‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 248 sur 422 · assiettes d'argent · texte numérisé non relu

assiettes d'argent

On ne se rendait pas alors un compte exact des inconvénients que présentait cette immobilisation des métaux précieux. Mais les ustensiles d'or et d'artrenl servant ainsi de réserve métallique, c'est à eux que les souverains avaient recours lorsque l'argent monnayé venait à manquer. On ne peut songer sans tristesse aux trésors artistiques qui ont été anéantis de cette nianière. En 1554, Henri II, «manquant d'espèces pour ses affaires de la guerre », enjoint aux Parisiens de lui livrer toute leur vaisselle : on lui en apporte pour trois cent mille li\Tes, en échange desquelles il constitue des renies aux déposants '. Un édit réduit en même temps à trois cents le nombre des orfèvres et décide que seuls les fils de maître pourront aspirer il la maîtrise.

Presque à la même date, Bodin se plaignait que les progrès du luxe el l'abondance de la vaisselle d'argent eussent fait hausser le prix de toutes les denrées *. Mais Bodin ne fut pas plus écoulé que ne furent obéies les ordonnances somptuaires rendues par Louis XIII et Louis XI\ ^^■ Le grand roi les réitère, toujours inutilement, en 1672 et en 1687 ; puis, l'argent monnayé se fai.siinl de plus en plus rare, une déclaration du 16 décembre 1689 interdit aux orfèvres « de

1 Kêlibit'ii, Ilisinire de Paris, prouves, t. \', p. 287.

* Discours sur les causes de /'extrême ckerlé <f»i est aujourd'hui en France, dans Cimbcr ul Uanjou, Arckiret curieuses,, t. \1, p. ^141.

3 \oy. Uclonmrro, Trailt dt U polict, t. I. p. 395 ot s.

OKFÈVRKS

fabriquer et d'exposer en vente aucuns ouvra<;es d'or excédiint le poids d'une once ». Il est, en outre, prescrit aux éjj^lises ' et « à toutes peixinnes qui auront chez eux des ouvrages d'argent défendus, de les porter aux hostels des nionnoyes, pour esire convertis en espèces, et estre pavés à raison de 29 livres 10 sols pur marc do vaisselle plaie, et de 29 livres pour la vaisselle montée * ».

Si tout le inonde se fût prêté ii cette comliinaison, le numéraii'e eût aliondé. lin février 1()79, révè([iie de Slrasliourjj^, olVranl un repas au Daupliin, on admira dans la salle à mauf^er trois buil'els couverts d'arj^enlerie, et dont un seul portait quinze douzaines dassieltes de vermeil''. Mais la nolilesse montra peu d'empressement à obéir, el comme « les Monnojes .se trouvoient qnasi sans aliment », le roi sentit bien qu'il lui fallait donner l'exemple. Il s'y résijrna dans une certaine mesure, à la "-rande admiration des contemporains. Le 11 décembi-e 1()89. madame de Sévifjné écrivait à sa tille : « .Sa Majesté. Monseigneur et Monsieur ont envoyé tous leurs meubles d'argent à la Monnoie, cela fait beaucoup de millions, el redonnera de l'espèce qui manquoil ». Le 18, elle écrit encore: « Que ditesvous de l'exemple que le roi donne de faire fondre toutes ces belles argenteries V Notre duchesse du Liide est au désespoir; elle a envoyé les siennes, et madame de (^liaulnes sa table et ses guéridons, et madame de Lavardin sa vaisselle d'argent qui vient de Rome ' ».

Il convient de ne pas prendre Imp au sérieux ces bavardages, puiscpie moins de vingt ans après. le sacrifice put être renouvelé, et celle fois pour tout de bon. Le nond)re des grands seigneurs qui s'étaient soumis a l'ordonnance étoit très restreint ; (]uant au roi, il s'était borné à aliéner des meubles et des objets provenant de ses appartements : tables, guéridons, fauteuils, balustrades d'alcôve, coffres, garnitures de cheminée, girandoles, nefs, caisses d'orangers, brancards, crachoirs, etc. Tout compte fait, on obtint ainsi trois millions, au lieu de six sur lesquels ont comptail'.Et moins de neuf ansaprès, le ser\ice du maréchal de Boufllersau camp de Compiègne se composait de quatre-vingt-six douzaines d'assiettes, tant en vermeil qu'en argent *.

Au mois de juin 1709, un nouvel appel était fait à la noblesse. Le nom des personnes qui envoyèrent leur vaisselle à la Monnaie, fui mis chaquejour sous les yeux du roi, el la liste en fut publiée dans le Mercure galant '. l'ont bon courtisan dut donc obéir, en dissimulant d'ailleurs avec .soin ce qu'il possédait de plus précieux *. On avait compté sur le zèle de la riche bourgeoisie, on s'était figuré que « personne n'oseroit plus manger dans de la vaisselle d'argent quand

' ^'f*y- C. Roussel. Histoire lie Louroiy, t. I\ , p. 378. - Gnrrlte i/e France, ii» du 24 ilérembre 16S9, p. 616- » Merture galant , n» de février 1679, p. 308. • Tume IX, p. 348 el 3ôy. — Voy. aussi le Journal de Dangeau, 3 décembre 1689, t. Ilf, p. 33.

s Dangeau. Journal, 12 décembre 1689, I. III, p. 38.

6 Mercure galant n" de septembre 1698, p. 175.

" X»' de juillet el d'auûl 1709, p. 281 et 421.

' \'>y. les .Ve'nioires de St-Simon, t. VI, p. 411 el s.

les principaux seigneurs du royaume n y mangeroienl plus * ». 11 fallut renoncer n cet espoir.

l<ln réalité, l'aliénation <le la vaisselle d'or pro<luisit 400.000 livres et celle de la vaisselle d'argent 1.400.000 livres; «c'est toujours quehjue chose », écrivait philosophi(|ueinenl madame de Maintenfin au duc de Noailles -. Iak vérité est qu'au grand profit de l'art, l'opération fut mal conduite el donna des résultais ridicules, lin effet, dès 1()90, on estimait à cinq cents millions la valeur des espèces monnayées et à deux cenis millions la valeur de l'argenterie. La moilié de celle somme était représentée par îles couverls de table, car déjii chez les bourgeois ai.sés et dans les hôtelleries bien tenues, on trouvait des cuillères et même des fourchettes d'argent ^.

Les orfèvres n'avaient donc point sujet de se plaindre. Une enquête officielle révélait alors qu'il existait dans la seuli^ ville de Paris cent cinquante miili(ms rlargenterie. et le rapporteur ajoute : <,< Les Parisiens aiment la vaisselle d'argent et en font des amas, au lieu de s'accpiérir des rentes, comme font les peuples des provinces * ». Toutefois, après les crises de 1689 et de 1709, ce genre de richesse se vit moins affiché ; même dans les grandes maisons, la faïence et la porcelaine furent peu à peu adoptées pour l'usage ordinaire. En 1709. Louis XI\' ayant remplacé son service d'or par de la vai.sselle de faïence ^, Saint-Simon raconte que '< tout ce qu'il V eut de considérable se mit en huit jours en faïence * ».

La corporation des orfèvres était restée assez indifl'érente à tous ces événements. En 1687, l'on comptait à Paris 399 maîtres ou veuves de maîtres ; il est \Tai que plusieurs d'entre eux avaient cessé d'exercer. A la fin du dix-huitième siècle, le nombre restait fixé à 300. et. au fur et à mesure des vacances, on recevait les compagnons les plus anciens. L'apprentissage durait alors huit ans et était suivi de deux ans de compagnonnage, avec chef-d'œuvre. Chaque maître ne pouvait avoir à la fois deux apprentis.

Les orfèvres, comme la plupart des industriels voués au travail des métaux, étaient placés sous le patronage de saint Eloi. Ils avaient plusieurs confréries. Celle dite du Mai, remontait au milieu du quinzième siècle. Son objet principal était de planter, le 1" mai à minuit, un arbre vert, paré de rubans sur la place du parvis Notre-Dame, devant le grand portail. Cet arbre fut d'abord remplacé par une énorme branche verdovante, placée à l'intérieur de l'église et entourée de petits tableaux. Puis, en a\Til 1630, les orfè\Tes proposèrent cl' « offrir à la gracieuse Vierge, tous les ans, le premier jour de mai, un

I Journal ài' Dangeau, 6 juin 1709, I. XII, p. 433.

- Lettre du 22 juin 1709. — " Le total ne monta pus à trois millions, » écrit Duclos. Mémoires, édil. Micbaud, p. 450.

3 Gourville, Mémoires, édil. Miehaud, p. .">83.

* Voy. .\. de Boislille, Me'moireu des intendants, t. 1, [I. 653.

3 Lettres de la princesse Palatine, 8 juin 1709, t- I, p. 114.

6 Mémoires, I. \\, p. 414 el 415.

ORFEVRES — ()R(;UES

tableau peint, de onze pieds de hauteur, pour eniJiollir les grandes colonnes de la nef. >< L'inventaire des taiileaux olVerts ainsi depuis l(i:30 jusqu'en 1704 a été publié ', et parmi les noms des peintres qui les ont sij^nés, je relève ceux de S. Vouet, Pli. de Clianipag'ne. Le Brun. Le Sueur, Jouvenet. Covpel, etc. Celte exposition permanente constitua le premier musée de peinture ouvert au public à Paris. Le second fui celui du LuxeMibourji'. A dater île 1750. une ijrande partie des tableaux appartenant au roi fut exposée au Luxembour^^, et le public y était admis trratuitemenl deux fois par semaine -.

On trouve souvent les maîtres orfèvres dits orphèvres et même orj)haivres. On appelait orfcrres-bonlonniers ceux qui avaient adopté la spécialité des boutons d'argent, et cuilleristes ou culleriers ceux qui fabriquaient surtout les couverts de ta! île.

Le percement des oreilles était presque toujours fait par les orfèxTes. Quelques-uns d'entre eux ajoutaient à leurs réclames ces mots : « perce les oreilles avec habileté ' ». ' La corporation avait pour titre officiel : orfcTres-joailliers-hijovtiers-metleurs en œuvremarchanils d'or et (T argent *.

Les maîtres purent y joindre, en 1781. celui de /npif/aires, ce métier leur avant été réuni par édit du 17 mars 1781.

Voy. Bienfaisance CEuvres de).

Orfèvres en cuir ci Orfèvres en vieux. Surnoms donnés par dérision aux

savetiers.

Orfroisiers. Fabricants d'orfrois. On appelait, d'une manière générale, orfreis ou orfrois toute espèce de broderie enrichie de perles et de pierres précieuses ; mais ce nom était plus spécialement donné à un galon de fil d'or qui servait à border les chapes, les cliasubles des prèlres et aussi les chapeaux des femmes.

La Taille de 1292 mentionne un seul orfroisier.

On trouve un grand nombre de dessins d'orfrois dans le Dictionnaire du mobilier de Viollet-le-Duc. t. IV. p. 194 et suiv.

Organeurs el Organistes, ^'oy. Orgues (Facteurs d').

Orgue de Barbarie (Joueurs d'). Cet insirumeiit passe pour avoir été inventé, au dix-iiui(iènie siècle, par un Modenais nommé Barberi. Pour moi, je trouve « les orgues de barbarie que promènent les forains » citées en 1747, dans un mémoire produit en justice contre le roi des ménétriers.

Ces instruments paraissent avoir élé. à leur début, l'objet d'un véritable cntliousiasme. Voici ce qu'en disait Sébastien Mercier vers

* Korf^eais. Mêremix des corporations, ]). 17.

* \ oy. Ij. Courajod, Alex. Lenoir, son journal, vU\ t. I, p. XXV.

•' Almanach Dauphin pour 1777.

* Voy. tous ces mot^.

1780 ; je rappelle que les montreurs de lanterne magique, qui parcouraient les rues le soir, étaient presque toujours accompagnés d'un joueur d'orgue : « Qui n'a pas senti un vif plaisir en entendant le soir, du fond de son lit, le son mélodieux de ces orgues nocturnes qui égaient les ténèbres et abrègent les longues soirées de riiiver. C'est une vraie jouis.sance pour l'étranger. Emerveillé, bien clos et bien couvert, il entend les plus jolis morceaux de musique, exécutés sous ses fenêtres, comme pour le clisposer doucement au sommeil ; il prête l'oreille à ces sons qui s'éloignent, el qui dans le b)intain ont encore plus de charme. Il s'endort voluptueusement, eu répétant l'air chéri qui a parlé ù son âme... Qui a entendu le jeu de ces orgues el qui a pu refuser sa pièce de deux sols a l'orphée qui porte sur son dos cette machine harmonieuse ? » '

Elle se tut pendant les sondjres jours de la Révolution ; « sous le l'ègne des assignats, écrit Prudhomme, on n'entendait plus de musique ambulante dans les rues >> -. (Jourte léthargie, qui fut suivie dune glorieuse renaissance. Ecoutez l'original .l.-B. Gouriel, qui se fil. en 1811. l'historiographe des célébrités de la rue: « Il faudrait être bien maussjide, avoir les oreilles bien étrangères à tous les channes de l'harmonie pour ne pas écouler avec plaisir, tout le jour et souvent à toute heure de la nuit, les acconis délicieux que produisent les joueurs d'orgues portatives... Pour ne pas aimer ces concerts, il faut ne pas connaître

Et la mélancolip et la douce tristesse, Filles rêveuses do l'amour 3 ? »

Voy. Chanteurs ambulants.

Orgues (F.\CTEURS d'(. Charlemagne el Louis \"II possédèrent des orgues, el cet instrument est mentionné dans presque tous les traités de musique depuis le neuvième siècle. Uès le dixième, les églises de Reims el d'.\urillac en possédaient. Elles abondaient à Paris au treizième siècle ; la Sainte-Chapelle avait alors plusieurs orjîanisles. Les orijues de Notre-Dame furent refaites en 1400 par un fadeur de Bourges, nommé Frédéric Schaubaulzer ; vingl-cinq ans après, le chapitre ordonnail de vendre l'élain el les déltris des anciennes ory-ues. L'ortraniste prêtait serment devant le chapitre ; il recevail vingt-six livres par année, mais les petites réparations étaient faites ii ses frais '.

Les facteurs d'orgues appartenaient à la corporation des luthiers. Les stiiluts de 1:121 les nomme orijuneurs •", el l'on trouve plus lard orgauis'es.

.\u dix-septième siècle, on citait surtout parmi eux, les sieurs ("réleil. rue Poupée; Richard, rue du Paon : Boudel. rue .Saiul-Marlin, el il existait

t Tableau île l'iiris. t. V, p. ()8. î Miroir He Paris en 1807. I. 1, p. 30(<. 3 Gouriet, Personnages célèbres ilans les rues fie Paris, t. II, p. 331.

* Voy. J.-E. Boriranil, Histoire He l'orgue, 185l<, in-H» 5 .\riirlo 1.

ORCîUlCS — ORVIliTAN

iiiio iiiiinufiicluri' dans la rue des Moiiélriers '.

Au sit'clf suivant, li' facli'ur lo plus (•('IMirc fut HiMiri Clicquol. qui. seul ou i-n rnllaliiiralion avec Dallfrv, t'talili* li's orj^ui's dr Saiul-ticrvais, (If Ni>tro-I)anii'. do la .Saiuli'-(;iiaindli', ili'Sainl- MiTi'i, de Saint-Sulpicf. fie.

Les facteurs d'orfj^ues fubriquuieul aussi des serinelte.s, des vielles et même des flûtes. Us avaient pour patronne sainte Cécile.

Orlaug-eurs. Orlogeurs. Orlog-iers.

\'iiv. Horlogers.

Ornemanistes. On\. dli l.iitir. .. ([ui

s'in'i'upi'ut spécialement de tout ce qui lient à rorneuieut de nos demeures. Ce mot, tout à fait barbare, est un néologisme contemporain. On devrait dire ornementiste ^ •■>.

Le Dictionnaire Ae Laveaux eu 1820 s'exprime ainsi : << Ornemaniste, mot inusité que l'on trouve dans quelques dictionnaires, où on lui fait signilier artiste qui fait des ornemons ' ». L'.\cadémie n'admit ce mol qu'en 181}."), et elle le délliut en ces termes: << Ornenuiniste, artiste, ouvrier qui ne fait ([ue des ornements * >■, délinition reproduite textueilenieut dans la dernière édition ■' 1878;.

Vov. Fouppetiers.

Ornements d.'ég"lise. Ce cummerce ne put constitiu^r une spécialité avant la suppression des communautés ouvrières. Jusque-là. les brodeurs-chasubliers, les tapissiers, les peintres, les sculpteurs, les fondeurs, les orfé\Tes, etc. concouraient à la fourniture des vêtements ecclésiastiques, des ornements d'église, des vases sacrés, etc. Ces dilîérents métiers, comme ceux qui travaillaient pour la noblesse, furent, pendant longtemps gratifiés de privilèges particuliers, l'exemption du service du guet, par exemple '' ; en raison de ce que, disait-on, ils< apparlenoient au service de nosire Seigneur et de ses saints, et ù la lionnerance de sainte Yglise ». On sait qu'une règle commune à la plupart des corporations voulait que tout objet mal fabriqué, défectueux fût saisi par les jurés et brûlé. Mais quand il s'agissait d'ornements destinés aux églises, il était interdit de les « ars. pour les révérences des sains et saintes en remembrances de qui elles sont faites " ». Un peu plus tard, nous voyons Philippe VI défendre aux orfèvres de c )nfectionner des ou\Tages un peu importants d'or ou d'argent, « si ce ne sont vaisseaux à sanctuaire, pour servir Dieu ' ».

Parmi les principaux fournisseurs des églises

' Kii.^ supprimée en 1838, elle allait d.' la rue R'auboiirij à la rue Saint-M.irtin.

- liUtionnaire françtûs.

■' T.imi- II, p. 287.

* Tomt> II, |i. 31G.

s Tome II, p. 319.

'' Vov. G. Depping, Ordonnances relafit^s (lux métiers, p. 425."

" /,/rrc (fes métiers. Statuts des ymagiors-paintrcs titre LXII.

8 Orilonn. royales, t. II, p. 80

H la fin du dix-builii'ine siècle, l'on citail surtout les suivants :

Veuve Rocher, lirotlfuse, rue Fèrou.

lùmrnier, brodeur, sur le pont Noire-Dame. Leclerc, fondeur, rue de la Ferronnerie. Hébert, fondtur, rue <les Arcis.

Lacombe, fondeur, rue des .\rcis.

Duchesne, orfèvre, qiuii de (îèvres.

Tonnelier, orft'rre, sur le pont Notre-Dame. Dutr^', orfèvre, sur le Pont-au-(]liange. Rigal, orfèvre, quai des Orfèvres.

Moreau, orfèvre, quai Pelletier.

Porcher, orfèvre, sur le pont Notre-Dame. Bizard, ciergier, rue Plàlrière.

Hérissant, libraire, rue Neuve-Notre-Dame. Lejeune iM"""), lingère, rue Saint-Denis. Clicquot, fitcle%tr (Torguex, rue Neuve-Saint- Laurent.

Ornithomanciens. Gens qui faisaient métier de prédire l'avenir par '< l'examen des actes dislinctifs et spontanés des oiseaux ». La \Tie d'un héron était favorable, celle d'une hirondelle annonçait un danger, celle d'une chouette était de mauvais augure, celle d'une mouette ne l'était qu'un jour de mariage. Ce jour-là, le cri du coq prédisait des querelles entre les époux.

Orpailleurs. Nom que l'on donne à ceux qui cherchent l'or dans le sable des rivières.

Au commencement du siècle dernier, il y avait encore en France un assez grand noml)re de cours d'eau exploités par les orpailleurs. Le Rhin tenait le premier rang. Le Rhône, la rivière de Cèze et le Gardon dans les Cévennes, l'Ariège dont le nom latin Awrigera indique bien la richesse, la Garonne aux environs de Toulouse, etc., etc. roulaient encore assez d'or pour permettre un travail productif.

On en trouvait même dans les rues de Paris. A la pointe du jour, quelques misérables, employés par les affineurs d'or, allaient gratteip les pavés avec un crochet de fer. et y recueillaient des parcelles de métal. Mais ils déchaussaient ainsi le pavage, et une ordonnance du 27 novembre 1(545 proscrivit cette manœu\Te, sous peine du fouet '.

Jusqu'à la fin du dix-huilièiue siècle, ces modestes industriels sont presque toujours nommés arpaillatrs, arpelleurs, etc.

Orphaivres Orfèvres.

et Orphèvres . Voy

Ortholans et Ortolains.

chers.

\o\. Marai-

Orviétan March.\M).s d"'. L'orviétan se composait (le vingt-sept substances, doid les plus utiles paraissent avoir été la thériaque vieillie et « des vipères sèches garnies de leur cœur et de

* Réauniur, J^ss/iis de l' histoire fies rivières du romiume qui roulent lies paillettes iVor, 1718, pas.sim. — H. Dupnio, Notice historique sur le paré fie Paris, p. 00.

(JHVIÉTAN — OUBLIKURS

leur foie*. » C'était une véritable panacée;

Molii're <>sl là pour l'attester :

KGAXARELLE.

Monsieur, je vous prie de me donner une botle dr votre orviétan, que je m'en vais vous payer.

l'uI'Kiutkur.

I/or de tous l{'s climats qu'entoure l'Oeéan

Peut-il jamais payer ce secret d'importance?

Mon remëde guérit par sa rare excellence

l'ius de maux qu'on n'en [>eut nombrer en tout un an :

La gale,

La rogne.

La teigne,

La fièvre,

La peste,

La goutte,

A'érole,

Descente.

Rougeole.

O grande puissance De l'orviétan !

SG.\N.\RKLLE.

Monsieur, je crois que tout l'or du monde n'est pas capabi»* de payer votre remède ; mais pourtant, voici une pièce de trente sols, que vous prendrez s'il vous l.laîl 2.

La puissance de l'orviétan devint telle que les mot.s marchand d'orviétan ont fini par devenir svnonvmes du mot charlatan. Cette drogue avait été surloul mise à la mode par un Italien mimmé Cristoforo Conlugi, natif d'Orvieto. et qui se fit d'aliord appeler Lorvietano, puis Lorviétan ou l'Orviétan. Son \Tai nom, dit M. Edouard Fournier ■', a été récemment découvert par M. Ravenel dans les registres de la paroisse Saint-Jacques du Haut- Pas. Il n'était vraiment pas nécessaire de se donner tant de peine pour le trouver, car l'apothicaire Pierre Pomet écrivait en 1694 dans son Histoire des drogues * : « L'orviétan étoit commun à Rome depuis longtemps, et c'est de là que le faisoient venir les épiciers avant que le sieur Contugi eût obtenu du Roi la permission de le débiter publiquement ».

Osier (Ouvriers d'). Voy. Vanniers.

Osteliers. Nom que la TaiUe de 1292 donne aux luMeliers.

Ostiaires. ^'<|y. Concierges.

Ostolains. Voy. Hôteliers.

Oublaiers Voy. Oublieurs.

Oublayers. Nom que deux chartes, l'une d'août 1406, l'autre de juillet 1.^66, donnent aux oublieurs.

Oublayeurs. Nom que le Diclivnnaire de Savarv (1723) donne aux oublieurs. Il ajoute : « On dit aujourd'hui oublieurs ».

* Pomet, Histoire des drogues, 2" partie, p. 07. - L'ntnoHr inêilerin, acte II, se. 7.

3 Vnriétrs lilléraires, t. VII, ]>. 113. Voy. aussi le Dictionnaire de ,Ial, p. 424.

* tlomme ci-dessus.

Oubleers. Voy. Oublieurs.

Oubliers. Nom que les Cris de Paris de l."')4.'') donnent aux oublieurs.

Oublieurs. Faiseurs d'oubliés et autres pâtisseries légères. Les oublieurs étaient appelés dans les maisons, où l'on jouait des ouiilies à peu près comme, de nos jours, on joue des plaisirs ou des macarons. Ils se promenaient le soir, dit .lean de Garlande, avec des corbeilles recouvertes d'une serviette blanche et remplies (l'oublies, de gaufres et de rissoles. Les écoliers qui avaient gagné ces corbeilles au jeu de dés, les suspendaient à leurs fenêtres en gui.se de trophées ' . Guillaume de la Ville Neuve ne les a pas oïdjliés dans ses Crieries de Paris :

Le soir, orrez sanz plus atendre, X haute voiz, .sanz deiai.r :

I>iex'. qui apele l'oubloier?

Quant i>n aucun leu a penlu, De crier n'»'st mie es[)enlu.

Près de l'uis crie oîi a esté ; -Vide, Dicx de maïsié 1 Corn de maie eur je fui nez !

Com par sui or mal assenez !

La Taille de 1S92 cite 29 oubloiers parmi lesquels je remanpie, dans la rue du Marché- Palu *, roid)loier du roi ^. La Taille de 1300 l'a mentionne 26.

Le coffin à oublies était souvent une simple corbeille, parfois aussi une petite cai.sse en cuir bouilli. Les rois Charles V et Charles VI possédaient des coffins à oublies en argent ; et, ce qui semble bien prouver que cette friandise était fort estimée à la cour, c'est que je rencontre, dans les Comptes de Phôtel du roi pour 1389, ces mentions : « Pour un fer à faire oublées pour le Roy... Pour un sac de mouton pour mettre fleur * à faire oublées ^ ... » Au reste Philippe III ', et Charles le Téméraire avaient eu aussi un oublieiir en titre : « L'oublieur, écrit (Jlivier de la Marche, d(}ibt prendre en la cuisine le siutc, le bois et le charbon. 11 doibt avoir un estuy d'argent pour mettre les oublies du prince '.

On voit représentés des oublieurs munis de leur cofiin dans le Magasin pittoresque * ; dans la collection des Cris de Paris publiée par Pilinski et Jules Cousin ; dans le Dictionnaire archéologique de V. Gay ', et dans une gravure de Bonnard exécutée vers 1710.

Les premiers statuts des oublieurs datent de mai 1270 '". J'y lis que, pour être reçu maître,

< n Pnpeones nebularum et guafrarum pronuntiant de nocte guafras et nebulas et artocreas vendendas in calathis vclalis aibo manutergio, et calathi fn-quenler suspenduntur ad fenestras clcricoruni, seninne penlili ». Dictionarius, p. 2.").

î Di'venue rue de la CMé.

3 Page 14S.

* Klenr de farine.

= Douél-d'..\rcq, p. 2.13.

I"' Leher, Piérrs reintires i V histoire de AV/jarr, t. XIX, p. II.

■J Mémoires, édit. de 1616, p. 675.

« Tome XIII, p. 216.

9 Tome I, p. 402.

t" Dans (i. Dep).ing, OriiuHH. relatitts aux métirrt, p. 3ÔII.

OUBI.IKURS — OUHS

il falliiil se moiilrer capable de faire mille oublies en un jour. I/iippreiilissnfje (■(ail de ciiKi ans. On (levait livrer pour un denier deux jjanlVes nu sept bâtons. ,rij,rnore (•<• (pi'rlaient ces ljù((jns, mais j'ai tout lien de croire qu'on appelait ««///iV* i/f siippliruliiiii les gaufres, et hui/irx iPi-striers, (ffstnrs ou petits métiers les oublies roulé.s en eorneLs comme nos plaisirs.

Des lettres patentes de juillet l.Vifi réunirent les oublieui-s aux pâtissiers. Ils n'eu eonliuni'rent pas m()ins à (^Ire conviés le soir dans les maisons pour éj,Mver la fin des soupers. D'où vint ((ue. sous la Frondi'. on donna le nom <roid)lieurs auxf^ensqui circulaient de nuit, occupés de négociations mystérieuses. Chez les bourj^eois, on jouait aux dés des oublies, et quand on arrivait à fjrafjner tout ce que contenait le coffin, l'oublieur était tenu de cluinler une chanson :

()ilblii\ iml>li<'l Hoyi' à lion juis ', l'our \fs fjniiKl.s ft |iour Ir.s pctis. M>-s ili'z chamirnint le billnii, .)i' iiV lainay 'non oorbillon.

Mais jo cliaiili'ray la chanson I

(les cliansons tinirent par constituer la partie la plus importante du divertis.sement. Mlles devinrent si grossières, et de si étranges personnages se transformèrent en oid)lieurs que la police dut intervenir. Une ordonnance de 170"2 s'exprime ainsi : << Depuis quelque temps. plusieurs \~agabonds et gens sans aveu, sous prétexte de crier des oublies, s'introduisent dans les maisons, où ils volent el trompent au jeu, en

.se servant pour cela de faux dez 11 va mesme

actuellement dans les prisons du (;liast"elef un de ces particuliers qui a Klouté une somme de cent cinquante livres en contrefaisant l'oublieux.... Faisons défenses à toutes personnes de crier ny de porter des oublies par les rues de la ville, s'ils ne .sont avoués d'un maistre de la conmiunautc ». Une ordonnance du <J septembre 17'2"2 mit fin à ces désordres en menaçant de la prison tout colporteur d'oubliés. Le métier se transforma, et les onlilienrs furent reniplai-és parles marchandes de plaisii-s.

L'académicien (Charles IVrraidt esl l'auteur d'une comédie inlitidée L'onhlien.j- 169U. qui était restée inédite, et que M. Hippolyle Uuc<is a publiée en 1868.

Les oublienrs avaient pour patron saint Michel.

J'ai adopté pour leur nom la forme choisie par Littré, mais elle a subi bien des vicissitudes. .Sitns croire en avoir épuisé la liste, j'ai relevé les formes suivantes :

Oldiers. Statuts <le 1270.

Oiihiniers. Taille de 12y2.

/^/; • J aille de l.Jl.).

Onbloijera. Letln-s patentes de 1:{'.)7.

Oubluyers. Chartes d'août UOfJ et de juillet 1Ô66.

Ouiliers. Cris de Paris au seizième siècle.

I A bon

prix.

Oiiblieiu. Titre de la comédie de Charles Perrault.

OitUiiyeurs. Diciiouniiii-e di' .Sasury . I72li .

Le Dictionnaire de (Jodefroy me fournit encore : nulihers, iiubldiers, nbleers.

Mais les oublies se noiiimaienl aussi meules, (l'où. pour les membres de la corporation, iraiilres noms encore, que l'on trouvera à l'article nieidiers.

Oublieux. Nom qu'unecomédiede (Charles Perrault Ki'Jl donne aux onblieurs.

Oubloiers. -Nom (jue la 2''ii/le de 1-302 donne aux onblieurs.

OuJjloyers. Nom (pie les lettres patentes de lli'.l7 (loniieiit aux oublienrs.

Ourdisseurs. Dans les fabri([iies de drap on d'etoiVes de soie, ouvriers chargés d'assembler parall('lenient,i'i longueuret à tension seniblaides, les lils (pii vont conslitner la chai'ne.

Ours (Mknki'rs d'). L'ours, le Bnin du Romun de Reiiurd, joue un rôle important dans la zoologie du moyen âge. Quand il est pi'is, dit Albert de Bollstaift, on l'aveugle, on l'enchaîne et on l'apprivoise à force de coups. (Jn le dresse alors à certains services domestiques : on lui apprend à tourner des roues, à tirer de l'eau du puits, il élever des pierres an moyen de poulies sur de hautes constrnclions. Cela se voit très fréquemment '.

Un des IVi'i-es de Charles \'. .Jean, duc de Bei-ri -, qui fut peut-être le prince le plus magnifique de .son temps, joignit ù l'amour des joyaux précieux, de.s beaux livres el des curiosités de toutes sortes, celui des animaux. Il eut surtout un faillie pour les ours. Non content d'en nourrir plusieurs aupri's de lui. il se fait accompagner par ses favoris ipiand il se dé|)lace. Leur compagnie lui est néces.saire. leui-s ébats le n'jouissenl. (',hange-t-il de résidence, vient-il à (|uiller le château (U' Meliun-sur-Yi'Vre ou je palais de Bourges, ses compagnons fourres le .suivent, enfermés dans une charrette, sous la conduite de leur gardien Colin de Bléron ^. Si bien élevés que soient ces personnages admis dans la familiarité d'un prince, leur naturel réparait par instants ; aussi voyons-nous, en juillet 1898. Lorin Larchier, « lequel l'ours de monseigiieiir avoit blécié. >■> recevoir quarante-cinq sous tournois « pour soy faii-e guérir ' ».

Au siècle suivant. Piiilippele Bon all'ecl ion liai l à la fois les lions et les ours. Dans un compte de 1467, je trouve mentionné « le petit ours de monseigneur ^ », un favori sans doute.

• Circunivoluiint rotas, Iraliiml aqiias di; imtcis, vel saxa supiT altos niucos pcr tiocheas. El hoc sœpius esl p.\peplum ». De nitturii nnimalinm.

- Mort à Paris en juin 1410.

3 \ov. J. Guffri'V, Inceitlaire dit duc de lleni t 1

p. cxxx.

' Doiii'l-d'.Arcq, Comptes île Iholel, p. 312. 5 De Labonle, Les dues de Bournnnnc, piviives l. I

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