‹ Dictionnaire Historique D'Education, ou, sans donner de preceptes, on se propose d'exercer ... les facultes de l'ame et de l'espritChapitre 77 sur 138 · Un homme qui vivoit avec la plus sévère sccuriK · texte numérisé non relu

Un homme qui vivoit avec la plus sévère sccuriK

et dont la table étoit toujours servie avec une honnêl

frugalité, vit arriverchez lui, ài'heurede son repas, il

de ses amis qui venoit lui demander à dîner. «Soye^j

«bien-venu, luidit-tt; puisque vous êtes venu sa

« m'averlir , vous dinercz anjouid'liui avec moi : lU

« autre fois, si vous voulez me le faire savoir, ouTffli

« de meilleure heure, je dînerai avec vous. »

4.Uumagistratdupr€m*[erordre, quiavoitrendutf service signalé fl un riche particulier , vit arrivercM hii, quelques jours après, un homme qui lui preien' de sa part, deux beaux flacons de vermeil , etdun Lonne capacité. «Je sais ce que c'est , dit le magisW « sans paroitre étonné ; » et ayant fiiit appeler * maître d'hôtel; tt Remplissez , lui dit-il, cesflacoDïi « mon meilleur vin , et qu'on les porte chez moiuisj «un tf'l. » Puis se tournant vers celui qui lui «présenté les flacons: «Dites-lui, s'il vous plaît, «ne l'épargne pas ^ laul <\a.'il le trouvera bon- >

TON fion). asy

5. En 1 520 5 Fraûcoîs I et Henri VHI eurent une entrevue entre Ardres et Guisnes. Il étoit réglé que les deux rois passeroient le jour ensemble ; que celui de France se retireroit le soir à Ardres, et celui d^Angleterre à Guisnes. François I, qui se piquoit de beaucoup de franchise , et vouloit se délivrer de toutes ces forjBEialités , par un matin , suivi d^un page et de deux gentilshommes, se rend à Guisnes, et dit au gouverneur du château , qu^il trouve sur le pont avec deux cents archers : « Mes amis , je vous fais mes prison- « niers. Qu^on me conduise à Tappartement de mon « frère le roi d'Angleterre. » Ce prince fort surpris de Pavcnture , s'écrie en le voyant entrer : «Mon « frère , vous me faites le meilleur tour que jamais « bomme fit à autre , et me montrez la grande fiance « que je dois avoir en vous 5 ^t de moi , je me rends « votre prisonnier dès cette heure , et vous baille ma « foi» » Les deux monarques passèrent quelques heunes ensemble 5 et le reste du temps de l'assemblée ne fut qu'un enchaînement de fêtes , qu'ils se donnèrent avec une conîSance réciproque. 6.Un jeune duc s'étoit attiré la disgrâce àeLoui^XIV par une conduite qui déplut à ce monarque ; il voulut i^gagner son estime, et alla au ïFeu, pendant le siège de Mons, avec une intrépidité et un jugement de héros, Le roi lui rendit alors ses bonnes grâces , et lui dit : t Vous n'étiez pas content de moi j je ne l'étois pas de vous : oublioQS le pas^(5 , et désormais datons de Mons.»

Il avoit donné une pension de six mille livres à M. l'avocat-général Talon. M. de Lamoighon , qui étoit aussi avocat-général, pria sa majesté de vouloir bien lui en accorder autant. Le roi le lui promit. Six mois se passèrent pendant lesquels M. de Lamoignon vit souvent le roi , sans lui parler de rien. Sa majesté lui dit un jour : M. de Lamoignon , vous rie me parlez « plus de votre pensipn. — Sire , lui répondit ce mate gistrat , j'attende que je l'aie méritée. — Si vous le € prenez de ce côté-là , reprit le monarque , je vous « dois les arrérages. » En effet ces arrérages furent payés , Louis XI f^ lui ayant accordé la pension , à commencer du jour qu'il la lui avoit demandée*

TRANQtlII. LITE.

se s'amusoit quelquefois à faire des veri^

tint-Aignan et Dangeau lui monlroîent

Ifalloit s'y prendre. U venoit de composer

idrigal, que lai-même ne troiivoit pas trop

in, il dit au maréchal deGramm.ont : « Man-

aarcchal , lisez ie vous prie , ce petit ma-

t voyez si vous en avez jamais vu un si înf

, ; parce qu'on sait que j'aime les vers , (Q

lorte de toutes les façons.» Le maréchal i

■jj.^. iirlu, dit au roi : «Sire, votre majestéjugfr

d 'nt bien de toutes choses ; il est vrai que

- V . l'iua aui ■. ]}■ '.iiculc madrigal que j'aie

« jairiiiis iu. » Le roi se miL a rire : « N'est-il pas vrai

« que celui qui l'a fait est bien fat?' — Sire, il n'y*

« pas moyen de lui donner un autre nom. — Oh bien!

« reprit le roi, je suis ravi que vous m'en ayez parlé

« si bonnement : c'est moi qui lai fait. — Ah ! sire ,

<t quelle trahison ! que votre majesté me le rende ; jti

« l'ai lu brusquement. — Non , M, le maréchal , 1«

« premiers sentimens sont toujours les pliisnalurels.l

Lr roi , dit madame(£eiÇ^fîg'nÉ^,rit beaucoup de cette

folie ; et tout le monde trouva que c'étoit la plus cruelle

petite chose qu'on pût faire à un vieux courtisan.

f^ojez Attentions, Civilité, Egards, Politesse

Savoir- Vivue , Urbanité.

i-Ot. J

'. Jean-i.e-Nain Iravailloit à faire des nattes sar' le chemin du désert de Scélé. Quelqu'un lui dit de» injures pour le mettre en colère. Il les écouta d'abord sans répondre. L'insolent redoubla ses impertinences ; et le saint , craignant enfin de perdre l'heureuse tranquillité de son ame , jeta ce qu'il tenoit , et s'enfiùt. Une autre fois qu'd étoit occupé à scier des blés, voyant un frère en colère contre un autre , il s'cnfr"'' encore , et laissa-là la moisson. Etant dans l'église Scclé , il entendit quelques frères qui disputoit J'im contre l'autre ; il s'en retourna aussitôt vers ceUule i etron,remaiq\3La:tï:^ïsai&S"3 e-staM ^ilen

trois fois le tour. Comme on lui en demandoit la raison , il répondit que ses oreilles étant encore pleines de paroles fâcheuses qu'il avoit entendues , il avoit voulu leur donner le temps de s^en purifier, afin de reporter lans sa solitude son esprit calme et tranquille. Un jour [u^il étoit assis à la porte de Téglise , plusieurs frères e mirent autour de lui pour lui découvrir leurs pendes, et recevoir ses avis 5 ce qu'il faisoit avec beaucoup le charilé. Un vieillard, qui en fut témoin, on eul de SI jalousie, et lui dit: «Voilàt7cûn qui ressemble à une burtisane qui s'ajuste , et qui s'embellit pour attirer es jeunes eens.- — Vous avez raison , mon père, rcponity^a/i.— Votre esprit, continua le vieillard, est remli de venin. — Cela est vrai , mon père , et plus que ous ne pensez. Vous en diriez bien davantage , si oixs me connoissiez à fond. » Un de ses disciples lui jrant demandé, quelque temps après,s'il nes'étoitpoint înti ému des discours du vieillard? « Non, par la grâce e JDicu , répondit Jean. Je suis au dedans tel que vous le voyez au dehors. Le fils d'un philosophe , contiua-t~il , ayant perdu son père, fut élevé chez un autre hilosophe qui avoit promis de s'en charger. Ce jeune omme ayant insulté la femme de son tuteur, fut chasé de la maison. Il eut un regret sincère de sa faute , n demanda pardon à son tuteur, et le conjura de lui endre ses bonnes grâces. llfaut, avant toutes choses, lui épondit le tuteur , que vous passiez trois ans avec ceux ui sont condamnés aux mines, et que vous les aidiez porter du marbre à la rivière. Les trois ans expirés , 5 jeune homme se présenta au philosophe, espérant u^il le laisseroit entrer dans sa maison. Il n"est pas tàcore temps, lui dit le tuteur 5 il faut que vous pasiez trois autres années à souffrir toutes sortes d'injues 9 et même à donner de l'aigent à ceux qui vous en liront. Après ces trois ans, son tuteur lui pardonna , ït le mena à Athènes pour apprendre la philosophie. V la porte de cette ville étoit un vieux philosophe qui nettoit son plaisir à dires des injures à tous ceux qui sntroient. 11 traita de mcme ce jeune homme qui ne it qu'en rire. Gouwue le philosophe alhéniea eu ^v

qiii les avoit tant indignés un instant avant : tous ja rèrent une obéissance entière à Tempereur.

4. Lorsque Louis de 5oz/rAo», prince de Condé, chef des Protestans, aUoit livrer la bataille de Jamac, et marchoit aux ennemis, le cheval du com te rfe laRochefoucault y son beau-frère , lui donna un coup de pied qui lui cassa la jambe. Ce prince, sans daigner se plaindre, ^'adressa aux gentilshommes qui Paccompagnoient « Apprenez , leur dit-il , que les chevaux fougueux « nuisent plus qu^ils ne servent dans une armée. » Un moment après il s^écria : Noblesse française ! apprenez que « Condé , avec uii bras en écharpe et une jambe « cassée , a encore assez de courage pour donner ba- « taille. » Il la donna , fut vaincu , fait prisonnier, et assassiné par un fanatique et un traître.

5. L'émulation dégénérée en jalousie, avoit brouillé le Tm^ore^etle Tifien, deux peintres fameux d'Italie. UArétiriy le plus redoutable satirique de son siècle, et dont la verve cynique n'épargnoit ni les rois , ni les saints , ni Dieu même, étant intime du dernier de ces artistes , prit parti dans la querelle , et lâcha quelques vers trcs-piquans contre le rival du Titien. Le Tintoret , sensible à cet outrage , résolut de se venger, mais avec ce phlegme qui le caractérisoit. Le rencontrant un jour près de chez lui , il le pria d'entrer , sous prétexte de faire son portrait. A peine le satirique fit-il assis , que le peintre vint à lui d'un air tranquille , le pistolet à la main : « Eh ! Jacques , que voulez-vous «faire, s'écria VArétin saisi de crainte? — Prendre « votre mesure , s'écria gravement le Tintoret ; » et, après l'avoir mesuré , il ajouta du même ton : « Vous « avez quatre de mes pistolets et demi de haut , » et le renvoya. YJArétin garda le silence.

6. Un jour que François de Lorraine, duc de Guise j visitoit son camp, le baron deJLunebourgy un des principaux chefs des Keitres,trouva mauvais qu'il voulût examiner sa troupe ,- et s'emporta jusqu'à lui présenter le bout de son pistolet. Le duc de Guise tira froidement son épéc, éloigna le pistolet et le fit tomber. Montpésa/,lieutenant des gardes de ce prince^choqué de Tinso-

lence

TKANQUILLÏTÉ. 289

•Jénce de Tofficier allemand , alloit lui ôter la vie, lors^ . que Guise lui crie : « Arrêtez , Montpézat ; vous ne « savez pas mieux tuer un homme que moi ; » et , se tournant vers Vemi^riéLunebourg : «Je te pardonne, « lui dit-il , rinjure que tu m'as faite : il n'a tenu qu'à « moi de m'en venger. Mais , pour celle que tu as 4C faite au roi , dont je représente ici la personne , « c'est à lui d'en faire la justice qu'il lui plaira. » Aussitôt il l'envoya en prison , et acheva de visiter le camp , sans que les Reitres osassent murmurer , quoiqu'ils fussent naturellement s^éditieux.

7;Le corvaéXsÀÀeàeLesdiguièresélxat encore chef da

Earti calviniste ,donnoit de l'ombrage aux catholiquesl'un d'eux, plus fanatique que pénétré des sublime» maximes de la charité, vint à bout de corrompre le domestique de confiance de ce capitaine, et le détermina h. assassiner son maître. Platel ( c'étoit le nom du perfide ) en trouva plusieurs fois l'occasion , sans oser la saisir. Lesdiguières averti du complot, manda son domestique , et lui ordonna de s'armer. 11 s'arma à son tour : « Puisque tu as promis de me tuer, dit-il à ce « nialheureux , essaies maintenant de le faire , et ne « perds pas,parunelàcheté,larcputationdevâleurque « tu as acquise. » Platel confondu de tant de magnanimité , se Jette aux pieds de son maître, qui lui pardonne et continue de s'en servir. On le blâma de cette conduite 5 on s'efforça de lui inspirer des alarmes : « Non, « lion , répondit-il ', je suis tranquille : rien ne peut « m'intimider au sujet de PZa^e/. Puisque ce valet a « été retenu par l'horreur du crime , il le sera plus « encore par la grandeur du bienfait. »

é.Olgiati,V\xndès assaLSsinsdeGaléaS'Sforcey duc de Milan , ayant été arrête, fut condamné à périr dans les derniers supplices. Il brava ses juges ; et , riant de leur sentence, il monta sur l'échafaud avec l'intrépidité etle calme d'un républicain qui vient de tuer un tyran,etqui

meurtpourlalibertépublique.S'apercevantquelebourreaudétournoitlatête enle tourmentant : « Prends cou- « rage , mon ami , lui dit-il d'un ton tranquille , et ne « crains point de me regarder : les peines que tu crois Tome lU. 'Y

« me faire so iffrir , font toute ma consolation, gnand « je me souviens que , si je les endure , c'est pour « aveu* tué Je tyran, et rendu la liberté à tnapitne. *

9. Le chancelier ji/oraj, avant refusé de reconncâtre Henri yiIl,roi d'Ani^leterrejpoarchef de rEgIise,fii[ dépouillé de sa dignité, et jeté dans une prison. Oa lui enleva ses livres, son unique consolation, au milieu des horreurs qui l'environnoient;maisonneputlui enlner la tranquillité d'ame qui le soutenoit dans ses disgrâces. Ses amis Lâchèrent de le gagner , en lui reprcsenUiit qu'il ne devoit point être d'une autre opinion que le graud-conseild'Angletei'f"''-'!' pour moi toute l'Eglise, « répondit-il, qui est le gr, :unseil des chrétiens. » Sa femme le conjurant d'obeir au roi, et de conserver sa vie pour la consolation de ses eufans : « Combien d'an- « aées, lui dit-il, pense-tu que je puisse encore vivre ? « — Plus de vingt ans, répondit-i lie. — Ah!mafeninie, « répliqua jVforuj , veus -tu donc que je change l'éter- « nité avec vingt ans ? » Ayant été condamné à pe'rir du dernier supphce , on vint lui dire gue le roi avoît modéré l'arrêt de mort rendu contre lui, à la peine d'être seulement décapité. « Je prie Dieu , répondit- « il, de préserver tous mes amis d'une semblable clé- « mcnce ! » II reçut la mort avec la tranquillité d'un chrétien , et le sang froid d'un philosophe.

10. S. Laurent, diacre de l'Eglise romaine, sous le pape Sixte II, adminislroit, en cette qualité , les biens derEglise.L'empercur/'cZeWenayantalIumélefeude la persécution pai' un édit cruel, iSiWe fut mis encroii; et, du haut de son gibet, il promit à Laurent, impatient de le suivre , qu'il recevroit , dans trois jours , la couronne dumartyre.On l'aiTêta bientôtaprès; et le préfet de Rome lui demanda, au nom de l'cmpereur,les tr^ sors qui lui avoient été confiés. Laurent ayant obteno un délai de trois jours, pendant lequel il assembla tous les pauvres chrétiens, il les présenta au préfet: «Voilà, « lui dit-il , tous les trésors de l'Eglise. » Ce barbare , outré de dépit , le fit étendre sur un gril ardent, après l'avoir fait déchirer à coups de fouet. .Le héros chrétien , tranqiiille au milieu dts flammes , dit à son tyran : « J'aJL été assez, long-temps surcecôtéjfaites-moi

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