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vent efficace entre ses mains, ne tarda pas à être préférée et fit presque oublier l'abaissement. En se prononçant pour l'emploi presque exclusif de cette dernière méthode, le grand Scarpa ramena les esprits à une autre opinion; et c'est sans doute à cette exagération du chirurgien de Pavie, que l'on doit d'avoir enfin apprécié, au moins pour un certain nombre de cas, la valeur respective des deux manières d'opérer, ej précisé les circonstances où chacune doit être préférée.
Nous sommes forcés de nous borner à l'énoncé de ces résultats généraux des travaux relatifs à rabaissement de la cataracte. L'kistoire de tous les procédés employés pour cette opération nous entraînerait beaucoup trop loin ; elle ne peut trouver place que dans les traités dogmatiques , auxquels elle appartient essentiellement.
Extraction, Nous serons aussi courts, et pour les mêmes motifs , dans ce qui nous reste à dire sur l'histoire de la méthode par extraction. Et d'abord nous relèverons une double erreur qui a cours sur ce point de littérature. Elle consiste a disputer à Daviel l'honneur d'avoir le premier introduit cette méthode dans le domaine de l'art, et à en attribuer la découverte à qui elle n'appartient pas. Bien qu'il paraisse à peu près certain que Daviel ne la dut qu'à lui-même, si l'on veut absolument la rapporter à une autre époque , ce n'est point au commencement du dix-huitième siècle Qu'il faut remonter, comme l'ont fait beaucoup d'historiens , mais bien jusqu'à la chirurgie des Grecs. Antiles (probablement Antyllus) la connaissait déjà, comme le prouve le passage suivant de Rhazès, mal indiqué par Sprengel, qui probablement ne l'a pas consulté lui-même : Antiles dixit, et aliqui aperuerunt sub pupilld et extraxerunt catewactam : cbpotest esse cum cataracta est sublilis : et cum est grossa non poterit ejetrahi : quoniam humor egrederetur cum eâ. Et aliqid loco instrumenti posuerunt concilum vitrvum : et sugendo eam suxerunt albuguieum cum ea (i). Avicenne s'exprime avec non moins de clarté («2). Les derniers écrivains arabes mentionnaient encore, mais pour la condamner sans restriction, la méthode d'extraire la cataracte. Il n'en est plus question dajis les écrivains du moyen âge ; et l'on arrive jusqu'au commencement du dix-huitième
(i)Rhaz. Contin., lib. 11, tract. 6, cap. 2, fol. 5o, éd. Venise, i5oy.
(a) Et ho mines quidem habent vias di versas in exercendo curain aqua» ( en— taracta*), qua? fit cum instrumente; ita ut quidam tint qui disrumpunt inferiorem partem corneae , et extrahunt aquam per eam : et hoc est in quo est timor : quoniam cum aqoâ, quando est grossa, egreditur albaginena. Canon» lib. 3 1 fen. 3 , tract. 4 , cap. ao.
CHI 79 g siècle, sans trouver rien qui y ait rapport. St.-Yves, en 1707, et Petit, en 1 708, divisèrent la cornée transparente pour donner issue au cristallin; et beaucoup d'auteurs, les Allemands surtout „ les regardent en conséquence comme les inventeurs de la méthode par extraction. Mais c'est oublier que les deux chirurgiens qu'on vient de* nommer ne firent leurs opérations que dans des cas où le cristallin était déjà dans la chambre antérieure de l'œil. Mery , au contraire , dont on mêle ordinairement , sans distinction , le nom à ceux de St.-Yves et de Petit , eut l'idée qu'on pourrait faire de l'extraction une méthode générale d'opérer la cataracte. Il se borna à énoncer cette opinion, et ne la mit point en pratique. Il n'en fut plus question, jusqu'à l'époque où parut Dav ici. C'est par des succès que cet habile chirurgien fit connaître sa méthode ; et ce n'est que depuis lui qu'on pratiqua une opération qui fit pour ainsi dire oublier, en France, dès qu'on la connut, l'abaissement de la cataracte. La méthode de l'extraction , si simple en elle-même , avait été compliquée, par son auteur, de l'appareil inutile d'un grand nombre d'instrumens. Un bistouri particulier et un cystitome suffirent *à Lafaye, et Poyet et Sharp n'eurent besoin que d'un simple couteau pour la pratiquer. Il parait que le dernier de ces chirurgiens incisait dans un même temps et la cornée transparente et la capsule du cristallin, procédé qui fut, depuis, celui de Wenzel, mais dont il n'y a pas lieu à disputer l'invention, comme un titre de gloire, en faveur de l'un ou de l'autre. Nous pouvons clore l'histoire de cette opération au dix-huitième siècle en citant *les importans travaux de Richter. Les ouvrages de ce savant chirurgien représentent, sur ce point comme sur tant d'autres, le tableau le plus parfait de tout ce qu'on savait jusqu'à lui.
Il y aurait peu d'inconvéniens à oublier de faire mention du spéculum de Sharp, destiné à tenir l'œil immobile pendant la section de la cornée , de la double érigne de Bérenger , des. instrumens de Pamard et de Rompelt. Ce n'est pas de l'habile chirurgien Cmérin , de Bordeaux , et de Dumont , qu'on devait s'attendre à voir proposer des instrumens qui exécutent seuls, en quelque sorte, le premier temps de l'opération, et qui ont pour objet de suppléer une adresse qui certes ne manquait pas à leurs inventeurs.
Kc'ratQiiyxis. Schmucker a prétendu trouver , dans Turquet de Mayenne (et beaucoup d'écrivains l'ont répété* sans examen), un exemple de cette opération. Mais cet auteur ne fait que citer sur un ouï- dire un cas de simple ponction de la cornée, pratiquée par
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une matrone-oculiste, pour donner issue à l'humeur aqueuse de- ■venue trouble et opaque. Mauchart aurait bien plus de droits à la priorité. Il dit, en parlant des cas qui peuvent exiger Ta paracentèse de l'œil : Sagaciorum judiêio relinquimus : an non in simili tun~ gescentid , seu serosd, seu purulentd ipsius crystallinœ lentis , cl in lacted, quœvocatur, calaractd, paracentesis locum hahrrc possit , sive acu ad cataraclas deponendas adliiberi solild , paulo majore y seu tricuspide tenuissimd acu canulatd , atque deltînr vel serosi , seu lactei, seu purulcnli liquoris emissio , vel cjcsuctio (i ) ? Il s'en faut bien qu'on trouve quelque chose d' aussi préris dans la dissertation de A. Fréd. Léon Col de Yillars, sur la paracentèse de l'œil, comme moyen de prévenir la cataracte, quoique MM. Sanson et Bcgin prétendent qu'on y trouve des exemples d' exécution de la kératonyxis. Conradi et Beer avaient proposé une méthode qui ne laissait qu'un pas à faire pour arrivera cette opération. Elle consistait à aller à travers la cornée, déchirer, avec une sorte de lancette très fine, la capsule du cristallin, qui restait en place, mais que l'absorption faisait disparaître. Un disciple de Reil, Buchhorn, mettant à profit les idées de son maître, conçut la possibilif «'• de faire de la kératonyxis une méthode générale préférable à l'extraction et à l'abaissement ordinaire. Quand il publia sa dissertation, il ne pouvait l'appuyer que par des expériences sur les animaux ; peu de temps après, Langenbeck comptait déjà plusieurs succès obtenus sur l'homme. Graefe de Berlin, Sicbold deWurzbourg, Bénédict de Çhemnitz se* déclarèrent les partisans de la kératonyxis, et en peu de temps cette opération fut très-répandue en Allemagne. Elle eut moins de succès en Italie, où , malgré les deux succès de Triberti, on s'accorda généralement avec Vacca Berlinghieri , Quadri , Geri et Barovero , à lui trouver plus d'inconvéniens que d'avantages. C'est aussi l'opinion qu'on s'en est faite en France , depuis qu'on connaît * sur ce point , les résultats de la pratique des chirurgiens qui l'ont fréquemment essayée.
Pupille artificielle. Organe transitoire de la vie utérine, devant disparaître avant la naissance; la membrane pupillaire peut persister après cette époque j et opposer aux rayons lumineux une barrière impénétrable. Quelques affections convulsives peuvent
déterminer un rétrécissement extrême de la pupille, ou des inilam—
(i) Cria rappelle l'opération de la cataracte par la succion, recommandée par les Arahes
mations l'oblitérer complètement. On croyait, dans ces cas , la vue perdue sans ressource. Comment faire percevoir la lumière à un œil au fond duquel elle ne peut pas pénétrer? Ce qui paraissait impossible, Chéselden le pratiqua. Un sujet manquait de pupilles, il lui en fit , et lui donna la vue. Sharp fut moins heureux. S* étant borné , comme Chéselden, à faire une simple incision au centre de l'iris , il vit les bords de la division se rapprocher , et son malade redevenir aveugle. Janin éprouva deux fois le même désagrément. Le hasard lui apprit une des méthodes par lesquelles on réussit à l'éviter. Ayant divisé accidentellement l'iris de bas en haut, en opérant de la cataracte des sujets dont les yeux étaient extrêmement mobiles, il vit que ces divisions ne s'oblitéraient point , et ce fut ainsi dès-lors qu'il pratiqua les pupilles artificielles. En 1770, Wenzel le père , pour prévenir d'une manière encore plus efficace l'oblitération du passage artificiel ouvert aux rayons lumineux , excisa un limbe de l'iris, ou le centre de cette membrane, saisi et attiré avec des pinces. Ce fut la méthode que Forlenze adopta plus tard, et celle par laquelle, en 1797, Demours, étendant l'opération à des cas qu'on avait cru jusqu'alors au-dessus de tous les moyens de l'art , rendit la vue à plusieurs sujets dont la cornée était complètement opaque dans la plus grande partie de son étendue. L'art s'enrichit, en 1787, d'une méthode nouvelle. Assalini pratiqua pour la première fois cette opération, connue des Allemands sous le nom de coredialysis, et qui consiste à détacher du ligament ciliaire une portion de la circonférence de l'iris. Buzzi, de Milan, la pratiqua l'année suivante, et Schmidt s'imagina, huit ou dix ans plus tard , qu'il en était lui-même le premier inventeur; Beer, Reisinger, Langenbeck, Graefe, qui l'ont modifiée de diverses manières, Buchhorn qui en ramené l'exécution* à des procédés analogues à ceux de la kératonyxis, lui donnent la préférence sur toutes les autres méthodes. Scarpa, au contraire, qui en fut d'abord le plus grand partisan , l'a abandonnée pour celle proposée par Maunoir. L'habile chirurgien de Genève fait avec des ciseaux, introduits par une section de la cornée, deux divisions aJ'iris, ayant la forme d'un V, dont la pointe correspond au centre pupillairc. Quand les circonstances pour lesquelles on opère laissent la liberté de choisir, on peut, avec Scarpa, donner la préférence à la méthode de Maunoir; mais il est des cas où chacune des autres peut avoir aussi son emploi.
Maladie de l'oreille. Cette partie de la chirurgie , si éloignée I. 5i
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encore aujourd'hui de l'état satisfaisant de quelques autres, atait été sinon entièrement négligée, dam les siècles précédens, au moins cultivée avec bien peu de fruit Le dix-huitième siècle fit quelques découvertes soit dans la connaissance des maladies de l'organe de l'audition , soit dans l'art de les traiter. Les seules dont nous parlerons ont pour objet trois opérations jusqu'alors inconnues : l'injection de la trompe d*Eustachi, la perforation de l'apophyse mastoide et celle de la membrane du tympan.
Injection de la trompe d' Eustachi. L'un des hommes à qui l'on est redevable des travaux les plus importuns sur la structure de l'organe de l'ouïe , Valsalva fut le premier qui démpntra que la surdité reconnaît fréquemment pour cause l'oblitération de la trompe d'Eustacbi. 11 pensait qu'une expiration forte, la bouche et le nez étant fermés, pouvait, dans quelques cas, débarrasser la trompe et rétablir instantanément l'ouïe. Murtniks avait la même opinion, et voulait qu'on cherchât à faire passer dans ce conduit auditif de la fumée de tabac , dont on aurait rempli sa bouche. Ce fut un maître de poste de Versailles, nommé Guyot, qui imagina le prenuerde faire des injections dans le pavillon guttural de l'oreille. Cénut par la bouche qu'il portait en arrière et au-dessus du voile du palais la canule de la seringue qu'il fit fabriquer à cet effet. Cette opération, que Guyot ne pratiqua que sur lui-même , présenta à tous chirurgiens qui voulurent l'essayerai l'on excepte. G. Tefthaaf et Heuermann , une difficulté extrême. Qeland et Antoine Petit proposèrent de porter par le nez la canule à injection. Douglas suivit ce procède avec succès : ce fut celui de Leschevin , de Falkenberg, de Chop&rt et Desault. Personne ne se prononça avec plus de faveur sur cette opération que Wathen ; personne surtout ne l'appuya de résulta pratiques aussi positifs. On la négligea peu à peu , et elle a été pour ainsi dire tirée de l'oubli, quand Saissy et M. Itarcl, qui ont déterminé avec beaucoup plus de précision qu'on n'avait fait avant em les cas qui la réclament, y ont eu recours de nouveau, et en ont éprouvé l'efficacité.
Perforation de V apophyse mastoide. Si l'histoire ne derart mentionner que les découjPtes dont l'importance et l'utilité m saurait être l'objet d'aucune contestation , il conviendrait peut-e de garder le silence sur l'opération dont nous allons tracer in^ toire en peu de mots.
J. Riolan parait être le premier qui ait proposé de penor» l'apophyse mastoïde, pour faire cesser le bourdonnement do-
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veilles (i), et Valsahra le premier qui y ait poussé des injections, et les ait vues sortir par la gorge , chez un sujet qui avait une carie de cette apophyse. Heuermann réussit par cette méthode à débarrasser le tympan des matières purulentes qui l'obstruaient , et rendit l'ouïe à son malade. Duverney avait vu plusieurs cas de surdité causée par des affections de l'apophyse mastoïde, et guérie par l'exfoliation de cet os; Acrel fit depuis la même observation. Il parait que Jasser ignorait tous ces faits lorsque, en 1 766, il guérit d'une surdité complète uu soldat qui était tourmenté depuis long-temps de violentes douleurs d'oreilles et d'un écoulement purulent de l'oreille droite. Ayant fait dans l'apophyse mastoïde de ce coté une incision, pour un gonflement qui était survenu dans cet endroit, et ayant cru reconnaître, à une tache noire sur les pièces de pansement, qu'il y avait carie de l'os , il pénétra avec une sonde dans les cellules mastoïdiennes , et y fit des injections qui revinrent par le nez. Les douleurs furent calmées , et le malade fut entièrement guéri de ce cété dans l'espace de trois semaines. Jasser ne craignit point alors de faire la même opération du côté gauche; elle réussit assez bien, quoique lefptour de l'ouïe ne fut pas parfait. Fielite ne fut pas moins heureux : il pratiqua cinq fois l'opération, et obtint les succès les plus remarquables. Il en fut de même de Loeffler, et dans un cas qui paraissait assez peu favorable. La perforation de l'apophyse mastoïde gagna une foule de partisans , surtout en Allemagne. Arnemann en fit l'histoire, ou plutôt l'apologie, dans un opuscule particulier; etHagstroem la recommanda avec beaucoup de force, quoique le seul essai qu'il en avait mit sur le vivant eût été fort peu satisfaisant. Il avait été obligé de cesser promptement les injections , parce qu'elles déterminaient chaque fois qu'on les pratiquait des douleurs excessives et des syncopes alarmantes. Les éloges donnés à l'opération par Hagstreem furent peut-être une des causes qui déterminèrent, pour son malheur, J. Juste Berger, médecin fort distingué de Copenhague , à se faire perforer les apophyses mastoïdesf Il fut opéré par Kolpin, et mourut peu de jours après, avec un
(l) &. Sprengel assure avoir inutilement parcourûtes ouvrages de Rîolan t pour y trouver quelque chose qni eut rapport à cette opération ; l'historien allemand n'a pas été heureux , car Riolan en parle dans trois de ses ouvrages en termes qni n'ont rien d'ambigu. Callisen a cité l'un de ces passages ; en voici an antre qni n'est pas moins clair : An in tinnitu perforeutda mastoïdes apo* physis , nt detur exittu spiruibus ibi tttmukuantibus ? Enchirid. Anat. L. IV, «ap. IT.
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épanehement de pus dans le crâne. Cet événement, publié par Cal Use n , fit impression dans le monde médical, et peut-être , depuis cette époque, l'opération de Jasser n'a-t-elle pas été pratiquée une seule fois. Nous ne voulons point nous charger de sa défense ; mais peut-être a-t~elle été proscrite trop précipitamment, et les faits connus sont-ils insuffisans pour qu'on puisse la juger en dernier ressort , et l'abandonner sans retour.
Maladies de la bouche. S'il est permis d'affirmer que la chirurgie oculaire n'est redevable d'aucune découverte importante aux oculistes de profession, on ne peut nier que les chirurgiens dentistes n'aient contribué d'une manière toute particulière au perfectionnement de cette partie de l'art qui s'occupe des maladies des dents et de celles de la bouche en général. C'est pour ce motif, et aussi parce que la plupart des chirurgiens de notre temps considèrent ces maladie» comme étant hors du domaine de leur profession, que nous consacrons un article particulier dé ce dictionnaire à l'histoire de l'art du dentiste. Nous ne parlerons ici que des opérations relatives aux dépôts dans le sinus maxillaire.
Dépôts dans le sinus maxillaire. Jusque f^s la fin du dixseptième siècle, on ignorait les maladies de ce sinus. A peine trouve-t-on dans les temps antérieurs quelques observations isolées, dont on peut connaître aujourd'hui la valeur, mais où leurs auteurs ne voyaient que des faits extraordinaires dont il était impossible, de pénétrer la nature , bien loin de pouvoir déterminer le véritable traitement qu'ils réclamaient. Jean-Henri Meibomius est le premier «fui ait prescrit d'ouvrir une issue aux abcès du sinus, en arrachant une on plusieurs dents molaires. Dans les cas où il eut occasion d'employer cette méthode, les dents pénétraient dans le sinus, ou le plancher de cette cavité avait été détruit au niveau de leur racine ; sans cette circonstance , le médecin allemand aurait probablement porté à la perfection une opération à laquelle il ne manquait , pour y arriver , qu'une condition dont l'expérience ne fit pas sentir la nécessité à Meibomius. Ce fut Guill. Cowper qui la reconnu.t; ou plutôt le- célèbre chirurgien anglais , ignorant qu'il eût été précéac dans cette route , inventa et perfectionna tout d'un coup la méthode qu'on préfère encore à toute autre. Il ne 5e contenta pas d'arracher la première grosse molaire ; il perfora assez largement la lame qui séparait l'alvéole de la cavité du sinus. Heister, Juncker, Cheselden et Gorter propagèrent cette méthode; Runge, Hevin, Morand, Fiajani, etc. la pratiquèrent avec succès; elle fut parfaitement ap-
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préciée par Bordena,ve, dans le mémoire dont il enrichit la collection de l'Académie royale de chirurgie. Il serait superflu de citer les chirurgiens qui ont contribué depuis à la faire prévaloir, puisqu'elle est restée d'ailleurs, entre leurs mains, ce qu'elle était au commencement du dix-huitième siècle. L'ordre des temps amène ici l'histoire de la méthode de Lamorier , que son importance place aussi immédiatement après celle dont il vient d'être question. Suivant ce chirurgien de Montpellier , quand un point des parois du sinus est aminci, rongé par la carie, fistuleux, à moins que ce point ne corresponde à la partie la plus élevée du sinus , l'indication est évidente, il faut agrandir l'ouverture fistuleuse, et frayer ,par-là une* large issue à la suppuration. Mais s'il n'existe point de fistule, si aucun, point des* parois du sinus n'est trop profondément altéré, si les dents ne sont ni cariées ni ébranlées, ce cas est celui qui permet le procédé opératoire d'élection : il faut perforer avec un trépan la lame antérieure de l'os maxillaire au-dessous de l'apophyse malairé. Cette méthode , qui est applicable aux fongus et aux polypes comme aux abcès et à l'hydropisie du sinus, et qui permet d'extirper radicalement et de guérir ces maladies qu'on ne faisait autrefois qu'en^ venimer par des incisions partielles, cette méthode fut appliquée avec justesse aux cas qui la réclament spécialement, par Bordenave et Richter, soutenue avec prédilection par Kirkland et Callisen , et adoptée comme méthode générale par Desault, qui la modifia un peu en fixant à la partie inférieure de la fosse canine , le lieu d'élection sur lequel il faut opérer. > .
Une troisième méthode de traiter les dépôts du sinus maxillaire fut proposée dans le dernier siècle : c'est celle de Jourdain , qui consiste à sonder ou à désobstruer l'ouverture naturelle de l'antre d'Higmore, et à faire des injections dans lè sinus affecté. Les commissaires de l'Académie royale de chirurgie, chargés de faire des essais pour l'apprécier, la déclarèrent très-difficile , quelquefois impossible , peu profitable et non exempte de danger. Quoique soutenue avec talent par l'auteur, qui savait du reste apprécier les autres méthodes , quoique admise par Chopart et Desault , la méthode ,.Î4e Jourdain est tombée en désuétude, et cependant on n'a point ^encore démontré qu'il soit hors de convenance de la tenter.
lie défaut d'espace nous oblige à passer sous silence les progrès de la chirurgie relativement à la grenouillette , dont la nature ne. fut connue que depuis qu'on eut décrit avec un soin minutieux les voies d'excrétion delà salive, et dont on n'eut cependant qu'à perfection-;
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ner le traitement, puisqu'on avait senti depuis long-temps que la condition fondamentale du succès de l'opération était la permanence de l'ouverture pratiquée pour vider la tumeur. U ne nous est pas plus permis de nous arrêter sur les fistules salivaires, et les opérations qu'on tenta pour les guérir 'au dix -huitième siècle; opérations dans lesquelles on .se platt à remarquer les ingénieuses ressources de Fesprit chirurgical.
Passons également, sans nous arrêter, sur les maladies chirurgicales de la poitrine, dont la connaissance et le traitement ne restèrent point stationnaires ; même silence sur toutes celles de l'abdomen , à l'exception -de ces maladies d'espèces si variées, de quelques-unes desquelles on ignorait auparavant jusqu'à l'existence, et qu'on savait aussi peu prévenir qu'on était peu habile à les traiter.
Hernies» Si l'on veut se faire une idée de l'activité que les chirurgiens du dernier siècle mirént dans leurs recherches, et du succès qui les couronna, qu'on mette en présence le tableau des connaissances acquises sur les hernies aux temps de Desault , Nessi, Richter et Callisen, avec celui* dont on peut prendre les traits dans les écrivains antérieurs à Dionis. On conservait assez généralement, du temps de ces derniers, l'opinion qu'avaient eue les anciens que le péritoine était déchiré dans les hernies, d'où le nom de rupture donné à ces maladies. Les dissections de Nuck, Ruysch, Duverney, Méry, Benevoli, Mauchart, Salimann , Arnaud, Morgagni, Haller, et d'une foule d'autres, mirent un terme à cette erreur. Ce ne fut pas le seul perfectionnement que la science dut aux recherches anatomiques: les médecins qu'on vient de nommer, Méry, Koch , Gunz , Divoux, Lachausse, Papen, Callisen, Richter, Çamper, Sandifort, etc., etc., décrivirent avec précision les régions dans lesquelles s'opèrent les hernies , les divers feuillets fibreux ou cellulaires qui forment ou recouvrent, suivant les cas > le sac herniaire, les rapports de la tumeur avec les vaisseaux qu'il faut respecter. On sut, avec Goursaud, distinguer l'engouement de l'étranglement ; avec Arnaud , reconnaître l'étranglement exercé par le collet épaissi du sac; avec Petit, Lecat, Neubauer, celui que causent une déchirure accidentelle de cette poche membraneuse, ou des adhérences solides du sac avec l'intestin. Les observations de Lapeyronie , Petit, Mauchart, Heister, Teichmeyer, etc. , prouvèrent que la gangrène d'une portion considérable d'intestin hernie n'était pas nécessairement mortelle , ni même ne condamnait pas 'inévitablement le malade à porter, lé reste de ses jours, un anus contre nature;, point de science confirmé depuis
par Desault , qui a fourni à Scarpa le sujet d'un de ses plus importails mémoires, et à M. Dupuytren celui d'une des belles inventions chirurgicales de notre siècle. Le traitement des hernies fournit matière à des contestations qui n'eurent pas toujours de solution bien positive, telles que celle relative à l'usage ou à la proscription des purgatifs , à l'application de topiques émolliens ou de fomentations froides et astringentes, à l'administration de lavemens adoucissans ou à l'injection de fumée de tabac, moyen auquel Heister, Pott et De Haen donnaient des éloges si vifs , mais malheureusement si exagérés. S'il y eut d'assez vives controverses sur ces points de thérapeutique , tout le monde fut d'accord au contraire sur quelques autres. Par exemple, sur l'immense avantage qu'avaient les bandages . élastiques, invention de la fin du siècle précédent, sur les appareils contentifs qu'on avait jusqu'alors mis en usage contre les hernies. Nicolas de Blegny avait le premier employé du fer battu pour les fabriquer; Lequin et Delaunay les perfectionnèrent; Arnaud et Martin firent encofe mieux; Juville les surpassa tous, mais il céda lui-même la palme au savant Câmper.
H ne faut pas oublier de dire que ce ne fut qu'au commencement de l'époquéque nous parcourons, qu'on vit disparaître l'usage d'opérer la castration pour guérir radicalement les hernies ; méthode qui avait été abandonnée, il est vrai , depuis assez long-temps par les vrais chirurgiens, mais qui s'était conservée entre les mains des matrones et des herniotomistes ambulans.
Les seules hernies qui fussent bien connues avant le dix-huitième siècle étaient le buboncèle et l'exomphale; et encore supposait- on faussement , à l'égard de cette dernière , qu'elle s'opérait ordinairement à travers l'anneau même de l'ombUic: on en découvrit dans le siècle passé un nombre assez considérable. Beaucoup d'écrivains ont fait l'histoire de ces découvertes en même temps que celle des maladies qu'elles avaient pour objet ; c'est pour cela que nous nous bornerons à nommer les chirurgiens dont les recherches ont le plus contribué à nous les faire connaître. Tels sont, pour la hernie crurale, Nuck, Verheyen, Arnaud, Garengeot, Petit, Koch, Pott et Gimbernat ; pour ia hernie ischyatique , Papen, Bertrandi , Camper et Lassus; pour la hernie ov al aire, Duverney, Garengeot, Heuermann, Klinkosch et Camper; pour la hernie du périnée, Chardenon , Smellie et Bromfield ; pour la hernie vaginale , Garengeot , Hoin, Levret et De Haen; pour la hernie diaphragmatique, Littre, Chauvet, Kirschbaum , Ploucquet , Preiss , Van Genss et Fotber-
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gill; pour la hernie de la vessie, Dominique Sala, Méry, Petit, Benevoli, Divoux et Salamann, Verdier, Pipelet, Curade, Pott, Keal et Desault ; enfin , pour la hernie incomplète et pour celle formée par un appendice de l'intestin, Littre, Ruysch et Schlichting.
Lithotomie. Au premier coup d'œil jeté sur l'histoire , il semble que , de toutes les opérations de la chirurgie , la lithotomie soit celle qui a éprouvé le plus de variations; mais, en examinant de près cette multitude de procédés divers , préconisés tour à tour comme la perfection de l'art , on voit toutes ces opérations se réduire à un petit nombre de méthodes fondamentales que chacun a pu modifier pour ainsi dire à son gré , mais que l'historien ne doit considérer que dans leur simplicité primitive , et dans les procédés que l'expérience a sanctionnés. Jusqu'au dix-huitième siècle, trois méthodes étaient généralement connues : le petit, le haut, et le grand appareil ; mais cette dernière presque seule était pratiquée. Les travaux du siècle passé mirent en honneur la taille de Franco , condamnant à l'oubli celle de Jean des Romains, et lui substituant la taille latérale, dont le règne fut de peu de durée , ainsi que la «taille latéralisée qui était naguère la plus usitée, et qu'on n'abandonnera peut-être jamais entièrement. La taille transversale avait, sans aucun*doi*e, été pratiquée dans l'antiquité ; mais les siècles postérieurs 1 de vue, et ce n'est que de notre temps qu'elle est rentrée i domaine de l'art. L'histoire de> son renouvellement trouvera place ailleurs; nous ne nous occupons ici que de l'histoire du siècle passé.
C'est à une erreur de fait que l'on doit l'invention de la taille latérale, ou plutôt à une imposture de Raw. Ce chirurgien, qui, jusqu'à l'époque où le frère Jacques parcourut la Hollande, avait pratiqué le grand appareil, changea depuis lors de méthode, et obtint des succès prodigieux. Bien qu'il partisse à peu près impossible de douter qu'il n'ait fait qu'adopter la méthode de Jacques Baulieu, telle que l'avait alors corrigée ce dernier, il eut l'impudence non-seulement de s'en défendre , mais même d'à méthode à laquelle il reprochait comme un grand défaut la d'une portion de l'urètre et du col de la vessie. Ce fut ce reproche qui trompa ceux-mêmes qui eurent occasion d'assister à ses opérations, et qui fit dire à ceux qui prétendirent faire connaître sa manière d'opérer, qu'elle consistait essentiellement en ce qu'il incisait le corps de la vessie sans en toucher le col. Mais Raw se servait, pour conduire son bistouri, d'un cathéter cannelé. Or, les essais de Bamberg , Chéselden , Morand , Garengeot , Ledran , démontrèrent
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qu'avec le cathéter on ne pouvait aller inciser la vessie à F endroit qui avait été indiqué; qu'ainsi la description publiée par Albinus devait être fautive, et que la prétendue méthode de Raw n'était pas telle que l'avait crue le célèbre anatomiste de Leyde. Tous ces essais n'avaient point abouti à une méthode arrêtée qu'on pût qualifier d'un ûom particulier. C'est à Foubert qu'on dut l'invention de la taille latérale. Sans le secours du cathéter, sans autre guide qu'une exacte connaissance anatomique des parties, ce hardi chirurgien se fraya une route direete dans la vessie, et réussit un grand nombre de fois à extraire des calculs de tous les volumes avec un appareil instrumental des plus simples , et sans voir ses opérations suivies des accidens qui étaient si communs à la yiite des anciennes méthodes. Mais ces succès ne prouvent que l'habileté de. celui qui les obtint; la taille de Foubert est pleine de dangers. « Il n'y a, dit Sabatier, qu'un homme de génie qui ait pu concevoir le projet qu'il a osé exécuter; mais la raison et l'expérience en ayant montré les inconvéniens , il faut lui donner les éloges qu'il mérite, et ne pas l'imiter. » La même réprobation doit frapper le procédé de Thomas; car ce chirurgien ne fit que changer la direction suivant laquelle on pratique une incision qui reste la même que dans celui de Foubert, et qu'employer pour la faire un instrument particulier. La taille latérale ne subit plus que quelques modifications insignifiantes , et ne tarda pas à être abandonnée pour la méthode qui lui avait donné naissance, et qui- devait. être longtemps la méthode générale de lithotomie.
L'origine de l'appareil latéralisé remontait au siècle» précédent. Quelques écrivains de l'antiquité, Paul-d'Égine , Albucasis, etc., avaient , il est vrai , recommande* de faire l'incision des tégumens obliquement en dehors du côté gauche de la ligne médiane, et ce précepte aurait pu mettre sur la voie de la découverte dont il est ici question; mais non-seulement. le frère Jacques, à qui on la doit; n'avait nulle connaissance de ce qui avait été écrit à cet égard; il ignorait même jusqu'à l'anatomie des parties sur lesquelles il portait l'instrument tranchant. Méry, qui fut chargé d'examiner et d'apprécier cette méthode , pressentit bien les avantages qu'elle était susceptible d'oflrir, et proposa diverses corrections importantes. Le frère Jacques s'empressa d'adopter celle qui consistait à substituer un cathéter cannelé à la sonde sans rainure qu'il avait jusqu'alors employée. Éclairé d'ailleurs par les avis de Félix et de Duverney, il apprit à connaître la structure et la disposition des parties que l'ope*
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ration doit atteindre ou respecter, et dès-lors ses succès furent presque constans. Ils ne purent cependant le garantir des poursuites de l'envie, et Jacques Baulieu se vit obligé d'aller mettre au service des étrangers un talent dont on méconnaisssait le prix dans sa patrie. Ayant passé en Hollande, il trouva dans Ravr un nouveau contradicteur, qni eut la mauvaise foi d'adopter sa méthode en la décriant. Le chirurgien d'Amsterdam en imposa tellement, en faisant croire qu'il ouvrait seulement le corps de la vessie sans toucher au col , qu'il retarda beaucoup les progrès tie la lithotomie , par les essais infructueux ou même dangereux dans lesquels furent engagés des opérateurs d'ailleurs très-habiles.
Après avoir fafr quelques tentatives malheureuses pour imiter l'opération de Raw , telle que l'avait décrite Albinos , Chéselden imagina une méthode particulière. Les succès qu'il obtint, proclamés par Douglass, repentirent jusque chez nous, et Morand fut chargé par l'Académie des Sciences de passer en Angleterre, et d'aller étudier la méthode du chirurgien dé l'hôpital Saint-Thomas sous les yeux mêmes de Tinventeur. Morand n'était pas encore de retour, que déjà Percher et Garengeot avaient en quelque sorte deviné la méthode de Chéselden, on plutôt, chose singulière, ils avaient retrouvé , comme le chirurgien anglais , l'appareil modifié de frère Jacques, qui, depuis un quart de siècle, était tombé presque entièrement en ouWi.
Morand, Ledran, Sharp , Pouteau, etc., travaillèrent à Penvi à perfectionner les procédés d'exécution de la taille latéralisée; Lecat, Haukins, mais surtout le Frère Côme, se distinguèrent entre tous ceux qui proposèrent pour la pratiquer des instrumens particuliers. Le gorgeret dUaukins ne soutint pas long-temps la haute réputation d'utilité que lui avaient faite quelques partisans; et les corrections que lui firent subir Louis et Desault ne purent le sauver de l'oubli; Lecat y -avait condamné lui-même le gorgeret cystitomedontil était l'inventeur, et il n'en prétendit soutenir l'excellence que quand le Frère Côme eut fait connaître son propre lithotome. Le public fit connue avait fait Lecat avant sa dispute ; il renonça au cystitome du célèbre chirurgien de Rouen, et employa celui de Bazeiîhac comme un des instrumens les plus commodes et les plus sûrs que possède l'arsenal chirurgical. Nous ne trouvons plus rien de remarquable à signaler , relativement a la taille latéralisée. On a mis bien plus d'exactitude dans la description anatomique des partie» sur lesquelles on opère, et rendu par conséquent les procédés opé-
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ratoires plus réguliers et plus sûrs; mais ces perfectionne mens ont été surtout l'ouvràge de notre siècle.
Nous avons signalé comme un des plus beaux titres de gloire du seizième siècle l'invention de la taille par le haut appareil. Si l'on excepte Rosset , qui , dans son célèbre ouvrage sur l'opération césarienne, fit une apologie très-solide de la méthode de Flftico, les chirurgiens qui suivirent, pendant plus d'un siècle et demi, ne surent pas apprécier l'excellence de cette méthode. A la vérité , un médecin de la Faculté de Paris, Nicolas Piètre, lit soutenir dans une thèse, en i635, que la cystitotomie sus-pubienne n'était ni difficile, ni •dangereuse. Bonnet, chirurgien de l'Hôtel-Dieu, l'avait pratiquée plusieurs fois, et les éloges que donnaient à cette opération plusieurs médecins distingués , déterminèrent le parlement de Paris à engager Colot à en faire l'expérience sur le cadavre; mais le rapport de ce lithotomiste fut tel qu'on devait l'attendre d'un homme intéressé à ne considérer comme bonne que sa propre méthode ( il ne pouvait, disait-il , penser à celle-là sans horreur) ; et le jugement favorable de Dionis sur celle de Franco n'engagea personne à la pratiquer. Il fallait qu'elle fut tombée dans un bien profond oubli , au moins en Angleterre , pour que Jean Douglass se permit de lui imposer, quand il la renouvela en 1719, son nom ou celui de son frère Jacques Douglass, qui l'avait préconisée un an auparavant. Cftéseîden ajouta quelques perfectionnemens au procédé opératoire de son compatriote, en obtint de nombreux succès, et contribua beaucoup, par l'influence de son grand nom , à procurer des partisans à la taille sus- pubienne. Tel fut Heistér, qui, le premier peut-être, reconnut par expérience qu'on pouvait, sans inconvénient, se dispenser de distendre la vessie par une injection ; tels encore Morand, qui publia sur ce sujet un assez gros livre ; et Senac, dont un simple discours mis en tête de l'ouvrage de Fr. Colot vaut bien le volume de Morand. A la suite de ces hommes célèbres, nous n'avons plus à nommer qu'un chirurgien du siècle passé; mais celui-là fit plus à loi seul pour démontrer l'excellence de la taille sus-pubienne, que n'avaient fait tous ses prédécesseurs : ce chirurgien, c'est le Frère Corne. Ce n'est que depuis peu que son ouvrage a cessé d'être classique. ♦
Nous terminons ici cette revue sommaire des progrès les plus importans de l'art chirurgical au siècle passé. On s'étonnera peut-être de n'y pas trouver l'indication de quelques travaux qui n'ont pas été sans influence sur les progrès de la chirurgie : si nous n'en avons pas
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parlé, ce n'est point que nous en pensions d'une manière défavorable; mais nous avons jugé plus convenable d*en réserver quelques-uns pour être mentionnés dans l'aperÇu historique sur les progrès de la chirurgie au dix -neuvième siècle, que nous placerons en tête de la Bibliographie de cette époque. Nous avons négligé les autres , parce qu'il étsfe difficile de tout dire, et impossible de le faire sans dépasser de beaucoup les limites d'un article de dictionnaire.
Si nous voulions donner ici .la liste de tous les ouvrages que nous avons été obligés de consulter pour y chercher des renseignemens , cette simple nomenclature couvrirait plusieurs pages , et ne serait qu'une répétition de la Bibliographie qui complétera notre Dictionnaire. Nous nous bornerons donc à y renvoyer le lecteur
CHOMEL (Pikrhe-Jban-Baptiste), né à Paris en 167 1., commença ses études au collège des Jésuites, à Paris, et fut les achever chez les Jésuites de Lyon. De retour à Paris , à l'âge de quatorze ans, il se livra à l'étude de la médecine, et surtout de la botanique. Son assiduité le fit remarquer de Tournefort, dont il devint l'élève et l'ami. Reçu docteur en 1697, il continua de s'occuper avec ardeur de botanique; et lorsque Tournefort eut formé le projet d'une histoire générale des plantes du royaume, Ghomel se chargea d'y coopérer activement. En 1700, il parcourut dans ce but l'Auvergne, le Puyde-Dôme et le sommet du Cantal, le Bourbonnais et les montagnes du voisinage, si fertiles en plantes médicinales. Ses travaux botaniques lui attirèrent la faveur de Fagon, qui le fit nommer médecin du Roi par quartier, en 1706. La mort de Tournefort, arrivée en 1707, ne fit que redoubler le zèle de Chomel pour l'étude de la botanique. Il avait loué un terrain inculte dans le faubourg Saint- Jacques; après y avoir réuni la plupart des plantes médicinales les plus usitées, fl y donna des leçons publiques depuis 1706 jusqu'en 1714* sur la préparation des remèdes simples et composés, tirés des végétaux. Telle fut l'origine de l'école de pharmacie qui existe encore aujourd'hui dans le même local. C'est à Chomel qu'on doit cette institution. Depuis 170 3, il avait lu à l'Académie des Sciences sept mémoires qui contiennent la description et l'histoire d'un pareil nombre de plantes, et communiqué diverses observations sur les eaux minérales et sur quelques cas de pathologie. En 1720, il fut nommé associé de cette compagnie savante. Élu doyen de la Faculté de médecine en 1738, il s'occupait assidûment de ses nouvelles fonctions, lorsqu'il succomba à la suite
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d'une maladie qualifiée de fièvre maligne catarrhale, le 3 juillet* 1 740, touchant à sa soixante-neuvième année. On a de lui :
Ergd rvris incolœ vivaciores. Paris , tique sur leur usage. Parî^ 1 7 1 a, 1 7 x 5,
x 695 , in-4 ; avec J. Robert. 1 7 a 5 , in-i a , 3 vol.
Ergo peracutis statim, ut plurimum Supplément à V abrégé des plantes
purgath per superiora. Paris, 1695, usuelles. Paris, 1730, în-ia. — Ce
in-4 ; avec Pierre Bourdelot. supplément fat réuni à l'ouvrage pré-
Ergb dysenteriœ vomi tus. Paris, cèdent, et publié par le fils de Chorael,
X698, in-4; avec Gillet de la Ri- avec une notice sur Tau tenr, à Paris,
v tè rc . ï^r, in-ia , 3 vol. ; ibid., 178a , in-8,
An sale condita lithiasi Paris, 1 704, 1 voL ; ibid. ,1810, in-8 , a vol. Cette
in-4 i avec Nicolas Le Teîlier. édition , avec additions , a été publiée
Réponse de M. Chomel à deux lettres par M. Maillard.— L'ouvrage de Cho-
éerites par M- Ph. CoUet. Paris, 1697. mci était le résumé de ses leçons. H eut
— Cet écrit est relatif à deux lettres un grand succès, dit M. Du Petit-
insérées dans le Journal des Savons , Thonars, parce qu'en ce genre et sous
par Philibert Collet , avocat de Dijon, cette forme abrégée et populaire, il a
et amateur de botanique, qui critiquait été long-temps le plus complet ; mais
vivement la méthode de Tournefort. ce n'est pas toujours nn guide sûr,
Suivant Nicéron,Tonrnefort aurait été quoique Fauteur cite souvent sa prolni-mélbe auteur de cette réponse. expérience.
Abrégé <je V histoire des plantes Lemonnier a publié nn catalogue
usuelles, dam lequel on donne leurs dès plantes que Chomel avait décou-
noms différens, tant français que la- vertes.
tins ; la manière de s'en servir; la dose ( Notice sur Chomel , dans V Abrégé
et les principales compositions dephar- des plantes 'usuelles. — Haller, Biblioth.
macie dans, lesquelles elles sont em- med. pract. — Encyclopédie méth. —
ployées, avec des observations de pra- Biog. univ.)
CHOMEL ( Jean-Baptiste-Louis), fils du précédent, naquit à Paris, et. suivit la même carrière que son père. Il reçut le bonnet de docteur en 17$*, et professa la botanique en 1747. Il fut médecin ordinaire du Roi, et doyen de la Faculté de médecine; il avait été appelé à ces dernières fonctions en 1755 et 1756. Chomel .est mort à Paris le 11 avril 1765, laissant les ouvrages suivans.
An in partu difficili , mann potiiis des bestiaux. Paris, 174$, in-8.
quam instrumentas utendum? Paris, Dissertation historique et critique
1 7 54, in-4. sur V espèce de mal de gorge gangré»
An in asiate média rariori indtdgen- neux qui a régné parmi les en/ans ,
dutn cibo? Paris, 1757, in-4. l'année dernière. Paris, I749>
Lettre d'un médecin de Paris à un Essai historique sur la médecine en
médecin de province, sur la maladie France. Paris, 176a, in- 1 a.
Si* CHO
Éloge historique de M. .1/Wûr, mi» posé cette année (i 764). Pari», 17O5 , decin consultant du roi. Paru, 1761, in-ia.
g Chomel donna en 1761 une édition
, , . fa\ Abrégé des plantes usuelles t aiusi
Eloge de Louis Duret, médecin ce- ~. , , ,
*> que nous 1 indiquons dans I article prêtre sous Charles IX et Henri III ; ou- 4 *
vrage qui, au jugement de la Faculté (tffoy —Bncyclop. méthod.-^Biog. de médecine, a remporté le prix pro* univ. — Qnérard,)
CHOPART (François) naquit à Paris le 3o octobre 1743. Fils de François Turlure, il adopta de préférence le nom de sa mère, Marie- Anne Chopart y et le porta toute sa vie. Après une éducation soignée, il fut reçu maître ès-arts en 1761* Entraîné par un goût particulier, Chopart embrassa l'étude de la chirurgie, et débuta par la fréquentation de l'Hôtel-Dieu; il passa de là, en qualité d'élève interne, à l'hôpital de la Pitié, puis à celui de Bicétre, où il se livra surtout à l'étude des maladies syphilitiques. En. 1767, il partagea le prix proposé par l'Académie de chirurgie 3 sur le Caractère et le Traitement dçs Loupes; et l'année suivante il obtint un accessit avec mention honorable pour un Mémoire sur les Contre-coups dans les lésions de la téte. JX subit ses examens avec la plus grande distinction, et fut reçu maître en chirurgie le 10 juillet 1770. Il a'était à peine écoulé un an depuis sa réception, lorsque Chopart fut nommé professeur de l'école-pratique. H s'y fit quer par son attachement pour les élèves, son zèle pour leur ii traction , par la clarté et la méthode de ses leçons. Il devint successivement adjoint, conseiller, commissaire, et enfin vice-directeur du comité de l'Académie de chirurgie ; il fut aussi prévôt du Collège de chirurgie. Le i3 mars 178a, Chopart succéda à Bordenavè dans la chaire de physiologie; il y agrandit sa réputation d'excellent professeur : aussi fut-il nommé, lors de l'institution des nouvelles écoles, à la chaire de pathologie externe. Il remplit avec zèle ses nouvelles fonctions, ainsi que celles de chirurgien de l'hospice de l'école jusqu'à sa mort, qui arriva le ai prairial de l'an m, à la suite d'un cholera-morbus. Chopart avait fait deux voyages à Londres: l'un, pour accompagner un malade 5 l'autre, pour connaître l'état de la chirurgie en Angleterre. Il contracta avec le célèbre Hunter une liaison qui fut suivie d'une correspondance très -active. On connaît l'amitié qui l'unit à Desault , dont il partagea les travaux et la gloire.
Chopart possédait toutes les qualités de l'homme de bien. Répandu dans le monde, il y porta une gatté naïve et une extrême
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franchise. Il sut conserver, en fréquentant les grands , cet amour pour l'indépendance qui caractérise l'homme dont la conscience est pure. Nous avons de ce chirurgien savant et judicieux :
Essai sur les Loupes, dans les Prûr Traité des maladies des voies uri-
de V Académie de chirurgie, ton* IV, usures. Paria, i 7 oi v Jn-8«, a vol. Non-
i" partie. — Mémoire sur le, Contre- velle édition, Paria, x8*c, in-8«, •
ecups dans les lésions de la téte, même roi arec des notes, et un Mémoire snr
recueil. Chopart fit de ce Mémoire le les Pierres de la vessie et sur la Li-
sojet de sa thèse ; il nW qu a le mettre rftotomie, par E.-H. Fehx-Pascal. —
en latin 2 De lesionibtts eapitis per ictus Ouvra ge classique.
repercussos. Paria, 1 77 o t in-^— De Qn troov8f dan9 Ja Médecine éclat,
uteri prolapsu. Paris , x 7 7 a , in-4. rée par les sciences physiques , t. IV,
Traité des maladies chirurgicales et page 85, L'observation de la première
des opérations qui leur conviennent, .«pnution parUelle du pied, pratiqnée
Paris, 1 7 8o, in-8<> t a vol. ; iïid., an xv, ^ chopart, d'après la méthode dont
in-8«, a y., avec XÉloge de AWrpar n ^ l i nve ntenr. Plnsieors thèses ont
Bichat. — Ce traité , fait en commun été soutenues sons sa présidence an
avec Desault, contient plusieurs cha- Collège de chirurgie,
pitres intéressa ns et inatructits , parmi ( P. Sue , Notice histor. sur Cho-
iesquels oa distingue ceux relatifs aux part, )
CIGNA (Jean-François), anatomiste et physicien distingué, naquit à Mondovi, le a juillet 1734. Il fit des études dans sa ville natale, et fut reçu par concours, comme élève en médecine, au collège des Provinces, en i?5o; son assiduité et ses progrès ne lardèrent pas à le faire remarquer de Beccaria , dont les savantes leçons inspirèrent au jeune Cigna nn goût décidé pour les sciences physiques et mathématiques. Il se livrait en même temps avec ardeur à l'étude de la médecine , et en i 7 54 il prit sa licence a l'université de Turin ; en 17 55 , il fut nommé répétiteur pour la médecine pratique, et agrégé en 1757. H obtint cette dernière place après avoir soutenu avec applaudissemens plusieurs thèses que nous indiquerons ci-après. L'anatomie et la physiologie étaient , depuis long-temps, l'objet particulier de ses études , quand Cigna fut appelé à la chaire de professeur extraordinaire d'anatomie , en 1 770 , et à celle de professeur ordinaire , après la mort du docteur Aruno. Lié d'amitié avec Saluzto et Lagrange, comme lui disciples distingués de Beccaria, ce fut avec eux qu'il fonda , en 17^9, une société philosophico-mathématique , qui devint ensuite l'Académie royale des Sciences de Turin. Cigna fut le premier secrétaire per-
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pctuel de cette compagnie savante ; il était l'un des quarante de la Société italienne, et correspondant de la Société royale de Londres. Cigna est mort le 16 juillet 1790, laissant les ouvrages suivans :
Spécimen pro cooptatione in amplis- nu expérimenta nonnuUa 9 p. 68. —
simum Collegium medicum. Tarin, Cigna pensait, d'après ses expériences ,
1757, in-4. — Ce travail contient les qne la couleur noire du sang n'est due
thèses soutenues par Cigna , dont qu'à l'absence de l'air, ce fluide pou-
voici les titres : De electricitate. — De vant seul lui donner la couleur ronge.
utero. — De irritabilitajte. — De corn* Le même recueil contient les me-
phora. — Uteri injlammatio, — De non- moires suivans : De frigore ex eyapo-
nulîis prateipuis difficuUadbus quœ in ratione et affinibm phœnomenis non-
cognitione et curatione fèbrium occur- nullis , même volume. — De causâ ex-
runt, — La dissertation sur l'électricité ùnctionis flammes et animalium in aere
contient un résumé des observations interclus orum , même volume. — De
de Beocaria sur l'électricité naturelle novis quibusdam experimentis electri-
et artificielle. — Celle sur l'utérus con- cis, vol. III. — Ces expériences de Q-
siste, au rapport de H* lier, en une gna, postérieures à celles de Symmer,
très-bonne description de cet organe, sont beaucoup plus importantes, dit
Cigna a trouvé dea tumeurs et des sail- Priestley ; elles ont répandu un grand
lies anormales dans l'utérus d'une jour sur la théorie des deux espèces
femme morte enceinte. — Les remar- d'électricité , et sur celle de la bouteille
ques de Cigna sur l'Irritabilité ont de Leyde. Elles forent publiées par
pour but de confirmer les opinions notre auteur en 1766.
de Haller sur ce sujet. De electricitate et de respiratione.
Rcfutado obj'ectionum , quœ adver- Turin ,1773, in-4.— Cigna traite surin* thèses de irritabiUtate 7. Francisci tout de l'établissement de la respira- Cignœ exstant in T. II. libri Dononiœ tion chez l'enfant naissant. Il peosait editi, 17 58, in-4. — L'auteur réfute que cette fonction avait un autre but les argumens de plusieurs antagonistes que celui qu'on lui attribue générale dea idées de Haller sur l'Irritabilité, ment. Il croyait, d'ailleurs sans preuve, De iis quœ un societate aeta sunt que les poumons de l'enfant étaient commentant conscripti a Johanne comprimés par un air chargé de va- Francisco Cigna. — Compte rendu peurs nuisibles, qu'il fallait que l'indes travaux de la Société philosophico- traduction d'un air nouveau put chasmathématique,dont Cigna était, comme ser de la poitrine. — Ces deux ménous Pavons dit, un des fondateurs, moires sont aussi insérés dans le vol. "V Ce rapport est inséré dans les Miscel- des Memorie delT Accademia délie lanea philosophico-mathematica socie» scienze , etc. , de Turin. tatis privatœ Taurinensis. Turin, 1 7 59, Thèses anatomicœ singillatim édita: in-4, vol. I. — Ce premier volume des in usum disputationum Acad. in Reactes de cette société contient les deux gio Taurinensi archigjmnasio. Turin, mémoires suivans de Cigna : *77 •
De analogiâ magnetismi et electri- Lettre de M. Cigna sur un pkéno-
«nW/j , page 43. — Le eolore sangui- mène de rébullition, insérée dans le
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journal intitule : Observations sur la ainsi châtrées, qu'il fit ensuite cocher
physique , sur V histoire naturelle, sur par an jeune coq, pondirent des œufs
les arts t etc.; par M. l'abbé Rozier. qui produisirent, par l'incubation, des