XXIV PRÉFACE
que les principales rues ont commence à être éclairées par les lanternes.
La municipalité s'ingénie aujourd'hui à débarrasser le plus promptement possible la ville des immondices de toute espèce qui sont des causes d'infection et d'épidémie. Elle a adopté le principe du "Tout à l'égout " qui serait le plus rationnel s'il y avait assez d'eau pour l'évacuation et assez d'emplois pour l'utilisation des matières. Sous l'ancien régime, c'était, comme le dit M. Franklin, la pratique du « Tout à la rue » qui prévalait.
Il cite, d'après Léon de Laborde, cinq latrines publiques dans Paris au XVF siècle ; elles n'étaient fréquentées que par les gens du commun. Dans les maisons, il y avait encore peu de fosses d'aisances au milieu du XVI I" siècle. En 1668 les commissaires du Chàtclet déclaraient •' qu'en la plupart des quartiers, les propriétaires des maisons se sont dispensez d'y faire des fosses et latrines, quov qu'ils ayant logé dans aucunes desdites maisons jusques à vingt et vingt-cinq familles, ce qui cause en la pluspart de si grandes puanteurs qu'il v a lieu d'en craindre des inconvéniens fâcheux ". Ordonnance fut rendue pour que les propriétaires établissent des latrines ou fosses dans leurs maisons : ordonnance qui, comme bien d'autres relatives à l'hygiène, n'a .^ans doute que très lentement et incomplètement triomphé des mauvaises habitudes et de la force d'inertie. Le Louvre même en était dépourvu. En 1680, sur les degrés, dans les allées, derrière les portes et presque partout «on y voit mille ordures, on y sent mille puanteurs insupportables causées par les nécessités naturelles que chacun y va faire tous les jours, tant ceux qui sont logés dans le Louvre que ceux qui y fréquentent ordinairement et le traversent. On voit même en plusieurs endroits des balcons et traverses chargés de ces mêmes ordures, et des immondices, ballieures et bassins des chambres que les vallets et servantes y vont jeter tous les jours ".
Dans les ménages on employait le pot de chambre et la chaise percée. On voit comme en certains lieux se faisait l.i \idange. En 1771, Sartine*; étant lieutenant de police, fit déposer des barils
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d'aisance " à tous les coins de rues ". lesquels sont remplacés de nos jours par les urinoirs. Aux Tuileries, une allée d'ifs offrait une retraite si fréquentée qu'on trouvait à peine une place pour y poser les pieds : sous Louis XVI, le directeur général des bâtiments du roi fit abattre les arbres et construire à la place des latrines pavantes : non sans mécontenter les habitués.
Il n'est pas besoin de remonter jusque par delà le XIX'' siècle pour trouver quelque part en France, voire même dans certains quartiers . de Paris, un tel oubli des convenances et de l'hvgiène. Pour netto\er les écuries d'Augias, il faut non seulement la vigilance de l'édilite, mais aussi le concours des mreurs et de l'opinion publique ; c'est un résultat de la civilisation qui s'acquiert peu a peu. Sous ce rapport, si nous avons été devancés par les Anglais et les Américains, nous pouvons nous rendre cette justice que depuis un demi-siécle de très notables progrès ont été accomplis dans nos villes de provinces, dans nos rendez-vous de villégiature et à Paris. Le vieux parisien qui se rappelle le pave et l'éclairage .sous le règne de Louis-Philippe, et qui foule aujourd'hui les chaussées en bois, éclairées la nuit par le gaz ou l'électricité, sent la différence.
Somme.s-nous au terme des perfectionnements? Il n'\ a pas de terme en cette matière. Il en est des commodités de la vie publique comme des besoins de la vie privée. On se plaint d'aujourd'hui tout comme se pouvaient plaindre nos ancêtres. Les exigences croissent avec les moyens de satisfaction et ces movens augmentent avec les perfectionnements à la recherche desquels le génie des inventeurs et des entrepreneurs est sans cesse éveillé de notre temps et avec la richesse publique qui permet aux municipalités de les appliquer. Les dépenses des communes ont. pour cette raison et pour d'autres, beaucoup augmenté depuis trente ans, trop augmenté à certains égards. Mais il ne faut pas se leurrer de l'espérance de les voir diminuer, parce qu'assurément les exigences des administrés iront en croissant. La sagesse des administrateurs doit consister, non à prononcer un « non possumus « absolu, mais à se refuser à toute dépense superflue, afin de se trouver mieux en état de faire face aux