout Par^
{{ent qu'il demande roit,poiu*vu qu'ils vinssent luidire> e îour même , ce qu'ils lui auroient ddnné.
3. En allant dans son gouvernement, le duc de Mont-morency passa par Bourges , pour y voir le jeune duc d'Enguien, son neveu , qui y faisoit ses études , et lui donna une bourse de cent pistoles pour ses menus plaisirs. A son retour , il le vit encore , et lui demanda quel usage il avoitfaitde cet argent. Le jeune homn/e lui présenta sa bourse toute pleine. Le duc de Montmorency la prit , et , tout en colère > la jeta par h fenêtre : <* Monsieur , lui dit-il, apprenez qu'un aussi « grand prince que vous ne doit point garder l'argent; « puisque vous ne vouliez pas l'employer à vos amu- « semens , il falloit en faire des aumônes et des libé- « ralités. L'avarice qui est hideuse dans les particu^ a hers , est encore plus horrible dans les^rinces. »
4. « Donner et pardonner, sont les vrais caractères « d'un souverain , disoit Charles Emmanuel /, duc de « Savoie ; et je me croirois le plus malheureux des « hommes , si Dieu ne m'avoit mis en état de faire l'un « et l'autre. » Un jour, jMei/2zer,sonsecrétaire,luiayant présenté plusieurs expéditions» à signer,oii il y avoit des donsetdesrécompensespourdespersonnesquil'avoient servi} le duc, après les avoir signées, eutla curiositéde lui demander à quoi se montoit ce qu'il avoit donné ? « Aquatre mille ducatons, répondit Meinier. — Quoi !» reprit le duc , en lui ôtant des mains toutes ces expéditions , pour les jeter au feu, « osez-vous bien me&ire « tant signer pour un jour , et donner si peu ? »
5. Un des trésoriers à'Alfonse ^,roid Aragon,venoit de lui apporter dix mille écus d or, somme très-considérable pour le temps ; un courtisan, qui croyoit n'être point entendu du prince , dit à (quelqu'un : « Voilà une
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« somme qui me retidroi t heureux pour toute ma vie. — « Soyez'le , » interrompit le monarque , en la lui donnant.
6. Le duc de Montmorency , petit-fiI^ du connétable, ëtant âgé de treize ans , apprit qu\in gentilhomme de son père avoitses affaires fort dérangées. Il le prit en particulier ) et lui parla avec l'intérêt le plus tendre et le plus généreux. Le gentilhomme laissa apercevoir qu'il le croyoit trop jeune pour pouvoir lui être utile : « Il est «vraiqueîesuistropjeunepourméritervotre confiance, « lui dit le duc, mais, mon brave, voilà une enseigne « de diamans dont Je puis disposer , recevez-la pour « Famour de moi. » Il jouoit un jeu où il se trouva un coup de trois mille pistoles. Il entendit un gentilhomme qui disoit à voix basse : « Oh ! voilà une somme qui « feroit la fortune d'un honnête homme ! » Le duc gagna le Coup , et présenta aussitôt la somme au gentilhomme , en lui disant : « Je voudrois , monsieur^ « que votre fortune fût plus grande. »
7.Le àucde 6Ji«weavoit jouéaveclesurintendant^'O, et lui avoit gagné 4ient mille livres. D'O lui envoya , dès le lendemain, cette somme. Il y avoit soixante-dix mille livres en argent, et trente mille livres en or, renfermées dans un sac de cuir. Un commis , appelé de Vienne i fut chargé de faire portercette somme, et de la présenter au duc .11 s 'acquitta exactement de sa commission. Leduc de Guise ^ quid uncôtécroyoitdevoiruser de gratification à Tégard de ce commis, et qui, de l'autre, s'imaginoitquele sac de cuir n'étoitremplique d'argent, le prit et le donna à de Vienne , qui , ne sachant pas non plus ce qu'il contenoit, n'osa le refuser.. Quand il fut de retour à l'hôtel du surintendant, etqu'ileutvu la libéralité qu'on venoit de lui faire, il jugea qu'elle étoit exorbitante : il la rapporta àl'instant au duc de 6rwwe.Maisle prince ne voulut pas la recevoir : « Puisque la fortune <c vous a été si favorable , lui dit-il, cherchez un autre « que le duc de Guise pour vous porter envie. ^ Ainsi les dix mille écus restèrent à de Vienne,
8. Un des officiers de jPrûztçozVIseplaignoitdecc que ceprince ,quicombloitde biens tantde gens fort riches ,
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et qui eussent pu se passer de sa libéralité ^ le laissoitk l'écart, luiquiavoitbesoinde tout. Le monarque Tajanl appris , le fit venir en sa présence : « Je sais , lui dit il, <f que vous vous plaignez de moi ; tenez , voici deux « bourses égales : Pune est pleine d^or ; il n'y a que do « pJoinb dans Tautre : choisissez ; nous verrons si ce « n est pas plutôt à la fortune qu'à moi y que vous de- « vez vous en prendre. ^ L'officier choisit^ et prit mat heureusement la bourse remplie de plomb. : «Ëhbien! <c lui dit le roi , à qui tient-il que vous ne vous enri* K chissiez ? » Il joignit à cette réflexion ^ qui peut en produire bien d'autres , le don des deux bourses.
g. Le fameux Marc^Antoine , le collègue et le rÎTaJ d'Auguste i étoit naturellement libéral et magnifique. Ayant commando à son intendant de donner dix mille livres h \ui de ses amis y Tintcndant , homme avare, lui représenta que cette sqmme étoit trop considérable; e^ pour mieux lui faire sentir la grandeur d'un tel présent» il étala devant lui les dix miUe livres. « Quoi ! et « n'est que cela ? dit froidement Antoine ; je croyois « dix mule livres un objet plus considérable : qu'on « en donne vingt mille à mon ami. )»
1 o. L'empcreurCoiîr/wZ//saisissoit toutes les occasions qui se présentoient d'exercer sa libéralité. Dans une émeute qu'il y eut à Rome quand il s'y fit couronner, un gentilhomme perdit une jambe en combattante Cour rad se fit apporter la bottedu blessé, la remplit d'or, et la lui renvoya. « Annoncez Jui , dit-^il à roilieier qu'il « chargea de ce présent, que je ne bornerai pas mes « bienfaits à cette modique gratification ; que je lui « avance seulement la somme nécessaire pour guérir sa « blessure , et me conserver un excellent offacier« »
1 1 . PhilotaSy médecin de la ville d'Amphise, fiit mis, par Marc-Antoine y auprès de son fils , à peine sorti de l'enfance. Quand le jeune -^/liomenemangeoitpasavec son père , u invitoit ordinairement son mentor , dont la conversation enjouée l'amusoit beaucoup. Un jour qu'un autre Esculapefaisaitbàillertousles convives par «os longs propos chargés de citations ridicules, P/iilotas îc fit taire par un sophisnie absurde, domt ce docte hik^
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tllard ne sut pas se démêler. De grands éclats de rire roulèrent la «alifaction de toute rassemhlée. Antoine y i-son particulier 9 en fut si content^ que montrant au Jnqueur de magnifiques vases d^or et d^argent dont buflfet ëtoit orne : « Je te donne toutes ces bagatelles, lixi dit-il, pour prix de ton triomphe. » Surpris de t excès de générosité , Philotas Ven remercia , mais L ajoutant qu^il avoit peine à croire qu'à son âge il i fiÂt permis défaire un présent de cette conséquence. ne fut pas plutôt rentré chez lui , qu'un esclave i vint apporter les vases , et lui dit d'y faire mettre marque j et de les garder. Philotas craignant d'être àmé , s^il les acceptoit , les renvoya par le même clave , et courut faire de nouveaux remercimens L jeune Antoine : « Pauvre homme ! lui dit celui-ci, pourquoi refuse-tu les dons âe ton ami ? Ne sais-tu pas que c'est le fils d'Antoine qui te fait ce présent, et qu'il en a le pouvoir ? Si cependant tu veux m'en croire , reçois-en de ma main la valeur en argent , parce qu'il pourroit arriver qu'on redemandât quelques-uns de ces effets qui sont antiques , et dont on estime beaucoup le travail. » Ce jeune homme annonçoit pour devoir être aussi libéral et peut-être lAsi prodigue que son père.
la. Xerxèsy roi de Perse, étant entré dans Gélène, Ile de la Phrygie, près de laquelle le Méandre prend source , y fut reçu par Pythius, qui en étoit le soutrain , avec une magnificence incroyable- Non connt de lui avoir fait une fête splendide , il lui offrit us ses biens pour fournir aux frais de son expédition ntrelcs Grecs.JT^raîèj surpris, ettout-à-la-fois charmé t la générosité de son hôte, eut la curiosité d'apprendre quoi montoient ses richesses. Pythius lui répondit Le , dans le dessein de les lui présenter, il en avoit fait I compte exact, etqu'elles montoient, pour l'argent, à ux mille talens; et pour l'or, à environ quatre milns de dariques, ajoutant que ces sommes ne luiétoient 8 nécessaires, puisque ses revenus lui suffisoientpour ntretien de sa maison. Xerxès lui marqua une vive coîinoissance , fit une amitié particulière avec loi ;
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et y pour ne pus se laisser vaincfe en généro^té , lieu d'accepter ses offres, il Tobligea de recevoir ce i manquoità ses sommes, pour en faire un compte i
i3. Le philosophe Arcésilas prêtoit volontien vaisselle d'or et d'argent à ses amis, quand ils ai de grands repas à donner. Un d'entre eux, étant ce cas, emprunta tout, et ne renvoya rien- Arcésiki^ sachant qu'il étoit très-pauVre , lui fit dire qu'il poOf^ voit tout garder. .,[
i4« Charles Benoise f trésorier du cabinet, et demoij maître des comptes , ayant laissé sonporte-fewlkaatf | le cabinet de Henri III ^ le prince l'ouvrit, ety troon un morceau de papier , où Benoise , pour essayer Ml plume , avoit écrit ces mots , qui sont le commencement d'une ordonnance : Trésorier de mon épar^ Lemonarque continua d'écrire : «VouspaierezauMOB « Benoise , secrétaire de mon cabinet, la somme Je « mille éciis, » et signa. Benoise y venant pourtiw»' leravec le roi , fut agréablement surpris de trouwf* donnance, et le remercia avec des expressions quiintf' qnoientsi bien le vivacité de sareconnoissancejfP^ Henri^iîe croyant pas le présent proportionné auxIeme^ cimens, demanda le billet, ety ajouta un zéro, oulc art dàv à la somme , et convertit ainsi les mille écus eafe mille ; ce qui étoit alors une somme très-considérab»! i5. Une femme fort pauvre , mais qui avoit Ucflfr solation d'avoir une fille aimable , se présenta ai* cette îeiine personne à l'audience du cardinal Fl^] nèse. Elle lui exposa qu'elle étoit sur le point tfèWl renvoyée avec sa fille d'un petit appartement qu'eH* occupoient chez un homme fort riche , parce qu'dtei ne pouvoient lui payer cinq sequins qui lui cUifll dus. Le ton d'honnêteté avec lequel elle fdsoit dtr noître son malheur , fit aisément comprendre au * dinal qu'elle n'y étoittombéequeparcequelavertnli étoit plus chère que les richesses. 11 écrivit un maoM etla chargea de le porter à son intendant* Celui-ci) apjf l'avoir ouvert, compta sur-le-champ cinquante se(}uUi^ « Monsieur, lui dit cette femme, je ne demandois j* « tant , et certainement monseigneur s'est trompe-? Il fallut , pour faire cesser la contestation, que l'inl*
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allât lûi-méme parler au càrdinaL Son éminence, prenant son mandat, dit aux deux personnes qui ttt présentes : « Vous avez tous raison , je m^étoi» npé ; le procède de madame le pirouve ; » et , au lieu iquante sequins y il en écrivit cinq cents y qu'il eni la vertueuse mère d'accepter pour marier sa fille. .La générosité du célèbre Fouquet, surintendant inances sous Louis XlVy ne Tabandonna point sa disgrâce. Un homme de lettres, ayant vu super une pension qu'il tenoit de sa libéralité , ne laissa e le défendreavec zèle, etde témoigner hautement [!onnoissance. Fouquet , instruit de sa conduite , trancha quelque chose du peu qui lui restoit, et fit mademoiselle ^{^ Scuderi de remettre une somme dérable à cet homme de lettres. Mademoiselle de ^eri se conduisit à cet égard avec autant de généi que de politesse. Une pesonne , étant allée de Tt chez le littérateur , trouva le moyen , après causé quelque temps avec lui, de lui laisser, sans s'en aperçût , un sac où étoit enfermée une ne proportionnée à la pension qu'il avoit perdue. . Un gentilhomme fort pauvre avoit deux filles à er. Il demanda leur dot à Henri /, comte de Chame , surnommé le Magnifique. L'intendant du comte \ fort mal ce gentilhomme , et finit par jurer que les alités de son maître l'avoient réduit à n'avoir plus à donner. « Tu en as menti , répondit le prince; je t'ai pas encore donné, vilain ! Tu es à moi : prenez*mon gentilhomme, et je vousle garantirai. » Celui- ^it au^^itàt, se saisit de l'intendant, le mit en m y et ne lui rendit la liberté qu'après en avoir tiré cents livres , avec lesquelles ilmaria sesdeux^fiUes. >.Pro^6?a^,dontl'espritplaisantamusoit-<^/6ajûiïiZr^, t eu le malheur de déplaire à ce prince , engagea ses à demander son pardon ; ce qu'il fit enmême temps urnes aux yeux. Alexandre y sans se laisser trop • , lui dit qu'il oublioit sa faute. « Seigneur, repnt ssitôt ProtéaSy commencez donc par m'en donner elques marques, pour que j'en sois bien assuré. » e demande fit rire le conquérant , qui commanda l'heure même on lui donnât cinq talens»