FILEURS DE TABAC — PILEUSES DE SOIE
Fileurs de tabac. Voy. Torqueurs.
Fileuses de coton. Elles étaient trop peu nombreuses au moyen ùge pour constituer une corporation. Le coton, d'ailleurs, arrivait le plus souvent tout filé de Syrie, d'Arménie, deNaples, de Sicile et aussi des Indes, provenance dont le souvenir s'est conservé dans les mots madapolam, calicot, etc. En qualité de produit exotique, il appartenait au commerce des épiciers *.
Jacques de Vitry, qui fut fait évéque de Saint-Jean d'Acre par les Croisés vers 1217, raconte qu'il vit en Palestine l'arbuste sur lequel on recueille le coton, intermédiaire, dit-il, entre le lin et la laine, et dont on fait de léj^ers tissus : « SunI pra'Ierea arbusta ex quitus colligunl bondjacinem quem Franci<i;en8e cotonem vel cotun appellant, et est quasi médium interlanam et linum, ex quo subtilia vestimenta contexuntur * ». Ces subtilia vestimenta étaient des tissus d'une extrême finesse, analogues à notre mousseline et qui portaient le nom de bougran. Mais, dès le quatorzième siècle, ce mot servit à désigner une toile assez gro.ssière, puisqu'on en fit des vêtements de dessous et des doublures ^. La futaine paraît avoir été la seule étoffe de coton un peu répandue, et encore servait-elle surtout à recouvrir des coussins, des matelas, des lits de plumes. Les gants et les bonnets de coton étaient déjà le monopole d'une corporation dont les membres furent les ancêtres de nos bonnetiers. Le coton entrait aussi dans la garniture de divers vêlement.s. Ainsi, le auqueton ou Loqueton devait son nom à ce qu'il était fortement garni d'ouate. Les statuts donnés aux pourpointiers en juin 1323 leur enjoignent de mettre au moins trois livres de coton dans chaque hoqueton.
Vers le milieu du quinzième siècle, on commença, non sans succès, à cultiver le coton dans le midi de la France, dans le Var plus particulièrement *. Les futaines de Troyes étaient recherchées. Une manufacture de ce tissu fut montée à Lyon vers 1580 ; peu d'années après, elle occupait jusqu'à deux mille ouvriers, parmi lesquels figuraient un grand nombre de Milanais et de Piémontais ^.
Toutefois, jusqu'au dix-huitième siècle, la France produisit peu d'étofTes de coton, h'inventaire du mobilier de la couronne dressé en 1681 enregistre déjà quelqiu's draps de coton, mais la toile de lin fut toujours préférée par les parisiennes.
Voy. Coton (Travail du).
1 On lit clans le compte des obsèques du petit roi Jeau : « Item, à Simon li'Esparnon, cspieier le Roy, pour .si.'c livri's de colon, U s. p. » Compte de Geojfroi de Fleuri pour 1316, p. 19.
2 Jacobus de Vitriaeo, ffisloriii orie/i/n/is, lib. I, cap. 80 i p. 171 de l'édition île 1507.
•• ^ iiy. Kianscique Michel, J/isloire des tissus de soie au moyen à(je, t. II, p. 29.
* A'i>y. -Musset-Palhav , Bibliographie agronomique , p. 32 et 03.
S Voy. Savary, Dictionnaire du commerce, édit. de 1723, t^ II, p. 187, et Vllistoire du commerce de Laffemas.
Fileuses de laine. La Taille de 1292 en
cite deux, celle de 1300 en cit« trois.
Les cardeurs se qualifiaient Fileurs de laine, colon et lumignon.
Fileuses de soie. Une partie des ou\Tières qui composaient ce métier est cité en 1250 par Jean de Garlande. Il mentionne les dévideuses, qu'il nomme « devacuatrices, quœ devacuant fila serica ^ ».
Le métier se divisait en deux corporations distinctes : les fillerresses de soye à gruns fuiseaus et les fileresses de soye à petiz fuiseaux. Ce sont les litres qu'elles prennent elles-mêmes dans les statuts qu'elles soumirent, vers 1268, à l'homologation du prévôt Etienne Boileau *. Comme on va le voir, chacune de ces deux corporations avait ses sUituts particuliers, qui diU'éraient d'ailleurs fort peu les uns des autres.