Le cardinal de Richelieu venoit à^assislex V \M\fc
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cérémonie oii on cordelier avoit prêché. Surpris de ' n'en avoir pas assez imposé au pi^dicateur, pour Pinti^ mider un peu y il Ijoi demanda comment if avoit pti J parler avec tant-d'a«urance : « Ah ! monseigneur ,ré^ « pondit le cordelier , c^est que j^ai appris mon se^ <( mon devant un carré de choux , au milieu duquel « il y en avoit un rouge 5 et cela m'a accoutumé à ^ parler devant votre éminenee. »
18. Monsieur le prince passant par une petite ville de Bourgogne y le maire se présenta pour le haranguer : «Monseigneur^ lui dit-il^ j'ai, comme vous voyez, le « droit de .vous ennuyer beaucoup; je ne le ferai point « valoir , à condition que vous obtiendrez pour notre « -ville une exemption de gens de guerre. » Le prince fut fort content de cette harangue , et promit ce qu'on lui demandoit. « Songez-y , monseigneur , reprit le « maire 3 sinon , l'année prochaine , lorsque vous re? « passerez, je ferai valoir mon droit, et vous payerez « alors le principal et l'intérêt. »
iQ.ljedncde hoguelaure étoitdans une petite ville de province. Il avoit été voir la plupart des dames du lieu 5 mais ïl on avoit oublié une, qui se croyoit cependant très-digne de sa vi^te. L'oubli du duc lui parut un affront sanglant ; elle craignit même que les autres fentmes n'en tirassent avantage : c'estpourquoi elle pria un des amis àeM..deRoquelaure de l'amener chez elle.Cet ami s'acquitta de sa commission. Roquelaure yse voyant comme forcé à cette visite, entra en mauvaise humeur, et prolesta qu'il ne diroit pas un mot. Cependant la danxe -, avertie de l'heure à laquelle le duc devoit se rendre chez elle, avoit eu soin d'assembler bonne compagnie , afin d'avoir autant de témoins de l'honneur qu'elle devoit recevoir ; mais elle n'eut pas lieu de s'en applaudir. Ro(fuelaure vint, comme il l'a voit promis > mais il ne futpas plutôt entré, qu'il se campa dans un fauteuil , oà il ne desserra pas les dents. Toute l'assemblée fut déconcertée d'un pareil procédé. La dame méprisée moiiroit de dépit; mais sa fille, qui étoit une petite personne fort spirituelle, la vengea pleinement. Ennuyée d'un si long silence , elle se leva tout d'un coup 5 et après
PLAISANTERIE. yZ
s'f^e approchée du duc , elle se mit a crier de toute sa
fçce: «Ah ! monDieu ! maman ! monsieur Je Rogue-
^/awré est mort!» Cette saillie réveilla tons les esprits.
Jn demanda à la petite fille ce qu^ellc vouloit dire.
« Mais ouijinsista-t-ellcjil est mort: ne voyez-vous pas
« bien qu^il pue, et qu^il ne parle point ?N'cst-ce pas
« comme Pon dit que nous^erons après la mort?» M.
de Boquelaure se retira promptement tout honteux ,
et laissa à la compagnie la liberté de rire à ses dépens.
20. Un gentilhomme,quiavoitbeauconp voyagé, alla à Chantilly saluer monsieur le prince ^ et dans le récit de ses voyages, il lui parla d\m prince de Perse, qui, à trente ans, avoit fait les plus belles actions donlon ait jamais ouï parler. Pendant cet entretien , le dîçer ayant étéservi,chacunsemit à table. Monsieur le prince, sensible aux grandes actions, ditàcegentilhomme: «La vie « du prince dont vous m^avez parlé , a eu de si beaux « commencemens, queîebrule d'impatience d'en sa- « voir la suite. — Hélas! monseigneur, répondit le i^eu- « tilhomme, qui vit en un moment le pota^^e prcsqu'en- «levé , il mourut subitement; » et par là, l'histoire étant finie , il se mit à manger comme les autres.
21 . Quandlemaréchal^e Za/^er/e vouloit faire pendre quelque soldat , il avoit coutume de lui dire ; « Cor- « bleu! toi ou moi, nous serons pendus.» llditlamême chose à un espion qu^on trouva dans son camp. Lorsqu^'on voulut conduire ce misé}'able à la potence, il demanda à parler au maréchal : « Monseigneur , lui dit- « il , vous vous souviendrez que vous m^avez dit que « vous ou moi , nous serions pendus. Je viens pour « savoir si vous voulez Têtre ; car , si vous ne l'êtes « point , je vois bien qu^il faut que je le sois. » Le maré- « chai se prit à rire , et fit grâce à l'espion. »
22. M. de*** se disoit d^une maison fort illustre , quoiqu^il tirât son origine d^un fou. UAngéli , bouffon de Louis XIV ^ se trouvant avec lui dans la chambre du roi , après lui avoir parlé debout pendant quelque temps , lui dit: « Asseyons-nous ,' monsieur^ on « ne prendra pas garde à nous ; et vous savez que « nous ne tirons ^di% à conséquence. »
23. ZoftM JTJ^ étoit de la dernière exaetitud^m rètueft qù^il£ûsoit de sa maîsoA. Il ûé jpardonnoit p^ h ûii gendarme à qui il liattoquoit quelque pièce de W ajustement militaire^ il ledH^ssoit sans mî^ricorde.^^
* Gas<Mm> garde-du^x)rps> aytmt perdu au jeu son hxmè^ fuiol)ligede passer en reyue. Le m^onarque^ ne lui voyant point de buffle, le cassa^iiÉlgré sa bonhe niine^sabdle ^ taille et cfon dëgagë.Le Gascon -alhi le lendenain promener sa douleur daxjà le piàt; : il vit de loin le rolqiu s'y l^mencHtaussi. 11 se mit dans Pattitude d^ùn liomtnfe qd ^]^ucbe au éK>}eil de petits animiauxqui sontPapanagèdi la misère. Louis JTJ/^rapierçut. Un garde se détadit pour avertir le Gascon que lé roi raVôit observé : « J'eà ^ suis bieh aise >reprit fe garde ciassé ; dites à sa majesté « que je f^is la revue dé meb gàiV]es--du-corps5 et qoeSe fc casèeceuxi^ih\>ntpointdebuffle.s4^ttepl£ÙSBftiteih^
» réjouit le prince , et le disposa à rétablir le. GasciMi. 24- Un homme , ipxi ^voii l'esprit singulier, entendit 4ire a la cour â'Jllpkofisef^y rôi d'Aragon, la fable dei Harpies , et simagina qu'on vouloit se moqwerdéhii , parcfe que tes poètes disfent qile ces animaux fabuteiix habitoientunecertainetle en Sicilé,dontlui-mème^ainri que sa femille , étoit originaire. Le monanjue , S'étant ■ «perçuque cethomme bizarres\>ffensoitde'€lette lecture î lui dit : « ^e vous fâchez pas 5 les harpies nedéitieurent -« plus aujourd'hui dans cette île : elles se sont dispersée» « dai^s les tiours des princes > et c'est là que ces oiseaux = 4. àvidés ont > depuis ce temps y fixé leur séjour. » j â5;M. OljUer'jQMTé de S^ Sulpice^ étant à la maison j de campagne que le séminaire possède à lssy,fit undi^ : cours à ses séminaristes j cftprèchàsur la destruction du Vieil hom me.il répéta soAvehfc, avec beaucoup de asèlc^ qu'il falloit faire mourir le vieil homme. La jardinière, 4ont le inari étoit fortàgé, ayaiit eula curiosité dé pt^r l'breille àlasérrure delacfaambre oùron prêchoit, cmt que M. 02/£er vouloit qu'on tuât son inaruElleallaidani lé moMent, cotnmUÂiqùer sa terreur à son époux, qui résolut aussitôt de se déro|in|: à la mort qui lemenaçoiti Il va trouver le curé : « Mnwieur, lui dit-il^m^ femme « atoutentendujdonnez-moSfeon congé, je veux encore
« vivre : je cbnnois votre dessein.— Quel dessein , mnî- « tre Pierre ?— Vous le savez mieux que moi , M. fe f curé3 îi n^est.pas nécessaire de vous le dire. — Maîlre «Pierre, expliquez-vous. — Monsieur, n^avez-vous pas < dit qu'ilïaîlolt tuer le vieil homme ? Je suis vieux, il est « vrai; mais la vieillesse n'est pas un crime; et d'ailleurs € mon travail peut encore me nourrir. » M. Oliier vit alors quclétoitle sujet de la méprise du jardinier: il eut Leaucoup de peiile à le désabuser, et à lui prouver que le vieil homme netoit autre chose que le péché que nous devioi^s détruire au dedans de nous-mêmes.
26- Lor/is A' J/^ayant choisi Racine et Boileau pour écrire-son hislbire,Vôulutqu'ilsi'accompagnassent dans sa<::ômpagiie de 1678. M. de Cacoicy ami des deuxï)oèfes, voiihil u!n peu rire à leurs dépens dahs cette occasion. Il vint trouver Racine la veille du départ , et lui demanda s'ilavoit eu Inattention de faire fetrer ses chevaux à {oTÎtÀ\} RéLcin-èy^ViiTi'i^nienà rien à cette qlles- (îon , le piîe de lui eu donner PexpHoatiôn. « Croyez- € vous donc, l^idit M. de Cavoie^ que quandune aiinée f est en marché, elle trouve par-tout des maréchaux? t Av^nl qile départir, on feit un fo!rfait avec un mare- « ckal de Paris, qui Vôusgarànlit que les fers quil thet « aux pieds de vot*re chevàly iie^teront six mois — C^esl « ceqHS:^ ^'igTioït)is> vé^çkièiRacine:)^ovi)tq\\o\Boileaui^fi « to'^ïi a-t-ilrien dit ? Mais je n^eh suis pas 'étonrté : il ne « songe à rien. ». Il va trouver Jîot7eAk/,poiil'ruireprochet sa néglig^ûce. Boileau avoué son îgnbrài^ce , "et lui dit qYi^il Faiitpromptémenls^infôrmer dû maréchal le pilli fataieuk pour èes isôrt'esdé loi-faits. Ils tt^'éiireut pas \é Ifetops de le chercher : dès le Soir même, M. de Vat^oiè raconta âu roi îe ^uetès de sa ;^laisaiiterie , et divertit beaucoup le îtiottàk-que. Une autre ifôiw<,&près unemarchtè fort longue, Boileau , très-fatigué , alla se jeter sUr lih Kt , en arrivant, sahs Vouloir souiper. M. 'de Cavoie, quî fe sut, alla le voir après le souper du roi, et lui dit, d\iii air consterné, qù^il avoit à lui apprendre Une fâcheuse ntmveîle.«Lei'oin'estpascoUtent'de vt)u)s. Ilaremarqué et anîoUV'd'huiUîne chose qui Vous ïàil un gHUd tort. — * Eh ! quoi doAc? «'éeiia BôHisau tout alariiié. — Je ne
yB f L A I 8 ▲ ir T K R I E.
« puis me résoudre à vou^ la dire ; je ne saurois affli:*. « ger mes amis. ^ Enfin , après Pavoir laisse quelque temps dans Pagitation, il lui dit : « Puisqu^il faut Touft « l^avouer , le roi a remarque que vous vous teniez. <ç tout de travers à cheval. — Si ce n'est que cela, ré- « pondit Boileàu y laissez-moi dormir. »
27. Un jour de marche, un musicien amusoit la populace par ses chansons; mais Theure où le marché s'oa*. vroit étant venue, on donna un signal qui fit partir tout le monde : il he resta qu'un seul homme auprès du non* velAmphion. Celui-ci s'approche de l'amateur,le remeiv cie de ne l'avoir pas abandonné , et l'appelle leJoQori d"" Apollon, puisqu'il préféroit aux soins grossiers de la. vielles beaux-arts et lamusique-L'homme^qui se voyoit seul y lui demanda si l'on avoit donné le signal pour aller au marché ? « Oui , vraiment , répondit le^inusi^
« cien.— ^Je vous remercie beaucoup de m'avoir jcverti, « car je suis sourd. Adieu ! jusqu'au revoir ! »
28. Un Gascon, nouveau Parisien, venoit d'acheter un coteret, et craignant qu'on ne s'en aperçut, il le poptoit caché sous sonjmanteau. Voyant un crocheteur qui s'approchoit de trop près : « Retire-toi, lui dit-il, tu cas-
« seras mon luth. » Le crocheteur s'écarta; et le nour-. ' risson de la Garonne avoit à peine marché dix ou douze pas , qu'une pièce de son coteret tomba. « Monsieur^ « s'écria aussitôt le porte-faix 5 monsieur , ramassez t une corde de votre luth , qui vient de tomber. »
29. Un aubergiste des environs de Phalsbourg tomba en léthargie. On le crut mort; et , au bout de quelque, ; temps , on l'ensevelit. Sa femme , tout en pleurant le pauvre défunt, s'aperçut qu'on avoit employé à cet effet . \ un drap tout neuf et très-fin; et, comme elle étoit fort \ avare : «Helas! dit-elle, ce drap est trop beau pour un ' « mort ; il m^ servira beaucoup mieux à moi, qui sui» j « yivante.»Elle avoit,dans sa maison,unhabitd'arlequiii ^ qu'une troupe de bateleurs lui avoientlaissé pour paye- \ ment à leur ps^age.EUe s'enferme dans la chambrç du ^ mort, découvre le cercueil, reprend son drap , habille i le cadavre en farceur, et,à cela près, rétablit les choses i dans leur premier état. L'heure du. convoi étant arri-' t
vée , quatre hommes emportent la bière sur leurs épaules , selon Tusagé du paj'^s. Le prétendu morl se réveille de sa léthargie , s^agite , se débat. Les porteurs s^effraient : ils laissent tomber le cercueil qui se brise , et Ton en voit sortir un arlequin.
3o. Deux Bas-Normands étant dans un cabaret de Limoges, parloient de cette grande année platonique, où toutes choses dévoient retourner en leur premier état.Ils voulurent faire accroire à ITiôte, qui les écoutoit attentivement, qu^il n y avoit rien de plus que cette révolution: «de sorte, dirent-ils, que dans seize mille ans « d*îei, nous serons encore à boire chez vous, à pareil « jour;» et là-dessus, ils le prièrent de leur faire crédit jusqùes-là. « Je le veux bien , dit le cabaretier 5 mais, «parce qu'il y a seize mille ans , jour pour jour, que « vous étiez ici à boire 'comme vous faites , et que « vous vous en allâtes sans payer, acquittez le passé, « et je vous ferai crédit pour Tavenir. » Si.Quatrechevaliersd^industrieay.'mtfaîtbonne chère dans un cabaret, firent monter un garçon, et arrêtèrent avec lui le prix du repas.Le premier feignitde mettre la main à lapoche;maislesecondle relint,et ditqu/il vouloit payer Pécotjle troisième témoigna le même empressement : enfin le quatrième, qui ne vouloit pas se laisser vaincre en générosité, Refendit au garçon de rien recevoir de ses compagnons. Comme personne ne vouloit céder,r'un d'eux dit: «Pournous accorder,ilfaut mettre « un bandeau sur les yeux du garçon , et celui d'entre « nous qu'il prendra, se chargera de la dépense. » On applaudit S cette proposition, on l'exécute; mais,tandis que le garçon tâtonnoit dans la chambre, ils défilèrent Pun après l'autre. Le maîti'e monte; notre colm-maillard , qui l'entend, court à lui, l'arrête; et, le serrant étroitement : « Eh ! pour le coup , lui dit-il , ce sera « vous qui payerez l'écot- » 11 ne se trompa point.
32. Un Gascon, à jeun depuis deux jours, médita de dîner aux dépens det/ac9î^e^iï07wa/w,jaco])in,f^tc/']èbre architecte qui avoit entrepris le pont des Tuileries. 11 considéroit l'ouvrage comme s'il eût étcvingrawà eownoisseur.Frère^^z^^//?,guii'observoit,curie\ixdesîx\o\t
ce qu'il avoit^ans Tesprit, lai demanda soa sentiment. « Mou frère , dit le Gascon , j'ai une el^ose importairtç « à vous dii^e sur ce pont ; n^ais }'ai appétit y il fiiut qQup « î'ailje diçier ^up^ravant. » Le religieux Tinvitçi acH^ tôt à venir mi^ngér avec lui- Celui-ci ne 3e fît pas |p9i|i^ Après cfue le Ga&cQ?i ^ut bien martgé, il dit au religieux: f( Cadédis, mon frère > vous faites un pont sur\l|uh « geur de la rivièrç , et vous ave? saison 5 car , si ycmij \ « réussies^ entrepris^ sui: la,lpnguei\F3 je ne spÎ3 PM gjsi^ % tUhonune^ ai voja^ieu^sie^réussî ! )^ A prè^ cetei^eetteid avis , il fit la révërence^ et prit congé du h^^ cénobite '
33. Un homm^ d^ province , qui étoit venu \ iParv dans te ten^psdu carnaval, fitla partie d'aller au1>Al wjep un de %t^ amis, et se déguisa en diable. 11^ se 9etii:èreii|; ^vant ie jour. Çominiç le carrosse qui l^s conc^jui^f passa dans le quartier où le nrovincial logeoit > il 0|.^I^ premier qui descendit. On V laissî^le plu^.prè^ 9?^'^ putdesa porte, oùjl courut promptement£rapper,paccf^ qu'il faispit graixîd froid. Il fut oblige de redaubl^ \» coups , avant de pouvoir réveiller une grosse serVâiït^ d^ son auberge , qui vint enfin , moitié enaormie, luiouvrir^ maisqiii, djès qu'elle le vit, referma au plus vîtela pprte,* et s'enfuit, en criant de toute sa force : Jésus Mt^riç,! Le
provincial nepensoitpoint àspnhabillenientdiaboliquei : et , ne sachant pa3 ce qi]B pouvoit avoir la servante , il continua de frapper, et toujours inutilement. Enfin, mourant defr-oi^ji) prit le parti dechercher ^te ailleurs. En marchant le long de la rue, il aperçut de la lumière dans une m^iison 5 et , pour copible de bonheur , la porter n^étoitpas tout-à-fait fermée* Il vit en entrant un çer- * cueil, avec des cierges autour, et uji prêtre qui s'étoît, endormi , en lisant, son brçsriaire , auprès d^un fort bo» brasier. Toutétoit tendu de npir , et l/onne sentoitpas de froid dans ce lieu-là. Le provincial s ^approcha du bra^- * sier, et s'endormit tranquillement sur un sîége. Cepeiir dan t le prêtre s'éveilla , et voyant la figure de cet homme endormi, il ne douta pas que ce nefut le diable qui venait prendre le qiort ; et là-dpssus il fît des cris si épouvantables , que le provincial , s'éveillant en sursaut, fut tout eiïrJSiyéj Qfqy9fk%ym lo çqiQyt.àses trQU«$€^- Quandb
1 fut revenu de sa frayeur^ il fit réflexion sur son halillement^ et comprit que e/étoit ce qui avoit causé son embarras. Comme il n^étoit pas loin de la fripperie , et [ue le jour commencoit à paroître y il alla changer i^habit y et revint à son auberge y où il n^eut pas de leine à se faire ouvrir. Il appnt y en entrant y que la servante étoit malade, et que c'étoit une visite que le iiable lui avoit rendue y qui causoit son mal. Le promicial n'eut garde de dire qu'il ëtoit lé diable. Il sut . ensuite qu'on publioit dans le quartier que le diable étoitvenu pour enlever monsieur un tel. Le confesseur attestoit la chose ; et «» ce qui rendoit le bruit trèscroyable, c'est que le pauvre déftint avoit été maltdtier. 34.Un Gascons'étoit misauserviceduduc de la Feuillade. Ce seigneur, entreprenant un voyage y avertit ses domestiques dese tenir prêts un tel jour, à telle heiu'e. Le Gascon fut retenu aulit parla paresse, et étoit encore dans ses draps, lorsqueleducétoit sur le point de partir. Les autres domestiques , après l'avoir long-temps cherché, entrent enfin dans sa chambre , tirent les rideaux de son lit, et lui reprochent sa mollesse, lui disant qu'il felloit
feignant d'être surpris
t est levé , et je suis encore au lit ! Ah ! mes amis , « fermez vite les rideaux ; je suis indigne de voir la ♦ lumière. » En prononçant ces mots , il se rendormit.
35. A la prefhièré représentation du Devin du Village y deux hommes , dont l'un étoit pour la mus'upie kfirancaise, l'autre pour lamusique italienne, soutenoient leurs divers sentimens avec tant d'opiniâtreté , qu'ils troubloient l'attention des spectateurs. La sentinelle s'approcha pour leur faire baisser la voix. Mais le luiliste dit au grenadier : <r Monsieur est donc bouffo- « niste? » Cette saillie déconcerta tellement le pauvre soldat, qu'il retourna tout confus reprendre son poste.
56. Les mousquetaires, les fijardes-dn-eorps , 1rs f;enâarmes,les chevaux-légers entroient autrefois ^ra/w à la comédie, et le parterreen étoit toujours rempli. Le cclcbrejMb/îère,guidiri^eoitaJorslespectacle,presséçaY\c%.
comédiens , obtint du roi un ordre pour qu'aucimepCi^ sonne de sa maison n^en trât an spectacle sans payer.Cci| messieurs indignés forcèrent la porte , tuèrent les pir* tiers , et cherchoient la tioupe entière , pour lui afae éprouver le même traitement. Unjeune acteur, nonaé Béjartj qui ëtoit habillé en vieillard pour la pièce qdfon alloit jouer, se présenta sur le théâtre : t Eh iméssiein) <c leur dit-il, épargnez un vieillard de soixante-qaiiiilK ' « ans,quin^aplusquequelques jours à vivre.)»Cette]^ î sauterie fit ripe les mutins, et , ce que n'auroient peolp* ' être pas fait les meilleures raisons , calma leur fuieor. 37.Un Gascon , voulait aller çhercherfortunc en Anr gleterre , se rendit au port de la Brille en Hollande \ et| ayant déposé sa malle , qui étoit fort légère, dans le par quebotqui alloit cingler vers la Tamise, il se retire dans un cabaret, en attendant le départ. Il conte à tous ceux qui veulent l^entendre, ses admirables projets. Mais ce récit , copieusement arrosé de bon vin , lui Ëdt oublier
3uale moment du départ est arrivé depuis une bonne emi-heure. Il s^en aperçoit enfin. Le vent et la mer emportoient ses espérances. Ilsedésespère.Enfin ilintéresse un patron qui lui promet , à force de voiles, d'atteindre le paquebot,avec une barque plate et découf^rerte^ A peine sont- ils en p\eine mer, qu^une violente pluie pénètre jusqu^àlamoëllePinfortunéGascon.Ilessuiecet orage avec constance, et vient à bout d'atteindre le paquebot , sur lequel il grimpe à la faveur de l'obscunté. « Dieu vous garde ! » dit-il à tous ceux qui l'aperçoivent avec étonnemént. «Cadédis, messieurs, il faut être bon « nageur pour vous atteindre ; mais, quand vous auriez « été à quatre lieues d'ici,vousne m'auriez pas échappé, « et je nageois, dans cette confiance, avec un espritfort « ti-anquille. » Lahardiessedu Gascon touttrempéc^^'eau en imposa à tout lemonde.OnadmiraPhabiletéd'untel nageur. Un milord, qui étoit présent , résolut de faire Tacquisition de ce personnage, pour le mettre fl^x prises avec le Maure d'unautre milord,qui passoi t pour lèpremier nageur du monde, et qui avoit vaincu tous ceuxqni avoientvoululuidisputercettegloire.LeGasconaccepte la proposition du nulordj et> quand ils furent arrivés à
liondrès
Londnes ^ ce seigneur alla proposer à son ami un pari de mille guinées en faveur de son Gascon , qui n^avoit
C" mais mis le pied dans Teau y pas même pour se baigner . e jour est pris.Le Gascon est le trompette delà victoire qu^il se flatte de remporter .Le voilà avec le Maure sur le bord de la Tamise , tous deux dans un équipage leste , prêts à se jeter dans Teau. Le Gascon avoit à côté de lui ^.unc petite caisse de liège. Il la prit sous lebras.LeMaure lui demanda Tusage qu^il en vouloit faire ? ^ Sandis^ di t- « il^ je suis homme de précaution. >> Il ouvre la caisse où il y avoit plusieurs bouteilles.de vin et force petit-salé. « Vous voyez cela , poursuivit-il ; si vous ne faites pas .« de provisions comme moi ^ vous courez risque de « mourir de faim. Savez-vous bien que je vous mène « droit à Gibraltar ? » Le Maure le regarda alors ; et , comme le Gascon parloit d^un ton résolu ^ qui sembloit promettre qu^il tiendroit plus qu'il ne disoit , il fut tellement épouvanté, qu'il dit à son maître : « Mîlord, « je ne veux point me commettre avec cet homme là ; « je me perdrois : je lui cède la victoire. » En vain on voulut lui ôter cette idée ; les prières, les menaces furent inutiles ; et le Gascon gagna les mille guinées. 38. Un prélat limousin ayant été placé sur le siège de S. Pierre 3 reçut une députation de ses compatriotes.Ces ambassadeurs lui témoignèrent d'abord la joie que son élévation avoit causée à son pays ; puis l'un d'eux lui tint c6 discours : « Nous venons vous supplier , très* « saint père, au nom de tous vos compatriotes , d'user, « en leur faveur , du pouvoir absolu qu'on leur a dit « que vous avez sur la terre. Vous savez , saint père, la « stérilité de votre pauvre patrie, dont les habitans rcr « cueillent à peine assez de blé pour les nourrir la moitié « de l'année , et le besoin qu'ilwpnt de recourir aux ff châtaignes. Donnez-lui )a fertilité qui lui manque , « et faites , en considératicih de l'honneur qu'elle a de « vous avoir vu naître , qu'on puisse à l'avenir faire deux « récoltes par an. » Le pontife ne crut pas devoir leur refuser ime pareille grâce. >i Mes enfans, leur dit-il, je « vous accorde volontiers ce que vous me demaudei**^ « et^ pour vou^ prouver davantage mon affec\ion , Vx Tome III. * ï
^ joins un autre bienfait ; c'est qu^aulieu que dans hê « autres pays on ue compte que douze mois pour une « année , je veux que , par un privilège spécial^ too» « en ayez vingt-quatre à chacune des vôtres. »
Sq. tjn Gascon disoit : « Je suis si délicat sur le pcnoft « d^honneur , que je ne me rendrois point traitable (( là-dessus y quand on m'offriroit un million d^ revenu « chaque minute. »
« Je suis venu si vite^ disoit un ecclésiastique de « Gascogne , qui avoit couru à une oeuvre de chante; « je suis venu si vite y que mon bon ange gardien « avoit bien de la peine à me suivre. »
40. Un prédicateur gascon demeura court en chaire. 11 eut beau frotter sa tête ; il n'en sortit rien.U fallut descendre. «Messieurs , dit-il en prenant congé de Paudî- « toire , je vous plains ; vous perdez une belle pièce. » 4^ *Un capucin à pied Ëiisoit ses missions avec autant de succès que de desintéressement. Il se trouva un jour yîs-à-vis d^un ruisseau, sur le bord duquel il rencontra un paysan qui eutPeffronterie de lui demander qu^il le portât sur son dos à Pautre bord.Le capucin le chargea aussitôt sur ses épaules, et commença à traverser le ruisseau , ayant dis Peau jusqu^aux genovix. Lorsqu^il eut fait quelques pas , il demanda au paysan s^il avoit de Pargent?Celui-ci , croyantqu'ilparloit par intérêt, louché d'ailUmrs de l'excès de sa complaisance , lui rcpoiîclit qu'oui ^ et qu'il le paieroit bien. Aussitôt le capucin , le jetant dans l'eau : « Ah ! mon ami, lui dit- « il , il ne m'est pas permis de porter de Targent, » et il continua tranquillement sa route.
42. Un jeu ne prédicateui' , homme de bonne mme, qui avoit une voix de tonnerre , le geste beau , et tous les antres aiji ^^niejûUd'une déclamation qui charme les auditeurs et les lient attentifs , étant monté en chaire\ perdit toutd'vm coupla mémoire,, et oublia tout-à-fait son sermon. Que faire ? Quitter la partie , et se couvrir de honte r Parler et n'avoir rien à dire ? Cette alternative étoit embarrassante. 11 se détermine k rester , et à taire us^ge de sa voix et de son geste, sans rien prononcer que des paroles imparfaites et décou&ues'^àes car ^ enjiu ^de»
PLAISÀTITERIE. 83
mahydes siydes donc, des chers auditeurs , etc. etc.. Jamais prédicateur ne parut avoir plus de feu. Il crioit de toutes ses forces ; il faisoit des exclarnations, frappoit des pieds et des mains : tout trembloit sous lui ; tt les voûtes de Pëglise , qui étoit très-vasle y lui ren* doient au double les éclats de sa voix. Tout Tauditoire étoîtdaas un silence profond : chacun avançoit sa léte , et pedoubk>it son attention , pour entendre ce qui ne ]^voit être entendu. Ceux qui étoient près de la ehaire disoient : « Nous sommes trop près , il nV a t pas moyen d'entendre. » Ceux qui étoient éloignés se plaignoietit de ce crue , par leur éloignement , ils perdoient les {dus belles choses du monde. Enfin TadrcHt wédicateur tint son auditoire trois quarts d^eure en haleine , et se retira avec Tapplaudissement de toute l'assemblée y qui se promettoit bien , à la première occasion y de mieux choisir ses places , et de ne pas se priver du fruit d'un sermon aussi pathétique.
43. Un gentilhomme gascon sans argent y apprit qu'un aubergiste venoit d'être condamne à dix écus d'amende pour avoir donné un soufflet à un autre gentilhomme. Assuré du fait^il alla chez le même aubergiste ,et passa trois ou quatre jours chez lui , de façon que son compte monta à six écus. Comme il prenoit congé de l'hôte , et que celui-ci demandoit le payement du temps qu'il avoit passé chez lui y le Gascon lui dit : « Cadédis I « monsieur y je n'ai pas un sou y mais je vous prie de « me donner un soufflet , et me rendre mon reste j « car un soufflet, comme vous savez , vaut dix écus^ « et je n'en dois que six. »
44* Uu officier traversoit une rivière dans une barque avec un corde] ierqni avoitunâne à côté de lui.Le pauvre animal trembloit de toutson corps. Le capitaine, qui étoit tenté de se moqnerdu révérend père, commençala conversation, en lui demandant la cause de ce tremblement: «Si vous aviez, lui dit le religieux, comme mon < âne , la corde au cou, les fers aux pieds, et un cor- « déliera vos côlcs, vous trembleriez bien davantage.v>
45. Un cordeher en voya^^e , se trouva pns çat Xa mml;etj ayant rencontré h mstison d^uja seici^eiur ^ïLse
persuada qu^il y seroit bien reçu. On lui fit en effet un assez bon accueil. Le seigneur cependant , voyant son hôte embarrassé , résolut de se divertii* à ses dé- ' pens. Il le pria donc de passer le lendemain chez lui , et lui proposa une partie de chasse. II avoit desseui de lui faire monter un cheval extrêmement fougueux, et qui ne pouvoit être domté que par un autre sei-
fneurdu voisinage ;on lui avoit donné le nom deDior le. Le cordelier soupçonna le tour qu^on lui préparoit; mais 5 comme il savoit fort bien se rendre maître d^un cheval , il dissimula tout ^ et ne monta dessus qu'après bien des grimaces , affectant beaucoup de drainte ;puis> s^étant bien assuré, il commença à piquer le cheval, . et à courir au grand galop. Le seigneur ne pouvant le suivre , et voyant qu^il s^écartoit toujours de plus en plus , lui cria de s^arrê ter. Mais le cordelier lui répondit d^m ton railleur : « Le diable m^emporte , le diable « m^emporte. » Il courut tant , qu^en peu -d'heures le diable le porta dans son couvent , d'où il ne sortit point pour retourner vers son premier maître.
46.Le cocher d'une remise ayant conduit deux dames et deux cavaliers dans un village à quelques lieues de Paris, les arrêta devant l'église de la paroisse, parce qu'ils voulurent assister aux offices divins. L'on disoit la grand messe, il manquoit un chapier ; le cocher s'offrit d'en faire la fonction: il s'affubla d'une chape. On vint l'avertir dans ce moment qu'il avoit pris envie à ses chevaux de s'en aller : il sort de l'église avec sa chape , vole après ses coursiers vagabonds, les atteint, et remonte sur son siège pour les ramener devant l'église. Un des premiers citoyens du village , voyant le phaéton couvert d'une chape , «-'imagina que ce pouvoit être le ' carrosse du pape. Il communiqua cette burlesque idée ' à tous ses compagnons qu'il rencontra ; elle fut conta- *" gieuse, et bientôt une foule de ces bonnes gens allèrent ' à l'envi au devant de l'équipage , se jetèrent à genoux ; ' et, prosternés contre terre, ils demandoient humble- * mentlabénédiction duprétenduvicairedeJésus Christ. ^ 47- Un curé de campagne fort enjoué, étoit en habit '^ court dans Ja ville cathédrale de son diocèse. Un grand- *- Vicaire i'ajant aperçu >V appela, e\.\u\ âiem^vxâL^^Qwct-
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quoi il portoit un habit court? U repondit que ITiabit etoit propre à danser: cette réponse irrita le ministre de . Tëvêque , qui lui demanda qui il étoit. JEg-o sum qui sum, reprit le curé. Le erahd-vicaire le fitcomparoître devant Tëvêque , qui d^abord lui fit des reproches sur ses réponses, auxquelles il donnoit Tépithète d^insolentes et d'impies. «Monseigneur, répondit le curé , vous allez « voir si j'ai tort, et si je mérite les titres que me donne t votre grandeur. Je suis curé d'un lieu appelé I>c«j^, « les chemins y sont pleins de boue, même dans la ca- « nicule 5 c'est ce qui m*a £iit dire à M. votre grandit vicaire, que mon habit court étoit propre à danser. c Ensuite , je m'appelle Cuisson ;]e n'ai pas cru l'ofFen- « ser en lui disant mon nom qu'il me demandoit. 7^ Le prélat y à ces mots , fit comme le roi , dans Boileau :
Et le roi , qae fit-il ! Le roi se prit à rire.
48. Un homme qui bégayoit , demanda en plusieurs temps, et en comptant tous ses mots dont il répétoit les syllabes , le nom d'une rue qu'il ne ponvoil Irouver. il s'adressa justement à un homme qui avoil à la langue le même défaut que lui , et qui lui enseigna ce qu'a demandoit en imitant parfaitement les bégaie*mens de celui qui l'interrogeoit. Le questionneur crut avoir trouvé un moqueur qui le vouloit tourner en ridicule en le copiant ; il s'échauffa et s'emporta contre lui : celui«-ci , en voulant s'excuser , bégayoit encore davantage. Ce bredouillement réitéré fait croire à l'autre qu'il avoit en tête un plaisant qui n'en vout loit point démordre : il s'accroche avec liii ^ et l'accueille à coups de poings. Un autre bègue survient , et s'efforce de séparer les combattans : il en vient à Bout ; mais , voulant savoir le sujet de leur querelle, il leur parla d'une voix si entre-coupée , qu'ils crurent que .ce médiatevir vouloit se mpquer d'eux. De concert , ils fondent sur lui pour le punir ; et sans doute ils Tauroient mis en pièces dans leur colère , si des gens charitables ne l'eussent ai'raché de leurs mains. Quand ils apprirent tous trois leur défaut commun , leur fureur s'éteignit; et ils rirent eux-mêmes de leur TOe^me.
49. Un faèmme de la cour jôupit au piquet , èl ëtoit impaitienté par un voisin à vue courte et à long ne». Pour 8^en débarrasser^ il prit son mouchoir et moucha le nefc de cet homitie incommode. « Ah ! mmisiear , « lui dit-il aussitôt , je vous demande pardon 5 jè l'a- € vois pris pour le n^ieù. » Voyez Bons-Mots , Naïveté y HAiiiS.£fiiE 3 Repartie.