VERTU. 3S
employé aux fortifications. Les troupes de Tempereur ayant pénétré en Champagne^ manquèrent de vivres. Les généraux français les ayant obligés de se retirer , elles tuèrent, dans leur retraite , tous ceux qui leur en refusèrent. Fabert, qui les poursuivoit, entra dans leur camp abandonné et couvert d^oflficiers et de soldats ftutricbiens blessés et mourans. Un français , qui avoit Pâme féroce , dit tout haut : « 11 faut achever ces mal- «.lieureux qui ont massacré nos camarades. — Voilà « le conseil d'un barbare , reprit Fabert ; cherchons « une vengeance plus noble et plus digne de notre 4C nation. » Aussitôt il fit distribuer à ceux qui purent prendre une nourriture solide , le peu de provision^ que son détachement avoit apportées. Les malades mrent ensuite transportés à Mézières , où , après quel-
Siies jours de soins , la plupart recouvrèrent la santé. s s'attachèrent presque tous au service de la puissance qui 3 contre toute espérance^ les traita si généreusement. Tel est le triomphe de la vertu.
12. Les Sidoniens s'étant soumis à Alexandre-le-- Grande ce prince chargea JSpAe,yrio/i de leur donner pour roi celui d'entre eux qu'il jugeroit le plus digne d'une si haute fortune. Ce favori était logé chez deux jeunes frères des plus considérables du pays, auxquels il offrit le sceptre ; mais ils le reflisèrent , apportant pour raison que, par les lois de TEtat, nul ne pouvoit monter sur le trône qu'il ne fut du sanç royal. Ephestion admirant cette grandeur d'ame, qui méprisoit ce que les autres cherchent par le fer et parle feu: Continuez, leur dit- « il , de penser ainsi , vous qui les premiers avez com- « pris combien il estplus glorieux de refuserun royaume « que de le posséder. Mais, aumoins, donnez-moi quel- . fn qu'un de la race royale, qui se souvienne, quand il .4C sera roi, quevous lui avezmis la couronne sur latête.» Ces deux frères, voyant que plusieurs, dévorés d'ambition, aspiroient à ce haut rang, et que, pour y par» venir , ils faisoient servilement la cour aux favoris . ô.' Alexandre j déclarèrent qu'ils ne connoissoient personne plus digne du diadème, qu'un certain Abdolonjmey descendu, quoique de loin, de la tige royale ^
mais si pauvre , qu'il étoit contraint , pour vivre , de cultiver , par un travail journalier , un jardin hors de la ville. Sa probité l'avoit réduit, comme bien d'autres, à cette pauvieté. Uniquement occupé de son travail, il n'entendoit point le bruit des armes, qui avoil ébranlé toute l'Asie. Les deux frères aussitôt l'étant allé chercher avec les habits royaux, le trouvèrent qui arrachoit Jes mauvaises herbes de son jardin. Ils le saluent rm; et l'un d'eux portant la parole : « Il s'auit , lui dJl-il, « de changer ces vieux haillons avec l'habit que je vous « apporte. Quittez cet extérieur vil et bas dans lequel « vous ave?, vieilli : prenez un creur de roi ; mais peu- « tez et conservez sur le trône cette vertu qui vous « en a rendu digne ; et quand vous y serez monté , «: devenu le souverain arbitre de le vie et de la mort « de tous vos concitoyens , gardez-vous d'ouljlier « l'état dans lequel , ou plutôt pour lequel vous avei « été choisi. » Il sembloit à Abdoianyme que c'étoit un songe ; et , ne comprenant rien à tous ces discours , il leur demanda s'ils n'avoient pas honte de se moquer ainsi de lui ? Mais , comme il tardoit trop à leur gré , ils le revêtent eux-mêmes , et lui jettent sur les épaules une robe de pourpre toute brillante d'or ; et, après lui avoir fait mille scrmens qu'ils parloieut avec sincérité , ils le conduisirent au palais. Ijicontinent la renommée porta celte nouvelle dam toute la ville : le plus grand nombre en fut ravi de joie ; quelques-uns en miu-nuirèrent , principalement le's riches , qui , pleins de mépris pour la bassesse de sa fortune précédente , ne purent s'empêcher d'en marquer leur mécontentement dans laconr du prince. Alexandre commanda qu'on le fit venir; et , après l'avoir long - temps considéré , il lui dit : « Ton air ne dément point ce qu'on dit de ton origine. « Mais je voudrois bien savoir avec quelle patience tu « as porté ta misère ? — Plaise aux Dieux , répondit- « il , que je puisse porter cette couronne avec autant « de force ! Ces bras ont fourni à tous mes désirs; et, « tandis que je n'ai rien eu , rien ne m'a manqué. * Cette réponse lit concevoir au roi une grande opinion
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