ÉTALONNEURS DES MESURES — ÉTUVISTES
entre les mains du plus ancien des mesureurs de sel, l'autre entre les mains du dernier nommé '.
Etameurs. Tilre qui appartenait à la corporation descluutiers. Mais bien d'autres industriels avaient le droit d'étamer leurs produits.
On nommait plus particulièrement maignens les chaudronniers ambulants qui faisaient de rétamage leur spécialité.
Les mots estaimiers, estainieris, estaingniers , etc. désignent à la fois les potiers d'étain et les éfameurs.
Étaminiers. Fabricants d'étamine. C'était
une étoffe de laine ou de soie, très légère et non croisée. Elle était connue dès le onzième siècle*, et l'on sait qu'au quatorzième on s'en servait pour passer des liqueurs, pour essujer les vases à boire, et aussi pour faire des chemises '. On l'employa beaucoup plus tard à confectionner les robes des avocats, les voiles des religieuses et des vêtements de deuil. Il s'en fabriquait dans toute la France *.
Etape. La place des lialles destinée au commerce des vins s'appelait l'étape. En 1413 l'étape fut transférée des halles à la Grève. Louis XIV en fit étaljlir une autre à la porte Saint-Bernard.
Vendre à Pétape ou à l'estappe signifiait vendre au marché, par opposition à la vente en bateau avant le déchargement. « Aucun vendeur, dit Yord'^nnance de i4l5, ne commencera vente à l'estape jusques à ce que Prime ^ soit sonnée à Nostre-Dame ; et aussi ne vendra à ladite estape qu'une charretée ou chariotée de vin à une fois, et n'entreprendra autre jusques à ce qu'il ayt délivré la première * ».
Éteignoirs. Voy. Chandeliers.
Étêteurs. Vov. Caqueurs et Éla gueurs.
Éteufflers. Voy. Esteufs (Faiseurs d').
Etoupières. Femmes qui transformaient en étoupes de vieux cordages provenant des navires.
Étrennes {Dim.\nche après les). C'est le dimanche qui suivait le \" janvier. La confrérie des drapiers se réunissait « le dimanche après les estraines ' ».
Ètrenniers. Voy.
de).
Jouets (Fabricants
Étroigneurs. Voj. Éiagueurs.
Etronçonneurs. « Etronçonner un arbre, dit La Quintinye, c'est lui couper entièrement
' Chapitre XXV, ait. 7.
2 (^uifliiTitt . Histoire i/u costume, p. 15-1.
3 Douët-d'.\rc(j, Comptes tie l'nrgenterie, p. 375.
* Savan', Dictionnaire du commerce, t. I, p. 1,908.
5 Prinie se Aunnait alors le matin à six heures.
6 Chap. V, art. 21.
" Ordonn. royales, t. III, p. 531.
la tète, en sorte qu'il ne soit plus que comme un tronçon * ».
Voy. Éîlagueurs.
Étroimeurs. \«y. Éiagueurs.
Étuis à chapeaux (Faiseurs d'j. Titre que prenait la corporation des cartonniers.
Étuveurs. Voy. Étuvistes.
Etuvistes. Les croisés avaient rapporté d'Orient le goût des bains, et de bonne heure les étuves s'étaient multipliées à Paris. La Taille de 1292 mentionne déjà viugt-six étuves, réparties à peu près dans tous les quartiers.
Chaqtie matin, au point du jour, les valets étuveurs parcouraient les rues, annonçant que les bains étaient prêtas :
Oiez c'on crie au point du jor 2 ; Soignor, quar vous alez baingnier Et estuver .sanz (lelaier 3, Li baing sont chaut, c'est sanz mentir.
Les statuts des étuveurs sont compris dans le Livre îles métiers *, mais ils y ont été insérés après la mort d'Etienne B^ileau, car l'écriture date du quatorzième siècle seulement. Ils offrent, d'ailleurs, un grand intérêt comme peinture des mœurs de l'époque.
Le métier était franc, ce qui signifie que chacun pouvait s'établir étuveur sans payer aucune redevance. On se bornait à exiger l'en^agement de respecter les statut-s rédigés en commun par les membres de la corporation.
Nul ne devait annoncer l'ouverture des étuves avant le point du jour, « pour les perilz qui pevent avenir en ceux qui se lievent audit cri pour aler aus estuves ». Ces périls prouvent le peu de sûreté que présentaient les rues pendant robscurité.
Il était défendu de recevoir dans les étuves des femmes d'une conduite suspecte, des lépreux ou des lépreuses, des vagabonds, des gens mal famés, coureurs de nuit : « Que nulz dudit mestier ne soustiengne en leurs mesons ou estuves bordiaus de jour ne de nuit, mesiaus ne meseles, rêveurs, ne autres genz diffamez de nuit ».
Le prix de l'étuvage était fixé à deux deniers (un franc peut-être de notre monnaie', celui du bain à quatre deniers. Cette distinction montre bien que, parmi les personnes qui fréquentaient les étuves, les unes se bornaient a prendre un bain de vapeur, tandis que d'autres y faisaient succéder un bain d'eau chaude ; c'est encore ce qui se pratique dans les bains publics de l'Orient. Au siècle suivant, les prix étaient presque doublés : l'étuvage coùt^iit (piatre deniers, l'étuvage et le bain réunis huit deniers. Le peignoir était fourni moyennant un denier.
I/habitude des étuves était si générale que l'Etat prenait de grandes précautions pour en
* Instruction pour les jardins, t. I, p. 94. î .Jour.
* Jour, y Sans difféi'er.
* Titre LXXIII.
KTUVISTES
pirvi'iiii' la ri'iMiifdirf. Aiii>i, i[iiiuul un hiver rii,'oiiM'ux l'aisiiit hausser le prix du bois et du eharlion, le prévôt de Paris adiiietliiit les réclainaticins des étuveurs, et aufjfmeiitait le prix (rentrée proportiDiinellemenl ù celui qu'avait alleini le coniliustible : « Et pour ce que en aucun temps huche, charbon sont plus chiers une luis (|ue autre >, le prévôt de l'aris pourra élever le prix -des étuves, <,< par le rapport et serement * des bones fjen/. dudil niestier ».
Un article, sans doute postérieur ù ces premiers statuts, nous apprend qu'on allait aux étuves le soir aussi bien que le matin, que souvent on y restait toute la nuit, et ([ue la réputation de ces maisons était déjà fort mauvaise : « Que nuls ne cliaufe estuves ù Paris que pour hommes tant seuUement ou pour l'ames, lequel qui li plera, car c'est vil ciu)se et honteuse, pour les ordures et p<uir les perilz qui v peveni avenir ; car quant les hommes s'estuveut par devers le soir, aucune foiz ils demeurent et «gisent leens jusques au jour qu'il est haute heure. Kt les dames viennent au matin es dictes estuves, et aucune foiz vont es iluuubres aus hommes par i<fnorance ; et assés d'autres choses qui ne sont pas belles à dire ».
Les étuves étaient fermées les dimanches et jours de fête.
Trois « preud'ommes du mestier », élus par leurs cimfrères et acceptés par le prévôt de Paris, prêtaient serment de dénoncer toutes les contraventions aux statuts, les « mesprentures », dit le texte. Cha([ue contravention de ce genre était punie d'une amende de dix sols, dont six allaient au roi, et les quatre autres aux preud'hommes jurés.
En dépit de ces sages règlements, les étuves continuèrent à servir de lieux de plaisirs, et rien ne parait avoir été changé pendant longtemps à leur organisation. Au commencement du seizième siècle, on criait encore l'iiuverture des étuves au point du jour.
Les bains se prenaient dans des baquets de bois, car la baignoire de métal est d'invention récente. En 1416, Isabeau de Bavière paya treize sous pour faire « desassembler et rassembler, recingler et relier tout de neuf deux cuves à baigner » pour son usage *. En 1478, Jacques Cadot, menuisier, reçoit trente sous, pour une « cuve à baigner » le roi. En 1481, Mace Pignel, tonnelier, demande vingt-deux sous six deniers « pour avoir habillé et nectojé les cuves à baigner » Louis XI ''. Les peignoirs ou fonds de bain .se nommaient ha'ujnohes ou baignoires ; ils étaient ordinairement de toile très fine, et on employait jusqu'à douze aunes pour en faire un seul *.
Les cuvettes de toilette se nommaient alors bassins ù lacer. Ordinairement, on les posait à terre sur une natte, et l'on se lavait à genoux la la tète et le haut du corps, c'est-à-dire tout ce que le bain laissait hors de l'eau. Le pot à lacer
1 Serment.
* V. Gav, Glossaire, p. 104.
3 Douët-d'.^rcq, Comptes de l hôtel, p. 353 et 390.
* Diiuet-il'.\rcq. Comptes de l'argenterie, p. 230 et 350.
liu pol Ù eau, différait do l'aiguière, qui s'employait surtout pour le lavage des mains avant et après le repas. On voit dans l'inventaire dressé après la mort de (lliarles \' cpie ce prince possédait vingt-quatre bassins à laver en or, une foule de bassins semblables en argent et « ung bassin ou vaisseau à laver piez » qui pesait 47 marcs d'argent '.
Les grandes familles avaient souvent des étuves et des salles de bain ilans leur hôtel ; les récits du temps nous en fournissent de nombreuses preuves ^. Des étuves destinées à la maison royale avaient été construites dans le jardin du Palais, à l'extrémité de la Cité, et ce petit bâtiment figure encore sur le plan dit de Ducerceau, qui date du milieu du seizième siècle. Il y avait également des étuves et des bains au Louvre, à l'hôtel Saint-Paul et à celui du Petit-Musc. Sauvai nous dit même qu' « ils étoient paves de pierre de liais, fermes d'une porte de fer treillissé, et entourés de lambris de bois d'Irlande; les cuves étoient de même bois, ornées tout autour de bossetes dorées, et liées de cerceaux attachés avec des clous de cuivre doré ^ ».
En somme, les étuves rendaient de réels sei-vices, bien qu'elles n'eussent rien perdu au seizième siècle de la mauvaise réputation qu'elles s'étaient légitimement acquise depuis le quatorzième. Toutefois leur vogue ne se soutint pas. Endroits de perdition, anathématisés à la fois par les prédicateurs catholiques et par les ministres huguenots, elles se virent peu à peu abandonnées, et presque toutes disparurent. La morale y gagna, cela est certain, mais nous allons voir tout ce qu'y perdit la propreté. Les étuves fermées, à qui s'adresser pour les soins du corps '^ Restaient seulement les barbiers-chirurgiens, dont les boutiques n'avaient rien d'attrayant. Dans un réduit obscur gisaient trois ou quatre baquets destinés surtout aux malades ; quant au maître barbier, il était là, prêt à vous rendre ses petits services, essuyant ses mains qui venaient de panser un cautère ou d'ouvrir un abcès. Entre deux maux, il faut choisir le moindre. Les Parisiens prirent leur parti, et sans trop de peine, semble-t-il. On cessa d'aller au bain ; puis, l'habitude de l'eau une fois perdue, on finit par ne plus se laver du tout, même chez soi. Une charmante et élégante reine, Marguerite de Navarre, dans un dialogue amoureux composé par elle *, trouve tout naturel de dire à son amant : « Voyez ces belles mains ; encore que je ne les aye point descrassées depuis huict jours, gageons qu'elles effacent les vostres ^ ».
Le 23 mars 1673, Louis XIV créa la corporation des barbiers -baigneurs -e'tuvistes- perruquiers, à laquelle il octroya, en mars 1674, puis en avril 1718 des statuts que j'ai analysés à l'article Barbiers.
1 Intentaire, p. 75, 184 et 199.
2 Voy. entre autres, dans les Cent iiouerlles nouvelles, les contes 1 et 3.
3 Tome II, p. 273, 274, 280.
» Tallemant des Réaux, t. I, p. 147.
5 Lii ruelle mal assortie, p. 114-
ETUVISTES — EVENTAIHE
A cette époque, il y avait encore à Paris deux établissements installés sur le modèle des anciennes étuves. Ils étaient situés rue Marivaux* et rue du Cimetière-Saint-Nicolas * , et les anciennes traditions s*j étaient conservées. On pouvait y prendre ii la fois des bains d'eau chaude et des bains de vapeur, et la séance était souvent terminée par l'application d'une ou deux ventouses dans le dos. Voici, au reste, d'après un livre devenu fort rare ', comment les choses se passaient alors :
« Celuy qui veut se baij^ner dans l'eau froide va à la rivière.
» Nous lavons la crasse dans les bains chauds, soit assis dans la cuve, soit en montant en haut aux bancs à suer, et nous nous frottons de la pien'e ponce ou d'une estamine.
» Le maistre ou valet des estuves scarifie la peau avec sa lancette en y appliquant des ventouses, pour en tirer du sang qui est entre chair et cuir, et l'essuje avec une éponjje >;.
Les établissements de ce genre portaient en général le nom de bains, et on réservait celui d'étuves pour les maisons où des bains de vapeur étaient administrés par ordre du médecin.
Bien que les anciens étuvisles aient eu, selon toute apparence, pour patron saint Michel, la communauté créée par Louis XV fui placée sous le patronage de saint Louis.
Le Livre des métiers cite des estureurs et des eslureresses. L'ordonnance des Bannières (1467) en fait des esliiviers. On trouve encore esteuviers. estuvenrs, stuDOurs, etc., etc. *
ÉventaiLlers. Voy. ÉventailUstes.
Eventaillistes ou éventaillers. Les
éventails primitifs, souvent nommés e'ventoirs, se composaient d'une touffe de plumes étalées à l'extrémité d'un manche plus ou moins orné. Ils étaient sans doute fabriqués alors par les plumassiers. Srius François I", l'éventail cessa d'être un meuble d'intérieur pour devenir un objet de toilette ; il fut classé parmi les contenances, c'est-à-dire mis au même rang que les jolis colifichets, tels que pelotes, ilacons à parfums, cachets, clefs, etc., qui étaient suspendus à la ceinture, et qu'on prenait à la main pour se donner une contenance. L'éventiiil est ainsi décrit dans V Isle des Hermaphrodites, pamphlet composé sous Henri III : « Je \y qu'on luy mettoit en la main un instrument qui s'estendoit et se replioit, que nous appelons icj esventail. Il estoit d'un vélin aussi délicatement découpé qu'il estoit possible, avec de la dentelle à l'entiiur de pareille esloffe. Il estoit assez grand, car cela debvoit servir comme d'un parasol pour se conser%'er du hasle ^ ». Sous Richelieu, on voit les grandes dames la montre à la ceinture et leur éventail à la main.
* Anj. nie Nicolas-Flami'l.
* Auj. rue (^Impoli.
■• Di; l''raiiiiuivilli', l.e miroir Ht l'url. |i.
* Quicherat, Histoire du rax/inne. [). .S.")il 5 Edition de 1724, p. 18.
Vers le début du règne de Louis X\ , l'éventail prend de telles dimensions qu' « il y a de petites personnes dont la taille n'a pas deux fois la hauteur de l'éventail ' ».
Le commerce des éventails appartint pendant fort longtemps aux merciers, qui se chargeaient de les faire peindre, dorer et monter comme ils l'entendaient. En 1678 seulement, fut constituée une communauté d'éventaillisles. et leurs premiers statuts datant du mois de fé\Tier. Ils reconnaissent aux maîtres le droit de « fainfabriquer et composer un éventail de toutes le> parties qui luy sont nécessaires, le vendre et débiter dans lenrs boutiques et magazins ». IIpouvaienl les orner de peintures représentant deoiseaux, des fleurs, des paysages et même depersonnages, à condition que ce ne fussent pades portraits, spécialité réservée à la corporation (les peintres.
Il faut noter ici que les tabletiers étaient autorisés aussi à fabriquer des 6ois d'éventails.
Chaque maître éventailliste ne devait avoir à la fois plus d'un apprenti. L'apprentissage durait quatre années; il était suivi de deux années de compagnonnage et terminé par le chef-d'œuvre, (huit étaient dispensés les fils de maître et les maris des tilles de maître.
Les veuves étaient autorisées à continuer le commerce de leur mari, et à conser\'er son apprenti, mais elles ne pouvaient en engager un nouveau.
La qualité de maître éventailliste n'était pas incompatible avec celle de doreur sur cuir.
Chaque maître devait timbrer ses produits d'une marque particulière, propre à en faire reconnaître l'auteur.
En 1692. il y avait derrière l'église Sainl-Leu un grand magasin d' « oventailles » *, où se fournissaient la |)lupart des merciers détaillants. Les maîtres étaient dits officiellement étentaillistes-faiseurs et monteurs d'éventails.
La communauté paraît avoir été très remuante. On la voit sans cesse en procès avec les peintres, avec les merciers, avec les gantiers, avec les tabletiers. L'édit de 1776 la réunit à ces derniers. Le nombre des maîtres était alors de 130 en\-iron, et ils avaient pour patron saint Louis, dont ilcélébraient la fête dan- la petite église Sainte- Marine.
Voy. Peintresses en éventails.
Even taire (Marchandes a). « Femmes qui vendent par les rues de Paris, sur des paniers qu'on nomme inventaires ' ». On lit dans les (évis de Paris au seizième siècle : * « .\ ma belle esventoire !» Ivitin. V Eneyclope'die méthodique ■■ me fournil la définition suivante: « Evenlaire. panier plat, presipie ciirré, sur lequel les petites marchandes de fruits, de poissons et autres menues denrées étalent devant elles la marchan-
' Mercure tte France, octobre 1730. p. 2.31'). - Le titre commode pour 1692, t. II, p. 20. 3 Hiohelet, DirHoiiiinire (U1113). t. I, fi. J.fl3I. » Par A Tm(ni(t.
5 Fin ilu di.\-huiliènic' sièclr.