‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercerChapitre 95 sur 130 · JUSTESSE D* ESPRIT · texte numérisé non relu

JUSTESSE D* ESPRIT

fait mourir autant de malades que sa barbe avoit de poils. Cette réponse spirituelle lui mérita un favorable accueil, etPempereurPécoutaavec toute la constance que méritoit sa rare sincérité.

2. Un gentilhomme fort brutal, aj'^nt prispossession d'une terre qu'il venoit d'acquérir, demanda aux habitans ce qu'ils pensoient de leur curé; et comme ils lui dirent que c'étoit un grand astrologue , ce seigneur , croyant qu'il se mêloit de deviner, l'envoya chercher le lendemain matin , et le menaça de son indignation , s'il ne lui rendoit raison sur quatre choses. « Je veux, « lui dit-il, que vous m'appreniez , premièrement, où « estle milieu 4u monde ; secondement, ce que je vaux ; « troisièmement , ce que je pense ; quatrièmement , ce « que je crois. » Le bon curé eut beau protester qoHl ne se méloit point de deviner , le seigneur voulut qu'il le satisfit sur-le-champ, pu qu'il avouât qu'il étoit un imposteur.Pour sortir d'embarras et préparer ses réponses, le curé demanda seulement jusqu'aulendemain, cequilui fut accordé. Enreprenant le chemin de son presbytère ^ il rencontra son meunier, qui, le voyant triste, et apprenaiït de lui ce qui s'étoit passé , se chargea de le délivrer de sa peine.Le pasteur, que le gentilhomme n'avoit pasbien remarqué, y consentit* Le meunier s'affuble de «on bonnet carré , de sa soutane , et se pressente sous son nom à l'heure marquée. « Eh bien ! lui dit le seigneur, « pourrez-vous bien satisfaire à mes questions ? — Oui, « monseigneur, au péril de ma vie, répondit lemeu- « hier; mais, pour répondre à votre première proposi- « tioô, il faut que nous sortions. » Il le mena dans une grande campagne, où, après avoir feint de mesurer la terre avec un long bâton, il le ficha en terre, et lui dit : « Voilà justement le milieudumcmde. — Commentme € le prouverez-vous.^— Parbleu, monsieur ,jfaites-le f( mesurer ; et si vous y trouvez tme ligne de manque , « je veux perdre la vie. — L'expédient est bon ; mais « j'aime mieux vous en croire. Venons à l'autre ques- « tion: combien croyez-vousquejevaille?— Monsieur, « Notre-Seigneur , qui, sans vous faire tort, valoit un « peu mieux qne vous , ne fut vendu que trente deniers. :

374 jrSTtSSfe n^ ESPRIT.

•« quand je vous metlrois à vingt-neuf, auriez-von^siïjcl « de vous plaindre? — Non, monsieur le curé, voui « avez raison. Mais voyons si vous pomrez me dire 3i « quoi jepense? — Jegage que vous pensez plus à votre « profit qu^au mien. — ►Il est vrai: mais vous ne médirez ^ pointcequejecroi^—i-N^est-ilpas vrai que vous croyex « que jesuis voti-e curé? — Asstu'ément. — Ehbien ! c^est .« ce qui vous trompe;car je ne suis que son meunier.» Cette subtilité le fit rire ; et la j ustesse d'esprit de ce rustique dérida le front sourcilleux de ce seigneurrébarLatif.

3. Quand la reine Elisabeth proposa au docteur Dale de Remployer enFlandres , elle lui dit, pourTencourager , qu^il aiuroit vingt schellings à dépenser par jour. « Alors , madame , dit-il , j^en dépenserai dix-neuf. — « Que ferez-vous donc de Pautre ? — ^Je le réserve pour « ma Ratty , et pour Tom et Dick. » C^étwent les noms de sa femme et de ses enfans.La reine augmenta ses appointemens, pour rendre Ratty, Tom et Dick plus aisés. Fendant le séjour du docteur en Flandres , il mit dam un paquet du ministre deux lettres , Pune adressée à sa femme , et l'autre à la reine. Mais il s'étoit trompé en écrivant les adresses 3 il y avoit sur la lettre de la reine : Pour7nachèreJemme;etsixrce\]e de sa femme : Pour sa majesté; de manière que la reine , en ouvrant la lettre ^ trouva d^abord : Sweetheart, moucher cœur, etune infinité d^autres expressions tendres et cavalières, avec des

lain tes sur son éloignement et sur une disette d^argent.

a reine se fit donner l'autre lettre, jugeant que ce devoit être la sienne ; elle écrivit elle-même au docteur sa niéprise , et elle finissoijt ainsi : « Ne soyez pas affligé si « votre erreur m^a fait connoître le secret de vos affaires « particulières, je suis bien aise de les connoître, et je «-m ^empresse d'y remédier. Vous recevrez désormais H quarante schellings par jour. » Lorsqu^il se fit de« ouvertures pour la paix, les ministres demandèrent en quelle langue on écriroit le traité. Le ministre espagnol proposa la française , parce que, dit-il à Dide , votre m aï tresse se quai ifie de reine dtc France. — « Si vous vou- « lez , reprit le docteur , nous le ferons aussi en hébreu , € car votre maître prend le titre de roi de Jérusalem^)^

JUSTESSE d'eSFKïT. 3/5

4* -BaAaZi^Z,qiie,lessallliesdesonespritfirentsn nomieaeTal"mégunyc'esi-h''direyl€fou:,ménlh , parsei reparties ingénieuses, son humeur enjouée, ses traits vifs et fiaicétienx, la confiance et l'estime du calife Ilaroun-Al- Raschildy qui lui donna toute sorte de liberté dans sa cour. Ce prince lui dit un jour défaire le catalogue des fous de la ville de Bagdad: « Cela n est pas aisé a faire , iK lui répondit Bahalul; mais ordonnez-moi de faire la « liste de tous les sages, et vous serez bien tôt satisfait.» Quelqu^un, pour se moquer de lui, vint lui dire que le calife lui avoit donné la charge de maître des-ours, des loups, des renards et des singes de son empire. Balialul lui répondit aussitôt : « Venez donc me rendre hom- 4C mage , car vous voilà devenu im de mes sujets. » Etant lentré dans la salle des audiences du prince, et voyant ^on trône vide , il s^y plaça. Les huissiers de la chambre l'ayant aperçu, Pen firent bientôt sortir à coups de caone , et lui reprochèrent son imprudence. Bahalul se mit à pleurer, et le calife étant entré immédiatement après, et ayant demandé le sujet de ses larmes, If s huis- ^erslui dirent aussitôt ce qui étoit arrivé, ajoutant qu^il ple.urwtàcause de quelques coups qu^il avoit reçus;mais JBa^ZttZprcnant la parole , dit au cahfe : « Seigneur , ce « n^est point pour les coups que je viens de recevoir, « c'est par pitié pour vous que je pleure , car je consi- « dère que si, pour m^'être assis une seule fois en ma € vie sur le trône, j^ai reçu un si grand nombre de « coups, il faut que vous enduriez beaucoup pour vous « y asseoir tous les jours. » Le même monarque lui dit •une autre fois'^: « Bahalul, pourquoi ne te maries-tu « pas, comme tous les autres hommes ? Tu aurois de la « compagnie, et quelqu'un qui auroit soin de toi *, et tu '4i ne vivrois pas dans la solitude , comme les bêtes fé- « roces. Je t'aime; je veux, pour te le prouver, te « donner une épouse digne de toi : jeime , bien faite , 4C riche, elle te procurera toute les douceurs de la vie. » Bahalul ébranlé par ces raisons , et plus encore par l'autorité du calife , consentit enfin au mariage ; et les noces s'étant faites, il entra avec sa femme dans le lit nuptial. Mais à peine s'y fut-i i couché, qu'il entendit.

OU feignit d'entendre un grand brUit dans le sein de sa

compagne. Effrayé , il abandonne le lit, et prend la faite

bien loin hors de fe ville. Le calife Payant appris ^ le

fait chercher: on obéit; on le trouve, on Tamène. Le

prince lui fait d'abord une terrible réprimande ; puis il

lui demande où est donc le mot pour rire dans toute

cette affaire. «Seigneur, lui répondit jBûAaZaZ, nem'a-

« viez-yous pas promis, en me donnant une femme,

« que je trouverois avec elle toutes les -douceurs de la

« vie? Mes espérances ont été trompées : aussîtôt que

« je fiis avec elle , j'entendis dans son sein un bruit hor-

« rible:jeprêtai l'oreille avec attention, et je distinguai

^ plusieurs voix, dont l'une me demandoit un habit, une

« chemise , un bonnet, des souliers ; l'autre du pain, du

« riz , de la viande : je remarquai de plus des cris et

€ des pleurs ; les uns rioient , lesautres sientre-battoient,

« en sorte que ce vacarme m'a tellement épouvanté ,

« que craignant, au lieu du repos que j'avois cru troiï-

« ver , de devenir encore plus fou que je ne suis , si je

4C deraeurois plus long-temps avec ma femme, et si je

« devenois le père d'une grosse famille ; je cherchai ma

« sûreté et mon repos dans une prompte retraite. »

1*. jLie célèbre Aristide avoit à juger un différent entre deux particuliers. L'un d'eux rapportoit au long les injures que son adversaire avoit vomies contre Aristide , afin d'irriter le juge ; mais cet homme intègre, l'interrompit : « Mon ami, lui dit-il, laissons-là, « je vous prie , les outrages que votre ennemi m'a </ faits ; parlons de ceux que vous en avez reçus : je « suis ici pour juger votre cause , et non la mienne. » Il accusoit un homme ; les juges , qui eonnoissoient sa vertu et son équité , ne vouloient seulement pas entendre la défense du coupable , et se préparoient à le condamner sur la dénonciation seule à' Aristide ; mais ce religieux djservateur de la justice se jeta luVmême aux pieds des Juges y les conjurant de ne poiut

-î^ transgresser les règles ordinaires, et de laisser à Tac- Tcusé la liberté de produire ses moyens de justification, r 2- Tuovsqa'jfilexand^e'le- Grand rendoit la justice ,' 5 il ayoit coutume , pendant* que ^accusateur parloit , • de se boucher une oreille avec la main ; et comme

- on lui demanda la raison de cet usage : « C^est, dit-il, « cnie je garde Tautre à Paccuse. »

5. Chilon y Pun des sept sages de la Grèce , fut * choisi , par deux de ses amis , pour être Parbitre n d'un différent survenu entre eux ; mais , ne voulant

- ni blesser la justice ni offenser aucun d^eux , il le« pria de le dispenser de ce jugement , et de s'en rapporter à un autre. Il s^en repentit ensuite, et reconnut qu'il eût été plus parfait de rendre inviolablement la justice sans respect humain , et que si quelqu^m des deux s'étoit offensé d^un arrêt équitable et conforme aux lois , la perte d\m tel ami ne devoit pas être regrettée. Chilon j dans sa vieillesse, disoit que toute sa ^e 5 il n'avoit jamais eu que ce seul reproche à se faire.

4. L^empereur Conradll, allant à Mayence pour s^y fiiîre sacrer*, trois particuliers se jetèrent à ses pieds, et le supplièrent de leur faire raison de quelques domm a ges qu^ils avoient essuyés de la part de leurs ennemis. Con^ rads^arrêie pour écouter leursplaintes ; mais ce retardementparoissantfâcher ceux qui Paccompagnoient, il se retourne vers eux. » Je ne suis chargéde gouverner Pem- « pire , leur dit-il , que pour rendre la justice; mon de- « voir est de ne point la différer : par où puis-je mieux € commencer mon règne que par un acte d^équité ? »

5. L'aïeule de Jean Desniarets , assassiné par le seigneur de Talart , s'étant jetée aux pieds de Fran-

'ois J, pour lui demander justice de Passassin de son Is : « Aelevez-tvous , lui dit le roi ; il n'est pas né- € ces9aire de se mettre à genoux pour me demander « justice 5 je la dois à tous mes sujets : à la bonne € heure , si c'étoit une grâce. » Le crime fut puni , et Talart eut la tête coupée aux Halles de Paris.

6. Le philosophe BzW, forcé de condamner à mort un criminel, versa clés larmes sur le triste sort de cet infortuné. «Pourquoi pleurez-vous ;, lui dit quelqu'un? Ne

« déjKînd-il pas de vous de condamner on d^atisoudre « cet homme? — Non, répondit JBîûwr la justice et la « lois exigent qne je le condamne ; mais fa nature de- * mande à son tour que je'm^attendrisse sur les mal- « heurs de la foible humanité.»

y.Henrilf^ayoit accordé au crédit et aux prières du ■maréchal de Bois-Dauphin la grâce d^m gentilhomme, nomme Berthaut f qui avoitété condamné par arrêt du parlement , à perdre la tête . La cour , étant avertie que le coupable devoitêtre arraché au supplice , députa le président <£e T%oi^,pour remontrer au roi de quelle conséquence il étoit queTarret fût exécuté. Laremontrarice du président fut faite devant le maréchal même. Le monarque, touché des raisons dontse servit ^ie TAoi^ ^et des prières de Bois-Dauphin , parut d'abord embarrassé j puis s'adressantà ce dernier :« Monsieur éZe^oif-Dajf* €phin, lui dit-il, n'est-ce pas l'amitié que vous avex fUy-pQiuxBertliauty qui vous détermine à me parler en sa « faveur? ^Oui, sire, lui répondit le marédhal. — ^Mwn « ne puis-je pas croire que vous avez pour moi autant « d'amitié que pour lui ? — Ah ! sire, quelle comparai^ « son, répliqua Bois-Daupfiin! — Eh bien ! continua le « prince, laissons donc à lajusticesonlibre cours ,puis- « qu'en sauvant JBer^Aai/^, vous me faites perdre mon « ame et mon honneur. Je n'offense déjà Dieu que « trop souvent, sans ajouter ce péché aux autres. » L'arrêt fut exécuté, elBerthaut eut la tête tranchée.

S.Quoique^g^^^îZotî, roideSparte, fut en tout exact observateur des lois, et qu'il ne voulût point s'écarter des règles de la justice, il croyoit cependant que c 'étoit être inhumain éternel , que d'être trop rigoureusement juste dans les affaires de ses amis; c'est ce que prouve cette lettre très-courte qu'il écrivit, dit-on , au Carien Hidriée , en faveur d'un de ses amis, que ce magistrat avoit fait mettre en prison. «Si Nicias n'est point cou- « pable,relâchez-le;s'ilestcoupable,relâchez-Ie :quoi « qu'il en puisse être,relâchez-le.» Comme la clémence doit toujours tempérer la justice, s'il arrive qu'un personnage grave en adoucisse quelquefois la rigueur, elle n'en est pas moins respectée , et ne perd rien de son

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pouvoir. On demandoit à ce prince s^il préfëroit la "valeur à la justice : « La valeur seroit inutile , réponse dit-il 5 si tous les hommes étoient justes. »

9. Les rois d^Egypte donnoient l'attention la plus scrupuleuse à l'administration de la justice , persuadés que de ce soin dépendoit non-seulement le bonheur des particuliers^ mais la .tranquillité de Tétat. Trente juges étoient tirés des principales villes pour composer

a compagnie qui jugeoit tout le royaume. Pour remplir ces places difficiles, le prince choisissoit les plus vénérables personnages , et mettoit à leur tête celui qui se distinguoit davantage par la connoissance et Tamour des 3ois. Il leur àssignoit d'honnêtes revenus, afin qu'affranchis des embarras domestiques , ils pussent donner tout leur temps à faire observer les lois. La juistice étoit gratuite ; les tribunaux étoient accessibles à tout le inonde, et préférablement aux pauvres, qui , parleur •état même , sont plus exposés à l'injure , et ont plus besoin de la protection des lois. Pour éviter les surprises , on traitoit les affaires par écrit. On craignoit cette fausse éloquence qui séduit les esprits, en remuant les passions. On vouloit que la vérité se montrât toute nue, ornée des seules grâces qui lui sont naturelles. Le président de ce sénat auguste portoit un collier d'or et de pierres précieuses, d'où pendoit une figure sans yeux , qu'on appeloit la vérité. Quand il la prenoit, c'étoit le signal pour commencer la séance- II l'appliquoit à la partie qui devoit gagner sa cause , et c'étoit la forme ae prononcer la sentence.

10. Il paroît qu'en Perse les rois veilloient avecgrand soin à ce que la justice flit administrée avec beaucoup d'inté^ité etdedésintéressement^Un magistrat s'étant laissé corrompre par des présens, fut impitoyablement condamné à mort par Camhyses y fils et successeur de Cyrus y qui ordonna qu'on mît sa peau sur le siège où ce juge inique avoit coutume de prononcer ses jugemens , et où son fils, qui succédoit à sa charge , devoit s'asseoir, afin que le heu même où il jugeroit, l'avertît continuellement de son devoir.

Les juges ordinaires étoient pris dans le corps des vieillards ;, où l'on n'entroitq[u'à l'âge de cmqfvaaoX^ va&

38o JUSTICE.

Ainsi personne n'cxerçoit avant ce temps les fonctiom sacrées de la judicature, les Perses étant persuadés qu'on ne pouvoit apporter trop de maturitë à un emploi qui décide des biens ^ de la réputation et de k vie des citoyens.

Il n'éloit permis ni aux particuliers de faire mourir un esclave , ni au prince d'infliger peine de mçrt contre aucun de ses sujets^ pour une première et unique faute» parce qu'elle pouvoit être regardée moins comme la marque d'une volonté habituellement criminelle , que comme l'eflFetde la foiblesse et dç la fragilité humaine.

On croyoit qu'il étoit raisonnable de mettre dans la balance de la justice le bien comme le mal^ les mérites du coupable aussi-bien que ses démérites , et qu'il n'étoit pas juste qu'un seul crime effaçât le souvenir de toutes les bonnes actions qu'un homme auroit faites pendant sa vie. C'est parce principe que Darius y ayant condamné à mort un juge , parce qu'il avoit prévariqué^ et s'étant souvenu des services importans que le cou; pable avoit rendus à l'état et à la famille royale , révor qua sa sentence dans le moment même où l'on alloit l'exécuter , reconnoissant qu'il l'avoit prononcée avec plus de précipitation que de sagesse.

Mais une loi importante et essentielle poup les jugemens, étoit, en premier lieu, de ne condamner jamais? un coupable, sans lui avoir confronté ses accusateurs» et sans lui avoir laissé le temps et fourni tous les moyens de répondre aux chefs d'accusation intentés contre lui 5 en second lieu, de condamner le délateur aux mêmes peines qu'il vouloit faire souffrir à l'accusé, s'il se trouvoit innocent. Artaxerxès donna un bel exemple de la justeséyéritéqu'ondoitemployer dans ces occasions.Un de ses favoris lui avoit rendu suspecte la fidélité de l'un de ses meilleurs officiers dontilambitionnoit la place, et avoit envoyé contré lui des mémoires pleins de calomnie , espérant que le pri nce l'en croiroit sur sa simple parole, et qu'il n'entreroitdans aucun examen. L'officier ftit mis en prison. Il demanda au roi qu'on lui donnât des juges , et qu'on produisît les preuves. 11 n'y en avoit point «l'autre que la lettre que son ennemi même avoit écritt

JUSTICE. 58t

eonlre lui. Son innocence fut donc reconnue , et plei- *^ nement Justifiée parles trois commissaires nommés pour ^ l*examen de sa cause 5 alors leroifittomber toutle poids ^ de son indignation sur le perfide calomniateur qui avoit ^^' entrepris d'abuser ainsi de la confiance de son maître. 1 1 .Rien n^est comparable au respect que le peuple ^ d^Achem, en Asie , a poiar la justice. Un criminel , am ^ fêté par une femme ou par nn enfant, n^'ose prendre la - fîdte ; il se laisse conduire avec la plus grande docilité ' deyantle jugequi le condamne sur-le-champ. Leschâtimens lés plus usités dans le pays , pour l,es fautes communes , sont la bastonnade et la mutilation de quelques membres , tels que les bras , les jambes , le nez et les oreilles. Après Texécution, chacun s'en retourne tranquillement chez soi, sansqù^on puisse distinguer le coupable d^avecles accusateurs; c'est-à-dire, qu^on n'entend d'une part aucune plainte ; et de l'autre aucun reproche; il ne reste pas même de tache à ceux qui ont subi ces punitions. Tout homme est sujet à faillir, disent les Achémbis, et le châtiment expie sa faute. Ce qiu'il y a de pins singulier, c'est que ces mutilations sont rarement mortelles, quoiqu^on n'y apporte point d'autre remède que d'arrêter le sang et de bander la plaie. Une autre circonstance bien remarquable dans ces sortes de cMtimens , c'est l'espèce de traité qui se fiait entre le criminel et l'exécuteur de la justice. Celui-ci demande aux coupables combien ils veulent lui donner pour être mutilés promptement, poiu- avoir le nez ou les oreilles coupées d'un seul coup , et si la sentence ordonne la peine de mort , pour recevoir le coup sans languir. Après avoir un peu marchandé sur le prix , l'affaire se conclut à la vue des spectateurs , et la somme est payée sur-le-champ. Celui qui refuseroit de prendre ce parti , s'exposeroit à se voir emporter la joue avec l'oreille , ou couper le nez si haut, que le cerveau seroit à découvert. On rapporte qu'un homme ayant eu la curiosité de voir la femme de son voisin par-dessus une haie , tandis qu'elle se baignoit, elle en avoit fait des plaintes à son mari. Celui-ci saisit le coupable et le traduisitdevant le juge , qui le condamjiia à recevoir sur

les épaules trente coups de bciguette.On entra en capi: tulationpour adoucir lesuppUce.L^exëcuteur demandi une somme beaucoup plus forte que celle qu^offroitk criminel ; et comme il le voyoit incertain , il lui donia. un coup si rudement appliqué, que le marché fut conclu au prix qu^il avoit mis d^abord. La sentence n'en fîit pas moins exécutée ; les trente coups furent administrés , mais si légèrement, que la baguette touchoit à peine les habits. L'exécution faite , le coupable se mêla tranquillement parmi les spectateurs y pour entendre les jugemens de qiiQ^ques autres causes.

12. Jz/Z/e/^r Apostat aimoit à rendre la justice : il sepiquoitd'ensuivrescrupuleusementles règles dans sa c(»iduite, et ne s'en écartoit jamais dans les jugemens.Sévève sans être cruel, il usoitplus souvent de menaces que de punitions. Très'instruit des lois et des usages, il balancoitsans aucune faveur le droit des parties. Le premier de ses ofticiers n'avoit nul avantage sur le dernier de ses sujets. Il abrégeoit la longueur des procédures, et les regardoit comme une fièvre lente qui ruine et cour sume le bon droit.Dès que l'injustice lui étoit dénoncée, il s'en croyoit chargé , tant qu'il la laisseroit subsister. Le foible et l'innocent trouvoient toujours auprès du prince un accès facile. Comme il paroissoit souvent en public pour des fêtes et pour des sacrifices, rien n'étoit si aisé que de l'aborder: il étoit toujours prêt à recevoir les requêtes et à écouter les plaintes, lllaissoit touteliberté aux avocats : ils étoient les maîtres d'épargner la flatterie ;mais le règne précédent les y avoit trop accoutumés. Un jour qu'ils applaudissoient avec une sorte d'enthousiasme à une sentence qu'il venoit de prononcer : «Je serois flatté de ces éloges , dit-il , si je croyois « que ceux qui me les adressent^ osassent me censurer « en face , dans le cas où. j'aurois jugé le contraire. >

i3.M. rfeZa2<aZwère5pr.emierprésidentduparlement de Bretagne , n'étant encore que conseiller, avoit été nommé rapporteur d'une affaire. 11 en laissa l'examen à des personnes qu'il croyoit d'aussi bonne foi que lui,* et, sur l'extrait qui lui en fut remis , il rapporta le procès. Quelques mois après le jugement , il reconnut

",^que sa trop grande confiance et sa précipitation "Jàvoient dépouille une famille honnête et pauvre deS; ^® seuls biens qui lui restoient. Il ne se dissimula point *' sa foute ; mais , ne pouvant faire rétracter Tarrêt , qui '* avoit été signifié et exécuté y il se donna les plus ^. grands mouvemens pour retrouver les malheureuses ^ victimes de sa négligence. Il y réussit , et les força ■^ d^accepter , de ses propres deniers , la somme qu^il * leur avoit fait perdre involontairement.

! ll^.Auguste avoit porté une loi qui marquoit la ma- ■ nière d^examiner et de juger les crimes d'adultère, et lès peines qu/il falloit iimiger à ceux qui en étoient convaincus. Quelque temps après , on accusa à son tribunal un jeune homme d^avoir eu commerce ^vec sa filleiriVze.Dans le premier mouvement de sa colère , le prince saute sur Taccusé , et le frappe rudement : « Souvj|pez-vous de votre \o\yCésar !» lui cria le jeune homuie. Auguste s^arrête aussitôt , et rentre en luimême. II fut si confus de cet emportement, qui blessoit la justice , qu^il ne prit, ce jour-là, aucune nourriture. i5.Une vieille femme , injustement condamnée, alla ttonyev Philippe , roi de Macédoine , et le pria de prendre connoissance de sa cause. «Je n^ai pas le temps, ma « bonne , lui dit le monarque. — Pourquoi donc êtes- « vous roi, lui repartit la suppliante , si vous n^avez pas « le temps de rendre la justice à vos s\i]ets? {( Philippe admira la généreuse liberté de cette vieille, et Pécouta. 16. Satwarzane y fayorid' Artaxerxès-Mnémon , demandoit un jour à ce prince quelque chose d'injuste.Le monarque apprit qu^on lui avoit promis trente mille dariques,s^il obtenoit ce qu^il demandoit. Il fait aussitôt venir son trésorier, et lui commande dedonner aucourtisan la somme qu^on lui avoit fait espérer 5 « Je n^en « serai pas plus pauvre , quand je vous aurai fait ce prc- « sent ; mais je serois moins juste et moins équitable , « si je vous accordois ce que vous me demandez. »

ly.Marsias, frère A'Antigonus ^ roi d'une partie de PAsie , ayant un procès considérable , pria ce prince de vouloir bien juger PafTaire chez lui , et non pas en public. « Si nous ne faisons rien de contraire au droit, répondit

534 Justice.

« ]e monarque ^ il sera mieux de plaider au tribunal, « eu présence du peuple, h Pendant qu'il faisoit li 1 1 guerre:, imsophislelui présenta un traité de la justice: I ! «N'es-tu pas fou, lui dit- il, de me venir parler de I « justî^, quand je m'empare du bien d'autruî ?» I

\^,(yïLA.ç\ïi2crià6\\}iAlexandriàas^ l'undesplusilW i Iresoitoyens de Sparte, pourquoi les sénateurs de Lacé- \ démone employoient plusieurs jours à Tins traction des affaires criminelles qui pouvoient conduire à la mort, et pourquoi celui que Ion renvoyoit absous res toit sous la puissance de la loi ? « Plusieurs jours, rëpondit-il, « sont employés à l'instruction du procès, parce que si « l'on se trompoit en prononçant une sentence de mort, « il ne resleroit aucun moyen de la réformer: et celui « qu*dn décharge de l'accusation reste soumis à la loi, ^ « parce qu'il se peut ensuite trouver contre luidenou- « vclles charges , qui le rendent digue de la Mineque « la loi prononce. » ^^

19. Uncheviilier, quinePétoitpas moins d'industrie que de nom , faisoit une dépense considérable ^ ne soo-

§eoit qu'au jeu et au plaisir, et sans cesse accumuloil e nouvelles dettes , sans s'embarrasser du payement» Ses créanciers le firent enfin arrêter et mettre en prison. Ses amis se rendirent aussitôt à la cour, et s'intéressèrent vivement pour lui auprès à'Alfonse V-, roi d'Aragon , leur souverain : ils supplioient ce monarque d ordonner qu'on l'élargît, apportant pour raison qu'il falloitdu moins laisser la liberté à cet infortuné qui avoit tout perdu. Alfonse leur répondit : « Cet « homme-là n*a pas dépensé son bien et contracté ces « dettes pour le service du roi ni de la patrie : il n'a « cherché uniquement qu'à flatter son coj-ps ; il est « juste que son corps en fasse maintenant pénitence.» 28. Théodoric , roi des Goths, ne se croyoit placé siir le trônequeponr faire régner avec lui la justice, qu'il itîgardoili onune la fonction la plus sacrée d'un souverain. Il donnoit tonte son attention à choisir des magistrats intègres et éclairés ; et s'il arrivoit qu'il se iïittroninf dans son choix , il punissoit sévèrement leursinjuslicês. Rien ne lui paroissoit plus indigne que d'abuser du

pouvcir

pouvoir ]pour opprimer les infëriears, et ce crime ëtoit Irrémissible. Il ne pardonnoit pas plus aux juges, qui > soit par négligence , soit par une collusion criminelle ,

différoientaerendrejusticeauxopprimés,etfiivori8oient ainsi les injustes prétentions des personnes puissantes* On en rapporte un exemple louable dans le principe , mais topréhensible peut-être par Pexcès de sévérité* Pendant qu^il étoit à Rome , une veuve vint se plaindra à lui de ce qu^ayant depuis trois ans un procès contre un sénateur nommé Formus , elle il avoit pu encore obtenir .de jugemeilt. Il fit aussitôt appeler les juges. « Si vouô ne terminez demain cette affaire, leur dit-il, « je vous jugerai vous-mêmes. » Le lendemain lasen^ tence fi.it rendue» La veuve étant venue remercier le prince, un ciergeallumé à la main, suivant la coutume de ce temps-là: «Où sont les juges?» dit Théodoric.Oïx les amena devant lui : « Eh ! pourquoi, leur dit-il avec « indignation , avez-vous prolongé trois ans une affaire « qui ne vous a coûté qu^un jour de discussion ? » Après ce reproche , il leur fit trancher la tête. Cet exemple mit en activité tous les tribimaux.

. 21. Justin II y voulant rétablir la justice , nomma préfet de Constantinople , un magistrat intègre , plein de fermeté et de vigueur, qu^il revêtit de toute son autorité , pour pimir les coupables sans distinction d^état ni de rang : il déclara que les sentences du préfetétoient • exécutées sans appel, etquelesouverainneferoitgrace

àpersonne.Gettedéclarationsiterribleeffraya tous ceux que Finiquité soutenoit , hormis un seul qui se crut audessus de toutes les lois. Une pauvre veuve vint se jeter aux pieds du préfet, se plaignant d'un officier général , qui Tavoit dépouillée de tous ses biens. Le magistrat , par ménagenlent pour ce seigneur, qui étoit parent du

grince, lui écrivit pour le prier de rendre justice, et lui tprésentersa lettre par la personneoffensée.Pour toute, satisfaction, elle ne reçut que des outrages et de mauvais traitemens. Indigné de cette insulte, le préfet cite Paccnsé devant son tribunal : celui-ci ne répond que par. des railleries et des injurel contre le juge et le juge-: ment. Au lieu de eomparoAtre, il va dîner au palais^ qù Tome II B b

Il ï^foir in vil ô avec itn grand nombre de courtisans. Le wôïcU avanr appris qu'il ctoit à table avec rempereur, € ntro dans la salle du festin; et, adressant la parole au primv : <t Seigneur , lui dit-il , si vous persistez^ dans la « n\wl"tion que vous avez annoncée , de châtier les « \-ioIenres, je continuerai d'exécuter vos ordres; mais, ^ si \wis renoncez ace dessein si digne de vous, s^il faut ir que les plus méchans des hommes soient honorés de « %otre faveur et reçus à votre table , acceptez la déf mission d'unecharge inutile à vos suîets,et qiiînex>eut « qucvous déplaire. » Jwjri72,frappé d'une remontrance si hardie: «Jen\aipointchangé,répondit-il;i>oursuivez « par-tout l'injustice : je vous Pabandonne, fiut-elle as- 4C sise avec moi sur le trône, j'en descendrois pour la « livrer au châtiment. » Armé de cette réponse, le magistrat fait saisir le coupable au milieu des convives,le traîne au tribunal , écoute la plainte de la veuve ; et comme cet homme, auparavant si superbe, alors interdit et tremblant, ne pouvoit alléguer aucun moyen de défense , il le fait dépouiller , battre de verges, et promener sur un âne, la face tournée en arrière, par toutes les places de la ville. Ses biens furent saisis au profit de la veuve , et cet exemple aiTéta pour quelque temps l'usui-palion et la violence. L'empereur récom-

Î>ensa la fermeté du préfet , en le créant patrice , et ui assiu'ant sa charge pour tout le temps de sa vie.

22. liidos domesliquesduprinceife/ir£, fils aîné de Henri U\ \\n d'AnglelerrCjavoit été accusé aubancdu roi, cl SA. si par ordredcce tribunal. Le jeune prince, qui aimoit Iv^auooup cet homme , regarda celte entreprise connue ui» luuuque de respect pour sa personne ; et n'ayant que tn>p do flalteui-s autour de lui, qui enflamnuNivut skmi ivssciUî!U(Mir par leurs conseils, il se rendit lui-mruïc .uisioiic ilo la J!islice,oii,se présentant d'un airfurieux» \\ donne oniro aux officiers de rendre sur-lechamp bhlvtto A *ou diuuestique.La crainte fit baisser Ir» ycnxA tvntxoenv vpû lVuloudirent,etleurôt:irenvie de répondiv \ln > ent que le lord , chef de justice , nomme j^u- '•/> - '^.4v*i.Wet>/^jç«<*,qiii se leva sans aucune Biai-4iu« U oUiu^VMi%ml . %>t (|iù exhorta le prince à se

«OUmcltre aux anciennes lois du royaume. « Ou du « moins, lui dit-il , si vous êtes résolu do sauver votre « domestique dos rigueurs de la loi, adressez-vous au roi « votre père, et demandez-lui grâce pour le coupable. » Ce sage discours (itsi pcud^impression sur le jeune prince, qu a vaut renouvelé ses ordres avec la mc^me chaleur, il protesta que si l'on diflTéroitnh moment Mes suIatc, il alloit employer la violence. Le lord, chef de justice, qui le vit disposé sérieusement à Pexéculionde cette menace, leva la voix avec beaucoup de fermeté Ctdc présence d'esprit, et lui commanda, en vertu delobéissance qu'il dcvoit à l'autorité rovale, de se retirer à l'instant de la cour, dont il troubloit les exercices par des procédés si scandaleux.C'étoitattisorlefeuetsouflIersurlaflamme. Lacolèreduprinceéclatad'unemanièretenible: il s'approcha du juge avec unairfnricnx , et crut peut-êlre l'épouvanter par ce mouvementhardi.Mais sir IVilliarnse rendant maître de lui-même, soutintparfaitement la majesté d'un siège sur lequel il représentoit le roi. «Piince, « s'"écria-t-il d'une voix ferme, je tierisici la placede votre « souverain seigneur, de votre roi, de vôtre père : vous « lui devez une double obéissance h ces deux titres. Je « vous ordonne, en son nom, de renoncer à votre des- « sein, et de donner désormais un meilleur exemple à « ceux qui doivent être vos «ujets; et, si vous êtes sage, « afin de réparer la désobéissance et le mépris que vous <c venez de marquer pour la loi, vous vous rendrez vous- « même en ce moment dans la prison, où je vous enjoins « dedemeurer jusqu'à ce que le roi votre père vous fasse « déclarer sa volonté. » I^a gravité du juge, et la force de Pau torité, produisirent l'effet d'un coup de foudre. Lç pr'mce en fut si frappé, que remettant sur-le-champ sou épéeàceuxqui raccbhipagnoient,ilfit une profonde révérence au lord; et satis répliquer un seul mot, il se rendit droit h la prison du même tribunal. Les gens de Sîji suite allèrent aussitôtfaire ce rapport au roi, etncmân-

tances : ensuite il parut rêver un njoment ; mais, levant

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tout d*un coup les yeux et les mains an ciel, il s'écm« dans luie espèce de transport : « O Dieu ! quelle reeon- « noissance ne dois-je pas à ta bonté ! Tu lu^as faitpréc sent d'un juge qui ne craint pas d'exercer la justice, « et d'un lîls, qui, non seulement sait obéir , mais quia « la force de sacrifier sa colère à l'obéissance ! »

23. Le comte d^Jlnjou, frère du roi S.Louis, avoit un procès contre un simple gentilhomme de ses vassaux , pour la possession d'im château. Les officiers du prince )ugèrent en sa faveur : le chevalier en appela à la cour du roi. Le comte,^iqué de sa hardiesse, le fit mettre ea prison. Le roi en mt averti, et manda sur-le-champ au comte de le venir trouver : « Groyez-vous , lui dit-il , « avec tm visage sévère, croyez-vous qu'il doive y avoir « plus d'un souverain en France, ou que vous serez au- « dessus des lois , parce que vous êtes mon frère ?» En même temps il lui ordonna de rendre la liberté à ce malheureux vassal , pour ])ouvoir défendre son droit au

Î)arlement.Le comte obéi t.Il ne restoi tplusqu'à instruire ^affaire ; maislegentillioromcne tix>uvoitni procureurs, ni avocats 5 tant on redoutoit le caractère violent du prince Angevin. Louis eut encore la bonté de lui ea donnerd'oËoe, après leur avoir fait jurer qu'ils le conseilleroient fidellement. La question fut scrupuleusement discutée, le chevalier réintégré dans ses biens, et Charles , comte d'Anjou , frère du roi , condanmé.

24. Philippe IV y roi d'Espagne, n'étant encore que prince d'Espagne, avoit obtenu la grâce d'un seigneur qui avoit commis un ^andcrime.Ce seigneur ayantnégfigé de la faire entérmeroù il falloit, fut pouisuivi vivement après lamort de Philippe III , et condamné à avoir la tête tranchée.Ses parens et ses amis eurent recours au nouveauroi,tenantpour assuré qiie ce prince accorderait volontiers une grâce qu'il avait lui-meihe demandée au feu roi son père , mais ils furent étrangenientsurpris, lorsque le monarque leur dit : « Messieurs , tandis que 4f i^étois homme privé, j'ai préféré la compassion à la ri- 3» guenrdes lois ; maintenant que je suis roi, je dois la « justice A mes sujets, et par conséquent je dois laisser iC punir les criminels. » Voy^z Equité, Jugement.

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