LIVRE DKS METIERS
nous asservit, supporte 'les opérations les plus douloureuses avec une force et un courage dont les anesthésiques sont heureusement venus nous dispenser. La taille alors n'elTrayait pas plus que la trépaiialioii, ci réussissait presque toujours. Encore faut-il rappeler que l'on saifjnail deux fois le malade avant de l'opérer '. (iui Patin écrivait le 21 novembre 16(59 à Falconet : « Le petit François Colol a taillé le marquis de Haulerivc, qui s'en porte bien, a l'âge de quatrevingt-cinq ans ^ ». Tallemanl des Réaux nous montre Henry de Saint-Nectaire « taillé el si bien guéry qu'il se remaria deux ans après ' ».
Antoine Ruflin, maître chirurgien attaché à l'hôpital (le la (Charité, passait en 1656 pour « le premier lilhotomiste de Paris * ». Jacques Baulot ou Beaulieu, dit firre Jacques •'', apporta quelques modilicalions au procédé jusque-là suivi, et jouit d'une faveur qui ne se soutint pas longtemps •<. Lors de ses débuts, il avait été protégé par Fagon ; mais lorsque celui-ci, atteint de la pierre, voulut se faire opérer, il s'adressa à Maréchal, premier chirurgien du roi, et n'eut pas lieu de s'en repentir '. Maréchal opérait, dit Sprengel *, avec une telle rapidité « que Garengcoi le vil délivrer huit malades de la pierre dans l'espace d'une demi-heure ».
François Tolet ^ ^ partisan surtout du haut appareil, eut, après les Colot, le titre d' « opérateur du roi pour la pierre '" ». Jean Baseilhac, en religion frère ('/une ", avait obtenu de ses supérieurs l'autorisation de pratiquer la cyslolomie. Il perfectionna la méthode de frère Jacques, et inventa un instrument spécial, le lithotome cache', dont l'utilité fut contestée par Claude Lecat. L'Académie de cldrurgie, mise en demeure de se prononcer entre les deux systèmes, condamna celui de frère Côme.
Certaines gens, 1res timorées, ne se laissaient tailler qu'après avoir expérimenté les spécifiques infaillibles qui se chargeaient de rompre ou de dissoudre la pierre dans la vessie. Ils étaient nombreux. Pierre Pomet, le plus savant apothicaire du dix-septième siècle, préconisait surtout la pierre néphrétique. « Elle a, dit-il, la qualité de guérir, estant pendue à la cuisse, ceux qui sont attaquez de la pierre ou de la gravellc '* >•. Ses effets étaient tout aussi sûrs. quand on la portail attachée au cou ou passée au doigt comme une bague ".On la trouvait en Hohème. en Espagne el en Amérique. La pierrejudaïque, qui se récoltait dans la .ludée, jouissait de propriétés identiques. Gui Patin rapporte qu'un
I Dionis, Opérations ilt' rhii-urgie, p. 181. « Tome 111, p. 717.
3 Hislorieltes, t. I, p. 232.
* G. Patin, Lettre du ô ili-i-iMiibiv 10.'«(î. 5 Mort en 1720.
<5 Diuriis, p. 202 l'I .suiv.
"^ S;iint-SinKui, Mémoires, t. III, \\. 107. S Histoire (le In médecine, t. \'II, p. 231. ■ 9 Mort ™ 1724.
10 f:tiit (le In Franee pour 17 fj , t. I. p. 182.
II II a]ipnrtcnait à l'orilro dos Feuillants. La (!n:elte (le Frnnce (n" du 17 août 1781) le nomme J. do liadiUue.
12 //istoire des droifnes, p. 104.
. 13 pictionnaire de Trévoux, t. \'I, p. 767.
Gascon, nommé le chevalier de la Rivière, s'engageait il briser la pierre par le moj-en d'une eau de son invention ; elle lui revenait si cher qu'il n'en pouvait livrer la fiole à moins de cinq cents écus '. M"" de Sévigné, atteinte de la gravelle, faisait une grande consommation d'eau de cerise et d'eau de lin ^. Elle avait foi surtout dans cette dernière ; « c'est ù cette eau merveilleuse, écrivait-elle, que la France doit la conservation de M. (^olberl •* ».
Vers 1720, Jeanne Siephens, une Anglaise appartenant » une bonne famille du comté de Berks, « trouva par hasard un remède pour dissoudre la pierre dans la ve.ssie ». Ce spécifique, l)ien annoncé, eutini immense succès. Il produisit même des cures extraordinaires, dont le récit fut consigné dans un volume rempli d'attestations parfaitement autlienli(pies. Miss Siephens se vit nuse au rang des plus illustres inventeurs, et en 17^38, le Parlement anglais lui accorda une somme de 5.000 liv. sterling [soit 125.000 francs d'alors) , à la condition qu'elle révélerait le secret de sa miraculeuse découverte : c'était une poudre composée de coquilles de limaçons séchés au four, el qui ne guérissait rien du tout'.
Les lithotomisles sont parfois nommés chirur- (/iens /a pi Je ires. *
Lits mécaniques. « Garât, menuisier, rue de la Verrerie, vis-à-vis celle Bardubec, est inventeur d'un lit méchanique pour le soulagement des malades, par le moyen duquel, sans loucher au malade, on peut lui lever la tète, le mettre sur son séant, l'y soutenir, le renverser sur le côté, l'enlever tout entier horizontalement et à une assez grande hauteur pour pouvoir faire son lit ; le tout avec des mouvemens si doux et si faciles qu'un enfaut de huit à dix ans suffit pour toutes ces opérations. Approuvé de l'Académie " ».
\i\\. Sièges.