‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 15 sur 138 · PRÉSENCE D'ESPRIT · texte numérisé non relu

PRÉSENCE D'ESPRIT

•roi vouloit faire mourir un astrologue. Il lui demanda s'il savoit le jour de sa mort. L'astrologue y qui se doutoit du malheur qui le menacoit , lui repondit : «Sire , mes observations m'ont appris que je dois « mourir un jour avant votre majesté. » Le monarque , étonné de cette prédiction , donna tous ses soins à la conservation de l'astrologue.

2.Up empereur, irrité contre un astrologue, lui demandoitavec menaces; «DequeV genxe deiaoT\,\ïksMcife\v-

PRlésEN CED"* ESPRIT. q5

% reaXy comptes-tu mourir? — Je mourrai, dit-il, de la « fièvre. — Tu en as menti, répondit rempereur,tu périme ras tout-à-l^heure d'aune mort violente.» On alloitsaisir ce pauvre malheureux, lorsqu^il dit à Tempereur : «Seit gneur , ordonnez qu^on me tâte le pouls , et Fon verra « que j 'ai la fièvre.)> Cette adroite saillie le tirad^afiaire* o- Le fils d'un fermier de la province de Wihshirc , en Angleterre , nommé James Brown , âgé de douze à quinze ans , avoit coutume d'aller à la ville voisine faire lesprovisi(Mis de son père. Gomme il y avoit alors beau-^ coup de voleurs dans ce cantpn , cet enfant , par un^ présence d'esprit peu ordinaire à son âge , mettoit d'un côté les pièces d'or, et de l'autre la monnaie courante » afin de sauver les une$ , si les autres étoient en, danger» lise met en campagne. A peine a-t-ilfaitune lieue, qu'un collecteur (c'est ainsi qu^on appelle les voleurs en Angleterre) vint lui demander la hourse ou la vie . Le jeune nomme paroît interdit ; il crie ,il refuse :1e collecteurj-le •presse et le menace; evimsJamesBrowny feignant d'être au désespoir, met la main dans la poche où il serroit s|i monnaie , et la jette loin de lui au delà d'un fossé et d'un petit buisson, en disant au voleur que s'il vouloit son argent , il prît au moins la peine de l'aller chercher. Le coDecteur , ébloui par la quantité de pièces qu'avoit jetées le jeune Brown , crut devoir se hâter de les ramasser, pendant que le jeune homme prenoit la fuite. Il descend de cheval, u cherche les pièces dans le ruisseau et derrière le buisson. Mais quelle est sa surprise ^ lorsqu'il voit Brown , qu'il croyoit bien loin , monter toiit-à-coup sur son cheval, piquer des deux et disparoître ? C'est ainsi que , par sa prudence , James Brown , qui s'étoit caché près de là , acquit un bon cheval et la valise du collecteur pour une somme très-modique.

4. Jacques Nomparde Caumont , duc deX^ Force , encore tout Jeune, échappa au massacre âe la Saint- Rarlhélemi , par un trait de présence d'esprit au-dessus de son âge. 11 étoit couché dans un même lit avec son père et son frère aîné. Les meurlriers entrèrent dans la chambre , et donnèrent plusieurs coups de povgrv^Tâi , dont Caumont et son /iisainé moururent snr-ie-c\ia\xïç. Le plus jeune ne fut que blessé ; comme V\ x\îi^eo\\

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dans le sang , on le crut mort , et les assassins sortî-

. rent. Ce jeune enfant , qui avoit à peine douze ans , contrefit le mort , et se cacha le mieux qu'il put sous les corps de son père et de son frère. 11 resta ainsi jusqu'au soir 5 et pendant cet intervalle , il entendit de^ discours de toute espèce , qui le firent frissonner d^horreur. Divers assassins entrèrent dans la maison pour massacrer ceux qu^ils y trouveroient, se mirent à piller ; et en regardant les corps qui étoient sur le lit , les uns faisoient Téloge de ce meurtre, en disant que ce n^étoit

^ pas assez dé tuer les mauvaises bêtes , mais qu^il falloit aussi en écraser les petits : d'autres approuvoient le meurtre du père ; mais ils ne pouvoient souffrir qu'on eût égorgé les enfans , à qui Ton n^avoit rien à reprocher. Le jeune de la Force , qui étoit depuis longtemps dans une situation cruelle, fut tenté alors de se montrer : cependant il attendit encore ; et , sur le soir , ayant entendu la conversation d'autres personnes , qui déstestoient entre elles la barbarie des exécutions de cette affreuse journée, il se débarrassa de dessous les corps de son frère et de son père ; et levant im peu la tête : «Je ne suis pas mort,» leur dit^l.On. voulut alors lui faire beaucoup d^interrogations, et on lui demanda sur-tout qui il étoit ; il répondit quil étoit le fils d'un de ces deux morts , et le frère de Pautre. A l'égard de son nom, il ne voulut point le déclarer ; et comme on insistoit pour le savoir , il eut la prudence de dire qu'il ne se nommeroit que lorsqu'on l'auroit mis en sûreté. Il étoit bien difficile de trouver un asile assuré dans des conjonctures aussi affreuses. On demanda donc à cet enfant où il vouloit aller: « Al'arsenal, dit-il j je suis « parent du grand-maître 5 vous serez bien récompen- «. ses. » On l'y conduisit avec le plus de précaution qu'il

fut possible ; et enfin on le mit entre les mains de Biron. 4. Un cordelier , se trouvant en route, rencontradeux

ministresprotes tons, qui lui proposèrent de souperavec eux. Ce religieux accepta avec plaisir la proposition. Les ministres cependant cherchoient en eux-mêmes comment ils dévoient s'y prendre pour se divertir aux

dépens du boùpère. Ces deuxmessieurs avoientchacun

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leur femme. Une de ces dames leur proposa cet expédient : «Avertissons , dit-elle > Paubergiste, et ordonnons-lui de ne serrirpour tout le repas que quatre perdrix , qu^il placera vis-à-vis du moine , lequel nous prierons de vouloir bien servir. Une manquera pas de distribuer à chacun de nous une perdrix , et comme nous sommes quatre , il ne lui restera pour sa part que le fond du plat. » Cet avis est applaudi : dans le moment on donne les ordres nécessaires à Paubergiste , qui s'empresse d'obéir ponctuellement. On sert ; on ^feint de murmurer contre la modicité du rejpas : ITiôte s'excuse de son mieux ; on le renvoie , et ron prie le révérend père de faire les honneurs de la table. Le cordelier s'aperçoit, à certaines grimaces , qu'on veut le Jouer 5 sa présence d'esprit lui fournit dans l'instant un moyen de rire aux dépens de ceux qui prétendoient le duper. Après s'être excusé long-temps de servir, il se rend aux instances qu'on lui foit : il prend le plat , le fait tourner deux ou trois fois , comme un homme qui ne sait pas trop comment s'y prendre. Son embarras fait rire les ministres et leurs dignes compagnes : « Allons, père , lui disent-ils, vous êtes bien long 5 faites* « nous donc parvenir quelque chose. — Donnez-moi « une assiette. » On la lui tend aussitot.Le rusé cénobite tire une perdrix 5 et la plaçant entre un des ministres et sa femme, il lui dit ; «Monsieur le ministre , cette « perdrix , madame votre femme et vous , vous ête« «trois. » Il se fait donner une seconde assiette , sur laquelle il met une autre perdrix , et la présentant à l'autre ministre : « Monsieur le ministre , lui dit-il « aussi , cette perdrix , madame votre femme et vous ^ « vous êtes trois. Messieurs , ajouta-t-il en prenant les « deux perdrix qui restoient, et les mettant sur son « assiette , deux perdrix et moi nous sommes trois : « croyez-moi , allons toujours de trois en trois. »

6.S€rtoriusétoït en Cartier d'hiver à Castulon , ville des Celtil^ériens. Ses soldats, qui se trouvoient dans un pays fertile , où ils avoient des vivres en abondance , passoient les jours entiers à boire et à s'enivrer, et se îivroient à toutes sortes de débauches. Cette conduite Tom^IIL G

donna un si grand mépris pour eux aux Barbares, qu'une nuit ils envoyèrent demander du secours à leurs plus

1)roches voisins , les Grysaeniens ; et entrant dans toutes es maisons, ils firent main-basse sur les Romains quis'y trouvèrent. Pendant ce tumulte , Sertorius sortit avec un petit nombre de ses gens : et ralliant ceux qui se sauvoient après lui , il fit le tour de la ville. Il trouva encore ouverte la porte par où les Grysaeniens étoient entrés , et qu'ils avoient laissée sans gardes : il y plaça un corps de troupes; puis , s'étant rendu maître de tous les quartiers , il passa au fil de Tépée tous ceux qui ëtoient en âge de porteries armes. Après cette exécution sanglante , il commanda à ses soldats de quitter leurs armes et leurs habits , de prendre ceux des Bar- Lares qu'ils avoient tués , et de le suivre à la ville des Grysaeniens. Les Barbares , trompés par la vue de ces habits et de ces armes qu'ils connoissoient , ouvrirent leurs portes , et sortirent en foule au devant d'eux pour les recevoir , croyant que c'étoient leurs gens et leurs voisins qui venoient se réjouir , après avoir heureusement exécuté leur entreprise. Les Romains en tuèrent une grande partie près des portes ; les autres, *'étant rendus à discrétion , furent vendus.

7. Iphicrate , fameux capitaine athénien , marchoit contre les ennemis de sa patrie; remarquant plusieurs de ses soldats qui pàlissoient de crainte et n'avançoient qu'en tremblant, il fit dire par un héraut : « Si quelqu'un « a oublié quelque chose, qu'il s'en retourne au camp;il ¥. reviendra ensuite.» Lespl us làches,charmés de cedélaî,. ^'en retournèrent aussitôt. IphicraiCy les voyant partis : « Allons , dit-il aux autres, laissons aller cette canaille 5 « fondons sur l'ennemi ; » et aussitôt il engagea le combat.

8. Agis II y roi deLacédémone , et fils à^ArchidamCy ayant remporté dans un combat contre les Argiens un très-grand avantage, les vaincus se rallièrent etrevimrent à la charge. On étoit sur le point de s'attaquer de part et d'autre , lorsque le monarque vit quelques-uns des alhés se troubler : cette crainte pouvoit se communiquer, et devenir dangereuse : «Camarades, leUr dit-il, « ayez bon courage ; si nous tremblons , nous qui som-

jgmes vainqueurs ^ que fexoal doue ceux que nous^

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f avons vaincus ? 3» Ces paroles adroites rassurèrent les esprits ; et les Spartiates achevèrent de moissonner les lauriers qu^ils avoient commencé de cueillir.

9. Le magasin à poudre des Espagnols , commandes par Gonsalvôy leur capitaine, sauta ^ dès les premières charges , à la bataille de Cérignoles. Le général , cfui sentit que ce hasard malheureux pouvoit avoir des suites funestes , eut assez de présence d esprit pour en tirer un augure £aivorab1e. « Ënfans , dit-il à ses*soldats j la vie- « toire est à nous : le Ciel nous annonce , par ce signe « éclatant , que nous n^aurons plus besoin d^artillerie* )> La noble assurance dont il accompagna ce discours per* suada tous les esprits , et lui fit rempoi ter la victoire.

10. Alexandre-le Grand avoit résolu de détruire Lampsaque , dont les habitans avoient osé se mesurer avec lui. Mais quand il fut près de cette ville , il vit venir à lui le philosophe Anaximkne , qu^il estimoit beaucoup, parce qu^il Tavoit eu pour maître dans se» étiides. Ne pouvant douter qu'il ne vînt opposer ses prières à la colère qui le transportoit , il jura qu^il ne feroit point ce que lui demanderoit le philosophe. « Seigneur, lui dit aussitôt Anamimkne , je demande « qae vous détruisiez Lampsaque. » La présence? d'esprit de ce savant homme sauva cette illustre cité de la ruine à laquelle elle avoit paru condamnée.

11. Un officier des mousquetaires , à la tête d'une brigade de sa compagnie, étoit à Paris dans une grande place , chargé d'appaiser le soulèvement que la cherté du pain causoit parmi le peuple, en 1709. 11 vouloitnettoyer la place des mutins qui la remplissoient;ildit à sa troupe : « Tirez sur la canaille ; mais épargnez les « honnêtes gens. » Ces mots furent entendus de tout le monde. Personne ne voulut être compris dans la canaille ; et la sédition s'appaisa dans le moment.

12. François I jouoit à la paume avec un moine trèsadroit à ce jeu. 11 arriva que le moine fit un coup de raquette qui décida la partie. «Voilà, dit le roi, un vrai t coup de moine. — Sire, réponditlebonpère, il netient « qu'à votre majesté que ce ne soit un coup d'abbé. » Le monarqpie ne tarda pas à récompenser celle réi^ii^^*

100 PR<âBircx D^EâpaiT.^

1 3. Le cardinal de Richelieu s'amusoit yolontiers \ de petits jeux d^exercice, pour se délasser des pénibles travaux de son cabinet. M. de Grammont le surprit un jour que, tout seul en veste , il s^exerçoit à sauter contre un mur.Un courtisanmoinsdéliéquelui, eûtété sansdoute embarrassé de se trouver avec un ministre du caractère c2ei{icAeZîez^,tcmoind'une occupation si contraire au sérieux de sa di^ité. Mais il s^en tira en homme d^esprit : « Je parie , dit-il au cardinal , que je saute aussi-)>ien « que votre éminence. » Aussitôt, quittant son habit, il se mit à sauter avec le ministre. Ce trait d'adresse fit sa fortime, et contribua beaucoup à son avancement*

14. Louis Xiy^ au retour de la chasse, étoit venu dans une espèce d'incognito, voir la comédie italienne, qui sedonnoit au château. Dominique, fameux arlequin de ce théâtre, y jouoit.Mais malgré les talens supérieurs de ce comédien célèbre, la pièce parut insipide. Le roi lui dit en sortant : « Dominiçue , voilà une mauvaise « pièce. — Dites cela tout bas, je vous prie, interrompit « Facteur ; car si le roi le savoit, il me congédieroit avec « ma troupe. » Cette réponse , faite sur-le-champ, fit admirer la présence d'esprit de Dominique.

i5. La vache d'un paysan fiittuée par le taureau du Seigneur de son village. Le pauvre villageois jugea bien qu'il n'en auroit pas aisément satisfaction. II vint trouver ce seigneur, qui étoit dans une maison de ses amis , et lui dit que sa vache avoit tué son taureau. « La loi veut, s'écria le seigneur, que la vache appar- « tienne au maître du taiureau qui a été tué. » Le paysan disputa sur cette peine ; mais le seigneur n'en voulut pas démordre. « Monseigneur, lui dit alors le rustique, « il faut toiuTièr la médaille : c'est votre taureau qui a « tué ma vache ; palsangué ! vous vous êtes jugé , vous « n'en rappellerez pas.»Lie seigneur fiitobligéde se con- % former à la sentence qu'il ^voit prononcée lui-même.

16. heroiDagobertse disposoità monter sur son char ou chariot , quand il aperçut un de ces poètes qui faisoient consister le mérite de la poésie à fiûre des vers sur-le-champ. Le monarque lui promit les deux bœufs attelés à sa voiture , si , avant qu'il n y fût monté , ij

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tToit peint en vers Taction qu'il lui Toyoit faire. Le poète dit aussitôt :

Ascendat Dagohert ; veniat hos unus et alten

C'est-à-dire : « Que Dagobert monte, et que les deux € bœufs me viennent. » Le prince , charmé de cette saillie , tint sur-le-champ sa promesse.

17. Un officier gascon étant à Parmée , parloit assez haut à im de ses camarades. Comme il le rruittoit , it lui dit d'un ton important : « Je vais dîner chez F^illars.'h Le maréchal deF'illars^ setronvantdemèroceloificier, lui dit avec bonté : « A cause de mon rang de £^énéral , et « non à cause de moi, dites monsieur de Vulars, » Le Gascon , qui ne croyoit pas être si pr^s du général, lui répondit sans être étonné : « Cadédis ! on ne dit point « monsieur de César ^ j'ai cru qu'on ne devoit pas dire ^monsieur de Villars. » Voyez Adresse d'esprit.

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