SENSIBILITÉ
i.VJn militaire, l'ami et le bienfaiteur des soldats de sa compagnie, et des malheureux qu'il pouvoît secourir, avoit cautionné, pour un emploi, un homme qui, s'y étant mal comporté, fut renvoyé , en laissant dans sa recette un vide de deux mille écus. Le généreux militaire fut obligé de les payer. Cet acte de bienfei-
sancc
SKNSIBIZ'ITE. 177
Aance étoit resté inconnu à sa femille et à ses amis , lorsqu'un jour cet homme vint se présenter dans la maison de son protecteur. L^pouse dePofficicry éloit seule avec un fils âgé de douze ans. Elle fit à ce mal* heureux une vive leçon sur son inconduite. Cette serère remontrance l'affecta beaucoup ; et Tcnfant , témoin de son chagrin , crut le consoler et contenter sa mère , en s' écriant , par un sentiment d'humanité : « Maman , vous m'avez dit qu'une parente m'avoit « laissé , l'année dernière y un legs de quatre mille « livres ; cette somme peut remplacer en partie celle « que cet infortuné doit à mon papa : rendez-lui vos « bontés ; il seroit trop à plaindre de les perdre sans « retour. » Ce cri d'un cœur bienfaisant , dans un âge si foible , tira des larmes de joie du père et de la mère , ainsi que de tous ceux qui étoient présens.
2. Le i4 Avril 1782, jour de la première commimion des jeunes personnes de Charonne ^ mademoiselle le Camus, Vnne des communiantes , âgée de douze h treize ans, pria son père de la gratifier d'une rente viagère de trois cents livres , en avancement de sa dot. Le père étonne lui représenta qu'ayant droit , comme ses au* très enfans , au partage de sa fortune , il ne voyoit point la raison d'une demande de cette nature. Mademoiselle Z^ Camus insista les larmes aux yeux, et d'une manière si touchante, que le père se rendit à ses instances. A peine le consentement fut-il donné, qu'elle alla chercher dans la pièce voisine une femme du pays , quivenoitde perdre sonmari par un accidenttrès-funes-» te , et qui restoit chargée de huitenfans en bas âge» Elle, se jettaà son cou, etluidit en pleurant; «Consolez- vous, « ma bonne; mon père vient de m'accorder trois cents « livres de rente, que je vous abandonne en entier, et « qui vous seront payées avec exactitude. » Le père attendri , autant que surpris , confirma la donation.
3. Une servante suédoise étoit attachée à une veuve chargée d'un grand nombre d'enfans ; et cette veuve , n'étantpliisenétal de lui payer ses gages, se voyoit dans l'impossibilité de la garder, quoique ses services lui fiis* Mnt absohimentnccessaircs.Le désintéressemeivX. ëV\j^ TomeJJL M
: celte (llle tirèrent la maîtresse de l'^m"
e se tronvoit ; ellenevoulutjamaisl'ahan-
! ne vous ierai point à charfje , lui dit-elle;.
% ménage , je travaillerai dans les niomons
ir Bion eutrelien-, il me faut si peu de rho-
lurai du temps de reste. » Ce trait est vemi
ance de Gustave III : il fit donner à celte
le une somme d'argent considérable , et
t 1 médaille de l'ordie de Vasa. I^e grard-
■ attacha an cou , au milieu d'une foule
ijui s'étoient assembles dans Ihôtel - de-
. A| .; ic auguste cérémonie , la modeste st?r-
vame reloiirua chez sa maîtresse ; et , continuant de la
servir avec le même zèle qu'auparavant, elle voulut
tager avec elle les bienfaits du souverain.
-f. A la fin de l'hiver de 1777, un fermier de laparoisse
<le...s'enrcvenoitdumoulinmonLésur son cheval, qui
toit en outre lafarined'unedemi-sommed.'oi^p. Au
onr d'une ruelle, ce fermier est attaqué parun voisin
qiu , le bâton levé , lui demande en jiirant sa farine. Le
cavalier saule à terre, saisit son homme au collet, le ter-
ïasse,elInidiL : «Tu vois qu'il ne liendroitiiu'à moi de
« t'assonmier. — AssommejOudonne - moi ta farine; il
« melafaut:je meurs de fiiim, ainsi que mes enfansetnia
«femme. — Ah! tu meurs de faim f c'est autre chose;
« mais je ne veux pas que tusois voleur. Prends cesac jje
« t'enfaisprésentjjevaist'atderàlechari^r. Va-t-en,el
« ne dis mot. » Cependant le cheval débarrassé de son
fardeau , étoit arrivé au grand galop dans la cour de la
ferme. La fermière, ne voyant potntson mari, s'effraie
et crie. Les valets , les servantes accourent, etla suivent
dans la route.Ontrouve à cent pas le fermier qui venoit
tranquillement en rèvant.Sa femme l'interroge : «Pour-
«quoi le cheval? — Tais- toi.— Et ta ferine?— Maïs
« tais-toi donc. » Quand ils sont seuls il lui conte sm
aventure, et ajoute: «Ilfalloitquelepauvrehommeiîlt
« bien dans le besoin pour s'attaquer à moi , qui enbat-
« trois quatre comme lui. » A peine a-t-il ditccsmots ,
que la femme,aussisensible,aussi compatissante queson
ïuai'i, court au ^arde-map»cr, y prend un paia, le uachs