AMABLE COSTES, LIBRAIRE
UUE DE SElME, H.» la , FAUDOURG S.-G.
1. A p E I N B JésuS'Christ fiiHl attaché à la croix % qu'il offrit ses peines à son père y en fisiveur de ses bourreaux et de ses plus cruels ennemis : « O mon Père I « s'écria ce Dieu de miséricorde, pardonnez-leur; car « ils ne savent ce qu'ils font »
S. Etienne , diacre et premier martyr , parfait imita* teur de son Maître , se met à genoux , lors même que les Juifs y acharnés contre lui , le lapident y et crie à haute voix, dans Tardeur de sachante : «Omon Dieu! « ne leur imputez pointée péché 1 » et, après cette pa* rôle y il rendit son ame au Seigneur.
2. S. Jean l'aumônier avoit exhorté plusieurs fois ua des grands seigneurs d'Alexandrie à se réconcilier avec son ennemi. Mais le trouvant toujours inflexible , il le mena dans sa chapelle, et y célébra le saint sacrifice de la messe, a'y laissant entrer qu'une personne pour la servir. Lorsqu'ils prononçoient tous trois ensenil)le l'oraison dominicale , selon la coutume de ce temps-là , il fit signe au servant de se taire a ces mots : «Pardonnez- « nous nos offenses , comme nous les pardonnons à « ceux qui nous ont offensés;» et lui-même se tut, en sorte que le seigneur fut le seul qui les prononça. Le sainte se tournant vers lui , lui dit avec beaucoup de douceur : « Songez-vous bien , mon frère , à ce que vous « venez de dire aDieu, lorsque , lui demandant pardon | « vous avez protesté que vous pardonniez à ceux qui « vous ont offensé ?« Ge||igneur, frappé comme d'wa coup àe foudre j se Jeta suMe-champ aux pieds dus^^t.
Tûme/II. K
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prélat , et lui répondit : « Votre serviteur est prêt à faire <K tout ce que vous lui commanderez 5 i& et , sans différer, il se réconcilia très-sincèrement avec son ennemi.
3. TTiéodose'le-Grandyayant imposé une contribution extraordinaire,chargea ses officiersde laleverdans toutes les provincesde Pempire.Les ordres duprince ne trouvèrent aucune résistance dans le reste de la Syrie; mais ils soulevèrent Antioche.Gelte ville étoit, par sa grandeur, par son opulence , parla beauté de sa situation et de ses édifices, considérée comme la capitale dePOrient.Divisée en quatre quartiers entourés de murailles , et qui formoient presque autant de villes, elle renfermoit deux cent mille habitans , partagés en dix-huit tribus. A ce peuple nombreux se joignoit une infinité d'étrangers qui s'y rendoient sans cesse» de toutes les contrées de Punivers.Tant d'humeurs diverses étoient une matière toujours préparée aux plus violentes agitations. On parloit dépuis quelques jours, de la nouvelle imposition; cen'étoit qu'un bruit sourd,qui trouvoit peu de croyance,mais qui mettoit déjà les esprits dans cet état d'incertitude où ils deviennentplusfajciles à émouvoir.Les ordresde l'em-
f)ereur étant arrivés pendant la nuitdu *6 de Février , e gouverneur assembla , de grand matin, le conseil.La lecture des lettres n'étoit pas achevée, que les assistans s'abandonnent à la douleur. Ilss'écrient: «quela somme « est exorbitante ; qu'on peut leur briser les os parles « tortures, leur tirer tout le sang des veines; mais qu'en « vendant et leurs biens et leurs personnes , on ne « pourra trouver de quoi satisfaire à cette exaction « cruelle. » Les murmures, lesgémissemens,lescris,les marques du dernier désespoir troublent toute l'assemblée. Plusieurs élèvent la voix , pour adresser à Dieu des prières plus séditieuses encore que les murmures. Le gouverneur fait de vains efforts pour les appaiser. Ils sortent de la salle , et courent comme des forcenés aous le portique.Là, redoublant Jeurs cris en se dépouillant de leurs robes , ils appellent les citoyens : ils teur exagèrent le sujet de leur alarme. On accourt de toutes parts :bientôtun peuple innoiad)rable les environne ; la Aireurse commumqae plus prompleixieii\.csyvfeU\irs ça-
rôles : la plupart ignorent encore la cause da tumulte, et frémissentdéîà de colère.Tout-à-coup^sans aucuncommande ment, il se fait im grand silence : cette inunense populace demeure calme et immobile , ainsi que lamer aux approches d^Un violentoraçej et, un moment après , poussant des cris furieux,et se divisant en plusieurs troues, comme en autant de vagues, les ims se jettent dans es thermes voisins; ils renversent, ils brisent, ils détixiîsent et les vases et les omemens : d^autres courent k la maison dq Fëvêque Flai^ien, et ne Payant pas trouvé, ils reviennent à la salle du conseil, d'où le gouverneur n'avoit encore osé sortir : ils tâchent d'en enfoncer les portes , et menacent de le njassacrer ; ce qui n*étoit point sans exemple à Antioche. N'ayant pu réussir , ils se dispersent , en criant : « Tout est perdu ! tout est pera du ! La ville est abîmée sans ressource ! Une impo- «*sition tyrannique a détruit Antioche ! »
Tout ce qu'il y avoit d'étrangers, de misérables, d'esclaves, grossit la foule des séditieux. Ce mélange confus ne connoît plus ni prince, ni magistrats, ni patrie. A la Yue des portraits de l'empereur , qui étoient peints en plusieurs endroits de la ville, la rage s'allume. On l'insulte de paroles et à coups de pierres; et, comme s'il res- Eiroit encore plus sensiblement dans les ouvrages de ronz e , on va attaquer ses statues ,on n'épargne pas celles de Flaccille , à'Arcadius et d'IIonorius , ni la statue équestre de Théodose le père. On attache des cordes à leur cou ; chacun s'empresse de prêter son bras à ce ministère de fureur : on les arrache de leurs bases ; on les brise en morceaux , en les chargeant d'opprobres et d'imprécations : on en abandonne les débris aux enfans , qui les traînent par les rues de la viQe.
Ce dernier excès d'insolence effraya les coupables euxraêmes.Lavuedesimagesd'unempereursirespectable, brisées et mises en pièces, les frappa d'horreui', comme s'ils eussent vu les membres du prince même épars eldéchirés. Pâles et tremblans , la plupart s'enfuient et se renferment. La sédition se ralentissoit, mais elle n'étolt pas encore appaisée.Une troupe des plus cpîmàlxes s' a^- %enù)}e autour de lâ.maisou d'un des principaux sénaL-
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leurs, qui, se tenant renfermé chez lui > paroissoît condamner larévolte.Ilsymettentle feu.Pendant Temportement du peuple, les plus sages citoyens n'aboient osé s'exposer. Les magistrats, cachés dans leurs maisons, ne songeoient qu'à conserver leur vie. Ne pouvant se concerter ensemble,nipr«ndre aucunemesure,ils en étoient réduits à faire des vœux au ciel. Quantité de voix appeloient en vain le gouverneur. Quoique ce fit un officier vaillant, et qui s'étoit signalé dans la guerre, cependant il n'osa se montrer jusqu'au moment où il apprit que la plusgrandç fougue du peuple étoit passée, et que la maison du sénateur n'étoit attaquée que par une poignée de misérables. Il s'y transporta à la tête de sa garde : il n'en conta que deuxcoupsde flèches pourdissiper ce reste de séditieux«Le comte d'Orient, qui commandoitlestroupes,et qui n'avoi t pas montré plus de hardiesse, vint alors se joindre à lui. Leurs soldats poursuivirent les mutins^ qui fuyoient devant eux ; on en prit un grand nombre , qui furent aussitôt enfermés dans les prisons.
On remarqua que les fenunes de laplus vile populace^ qui ont coutume de signaler leur rage dans ces éiineutes soudaines, ne prirentaucune partà celle-<;i. L'agitation, qui subsistoit encore dans les esprits, après tant de secousses violentes, fit, comme il arrive souvent, imaginer des fantômes et des prodiges bizarres. Ou ne pouvoit croire que ce désordre n'eùtpas étéprbduitpar une puis^ sance sumaturelle.Leoruit courut que, dans le fort du tumulte,onavoit vu un vieillard d'une taille gigantesque, monté sur un puissant cheval,et que,s'étant changé d'abord en jeune homme , ensuite en enfant , il avoit disparu.On disoit encore que,la nuit d'auparavant,on av<Mt aperçu au-dessus de la ville, une femme horrible à voir et d'une grandeur effrayante; que ce spectre avoit passé sur toutes les rues, en frappant l'air d'un fouet, avec un bruit affreux. Ce n etoitrien moins, dans l'idée du peuple, qu'un monstre infernal, qui excitoit les esprits à la fureur, de la même manière~<pie les valets de l'amphithéâtre animoient, à grands coups de fouets, la rage des bêtes féroces dans les spectacles. SelonS. Jean-Chry^ ^o^iàme, il u^étcHtpsLS besoin que le démon courût dans
I-aîr; c'ëtoitassez qu'il entrât dans les éoeurs , et qu'il y soufHàtle feudelarévolte. Elleavoit commencé au point du jour ; à midi y le calme ëtoitrétabK dans la TÎue. Mais #e calme n'avoit rien que de sombre et de lognbre. Après ces accès de£rénésîe/eshabitansabattus,con8ter* nés^ne se reconnoissoient qu'avechorreur.La honte, les remords, la crainte,tenoient tous les cœcùrs accables.La vuedes courriers,qui partent pourinformerrempereur, leur annonce déjà leur condamna tion.Les innocens et les coupables attendent également la mort ; mais personne neveutêtrecoupable:iTss'accnsentlesunslesautres.Les païens,qui n'é toient pasplus criminels que les chréti ens, tremblent qu'on ne leur impute tout ce désordre.Tous, renfermés avec leurs fsunilles qui fondent en lamKSjdcplorent le sort de leurs femmes et de leurs entansnis se pleurenteux-mémes. Par-tout règne une affreuse solitude; on voit seulement errer rà et là , dans les places et dans les rues^des troupes d'archers^trainant aux prisons des malheureux qu'ils ont arrachés de leiu^s maisons.
Lanuitsepasse dans de mortelles inquiétudes; ellene présente à leur esprit que des gibets^des échafauds. La plupart sedéterminent à quitter leur patrie, qui ne leur paroît plus qu'un vaste sépulcre. Les riches cachent et enfouissentleurs richesses. Chacun se tient heureux desauver sa vie. Dès le point du jour , les rues sont remplies d^hommes, de femmes, d^enfans, de vieillards qui fuient la colère du prince, c<Mnme un incendie. Les magistrats incertains du sort de la ville,Ti'osentles retenir. A peine peuvent-ils , à force de menaces , arrêter les sénateurs , qui se préparoient eux-mêmes à déserter Antioche. Les autres sortent en foule , et se dispersent sur les montagnes et dans les foréts.Plusieurs sont massacrés par les nrigands , qui profitent de cette alarme pour infester les campagnes voisines ; et le fleuve Oronte , qui baignoit Antioche , rapporloit tous les joiu*s dans cette cité malheureuse , quelques-oms des cadavres de ces infortunés fugitifs.
Cependant les magistrats étoient assis sur le tribunal, et fàisoientcomparoître ceux qu'on avoit arrêtés à W^u de la sédition , et la nuit suivante. Ils déployo\enV>V.ow\fe Vhoirenr des supplices. Oa pou voit leur reproctLex àft
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n'avoir rien ose faire pour empêcher le crime. Cettt crainte les rendoit plus implacables : ils croyoient faire leiMràpologieenpunissantavecrigueur.Lesfouets armés de plomba les chevalets, les torches ardentes, toutes les tortures redoutables à Pinnocence même , ëtoient mises en œuvre pour arracher Favem du crime et des complices . Tout ce qui restoit de citoyens dans la ville, étoient as-
, semblés aux portes du prétoire, dont les soldats gardoient rentrée .Là, plongés dans un morne silence, se regardant les uns les autres avec une défiance nmluelle, les yeux et les bras levés vers le ciel, ils le conjuroientavec larmes d^avoir pitié des accusés, et d^inspirer aux juges des sentimens de clémence. La voix des bourreaux, le bruit des coups, les menaces des magistrats les glacent d'effroi» Ils prêtent Toreille à tous les interrogatoires. A chaque coup, à chaque gémisscmentqu'ils entendent, ils tremblent pour leurs parens , pour eux-mêmes : ils craignéht d^être nommés entre les complices. Mais rien n'égale la douleur des femmes. Enveloppées de leurs vmles, se roulant à terre, et se traînant aux pieds des soldats , elles les supplient en vain de leur permettre Tentrée ; elles ►njurent les moindres officiers qui passent devant elles, compatir aux malheurs de leurs proches , et de leur •prêter quelques secours. Entendant les cris douloureux de leurs pères, de leurs fils, de leurs maris, elles y répondent par des cris lamentables ; elles ressentent au fond de leurs cœurs tous les coups dont ils sont frappés ; çt les dehors du prétoire présentent un spectacle aussi
^ déplorable que les rigueurs que Pon exerce au dedans. Ce jour affreux et funeste se passa à interroger et à convaincre les coupables. La nuit étoit déjà venue. On attendoî t au dehors , dans des transes mortelles , la décision des magistrats. On demandoit à Dieu, par les vœux les plus ardens, qu'il touchât le cœur des juges ; qu'ils voul u ssent bien accorder quelque délai 5 e l renvoyer le j ugenient à Tempereur , lorsque tout-à-coup les portes du ptétoire s'ouvrirent. On vit sortir, à la lueur des flambeaux, entre deux haies de soldats, les premiers de la ville , chargés de chaînes , languissans et se traînant à peine , les tortures ne leur ayant laissé de vie qu'autant
qa^il en falloit pour mourir de la main des bourreaux y à la vue de leurs concitoyens. On avoit voulu commencer ce terrible exemple par la punition des plus nobles. On les conduisit au lieu des exécutions. Leurs mères , leurs femmes , leurs filles, plus mortes qu'eux-mêmes, veulent les suivre, et manquent de forces. Le désespoir les ranime^elles courent;elles voient leurs proches tomber sous le glaive , et tombent avec eyx par la violence de leur douleur. On les emporte à leurs maisons. Elles en trouvent les portes scellées du sceau public. On avoit déjà ordonné la confiscation de leurs biens; et ces femmes distinguées pai; leur rang et par leur naissance , sont réduites à mendier un asile qu^elles ne trouventqu'avec peine, la plupart de leurs parens et de leurs amis refusant de leur donner retraite , de peur de partager leur crime, en soulageant leur infortune. On continua pendant cinq jours à faire le procèsauxcoupables.Plusieurs innocens furent enveloppés dans la condamnation , s'était déclarés criminels , dans la force des tortures* Les uns périrent par Tépée, d'autres piâr le feu : on en livra plusieurs aux bêtes ; on ne fit pas même grâce aux enfans. Tant de supplices ne rassuroient pas ceux qui restoient. Après tant de coups redoublés, la foudre sembloit toujours gronder sur leurs têtes. Us craignoient les effets de la colère du prince; et, quoiqu^il ne pût encore être instruit de la sédition, on entendoit sans cesse répéter dans la ville : « L^empereur sait-il la « nouvelle ? est-ïl irrité ? Ta-t-on fléchi ? qu^a-t-il or- « donné ? voudra-t-il perdre Antioche ? » Pour effacer , s'il étoit possible , la mémoire du soulèvement, chacun s'empressoit de payer Pimpôt qui en avoit été Toccasion. Loin de le trouver alors insupportable, les habitans offroient de se dépouiller de tous leurs biens , et d'abandonner à Tempereur leurs maisons et leurs terres , pourvu qu^on leur laissât la vie.
Antioche étoit une ville de plaisir et de dissolution. L^adversité, cette excellente maîtresse delà philosophie chrétienne, la changea tout- à-coup. Plus de jeux, plus de festins, de débauches, de chansons et de danses lascives, de divertissemens tumultueux. Onn'\eii\.eï\à!Qrt!L
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plus que des prières et le chant des maumes. Les chrë-» tiens ^ qui faisoient la moitié deshabitans , pratiquoient toutes les vertus : les païens avoient renoncé à tous les vices. Le thé&tre étoit abandonné. On passoit les journées entières dans Té^lise, où les cœurs les plus agités se reposent dans le sem de Dieu même. Toute la ville semmoit être devenue un monastère. S. Jeâ^ Chrysostôme soutenoit leur coiurage chaucelant, et félicitoit ses concitoyens de ce qu'ils avoient enfin recours au seul médecin qui pouvoit guérir leurs maux.
Ce grand homme y animé de Vesprit-deDieu , fut le seul^ dans ces jours d'alarme et de douleur > qui consolât ce peuple nombreux d'imc manière efficaceJl étoitné à Antioche de parens nobles. 11 avoit pris les leçons àa lattieux lÀbanius. Mais la beauté de son génie > le goût4a vrai et du grand , la lecture assidue de ces admirables mo^ dèlés que Tancienne Grèce avoit enfantés, et sur-tout Tétude de l'Ecriture-Sainte, dont la subUme simplicité passa dans son espritcomme dans son cœùrylui donfièrent un ton d'éloquence fort supérieur à ceDe de son maître. Ce fut une de ces âmes choisies, que la sagesse de Dieu se plaît à former de temps en temps, et à montra aux hommes, poiur leur apprendre jusqu'à quel degré -peuvent s'élever les forces humaines ^x^éclairées , excitées > soutenues de la grâce divine. Depuis le vendredi, jour de la sédition, jusqu'au jeudi de la semaine stiivante, le Dcmosthène chrétien garda le silence«Enfin,lorsqueles
!)lus coupables furent punis , que plusieurs de ceux que a terreur avoit bannis de la ville commençoièht à y revenir , et qu'il ne restoit plus que l'inquiétude de la vengeance du prince , il monta dans la tribune . Pendant tout le temps du carême , qui comn^nca cette année (387) à Antioche, le huitième de Mars ,.il continua de prêcher au peuple , dont il sut calmer les craintes et essuyer les larmes ; et l'oii doit principalement attrihnaer h ce grand orateur la tranquillité où la ville se maintint au miUeu des diverses alarmes qui survinrent^ Il y avoit déjà huit jours que les courriers, qui portaient à l'empereur la nouvelle delà sédition , étoient partis d' Antioche , lorsqu'on apprit qu'ils avoient été ar-
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reiés dans leur route par divers accidens> et obliges de quitter les chevaux de poster pour prendre les voitures publîques.On crut qu'il étoit encore temps de les prévenir;et toute la ville s^adressaàPévêque/'Zac;/e»,prélat vénérable par. sa sainteté , et chéri de Teuipcreur. U accepta cette pénible commission , et ni les mûrmilés d'une extrême vieillesse, ni la fatigue d'un long voyage, dans une saison incommode et pluvieuse, ni Tétatoii se trouvent une sœur unique, qu'il aimoit tendrement , et qu'il laissoit au lit de la mort , ne purent arrêter soi^ zèle- Résolu de mourir , ou de fléchir la colfîre du
Î rince , il part , au milieu des larmes de son peuple, ous les cœurs le suivent par leurs vœux. On espère que la bonté naturelle de l'empereur ne pouixa se défendre d^écouter un prélat si respecté , si digne del'*être. Quoique Flavien fît une extrémaidiligence , il ne put itteuidre les courriers. Ils arrivèrent avant lui ; et leur rapport excita dans Théodose cette violente colère dont les premiers accès étoient toujours prompts et terribles. Il étoit moins irrité du renversement de ses propres statues que des outrages faits à celles de Flaccille et de son père. L'ingratitude d'Antioche ledoubloitr encore son courroux. U avoit distingué cette ville entre toutes celles de l'empire , par des marques de sa bienveillance : il y avoit ajouté de su- ,ferbes édifices. On venoit d'achever , par ses ordres, [Un nouveau palais , dans le faubourg de Dapkné ; \t il avoit promis de venir incessamment honorer Antioche de sa présence. Son premier mouvement ht de détruire la ville , et d'ensevelir les habitans sous les ruines. Etant revenu de cet excès d'emportement, il choisit le général Hellébique et Césaire , maître des loffices , pour l'exécution d'une vengeance plus conle aux règles de la justice. Comme ilignoroit encore punition des principaux auteurs du désordre , il irgea ces commissaires d'informer contre les coûtes , avec pouvoir de vie et de mort.
Uleur ordonna de fermer le théâtre, le cirque et les is publics ;d'ôter à la ville son territoire, ses prlvl- ;es , et la qualité de métropole i de la réduire a \a litioiï à'im simple bourg ^ournh à Laodicée , sou
ancienne rivale ^ qui deviendroit, pai^ee chpngenient^ mëtropole de la Syrie 5 de retrancher aux pauvres la distribution du pain , qui étoit établie dans Antioche y comme dans Rome et dans Constantinople.
Hellébiqueet Césaireyétantpartis avec ces ordres rigou- Teux,rencontrèrentF/a(;îe/i,et redoublèrent sa douleur. Ilcontinuàsarouteavecplusd^empressement^pourobtenir quelque grâce. Les deux commissaires se hâtèrent d^arriver en Syrie. La renommée , qui les devança , renouvela la terreur dans Antioche. ÔnpubUoitqu^ils venoientàla tête d^unetroupe de soldats qui nerespiroient que le sang et lepillage.Les habitans prononçoient euxmêmes leur propre sentence. «On égorgera le sénats on « détruira la ville de fond en comble , on la réduira en « cendres avec son peuple , on y fera passer la charrue j « et pour éteindre i|K)tre race, on poursuivra , le fer et « le feu à la main , jusques dans les montagnes et les dé- « serts, ceux qui y chercheront une retraite.» On attendoit en tremblant le moment de leur arrivée.On se ^' posoit de nouveau à prendre la fuite.Le gouverne wr,qui étoit païen , vint à Féglise, où une multitude innombrable s^étoit assemblée , comme dans un asile. Il y parla au peuple , et s^efForça de le isassurer. Lorsqu^il se fut retiré, S. Jean Chrysostôme reprocha aux chrétiens d'avoir eu besoin d'une voix étrangère poijrafiermirdes cœurs que laconiiance en Dieu devoitrendre inébranlables.Enfin, ceux qui connoissoientle caractère desdeuxofBciersvinrent à bout de calmer ces alarmes. On commença de se persuader que le prince ne vouloitpasruinerAntioche, puisqu'il confioit sa vengeance à deux ministres si équitables et si modérés. A leur approche, une foule de peuple sortit *u devant d'eux, et les conduisit à leur demeure, avec des acclamations mêlées de prières et de larmes.
Les deux commissaires n'étoient pas de ces courtisans vils et mercenaires , qui , Uvrés sans réserve à la passion de leur maître , vont aussi vite que son caprice , et lui préparent d'inutiles repentirs. C'étoient des homnijçs prudens et vertueux ; et c'est urfe louange pour Théodose , d'avoir choisi dans sa colère deux ministres propres , non pas à la servir aveuglément , mais à la diriger et à Ja retenir dans les bornes d'une exacte jus-
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lice. Ils apprirent > en arrivant y que les magistrats le^ avoient prévenus , et que la sédition étoit déjà punie par des exemples assez rigoureux. Cependant , par !es ordres du prince, ils se v<>yoient réduits à la \v\s\f récessité de rouvrir les plaies récentes de cette malheureuse ville , et d^en faire encore couler du san^. Ils signifièrent d^abord la révocation de tous les privilèges d^Antioche.Le lendemain , ils firent comparoître tous ceux qui composoient le conseil de la ville. Ils écoulèrent et les accusations formées contre eux, et leurs ré- {>onses.L^humanité des juges adoucissoit, autant qu^il eur étoit permis , la sévérité de leur ministère. Ils n^employoieut ni soldats , ni lecteurs pour imposer silence. Ils permettoient aux accusés de plaindre leur sort, de verser des pleurs ; ils en versoient euxmêmes ; mais ils ne leur laissoient espérer aucune grâce : ils paroissoiênt à la fois compatissans et inflexibles. Sur la fin du jour, ils firent renfermer tous ceux qui éloient convaincus, dans une grande enceinte de murailles , sans toit et sans aucune retraite qui pût les garantir des injures de l'air. Cétoient les personnes les plus considérables d'Antioche, par leur naissance, par leurs emplois et par leurs richessee. Toutes les familles nobles prirent le deuil. La ville perdoit avec eux tout ce qu'elle avoit d'éclat et de splendeur.
Le troisième jour devoil être leplus funeste. Tous les habitans étoient glacés d'effroi. C/ctoit le jour destiné au jugement et à Inexécution des coupables. Avant le lever du soleil , les commissaires sortent de leur demeure , à la lueur des flambeaux. Il montroient une contenance plus sévère que la veille ; et l'on croyoit déjà lire sur leur front la sentence qu'ils alloient prononcer. Comme ils traversoient la grande place, suivis d'une foule de peuple , une femme avancée en âge , la tête nue, les cheveux épars , saisit la bride du cheval A'Hellébique; et, s'y tenant attachée, elle l'accompagne avec des cris lamentables. Elle demandoit grâce pour son, fils distingué par ses emplois et par le mérite de son père. En même temps, Hellébi<jue et Césaire se voient environnés d^une multitude inconnue , qwe àes vêtemens lugubres f des yisiàges pâles el exléuv\é&
faisoient ressembler h des fantômes plutôt qu'à des hommes C'étoient les solitaires des environs d'Antio*che y qui , dans cette triste conjoncture , étoient accourus de toutes parts ; et tandis que les philosophes païens , plus orgueilleux , mais aussi timides que le vulgaire y étoient allés chercher leur sûreté sur les montagnes et dans les cavernes, les moines, qui étoient alors les vrais philosophes du christianisme, et qui portoient ce nom à juste titre , avoient abandonné leurs cavernes et leurs montagnes , pour venir consoler et secourir leurs concitoyens. Ils s'attroupent en grand nombre autour des commissaires : ils leur parlent avec hardiesse : ils offrent leurs têtes à la place des accusés. Ils protestent qu'ils ne quitteront les juges qu'après avoir obtenu grâce. Ils demandent d'être envoyés à l'empereur. « Nous avons , disent-îl , un prince chré- « tien et religieux , il écoutera nos prières. Nous ne <( vous permettrons pas de tremper vos mains dans le « séng de vos frères , ou vous nous immolerez avec . « eux.» Ilellébique et Césaire tâchoient de les écarter, en leur répondant qu'ils n'étoient pas maîtres de pardonner, et qu'ils ne pouvoient désobéir au prince, sana se rendre eux-mêmes aussi coupables que le peuple d'A ntioche. Ils continuoient leur marche , lorsqu'un vieillard , dont l'extérieur n'avoit rien que de méprisable , s'avança à lenj* rencontre. Il étoit ae petite taille > vêtu d'habits sales et déchirés. Saisissant par le man* teau l'un des deox -commissaires , il leur commanda à tous deux de descendre de cheval. Indignés de cette audace, ils alloient le repousser avec sévérité, lorqu'on leur dit que c' étoit Macédone. Ce nom les frappa d'une vénération profonde . Macédone vi voi t depuis longtemps sur le sommet des plus hautes montagnes de Syrie > occupé nuit et jour de la prière. L'austérité de sa vie lui avoit fait donner le surnom de Critophage, parce qu'ilhesenourrissoitquede ferine d'orge. Quoiqu'il Mt 'brès-simple , sans aucune connoissance des choses du monde, et qu'il se fut rendu comme invisible aux autres hommes, il étoit célèbre dans tout l'Orient. Les commissaires s'étant jetés à ses pieds , le prioient de leur pardonner > et de souffrir qu'ils exécutassent les ordres
de l'empereur. Alors ce solitaire , instruit par la sagesse difine , leur parla en ces termes: «Mes amis y portez f ces paroles au prince : Vous n^êtes pas seulement € empereur ; vous êtes homme ,.et vous commandez € à des hommes de même nature que vous. L^homme c a été formé à la ressemblance de Dieu : n'est-ce donc c pas un attentat contre Dieu même ^de détruire cruel- € lement sonimage?OnnepeutoutraserPouvrage^ sans > irriter Touvrier. Considérez à quelle colère vous em- € porte Pinsulte faite à une figure de bronze. Et une fi- € gure vivante y animée > i^aisonnable , n'est-elle pas d'un € plus grandprixPU nous est aisé de rendre à Pempereur. € vingt statues pour une seule ; mais après nous avoir ôté. clavie y illui sera impossible de rétablir un seul cheveu € de notre tête. » Le discours de cet homme sans lettres, fit une vive impression sur les commissaires. Us promi* rentà Macédone de faire part à l'empereur de ses sages remontrances.
Us se trouvoient dans un extrême embarras y et u'étûient guère moins agités au dedans d'eux-mêmes > que les coupables dont ils dévoient prononcer la sentence. D'un côté , les ordres, de l'empereur leur Ésiisoient craindre d'attirer sur eux toute sa colère ; de l'autre > les cris et les vives instances des habitans , et sur-tout des moines y dont les plus hardis mena* çoient d'arracher les criminels des mains des bour« reaux 9 et de subir eux-mêmes le supplice^ désarmoient leur sévérité. Dans cet état d'incertitude , ils arrivent aux portes du prétoire , où Ton avoit déjà conduit ceux qui dévoient être condamnés. Ils y rencontrèrent un nouvel obstacle. Les évéques qui étoient alors dans Antioche ( et il s'en trouvoit toujours quelquesuns dans cette capitale de l'Orient J se présentent devant eux* Ils les arrêtent, et leur déclarent que s'ils ne veulent leur passer sur le corps , il faut qu'ils leur promettent de laisser la vieauxprisonniers.Surles refusdes commissaires, ilss'obstinentàleurfermerlepassage.En* baCésaireelHellébique^yùnt ténioigné,par un signe de iête , qu'ils leur accordoient leur demande , ces prélats
Ï Dussent un cçi de joie ; ils leur baisent les mains,il$ emiassentleurS'(|e«i»)Ai.Lepeuple et les moines $evelletv\
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en même temps dans le prétoire ; et la garde ne peut âjf» rêter cette foule impétueuse. Alors cette mère éplorée , qui n'avoit pas quitté la bride du cheval à'Hellébiguey apercevant son fils chargé de chaînes, court à lui, Pentoure de ses bras , le couvre de ses cheveux, le traîne aux pieds à'Hellébigue; et, les arrosant de ses I armes ^ elle conjure ce général, avec des cris et des sanglots, de lui rendre Punique soutien de sa vieillesse , ou de lui arracher à elle-même la vie. Les moines redoublent leurs instances ; ils supplient les juges de renvoyer le juge-» ment à l'empereur; ils offrent de partir sur-le-champ, et promettent d'obtenir la grâce de tant de malheureux. Les commissaires ne pouvant retenir leurs larmes , se rendent enfin. Ils consentent à surseoir Texécutiôn jusqu'à la décision de Théodose. Mais ils ne veulent pas exposer tant de vieillards exténués par les austérités, aux fatigues d'un long et pénible voyage. Ils leur demandent seulement ime lettre ; ils se chargent de la porter au* i
E rince, et d'y joindre les plus pressantes sollicitations. : «essolitairescomposèrentune requête dans laquelle,en • implorant la clémence de Théodose /ûs lui mettoient \ devant les yeux le jugement deDieu,et protestoient que s'ilfalloitencoredusangpourappaiserson courroux, ils i étoient prêts à donner leur vie pour le peuple d' A ntiochc. j; Les deux commissaires convinrent qii'Hellébiçue 4e- ig meureroit dans la ville, et que Césaire iroit à Gonstanti- ^ nople. Ilsfirent transférer les criminels dans une prison \\ plus commode. G'étoit un vaste édifice orné de portiques '^ et de jardins , où sans les délivrer de leurs chaînes , on ^ leur permit de recevoir toutes les consolations de la vie. > Césaire partit le soir même ; et , volant avec plus d'ém- j pressement que s'il se fût agi de sa propre vie , il fit ^ plus de trois cent^ lieues en six jours , et arriva , sans ^ (être reconnu , à Gonstantinople. Il se fit sur-le-champ l annoncer à l'empereur. Il lui présenta le procès-verbal :j qui contenoit le détail de la sédition et de ses suites. Il i n'y avoit pas oublié la requête des moines et la remon- L trance de Macédone. Il en fit la lecture par ordre du >,
JDrince. Aussitôt, se jetant à se pieds, il lui représenta ï e désespoir des habitans , les chàtimens rigoureux i qu^ils avoient déjà éprouvés , la gVokt cjjà Vaixwijeor'
droit de sa clémence. Théodose versa des larmes : son cœur commençoit à ^attendrir; mais la colère cornbattoit e'ncore cespreqiiers mouvemens de compassion. 11 y avoit déjà sept ou huit jours qaeFlavien étoit arrivé àConstantinôple. Mais, soit qu'il crût que Tempereur était trop irrité, soit que ce prince Tévitât à dessein^ il ne s'éloit point j iisqu^alors présenté à Théodose. Plongé dans la douleur la plus amère , il ne s^occupoit que des maux de son peuple.Sonabsenceles lui rendoitplus sensibles , parce qu^il ne pouvoit les soulager. Ses entsaiiles étoient déchirées. Il passoit les jours et les nuits à verser des larmes devant Dieu , le priant d'amollir le cœur du prince. L'arrivée deCésairelim rendit le courage.' Il alla au palais. Dès qu'il parut devant l'empereur, il se tint éloigné , dans un morne silence > le visage baissé vers la terre , comme s'il eût été chargé de tous les crimes de ses compatriotes. Théodose, le vojwt confus et interdit , s'approcha lui-même ; et levant à peine les yeux , le cœur serré de douleur , au lieu de s'abandonner aux éclats d'une juste colère, il sembloit faire une apologie. Rappelant en peu de mots tout ce qu'il avoit fait pour Antioche , il ajoutoit à chaque trait : « C'est donc ainsi que j'ai mérité tant d'outrages ! » Enfin , après le récit des bienfaits dont il avoit comblé cette ville ingrate : « Quelle est donc « l'injustice ddht ils ont prétendu se venger , conti-» « nua-t-il ? Pourquoi , non contens de m'insulter, dutff ils porté leur fiireur ju^^es sur les morts ? Si « j'étois coupable à leur égard , pourquoi outrager « ceux qui ne sont plus , et qui ne les ont jamais offen- « ses ? N'ai-je pas donné à leiu* ville des marques de « préférence sur toutes les autres de l'empire ? Je « désirois ardemment de la voir : j'en parlois sans cesse^ « j'allendois avec impatience le moment où je pourc rois , en personne , recevoir les témoignages de leur f*affection , et leur en donner de ma tendresse* »
Flavien, pénétré de ces reproches , et fondant en lartnes^ pousse im profond soupir, rompt enfin le silence, et d'une voix entrecoupée de sanglots : « Prince, diViV, lotre ville infortiwécja 'a que trop de preuves de \qVx:^ /
amour ; et ce qui faisoit sa gloire > fait aujocirdîiiii sa honte et notre douleur. Détmîsez-la jusqu^aux fondemens , réduisez-la en cendres , faites périr jusqu'à no» enfans par le tranchant de l'épée : nous méritons encore de plus sévères chàtimens ; et toute la terre , épouvantée de notre supplice, avouera cependant qu'il est audessous de notre ingratitude. Nous en sommes même déjà réduits à ne pouvoir être plus malheureux. Accablés de notre dis^ace , nous ne sommes plus qu'un objet d'horreur. Nous avons , dans votre personne , offensé l'univers entier : il s'élève contre nous plus fbrtementque vous-même. Une reste à nos maux qu'un seul remrae. Imitez la bonté de Dieu : outragé par ses créatures , il leur a ouvert les cieux. J'ose le dire, grand prince , si vous nous pardonnez , nous devons notre salut à votre indulgence ; mais vous devrez à notre offense l'éclat d'une gloire nouvelle. Nous vous aurons, par notre attentat, préparé une couronne plus brillante que celle dont Gratien a orné votre tête : vous ûè la tiendrez que de votre vertu. On a détruit Vos statues. Ah !" qu'il vous est facile d'en rétablir qui soient infiniment plus précieuses ! Ce ne seront pas des statues muettes et fragiles , exposées dans les places aux caprices et aux in-
I'ures : ouvrages de laclémence,et aussi immortelles que a vertu même , celles-ci seront placées dans tous les cœurs 5 et vous aurez autant de monmnens qu'il y a d'hommes sur la terre, et qu'il y en aura jamais. Non, les exploits guerriers , les trésors , la vaste étendue d'un empire , ne procurent pas aux princes un honneur aussi pur et aussi durable que la bonté et la douceur. Rappelez'vous les outrages que desmpns séditieuses firent aux statues de Constantin , et les c&nseils de ces courtisans qui l'excitoient à la vengeance. Vous savez que ce prince , portant alors la main à son front, leur répondit en souriant : Rassurez-vouSj je ne suis point blessé. On a oublié unç:: partie des victoires de cet illustre empereurj mais cette parole a survécu à ses trophées : elle sera entendue des siècles à Tenir ; elle lui méritera à jamais les éloges et les bénédictions de tous les hommes. Tii'est-il besoin de tous mettre sous les yeux des exemple*
J)îes étrangers ?îl ne faut^jue vous montrervous-même. Souvenez-vous de ce soupir généreux que la clémence fit sortir de votre Louche, lorsqu'aux approches de la fête dePâques> annonçant, par un édit, aux criminels leur pardon, et aux prisonniers leur délivrance, vous ajoutâtes: Quen'ai-je aussi lepouvoirde ressusciter les ^wor/^/Youspouvezopérer aujourd'hui ce miracle. Antioche n'est plus qu'un sépulcre ; ses hal)itans ne sont : . plus que des cadavres 5 ils sont morts avant le supplice .qu'ils ont mérité : vous pouvez , d'un seul mot , leur rendre la.vie. Les infidèles s'écriçront : Qiûilest grande
^ le Dieu des chrétiens! Des hommes il en sait faire des €Lnges : il les affranchit de la tyrannie delà nature. Ne craignez pas que votre impunité corrompe les autres villes. Hélas ! notre sort ne peut qu'effrayer. Tremblans sans cesse , regardant chaque nuit comme la dernière, chaque jour comme celui de notre supplice , fuyant dans les déserts , en proie aux bêtes féroces, cachés dans les cavernes , dans les creux des rochers , nous donnons au reste du monde l'exemple le plus funeste. Détruisez
.Antioche; mais détruisez-la comme le Tout-Puissant détruisit autrefois Ninive. Effacez notre crime par le pardon ; anéantissez la mémoire de notre attentat, en faisaiy» naître l'amour etlareconnoissance. Ilestaisé de brûler des maisons , d'abattre des murailles ; mais de changer tout-à-coup des rebelles en sujets fidèles et affectionnés, c'est l'effet d'une vertu divine. Quelle conquête une seule parole peut vous procurer i Elle vous gagnera les cœurs de tous les hommes. Quelle récompense vous recevrez de l'Eternel ! Il vous tiendra
. compte, non-seulement de votre bonté , mais aussi de toutes les actions de miséricorde que votie exemple produira dans la suite des siècles, rrince invincible , ne rougissez pas de céder à un foible vieillard , après avoir résisté aux prières de vos plus braves officiers. Ce sera céder au souverain des empereurs , qui m'envoie pour vousprésenterEBtangile, et vous dire de sa part: Sivous ne remettezpùWÊm offenses commises contre ^ous^ votre Père céleste ne vousremettra pas les vôtres. Repvésexvtez-vous ce jour teiribJe, âaj2s lequel les princes e\\cs ^\]l- TomelII. K
lels oomparoîtront au tribunal de la suprême justice , et faites réflexion que toutes vos fautes seront alors effacées par le pardon gue vous nous aurez accordé. Pour inoi, je vous le prôtesfte , grand prince, si votre juste indignation s'àppaise , si vous rendez à notre patrie votre bienveillance , j^y retournerai avec joie ; j'irai bénir, avec mon peuple , la Bonté divine , et célébrer la vôtre. Mais si vous ne jetez plus sur Antioche que des regards irrités , mon peuple ne sera plus mon peuple : je ne le reverrai plus ; j'irai , dans une retraite éloignée, cacher ma honte et mon affliction; j'irai pleurer, jusqu'à mon dernier soupir, le malheur d'ime ville qui aura rendu implai^abte à son égard le plus humain et le plus doux de tous les princes. »
rendant tout le discours de Flat^ienyVempertuv avoit fait effort sur lui-même pour resserrer sadouleur.Enfin, ne pouvant plus retenir ses larmes : «Pourrions-nous, « dit-il, refuser le pardon à des hommes semblables à « nous, après que le 'Maître du monde , s'étaut réduit (c pour nous à la cbtldition d'esclave , a bien voulu de- « mander grâce à son père pour les auteurs de son sup- « plice , qu'il àvoit comblés de ses bienfaits ? » Flavien, touché delà plus vive reconnoissance,demandoità l^em- .pereur la permission de demeuréràConsI;antinop|t,pour célébrer avec lui la fête de Pâques. <c Allez, mon père, « lui dWrhéodose, hâtez-vous de vous montrer à votre « peuple : rendez le calme à la ville d' Antioche. Après « une si violente tempête, elle nesera rassurée que fors- « qu'eIlereverrasonpilote.»L'évêquelesupplioit d'envoyer son fils Arcadius. Le prince , pour lui témoigner que , s'il lui refusoit cette grâce, ce n'étoit par aucune impression de ressentiment, lui répondit: «PriezDieu << qu'il me délivra} des guerres dont je suis menacé , et « vous me verrez bientôtmoi-même.» Lorsque le prélat eut passé le détroit. Théodose lui envoya encore des officiers de sa cour , pour le presser de serendre à son troupeau avant la fête de Pâques. QnovÊÊàFlai^ien usât de toute la diligence dont il étoit capab^^ependant, pour ne pas dérober à son peuple quelques momens de joie, ^ se t}t devancer par des courriers qui portèrent la
lettre de l^empereur avec une prouipiilude incroyable.
Depuis que Césaire étoit parti d^ Antioche, les espi-its
flottoient entre Tespérance et lacrainte.Les prisonniers
sur-tout recevoient sans cesse des alarmes^par les bruits
f)ublicsjqui se rëpandoient, que Terapereur étoit inflexi- )le ; qu^it persistoitdans la résolution de ruiner la ville. Leurs parens et leurs amis, gémissant avec eux, leur disoient tous les jours le dernier adieu ; et Téloquente charitéde S.JeanChrysost6me pouvoità peine les rassurer. Enfin la lettre de Théodose arriva pendant la niu't , et fiit rendue à Hellébigue.Cei officier généreux senti t le premier toute la joie qu'il alloit répandre dans Antiorhe. Il attendit le jour avec impatience ; et dès le matin il se transportaauprétoire.L'allégresse peinte sur son visage annoncoit le salut. 11 fut bientôt environné d^me foule de peuple qui poussoit des cris de joie , et ce lieu , arrosé de tant de larmes quelques jours auparavant , retentissoit d^acclamations et d'éloges.Tous ceux que la crainte avoit jusqu^alors tenus cachés , acîcouroient avec transport. Tous s'efforcoient d'approcher à'Hellébique. Ayant imposé silence , il fit lui-même la lecture de la lettre. Elle contenoit des reproches tendres et paternels. Théodose y paroissoit plus touché des insultes faites à Flaccille et à son père, que de celles qui tomboient sur lui-même. 11 y censuroit cet esprit de révolte et de mutinerie,qui sembloitfaire le caractère du peuple d'Antioche ; mais ilajoutoit qu^il étoit encore plus naturel à Théodose de pardonner. 11 témoignoit être affligé que les magistrats eussent ôté la vie à quelques coupables, et finissoit par révoquer tous les ordres qu'il avoit donnés pour la punition de la ville et des habitans.
A ces mots, il s'élève un cri général. Tous se dispersent pour aller porter cette heureuse nouvelle à leurs femmesetàleursenfans.Laveille,onaccusoit de lenteur Flaifien eiCésaire;en ce moment on s'étonne qu'uneaffidre si importante , si difficile , ait été si promplement terminée.On ouvre les bains publics : on orne les rues et les places de festons et de gi^irlandes ; on y dresse des tables : Antioche entièren'estplusqu'unesalledefeslin. La nuit suivante égale la lumière des plus beaux jovns-^^
iO F A H t) Ô N.
Ville est éclairée de flambeaux.On bénit l'Etre scrtiyeraîn qui tient en sa main le cœur des princes : on célèbre la clémence de l'empereur; on comble de louanges Fla-^ vien y Rellébiqne et Césaire. Hellébique prend part à la réjouissance publique : il se mêle dans les jeux , dans les festins. Les jours suivans , on lui dressa des statues , ainsi qu'à Césaire ; et lorsqu'il fut ensuite rappelé par l'empereur , il fiit conduithors de la ville avec les vœux et les acclamations de tout le peuple* Flavien reçut , à son anîvée , des témoignages de reconnoissance encore plus précieux et plus dignes d'un évêque. Il fut honoré comme un ange de paix \ et toutes les églises retentirent d'actions de grâces.
Ainsi se terminèrent les suites d'une sédition que la politique se seroit crue obligée de châtier à la rigueur , pour donner un exemple terrible. Celui qui Veille en même temps à la sûreté et à la gloire des taonarques qui le servent , ne voulut armer contre les coupables que les bras de leurs propres magistrats: il ne laissa au prince que l'honneur de pardonner.
4. Théodose II avoit vingt ans accomplis ; et l'illustre Pulchérie , sa sœur , lui cherchoit une épouse dans les plus nobles maisons de l'empire. Pai^Zz/i, qu'une tendre amitié attachoit à l'empereur depuis l'enfance , partageoit ce soin avec l'auguste tutrice ; et ils éprouvoient tous deuxcombienfilestdifficile de rencontrer ensemble toutes les grâces et toutes les vertus. Pendant qu'ils s'occupoient de cette recherche, une jeune Athénienne, conduite par l'infortune 5 vint à Gonstantinople. Elle étoit fille de Léonce , célèbre sophiste d'Athènes ; et son père , trouvant déjà en elle tous les dons de la nature , avoit pris le plus grand soin de cultiver son esprit. Il y avoit beaucoup mieux réussi qfie dans Péducation de ses deux fils , qui n'eurent d'autre mérite que d'être frères à'Athéndis (c'étoit le nom de cette G\\e), Léonce étoit riclfe. Il mourut, etfiten mourant un testament bizarre. «Je laisse, disoit-il, tous mes biens à mes deux fils « f^alèreeiGénésius, à condition qu'ils donneront à leur « sœur cent pièces d'or. Pour elle,sonmérite,qui l'élève « au-dessus de sonsexe,lui sera d'une assez grande res-
fsowrce. ^> Les cent pièce» d'ot ne feis^^xA ^vnàte que