FONTAINIERS
On trouve un fype «le cliacun de ces caractères dans V Encyclopédie rnéthorlique *, et la liste de tous les graveurs cl fondeurs en caractères depuis le seizième siècle dans l'ouvrage suivant : A. -M. Lottin, Catalogue chronologique des lihraires, etc. *.
Les fondeurs de caractères, qui n'étaient guère plus de cinq ou six à la fin du dix-huitième siècle, ne formèrent jamais une communauté particulière. Réunis à celle des libraires, ils avaient, comme eux, pnur palrcm saint Jean l'évangéliste.
Voy. Graveurs.
Fondeurs de cloches. « Ariifices illi subtiles suiit, écrit Jean de (Jarlandc, qui fundunt campanas de aère sonoro, per quas in ecclesiis liorae diei denuntiantur motu batillorum et cordarum atlractarum ^ ». Le travail était, en effet, alors réglé partout par les sonneries des églises.
Les fondeurs de cloches sont plus souvent désignés sous le nom de sainliers, les cloches d'église s'appelant alors des saints *.
De là, une étjmologie fautive du mot tocsin. L'ordonnance de Blois •■ l'ayant orthographié toxin, le commentateur Guy Coquille mit en note : « Il faut dire toquesaint, car dans l'ancien langage françois, saint signifie une cloche ^ ». C'est aussi l'opinion de Noël du Fail '. Henri Estienne était plus près de la vérité quand il (lisait : « Il faut écrire, nontocsin. mais toquesiii; et encore, si en adjoustant un ^, on ècTi\ toquesing, on approchera plus de l'élymologie, car c'est un mot gascon, composé de toquer (au lieu de ce, nous disons toucher, frapper) et de sing, qui signifie cloche * ». En réalité, cloche se disait en latin signuin ', et c'est très régulièrement que l'on écrit tocsin.
La Taille de 1300 mentionne un seul saintier, celle de 1313 en cite deux au moins.
Le saintier Jean Jouvence fondit la cloche du Palais ; Guillaume Sifflet, en 1430, la Jacqueline de Notre-Dame '". Pendant longtemps, la difficidté que présentait le transport des cloches obligea les fondeurs à travailler près des églises; l'Emmanuelle de Notre-Dame fut fondue, en 1682, derrière le cloître, sur le Terrain, aujourd'hui transformé en square. Au dixhuitième siècle, les frères (xodiveau fondirent des cloches pour Saint-Sulpice, pour Saint- Victor et le gros bourdon de Saint-Germain des Prés".
1 Arts et métiers, t. I, |i. 403.
2 Paris, 1789, in-8», jj. 233. — Voy. atis.si l'h. R.-noiuiid, Iinprttiieitrs jnirisiens^ 1898, in-8°.
•■' Édit. Sclirlor, p. 24.
'* \'»'y. Ducange, Glossaire, au mot sigiium.
B Mai 1579.
6 P. Néron, Édits et ordonniinees, t. I, p. 640.
'' Œuvres, étiit. elzév., t. II, p. 112.
S PréceUence du langage frnnçois, édit. Feugérc, p. 186.
!^ Voy. Grégoire de Tours, Hisloria Francorum. lili. III, eap. XV.
1" Juunial d'un bourgniis de Paris sous Charles VII, aa 1430.
11 Almanaeh Ihiuphln jiaur 1789.
Les fondeurs de cloches, encore bien peu nombreux à la lin du dix-huitième siècle i, avaient pour patron saint Hubert -.
Fondeurs d'étain et de plonib. Toutes
les curporations qui travaillaient l'élain fuudaient elles-mêmes ce métal au fur et à mesunî de leurs besoins ; je désignerai cependant s(jus le nom de fondeurs d'étain la corporation dont les maîtres s'intitulaient au treizième siècle ouvriers de toutes menues ouevres que on fuit (Festaim et de plora ■^. Dans les statuts qu'ils soumirent, vers 1268, » l'homologation ilu prévôt Etienne Boileau *, ils se disent fabricants de « minjirs d'estain, de fremaux d'estain •'', de sonneites ^, de aneles ' d'estain, de maillés de pion, de méreaus ' de toutes manières, et de toutes autres menues choseiles appartenant à plom et à estain ». En dehors de ses enfants ou de ceux de sa femme, le fondeur d'él^un ne pouvait avoir à la fois deux apprentis, mais il réglait comme il l'entendait toutes les conditions de l'apprentissage. Le travail à la lumière était permis.
Les fondeurs d'étain ne formèrent que pendant peu de temps une corporation particulière. Toutefois, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, l'on nomma menuisiers d'étain ' les ouvriers qui se livraient exclusivement à la fabrication des menus objets de ce métal.
Voy. Éïtain et Miroitiers.
Fondeurs de glaces, ^'oy. Tiseurs.
Fondeurs pour la musique. Voy.
Graveurs.
Fondeurs de petit plomh. Ils faisaient le plomb à tirer, les balles de toute espèce, et les petits plombs employés par les ccuiturières pour la toilette des dames.
Le 4 septembre 1731, un arrêt du Conseil interdit, d'une manière tdasolue la fabrication de la grenaille de fer, dont plusieurs chasseurs se servaient par économie ".
Les merciers et les artificiers étaient autorisés à vendre le petit plomb de chasse.
Les fondeurs de petit plomb appartenaient à la corporatien des miroitiers.
Fontainiers. L'abbé Jaubert définit ainsi le fontainier : « C'est l'artiste *i qui, par des principes certains et des expériences réitérées, fait la recherche des eaux, les jauge pour en connoître la quantité, les amasse dans des pierrées pour les conduire dans un regard de prise ou dans un réservoir. Il sait relever leur
I Voy. Savary, t. II, p. 113.
- I.e Masson, Calendrier des confréries, p. 54. 3 Plomb.
* Litre des me'liers, litre XH B Voy. ci-des.sus l'article Fermaux.
S Sonnettes.
' Anneaux.
S Voy. ei-des.sous l'art. Méreaux.
8 Voy. ci-dessous l'art. Menuisiers.
'" J. IlenriqUPZ, Dictionnaire du droit de clw.<'se, t. I, p. 261.
II \'oy. ci-dessus l'art. .Vrtisl«s.
FÔNTAIMMHS
FOHMSTIEBS
■.iSh
pente et les conduire au lieu destine ; il connoil la force et la vitesse des eaux jaillissantes ; les calcule pour en savoir la dépense ; fait donner une juste proportion aux tuyaux pour former de beaux jets bien nourris el qui s'élèvent à la hauteur requise ; el par une sa<je économie, il les distribue dans un jardin, de manière qu'ils jouent tous ensemble sans s'allérer l'un et l'autre ' >>.
Les Tailles île li'!>i' et t/e ISOO citent chacune un fontenier. Ils ne possédaient sans doute pas tous les talents qui viennent d'être si éloquemmenl énumérés, el de très bonne heure, ils formèrent une seule corporation avec les plombiers.
En février 1623, avait été créée la charge d" intendant des emtx et foiitiiiiies de France, dont les fonctions consistaient à protégfer les sources, à empêcher toutes les entreprises qui pourraient détourner ou perdre les eaux *, etc. .\ dater de Louis XIV il eut pour titre officiel Intendant des euHX et fontaines du Ruy, (jrottes, mouremens, aqueducs, artifices et conduits d'eau des maisons repaies. La famille Francini resta pendant longtemps titulaire de cette cliarge ^. En 1692, Je sieur Denis était premier fontainier du roi ; ses deux fils exerçaient le même art, l'un au château de Versailles, l'autre à Trianon *. Pour le seul service de Versailles, il v avait en 1736 un maître fontainier. trois compagnons et sept garçons ■'.
On comptait à Paris, vers 1760, soixante fontaines publiques, ainsi distribuées ;
Qu.\RTIERS
De la Cité 2
Saint-Jacques la Boucherie . . 1
Du Louvre 2
Du Palais-Royal 6
Montmartre 5
DesHalles 1
Saint-Denis 5
Siùnt-Martin 3
De la Grève 1
Sainte-Avoje 4
Du Temple 4
Saint-Antoine 7
De la place Maubert 6
Saint-Benoît 5
Saint-André des Ails 2
Du Luxembourg 2
Saint-Germain des Prés 5
Les quartiers Saint-Paul, Siiinle-Opportune el Saint-Eustache n'en possédaient pas.
On trouve aussi Fonteniers el Fonteiiiiers. Voy. G-arde-rigoles.
Fonteiniers et Fonteniers. \ oy. Fontainiers.
1 Toiiiu II, p. 249.
* Delamanv, Tmilé de la police, l. IV, p. 249.
3 Etal de tu Frnnce pour 1687, t. I, p. 409 ; /Jour 1712, t. I, p. 379 ; mur 1736, t. I, p. 489.
* Le Livre commode, t. II, p. 155.
5 Élul de la France, t. I, p. 416.
Forbeeurs. Xiuu qu ■ la Taille de 1202
donne aux fourbisseurs.
Forberes. Nom que le Lirre des métiers ' dorme aux fourbisseurs.
Forbeurs. Nom que le Lirre des me'tiers -
donne aux fourbisseurs.
Forbisseeurs. Nom que la Taille de tt"J2 donne aux fourbisseurs.
Forcetiers. Fabricants (le gros outils en fer, et nolaninient de /orcw à l'usage des tondeurs <le drap.
Ces forces étaient d'énormes ciseaux, dont les branches parallèles, et non croisées comme celles des ciseaux ordinaiies, étaient réunies à leur extrémité par un fort ressort ([ui en facilitait le jeu. L'année 1288, « environ la Saint-.Ielian- Baptiste >^, les forcetiers, alors au nombre de 13, présentèrent a. l'homologation du prévôt de Paris des statuts ■' où nous lisons que le métier était placé sous l'autorité du premier maréchal ferrant de l'écurie royale, à qui le roi avait accordé les revenus et la juridiction professionnelle de la plupart des corps d'état qui travaillaient le fer. Chaque maître ne pouvait avoir à la fois plus d'un apprenti et la durée de l'apprentissage était de dix ans. Le travail à la lumière était interdit. Trois jurés, établis par le prévôt. « du consentement de tout le commun du mestier », administraient la corporation.
Six ans plus tard, au mois de juillet 1294, ces statuts furent revisés par le prévôt Guillaume de Hangest *. Il s'agissait alors pour la communauté de mettre fin à une spéculation qui est intéressante à connaître. Il paraît que le premier maréchal du roi vendait fort bon marché l'autorisation de s'établir. Des compagnons forcetiers payaient le petit droit exigé, montaient une forge et prenaient un apprenti. Au bout de quelques semaines, ils vendaient leur apprenti, c'est-à-dire qu'ils le cédaient à un autre maître moyennant une somme d'argent, « au chief de iij semaines ou d'un mois le revendoient et délaissoient leurs forges ». Le bénéfice touché et dépensé, ils abandonnaient leur boutique et se replaçaient comme ouvriers. Les nouveaux statuts défendirent de vendre aucun apprenti avant de l'avoir gardé au moins un an et un jour. La Taille de 1292 mentionne 11 forcetiers, celle de 1300 en cite 10 seulement. *
Forestiers. « Verdiers, gruyers, forestiers, châtelains , concierges , maîtres , sergens , ségrayers et maîtres gardes du meirteau du Roy n'étoient autrefois qu'un seul et même office sous ces difîérens titres et éloient ainsi appeliez selon l'usage des lieux ' ».
' Titre XCVII, art. 1.
' Titre XCVII, art. 2, 3, 4, 5, 0, 12.
3 Dans Depping, Ordonnances relatives aux rnetiers, p. 357.
* Di-pping, p. 359.
5 Gallon, Confe'reace de l'ordonnance de 1669 sur les eaux et forêts, t I, p. 513
FORGE — FOUACIERS
Forge (OivRiERS de). Nom donné parfois aux éperonniers.
Forgerons. « Ce nom est commun aux serruriers, taillandiers, couleliers et à tous les ouvriers qui travaillent le fer à la l'orge et au marteau * ». Ils étaient dits aumi fuir ices.
ForgeUTS. On nomme ainsi, dans plusieurs ateliers, l'ouvrier qui présiile à la forf^e, qui conduit rou\Ta<i^e pendant qu'il chauffe et quand il est sous le marteau * ».
Voy. Planeurs.
Formagiers. Nom que la Taille de 1300 donne aux fromairers.
Formiers-Talonniers . Les fermiers
fabriquaient des firmes, des embauchoirs, des bouisses ' pour les cordonniers. Ils n'avaient ni statuts ni jurés, et travaillaient sans maîtrise. Beaucoup d'entre eux étaient de pau\Tes maîtres cord'inniers ; cependant les jurés de celte communauté revendiquèrent vainement des droits sur eux.
La mode des chaussures élevées avait donné naissance aux talonniers. Ceux-ci fournissaient aux cordonniers des talons de bois. Administrativement, ils se trouvaient dans les mêmes conditions que les fermiers, et avaient, comme eux, pour patron saint Crépin.
A la fin du dix-huitième siècle, les formiers et les talonniers étaient ensemble au nombre de 53 environ.
Voy. Passe-talonniers.
Forts. Gagne-deniers qui travaillaient au transport et à la décharge des marchandises. Ils étaient attachés aux différentes halles, et nommés en général par les préposés à chacune d'elles.
Ils avaient pour patron saint Christophe.
Voy. G-agne-deniers. — Porteurs de grains. — Porteurs de sel, etc.
Forts de la douane. Cet emploi, dit
Savary, est lucratif et honnête, et de beaucoup de confiance, ce qui fait qu'on n'y reçoit que des sujets d'une fidélité éprouvée * ». Ils étaient nommés par les fermiers généraux. Sous les ordres du commis de la douane, ils faisaient l'ouverture des ballots, et transportaient aux différentes halles les marchandises examinées par eux. Leur nombre n'était pas limité, mais ils ne furent presque jamais plus de vingt. Pour être reçu dans la corporation, il fallait se faire inscrire comme candidat aux places qui pourraient devenir vacantes, et payer des droits qui montaient jusqu'à huit cents livres.
Cette petite communauté avait pour patronne sainte Barbe.
Voy. Gagne-deniers.
' .laubcrt, Dictionnaire, t. II, p. 277. ' Jauhcrt, Dirlioiiniiire, t. II, p. 278. ^ Morroaux de bois concaves qui servent à caiiibrrr les semelles.
* Dictionnaire, t. II, p. 196.
Forts de la halle aux draps. Douze
offices créés par édit du 12 mars 1704. « Les porteurs, autrement dits forts * feront seuls et à l'exclusion de tous autres, le transport des marchandises de la halle dans les maisons des marchands de Paris ».
Forts de la halle aux grains. Voy.
Porteurs de grains.
Fossaires. Voy. Fossoyeurs.
Fosseeurs. Nom que la Taille de 1202 donne aux fossoyeurs.
Fessiers et Fossiliers. ^'"y. Fossoyeurs.
Fossoyeurs. La Taille de 1202 cite six fosseeurs.
Je retrouve dans mes notes le nom île deux fossoyeurs. En juillet 1683, un sieur Pajol remplissait ces fonctions au cimetière Saint- Sulpice ; son fils fut convaincu d'avoir déterré et vendu plusieurs cadavres à des chirurgiens -. Ceux-ci n'avaient alors guère d'autre moyen pour se procurer des corps à disséquer', aussi la Cour se montra-t-elle indulgente. Mais en 17.52, elle condamna Regnaud, fossoyeur de Sainl- Sulpice, au carcan, à la marque et à trois ans de galères, pour vol de suaires et vente de cadavres*.
Le dernier fossoyeur du cimetière des Innocents se nommait François Poutrain ; ses comptes établissent que, en trente ans, il avait enterré plus de 90.000 corps. La moyenne était donc de 3.000 inhumations par année, sur lesquelles on ne comptait pas plus de 150 à 200 sépultures particulières ; tout le reste était accumulé dans des fosses communes ayant cinq à six mètres de profondeur, et qui recevaient chacune environ 1.500 cada\Tes ^.
Sébastien Mercier prétend que les fossoyeurs employaient leurs loisirs à violer les tombes. « Ils n'achètent jamais de bois l'hiver, écrit^il, car ils se chauffent avec les morceaux des bières qu'ils coupent et emportent des cimetières. Par la même raison, ils n'ont pas besoin de dépen.ser de l'argent pour avoir des chemises * ».
Les fossoyeurs étaient placés sous le patronage de saint Joseph et de sainte Barbe.
On les trouve enctire nommés fossaires, fossier s, fossiliers. se'pul/uriers, etc.
Fouaciers. Faiseurs de fouaces, gâteaux composés de beurre et [l'œufs, et que Rabelais a rendus célèbres. La Taille de 1202 mentionne trois fouaciers, celle de 1300 en cite un seidemenl
• Le titre de 1 edil leur donne seulement co dernier nom.
2 Bibliothèque nationale, mss., fonds français, n° 21.737, P» 105.
3 Voy. eidessus l'art. Bourrcaïut.
' llullelin lie la société hislorijut du VI* amndissemenl, année 1!)02. p. 17.
5 \'oy. Vieq d'.\zy'", Essai sur les lieux et les Hnnjers des sépultures, p. 150. — Hérieart de Tliury, Description des catacombes, p. 165.
6 Tableau de Paris, I. I, p. 258.
FOUKTS — FUULONS
Fouets. Vdv. Tiseurs.
Fouets (Faiseurs de). Tiln- (lui appiiiiemiit à lii corporation dfs conliers.
Fouette-culs. \oy. Correcteurs.
Fouleurs ot Foulonniers. Vov. Foulons.
Foulonniers. Tiliv qui iiiiparlint ù h communauti» des boimclit'rs du faubourg Suint- Marcel, jiarce qu'ils l'oulaient cnx-mèines les bonncis el les bas qu'ils vendaient.
Foulons. Jean de Garlande (treizième siècle) décril avec assez d'exactitude les multiples opérations auxquelles se livraient les foulons. Il les représente, nvis et haletants, foulant le drap dans de la falaise unie ù de l'eau chaude : (< Fullones, nudi et suftlantes, fidlant pannos laneoselpilosos in alveo concavo, in quo est arjjilla et aqua calida. >■> Ils le tendaient ensuite, pour le faire sécher, sur des rames ou poulies, puis le frottaient avec des chardcms pour en tirer le poil : « Post hfPC desiccant pannos lotos contra solem in aëre sereno, quos ipsi radimt cum carduis multis et asperis sive cardonibus, ut sint vendibiliores * ».
Une pièce publiée par M. Deppiiijj: - nous apprend que, dès 1257, les foulons étaient constitués en corporation et administrés par quatre jurés, dont deux choisis parmi les maîtres et deux parmi les ouvriers. Une dizaine d'années après, ils soumirent à l'homolojïation du prévôt Etienne Boileau de nouveaux statuts, et ceux-ci sont les plus saf»es et les plus instructifs de tous ceux que renferme le Lirre des métiers ^, ceux qui peij^nent le mieux l'organisation du travail à celte époque.
Le métier était libre : « Quiconque veut estre foulons à Paris, estre le puet franchement sanz achater le métier du Rov ».
En dehors de ses enfants et de ses frères, des enfants et des frères de sa femme, chaque maître ne pouvait avoir en même temps que deux apprentis.
On ne devait accepter pour apprenti ou pour oiuTier aucun « boulier *, ne larron, ne murtrier, ne l)ani de ville pour vilain cas ». L'ouvrier était tenu d'avoir un vêtement convenable, qui valût au moins douze deniers, « ne nul vallet s'il n'a douze denrées de robe an mains ».
Les heures de travail étaient scrupuleusement réglées. Les ou\Tiers gagnaient l'atelier au point du jour; ilsy déjeunaient «à l'heure de prime '», et ils s'en allaient dîner où ils voulaient. Mais, sous peine d'une amende de douze deniers, ils devaient revenir le plus tôt possible, sans tumulte et sans s'attendre les uns les autres. Le travail cessait à six heures du soir en hiver, « au
1 Ed. Sclieler, p. 30.
î Orrtonn. reiatives aux métiers
3 Titre LUI.
' Débauché.
' Six heures du matin.
premiei- cop ^ de vespres il Nostre-Danie, en cbarnage », et à neuf heures en été, « et en quaresiue au premier cop de complie ». Le samedi, les ouvriers quittaient l'atelier à trois iieures, « au premier cop de none à Nostre- Danie ". La veille des gnind(>s fôles, de la Sainl- Pierre, di^ la .Saint-I>aurent, de la Pentecôte et de l'Assomption, ils étaient libres dès huit lieures du matin.
Les ouvriers si> bmaienl à la journée, au mois ou à l'année. Oux qui voulaient se faire embaucher pour l'année se réunissaient au levef (lu soleil, à la muison de r Aigle, [)rès de la porte Baudover, où aboutissait la rue Sainl-.\uliine, alors rue de l'Aigle, fleux qui préféraient être loués à la journéiï se rassemblaient à la maison de la Converse, située au chevet de l'église Sainl- Gervais, et ils attendaient là les propositions des maîtres.
La corporation était dirigée et administrée par quatre jurés, deux pris parmi les maîtres et deux parmi les ouvriers. C'étaient les ouvriers qui choisissaient les deux maîtres et les maîtres qui choisissaient les deux ou\Tiers. Le prévôt de Paris les nommait sur ces présentations, et leur faisait prêter serment.
Les maîtres foulons déclarent en terminant que, dans l'origine, ils étiiient dispensés de faire le service du guet ; mais que « madame la roine Blanche ^, qui Dieu absoille '', les fist gueilier par sa volenlé ».
M. Fagniez a pulilié d'autres staluls', qui doivent être à peu près contemporains de ceux que je viens d'analyser, et qui s'ap[)liquaient aux foulons ilu bourg .Sainte-Geneviève. Chez ceuxci, l'apprentissage durait trois ans. Ils ne pouvaient avoir, outre leur fils, qu'un seul apprenti. Le travail à la lumière était interdit. LesonvTiers devaient se rendre au travail dès le point du jour, ^< dès ce que l'en pourra homme congnoistre en ime rue ». Deux jurés, un maiire et un ouvrier, administraient la commuiiauté. Lorsqu'im maiire ou un ouvrier se mariaient, chaque juré recevait de l'époux une paire de gants neufs. An décès d'un maître ou d'un ou\Tier, la famille du défunt remettait aux jurés ■< les meilleures chausses et les meilleurs solliers ' qu'il eust ».
On ne comptait que 24 maîtres en 1292 et 83 en 1300 «.
En 1277, les ouvriers obtinrent de ne plus travailler que « jusques à soleil couchant ». Ils avaient représenté au prévôt de Paris que « les maîtres lesfenoient trop tard de leurs vesprées », et qu'ils risquaient d'être assassinés en rentrant chez eux.
Les foulons, qui paraissent avoir eu toujours un grand amour pour la réglementation, tirent renouveler leurs statuts dès 1443 '.Je ne relè-
1 Coup.
s Blanche dp.Castille, régente duraiit la iiiimirité (!•• saint Louis et durant la croisade, 3 Que Dieu absolve !
* Éludes sur l'industrie, p. 335.
5 Souliere.
6 Voy. les Tailles de c-es deux années. ' Ordoim. royales, t. XVI, p. 586.
FOULONS — FOUHBISSEIRS
verai dmis ceux-ci ([iic les iiiodiKculions apportées aux précédenis.
Tout ouvrier l'uidou qui voulail s'établir devait payer soixante sous à la confrérie, somme réduite à vinp^l sous pour les fils de maître. L'exception concernant les apprentis appartenant à la l'aniille n'existe plus (|ue pour le lils ou le frère du maître. Tout appreidi, avant ifètre admis dans l'atelier, doit jurer << qu'il s(M'vira son maistre bien et loyalement, et (Tardera les ordonnances faictes sur ledit meslier ». La valeur du vêtement exigé de tout ouvrier est portée à quatre sous.
La journée de travail commence à cinq heures en été et à six heures en hiver, et finit à sept heures en été et à cinq heures en hiver.
Il n'est plus question, pour lieu d'eml)auchaji;e, que de « la place des foulons devant S. (îervais, comme accoustumé a esté et est de tous tems >..
Le travail à la lumière est interdit.
L'association de deux maîtres est formellement défendue.
Les fotdons ont le droit de tisser toute espèce de drap.
Ces statuts furent souscrits le 18 mai 1443 par les 13 maîtres et les 14 ouvTÎers foulons exerçant à Paris.
Ils furent encore revisés le 24 juin 1467, puis confirmés sans changement en féwier 1606 et en mars 1730 : celte dernière confirmation coùt;i trois cents li\Tes à la communauté. Le nond)re des maîtres était alors de 18 environ ' et ne parait pas avoir beaucoup varié depuis.
L'édit <le 1776 réunit les foulons aux tondeurs de draps et aux teinturiers.
Je ne sais quel était le patron des foulons. J'hésite entre saint Paul, puisqu'ils prétendaient avoir fait construire une église placée sous ce Tocable, et le Saint-Sacrement qui paraît indirectement désigné dans certains articles de leurs statuts.
Le nom de nielle aux Foulons a été porté par une petite rue située aux environs de la rue de la Mortelli'rie. 11 faut évidemment voir dans ce nom un souve?iir du lieu où se réunissaient jadis les foulons sans travail. L'église Saint-tîervais communiquait parla petite rue de Longpontavec la rue de la Mortellcrie, et la place Baudoyer n'était séparée de Sainl-Gervais que par un cimetière.
Les foulons se qualifiaient officiellement de lhHhiiii-iijtl(ii<i)ieurs-epnutilleurs de ihap-ilrapiers drunints-iirufneurii-cardeia-x-arçonneurs. On les trouve encore nommes fouleurs, fnulunniers. mouliniers, etc. '*
Foulons. Nom donné, chez les bonnetiers, aix ouvriers qui foulaient et apprêtaient li's bas, les bonnets, etc. On dit »\\s!<i fmileurs.
L'ordonnance des Batniir'res (1467) réunit aux bonnetiers les fnulons de bonnets.
Foulons ou Reniqueurs. Corporation (lilTérente de celle des foulons de drap. Leur travail consistait ii fouler avec les pieds les
• Saviirv, Dirlioiiaiiire du commerce, I. II, p. 125.
étoffes fines, pour obtenii' le dégorgement de l'empois, (le la colle et même parfois de la teinture.
FourbeuTS. Vov. Fourbisseurs.
Fourbisseurs. Jean de (îarlande. qui écrivait vers 1250, nomme les fourbisseurs erî/tf/natores gladiorum ; il ne nous apprend pas grand'chose quand il ajoute qu'ils vendaient des glaives avec leur pommeau, leur poignée et leur fourreau ' .
(^omme tontes les corporations qui se rattacliaient a l'art militaire, celle des fourbisseurs était iléji'i régulièrement constituée, elles maîtres fournissent vers 1268 au prévôt Etienne Boileau les statuts (pji la régissaient *.
Le métier était libre. Tout individu avait le <lroil de s'établir sans rien payer, pourvu qu'il eoimût le métier, (ju'il fût de bonne vie et mœurs, qu'il disposât d'un capital suffisant, et qu'il s'engageât par serment à respecter les statuts.
Chaque maître pouvait avoir un nombre illimité crapprentis, et régler comme il l'entendait les conditions de l'apprentissage : «comme il li plera, et à loue ternu- et à court terme, et à aro-ent et sanz ars^ent ».
Le travail à la lumière était interdit.
Nul ne devait travailler non plus les jours de fête, à moins pourtant que f[uelque gentilhomme eût besoin qu'on lui aiguisât son couteau ou son épée, « se ce n'est à besoing que aucun preud'ome eusl meslier que on li esmausist la pointe de son coutel ou la pointe de s'espée ».
Quoique travaillant surtout pour la noblesse, les maîtres étaient astreints au service du guet.
Vingt-deux années plus tard, « l'an de grâce mil ce uij '"' et dis, le lundi après fesle saint Nicholas en yver », les fourbisseurs, dont la communauté avait pris une grande extension, firent renouveler leurs statuts ■'.
Comme le métier étiiil lucratif, beaucoup d'ouvriers, qui ne remplissaient paslescondilimis exigées, ouvraient boutique sans avoir égard à l'opposition des jurés. Il fut donc décidé qu'à l'avenir le métier s'achèterait au roi. A moins qu'il ne fût fils de maître, tout individu avant de s'étiiblir dut verser douze sous au percepteur des impftis et quatre sous aux jurés.
En dehors de son lils. chaque niailri' ne put avoir il la fuis qu'un seul a|)prenli. La liurée de l'apprentissage fut fixée à sept ans.
Les fourbisseurs étant en relations continuelles avec des gentilshommes, on exigeait des ouvriei-s qu'ils eussent un vêlement convenable, représentant une valeur de cinq sous au moins. « Item. que nus mestres ne |)uis.se meitre varlet en euvre se il n'a cinc soudées de robe sus lui por leur ouvreuers tenir noitemenl *, pour nobles genz, contes, barons, chevaliers el autres bonnes genz
1 Eilit. Sclii-ler, 11. 21.
2 lettre lies métiers, titre \C1\ II-
■' I);ins l)i|>]Hii};, Oriloniinnces relalitts aux Ku'liers,
p. yor..
» Ncttenii'iil, pmprriiUMit.
FOURBISSE URS
f]iii iiiiciiiie foi/, iloi-i'iiili'iit iMi li'iir iiiivniuiTs ' ».
Un niailre ne poiiviiil rctivnvi'r un (iiivrior sans lioMiies i>l valalilt's raisons, cl celles-ci devaient t^lre jufjt'es telles par les qna Ire jurés el par denx (iiivriei-s (In métier. (Tesl là une disposition tout à fait exceptionnelle, el que je n'ai point rencontrée dans (Tantres statuts.
Deux maîtres seulement, à tour di' rôle, avaient le droit de laisser leur lioutique ouverte le dimanche, ^< por ce que le dirMiieiiclie est jour de repos, et doit-on oïrieservise noslre Sein joueur ». Il était cependant toujoui-s permis de terminer un olijet vendu quaiid il avait été promis pour le jour même. Le samedi et la veille des "grandes fêles, l'atelier fermai! à six heures, « puis le derrieii coup de vespres ».
Le colportiif^e dans les rues était autorisé seulement pour les pauvres maîtres « qui demeurent es foreines rues, pour ce qu'il ne peuent vendre en leur ostiex * ».
Ces statuts si sajjes furent souscrits par les 40 maîtres /()ttr//«'<»Kr* alors établis à Paris et par leurs (55 ouvriers. Plusieurs des maîtres étaient anglais, flamands ou allemands.
La conséquence des nouveaux statuts fut, commerons'valtendait, la diminution du nomlire des maîtres foiirbisseurs. En l'29".^. il se trouvait réduit a 35 ; il n'élait plus que de "20 en 12!)8. année où Us firent encore ajouter quelques articles à leurs règ-lements •''. LTn seul de ces articles mérite d'être mentionné ; il établit que nid fourbisseur ne pourra avoir plus d'im ouvrier commensal du maître, à l'exception du fournisseur du roi , « celuy qui fet et fera les euvres le Roy » ; ce dernier avait le droit de posséder « deus vallels beuvanl el mangent en son hosfel ». Le nombre des fourbisseurs s'était un peu augmenté en 1300, la Tiiille de cette année en cite 43.
En 1467, Louis XI confirma purement et simplement les statuts accordés aux fourbisseurs en 1290 *. Ils furent encore confirmés ou revisés en septembre 1543, en septembre 1550, en octobre 1554, en mars 1566. en juin 1572 et en avril 1627. J'analyserai seulement ces derniers, qui régirent la communauté jusqu'à la Révolution 5.
Lesarticlesl, 17, 18 et 19 donnent aux maîtres fourbisseurs le droit exclusif de fmrbir, monter et garnir les épées, dagues, braquemarts, miséricordes, lances, piques, hallebardes, pertuisanes, javelines, vouges, épieux, haches, masses, « et autres bâtons maniables à la main, servans au fait d'armes ».
Le mot bâton désignait toute arme offensive, même l'épée, même les pièces d'artillerie. Aussi les fourbisseurs ajoutent-ils pour caractériser leur industrie : « bâtons maniables à la main » ; pléonasme insuffisant, d'ailleurs, puisqu'il pouvait
' En leurs ateliers, en leurs biiutiques. ' En leur demeuri', ^ Depping. p. 369.
* Dans tes Ordonn. royn/ex. t. X\ 1, p. 662. ' \ oy . Statuts, ordonaanets et rijlemtns. . . des mnrrltinids ■irUxteurs, 1553, m-i'. Réimprimés en 1740.
I Mil aussi bien s'appli(|iiei- a l'arbaiele el anx armes à l'eu porlalives qu'aux armes blanches.
Les lames quelles qu'elles soient sont toujours nommées «/«»(>■/ V.v ; on n'en doit monter aucune qui ne soit << bonne, loyale et marchande, non rompue ne cassée ». En ce qui concerne Pf'péf^ la poignée sera « de boys de haistre couvert de fils d'or, d'argent, soye, sayelle, fouet ou peau de chien de mer ». I,es gardes ont remplacé les qmllons, qui ne sont point nommés. Leponinieau on p/oni ni /•/ n't'si pas cité ; il est vrai qu'il avait perdu beaucoup de son importance : le chevalier n'y faisait plus graver sa devise ou ses armes, il ne l'employait plus en guise de sceau, n'y enfermait plus de reliques, ne jurait plus sur elles et sur lui dans les grandes occasions. Le mot soie, qu'emploient souvent les fourbi.sseurs, désigne la partie de la lame qui enfile la garde, la poignée et le pommeau. Les fourreaux ne pouvaient être que « de boys de liaistre fait à la plane ».
On nommait (fat/i(f une épée courte dont la lame large, épaisse et souvent triangulaire, était toujours droite. Dans la main d'un homme vigoureux, elle constituait une arme terrible. La dague dite ù rouelles avait une garde ronde qui protégeait presque complètement la main. Les dngitettes élégantes portées à la ceinture étaient (le véritables poignards dont la lame ne dépassait guère '25 centimètres de longueur.
Il est à peu près impossible aujcmrd'hui de savoir en quoi la misrricorde ditîérail de la dague. La première était ainsi appelée, parce qu'on s'en servait pour égorger le cavalier démonté, et que celui-ci voyant le fer levé sur lui, s'empressait, paraît-il, de crier miséricorde ! « Encores, dit Claude Fauchet * , avoit le chevalier un petit Cousteau nommé miséricorde, pource que de (;e ferrement volontiers estoient occis les chevaliers abbatus ; et lesquels voyant telles armes en la main de leurs ennemis demandoient miséricorde ».
Le hraqvemart était une épée courte, à lame large, à deux tranchants et parfois un peu recourbée. Il ressemblait fort au malchus et au hadelaire, qui semblent cependant avoir été plus courts encore. Le musée de Cluny possède le badelaire dont se servait, au treizième siècle, le bourreau du Châlelet pour les décapitations: il a 0,79 de longueur.
h&lance était l'arme distinctive des chevaliers -.
ha. piqiie était la lance des fantassins ^.
La hallebarde de guerre n'avait guère que deux mètres de hauteur.
La pertuisane était une hallebarde dont la lame, au lieu d'être accompagnée d'une hachette à bords découpés, présentait le plus souvent l'aspect d'un croissant. C'était, ainsi que Vesponton ou demipique, le signe du commandement dans l'infanterie. « En arrivant ici , écrit Dangeau * , Monseigneur vit toute l'infanterie en bataille sous
' De l'origine dex chevaliers, p. 40.
- yoy. ol-iles.sims l'art. Lanciers.
\oy. ci-iles-;o(as Tari. Piquiers.
Journal, 4 juin 1690, t. III. p. 139.
FOUKBISSEURS
une ligne à quatre de liHuleur, tous les oC6ciers avec des pertuisanes ou des esponlons ».
'Lnjateline avait cinq pieds el demi de loni;, et était année d'un fer trianji^ulaire. Sous Henri IV, deux compap:iiies de clievau-léfrers portaient le pist(del et la javeline.
La quisnrme. le fawharl, la halUharde, la corsèqite, la perliiisaue et le nmge ne ditréraienl guère les uns des autres que par le dessin de leur fer. Au seizième siècle, le vouge était surtout employé par Tinfanferie sni.sse.
l.'epieu était une armede piélonetavaitenviron un mètre de longueur. Il se composait d'un lourd bâton ferré qui ét;iil iermiru'; par un fer large, épais, pointu et tranchanl. A dater ilu milieu du seizième siècle, on ne s'en servit plus guère que pour la chasse.
Les variétés de la liarhe (Formes sont innonihrables. En général, on la trouve formée d'un fer large et tranchant, auquel est opposé une pointe ou un marteau : cavaliers et fantassins la portaient également.
La masse d'armes a la massue pour origine. Elle représentait souvent un pesant cjlindre armé de pointes. Les gendarmes conservèrent la masse jusqu'au milieu du seizième siècle, époque où elle l'ut remplacée par le pistolet d'arçon. Les marteaux, les plommées, les /^cV/wa- sont des armes de même nature que la masse. La p/onnnée se composait d'im certain nombre de chaînes terminées chacune par un fort lingot de plomb ; les chaînes étaient réunies dans un anneau qui se reliait lui-même à un manche solide. Le fléau, simplification de la plommée, n'avait ordinairement qu'une seule chaîne.
Nous venons de voir que les fourbisseurs confectionnaient les fourreaux d'épée, mais je ne crois pas qu'ils aient jamais forgé aucune lame. Antérieurement au seizième siècle, aucun des nombreux documents que j'ai eus sous les yeux ne leur attribue ce droit, et à partir de cette époque, le doute n'est plus possible, car les statuts accordés aux couteliers en 1565 autorisent ces derniers à fabriquer des alumelles de toutes dimensions, fers de hallebardes, pertuisanes, etc. Quant aux manches des lances, piques, esponlons, hallebardes et autres armes d'hast, ils étaient l'œuvre des menuisiers, qui devaient les faire « de bois de fil. sain et vif, sans aucun nœud, parfaitement bien dressé et arrondi, le fer proprement et solidement ajusté, serré et cloué au bout * ». Les fourbisseurs se bornaient donc à fourbir, monter, garnir, et au besoin à dorer, ciseler et damasquiner les armes blanches. Ils avaient aussi le privilège de dorer, argenter. ciseler, graver et damas([uiner leurs produit* -. Chaque maître ne pcjuvail avoir ii la fois plus de deux apprentis, et la durée de l'apprentissage était de cinq ans.
En dehors des fils de maître, même lu's avant la maîtrise de leur père, nul ne devait étie admis à la maîtrise avant d'avoir parfait le chef-u' œuvre. Celui-ci était choisi par tous les anciens jurés et
1 Statuts (io 17-13, art. 80.
ï Stafut.s de 1627, art. H, 35, 38 i-t 40.
jugé par les quatre derniers, assistés des quatre alors en charge. Les maître.s des faubourgs qui se présentaient pour exercer à Paris étaient U;nus seulement de V expérience . Les compagnons arrivant de ppbvince. et y ayant ser\'i trois ans, pouvaient être reçus à la maîtrise après avoir .servi encore trois ans à Paris, mais le ckef-d'antvre était exigé d'eux.
Deux boutiques, k l<jur de rôle, restaient ouvertes chaque dimanche.
Tout compagnon voulant quitter son maître devait le prévenir un mois d'avance.
La ve\ive d'un maître pouvait, tant qu'elle ne se remariait pas, continuer le commerce de son mari.
Quelques modifications furent, dans la suite, apportées à ces statuts.
En 1701. le commerce allait mal. les maîtres n'arrivaienl pas à « gagner leur vie, par la misère du tems, même par le trop grand nombre lies maîtres qui ont été reçus depuis très peu de lems, ce qui les met hors d'état de pouvoir subvenir aux besoins et misères de leur famille». Par sentence du 12 mai, il leur fut interdit de faire plus d'un apprenti en dix ans. On espéra ainsi empêcher <' l'accroissement d'un trop grand nombre de maîtres, qui étant iléjà au nombre île 200, est plus considérable qu'il ne convient, à cause que la plupart manque d'ouvrage ».
En mai 1707, quatorze articles additionnels réglèrent plusieurs questions de détail intéressant la corporation. J'y lis, par exemple, quelesjuré* seront tenus de se rendre au bureau tous les jeudis, et d'y rester depuis trois heures jusqu'à six « pour agir sur tout ce qui concernera la communauté ».
Enfin, une sentence de police du 28 avril 1724 défendit d'élire aucun juré qui n'eût au moins dix années de maîtrise. Ce laps était cependant réduit à six ans pour les fils île maître.
Il y eut presque toujours au moins un fourbisseur parmi les artistes logés au Louvre. Au commencement du dix-septième siècle, la place était occupée par Henri Petit, qui est qualifié de « fourbisseur , doreur et damasquineur ' . Après sa mort, son atelier et .son logement furent accordés (10 décembre lfi82' à Jean Revoir, « en considération de l'expérience qu'il s'est acquise dans son mestier. et de ce qu'aucun de cens de sa profession n'a ozé disputer avec \\iy de sa capacité *».
Vers la fin du dix-huitième siècle, le nombre des maîtres fourbisseurs était de 240 environ •'. Ils s'intitulaient officiellement fourbisseurs garnisseiirs (Pepées. A cette é[)oque le bois de hêtre destiné aux fourreaux était tiré presque exclusivement de la forêt de Yillers-Cotterelb.
L'édit de 1776 réunit en une .seule communauté les couteliers, les arquebusiers et les fourbisseurs.
' Correx/io/if/iiare de Cu/ier/, I. ^', p. 527.
î Arciites Ht l'iirl frntt(n!s. t. 1, p. 233, cl t. 111, ]i. 192. Cl- Roviiii- («t numnu' Révain- ilans le Lhrt rnmmode pour tH92^ t. 1, y. 261.
■' Savniy, DirdnnHnire, I. II, p. iH.
K0[ÎHB1SSKURS
FOUHHEUHS
Ces derniei-s avaienl [lum- |)atriiii s;tiiil .li'iiii- Bapliste. dont ils cclcliniii'iil la l't^lc If 24 juin t'ii l'ii^flise (les Aiifjiistiiis. I,i> liiirciiil l'Iail situé nie lie la Pelleterie.
Fourmagiers. Nom fine la Taille de 12'J2
(Idriiie aux tViiinay;eis.
Fournalistes. Sortes de poliei-s de terre qui avaieut la spécialité des t'oiirneHux, creusets, cornues, etc. il l'usaijfe deschiniistes, desaltineurs, des l'cuiileurs, des distillateurs, etc. On lit dans Le Livre commode pour 16'J2 * : « Les faiseurs de fourneaux et de creusets servant à la chimie demeurent place de l'hôtel de Cunty, rue Mazarini, et au fauliour^ Saint-Jacques.»
Au mois d'avril 1701, ils furent constitués en communauté sous le nom de fournalistes, et leur nomhre limité ii dix maîtres. Ils étaient administrés par deux jures. La durée de l'apprenlissag-e était Hxée à cinq ans et celle du compag^nonnage il trois ans.
Fourniers. Jusqu'au ([uatorzième siècle, les Parisiens furent tenus de faire cuire leur pain au four seigneurial, dont le revenu était concédé, moyennant redevance, à des tenanciers appelés fourniers. La Taille de 1292 cit» 94 fourniers, et celle de 1300 en cite 69 ; dans ce nomlire figurent, par exemple, le fournier de Saint-Magloire et celui de Saint-Marlin des Champs, qui exploitaient les fours banaux de l'abbave et du prieuré. Mais les Tiiilles semblent désigner aussi sous le nom de fourniers les garçons boulangers. Je copie ces deux lignes dans la Taille de 1292 :
Andrx Fortin, talemelier *.
(Tuillaume le Lorrain, son fornier •''.
Les principaux fours banaux de Paris étaient alors, ceux de la Juirerie et de Sainte-Aure, dans la Cité ; le four de la Couture, près de Saint- Eustache ;' le four Gauquelin, dans la rue de r Arbre-Sec, etc., etc.
Les boulangers, aussi bien que les particuliers, étaient soumis à l'oliligation de porter leur pain au four seigneurial. Philippe-.\ugnste. par une ordonnance dont on n'a que le dispositif, autorisa tous ceux du domaine royal à cuire chez eux. Enfin, en 1305, Philippe-le-Bel permit à chaque Parisien de cuire son pain dans sa propre maison. Ceci prouve avec évidence que tout ménage bien monté possédait un four ; il ne servait donc jusque-lii qu'à faire de la pâtisserie.
Dans beaucoup de provinces, les droits de banalité furent supprimés durant le seizième siècle. La loi du 17 juillet 1793 annida toutes les banalités seigneuriales ou autres.
Fournisseurs du roi ou des princes.
Les brevets qui accordaient ces titres fort enviés étaient ordinairement conçus en ces termes :
« Aujourd'hut vingt juin mil sept cent quatre vingt neuf, le Roi étant à Marlj, ayant égard
' Tuin»* II, p.
- H.julan;;er.
•* Kuumier.
au désir que madame Victoire ' lui a témoigné que Sa Majesté voulut bien accorder au sieur .Vntoine Meunier, fabricant de chocolat a Paris, le titre de fabricant de chocolat de cette Princesse, et voulant donner en môme tems audit sieur Meunier unt; marque de su bienveillance : Sa Majesté a déclaré et déclare, veut et entend que dans toutes les assemblées et en tous actes publias et particuliers, et Uint en jugement que dehors, ledit sieur Meunier puisse se dire et qualifier du litre de fabricant do chocolat de Mailame \ ictoire de France ; lui permettant Sa Majesté de prendre ledit litre, même de le faire inscrire sur son lableau, sans que, pour raison de ce, il puisse être troublé ou inquiété pour quelque cause et sous quehpie prétexte que ce soit. El pour assurance de sa volonté, sa Majesté m'a commandé d'expédier le présent brevet, qu'elle a signé de sa main et fait contresigner par moi conseiller secrétiiire d'ElJit et de ses commandements et finances.
Louis. »
FourreUers. Faiseurs de fourreaux. Ils étaient associés aux gainiers et n'emplovaient, comme eux, ipie le cuir bouilli. Ils se bornaient, d'ailleurs, k garnir, il revêtir les fourreaux faits soit de bois, soit de mêlai.
Le Lirre des métiers ^ écril furreliers.
Voy. G-ainlers.
Fourreurs. La corporation des pelletiers ' était constituée dès 1183, car à celte date Philippe - Auguste lui accorda , moyennant soixante-treize livres de cens, dix-huit maisons confisquées sur les juifs, qu'il venait d'expulser*. Ces maisons étaient situées près du Palais, dans une rue (jui ne larda pas à prendre le nom de rue delà Pelleterie. Devenue ensuite rue de la Vieille- Pelleterie, une partie du quai aux Fleurs et du tribunal de commerce actuels ont été établis sur son emplacement.
.Au siècle suivant, les pelletiers sont mentionnés dans le Dictionnaire de Jean de Garlande, dont je parlerai tout à l'heure. Ils ne soumirent cependant pas leurs statuts à l'homologation du prévôt Etienne Boileau, et n'ont point dès lors de chapitre spécial dans le Litre des me'tiers. De courtes mentions, éparses un {)eu partout dans ce recueil, fournissent seules sur ieurcomjjle quelques détails précieux.
Le métier jouissait du droit de hauban ^. pour lequel chaque maître payait une somme de six sous huit deniers. La faculté de s'établir s'achetait onze deniers au roi. Mais le roi avait concédé une parlie des revenus et la juridiction professionnelle des pelletiers à son grand chambrier.
La Taille de 1292 mentionne 214 pelletiers, celle de 1300 en cite 344. L'aristocratie du métier paraît avoir été représentée par les fourreui's de
• KiUo (11' Louis XV, mjrttf en juin 1799. i ïilr.' LX\\
3 Dils /leilicerii. pelli/iees. pelliparii, petetieis. pelliciers, le.
* Sauvai, Aiili<]uilé.i de Pjri.i, t. II, p. 477. 5 Vov. cet article.
ft