‹ Dictionnaire historique des artsChapitre 264 sur 422 · VII · texte numérisé non relu

VII

ri lie

Tableau fir I*itris, rhap. .^.'lô, t.

^ Douxièmi- partir, titre II,

** Article 8y. — La poitevine ou pile t'tail la plus [i lies pièces (le monnaie.

' .Vrticle -66.

' Il Li singes au marchant doit llll il., se il pour vemln» le porte. Et se li sinp'S est à home qui l'ait .icheté por son déiluit, si est quites. Et se li sinises est au joueur, jouer en doit devant le paagier, et pour son jeu doit estri" ijuites do toute la chose qu'il achète à son usage. Et aussi, tôt li jongleur sunt quite por I vers de ■hançon u. Art. 44 — On voit que le singe destiné 1 être vendu payait quatre deniers d'entrée ; celui qu'un larticulicr possédait comme animal domestique, pour son plaisir, ne payait rien

Bihliothè(|ue nationale ', figure en marge de ce passage un grossier dessin, où l'on a représenté un jongleur, son violon ou rebec et deux singes en train de danser pour siilisfaire le péager.

Petites-Affiches. Montaigne écrivait au milieu du seizième siècle : « l'^u mon père, m'a dict aulresfois qu'il avoit désiré mettre en train qu'il y eusl es villes certain lieu désigné auquel ceux qui auroieni besoin de quelque chose se peusscnl rendre et faire enregistrer leur affaire à un officier eslably pour ce( ell'et. Comme: je cherche à vendre des perles ; je cherche des perles à vendre ; tel s'enquiert d'un serviteur de telle qualité, tel d'un maistre, tel demamle un ouvrier, etc. - ». On peut, à tout prendre, trouver là l'origine de nos Petites-Afllches. I/idée de Montaigne fut recueillie, au siècle suivant par Istiac de Laffémas ' ; mais c'était à Théophrasle Renaudot qu'était réservé le mérite de la mettre en pratique. Après de longues démarches, il obtint enfin, en 1(329, le droit d'ouvrir un

« Bureau de rencontre où chacun peut donner et recevoir advis de toutes lesnécessitez et conimo - (liiez de la vie et société humaine ».

Une feuille d'avis . qui paraissait le premier de chaquemois, vint bientôt signaler au public les principales, occasions offertes par le Bureau. La quinzième de ces feuilles, réimprimée par M. Edouard Fournier ', est ainsi divisée :

1° Terres seigneuriales à vendre.

2° Maisons et héritages aux champs en roture à vendre.

3° Maisons de Paris à vendre.

4" Maisons à Paris à donner à loyer.

ô° Maisons à Paris qu'on demande à prendre à loyer.

6" Rentes à vendre.

7° Bénéfices à permuter.

8° Offices à vendre.

• Fonds français, n° 24,069, P» 204.

î Es.mh. liv.'l, chap. XXXIV.

3 Histoire du commerce, dans Cimber et Danjou, Àrckices curieuses, t. XIV, p. 424.

i Yariête's historiques et littéraires, t. IX, p 51.

p]':tites-affich1';s — i'hlebotomistks

9° Meubles ;i vendre.

10" Affaires mêlées.

Le huretiu de rencnntri' ou bureun <l' lulrrssen ne survécut point à son fondateur, qui mourut v\\ 1653. La spénilation fut reprise en 1703. Un jiouvcau bureau d'adresses fonctionna dès lors « au bout du Pont-Neuf, au roiu du rarrefour de l'Ecole, vis-à-vis la Saniarilaine », d'où partit la Liste des avis enroye's au bureau /Fadresse et de rencontre. Celle liste fui remplacée en 1716 par les Affiches de Paris, des provinces et des puys étrangers, auxquelles succédèrent, en 1745 les Affiches de Parts et avis divers qui, sous différents formats, parurent assez régulièrement jusqu'au décret du 17 août 1811, décret auquel les Petites-Affiches diu'ent leur existence ' .

Voy. Concurrence. — Publicité, etc.

Petites-Maisons (Maîtres des). Le garçon chirurgien altaclié à cel hospice recevait gratuitement la maîtrise après un certain nondire d'aimées de service.

Petits-collets. On nommait ainsi, aux dixseptième et dix- huitième siècles, des abbés mondains qui, Lien que consacrés, n'avaient guère d'ecclésiastique que l'habil, et se distinguaient des véritables gens d'Eglise par un rabat très pelil. Les pelils-collels tenaient une place importante dans la société; ils faisaient des vers, servaient les intrigues amoure\ises, y jouaieni les rcMes de valets ou tout au moins de compliiisaids. sans scrupule. « Ils sont, disait Marana vers 1690, rornemenl de Paris et le refuge des dames aftligées '^ >/. Et J.-C. Nemeilz écrivait vers 1720 : « 11 existe une catégorie d'abbés qui n'appartiennent ou ne veulent pas appartenir i'i l'Eglise. Ils ne portent l'habit noir et le pelil collet que par économie et par vanité. Un habit noir coûte bon marché, et le petit collet suflil pour se faire donner tout au long le litre de Monsieur l'Abbé ^ ». Un livre publié une quarantaine d'années plus laril les traite d' << animaux équivoques, sans étal et sans sexe, reçus parto\il et partout méprisés * ».

Le petit collet se faisait en gaze noire, il était confectionné par les lingères.

Pétrisseurs. Ils sont nommés pestriseiirs dans les statuts accordés aux boulangers vers la fin du treizième siècle ■''.

Pévriers. Voy. Poivre (Marchands de).

Pharmaciens et Pharmacopoles. Voy.

Apothicaires.

Phénomènes (Montreurs de). Sauvai raconte ([ue l'oji montrait, de son temps, au

1 E. Hatin, lli!)l!ngrnphir île la presse p''riniliijiir, p. 17. S l.ellre il un sieiUen, p. 55.

•1 Séjour lie Paris, é.lil. île 1897, p. 16. 4 La enpitate îles Gaules on la noiieelle Uahilunne, 1750, in-12, p. 54.

^ Lnre lUs '/le'/irrs, titiv I, .ti'I. .M.

cimetière des Inuocenis une pauvn^ fille .sans bras, ùgée de quinze a seize ans, cpii •< enfiloil une aiguille, cousoil el faisoil mille autres choses fort adroilemonl avec ses pieds ' ». Mais le lieu haliitiiid de ces exhibitions étaient les foires Saint-Ciermain et Saint-Ovide.

Parmi les phénomènes quiyallirèrenl la foule, je citerai :

Un homme à deux télés, « l'une à la sil nation naturelle et ordinaire, l'autre au milieu de son ventre ». (Année 1678;.

Un homme à trois têtes, sur lequid je n'ai pu . trouver aucune indication plus précise. (An. 1775). Un homme sans bras qui « lailloil.se> plumes et écrivoit correctement, buvoil, mangeoil, prenoit du tabac, jouoit au bilboquet, etc. ». (An. I779j.

Une fenune sans langue el dont la parole élail fort intelligible. lAn. 1766j.

L'n enfant dont le corps était couvert de poils, et dont la peau changeait de couleur à chaque saison. (.\n. 1774).

Un honune-sanglier. qui avait sur le corps des soies de six lignes de longueur, plantées comme celles des hérissons ; elles tombaient en automne pour repousser ensuite. (An. 1770).

Une négresse blanche « fille, disait l'affiche, de père et de mère noirs ». (An. 1777 .

Un enfant mule, qui était resté trente et un ans dans le sein de sa mère, morte à l'Hùlel-Dieu de .Ioignyle'22juillet. (.\n. 1747). «On ira chez les ■j-ens de condition ». dit le programme. La ducliesse d'Orléans, à qui l'on racontait un fait analogue, s'écria qu'en pareil cas, elle n'aurait pas manqué d'avaler un précepteur pour son fils. Un géant de sept pieds quatre pouces. Il parlait plusieurs langues et montrait dans ses discours « une éloquence qui svmpathisoit fort bien à sa grande taille ». (An. 1776).

LTn singe de cinq [)ieds de hauteur. (An. 1774). Une famille de lapons. Le père, âgé de trente ans, n'avait que trente et un pouces de hauteur et sa femme en avait vingt-huit à peine. Ils s'étaient mariés en France, et avaient une enfant haute de di.x-huit pouces. (An. 1779).

Un nain des Indes, âgé de quarante-deux ans, et n'ayant que vingt-sept pouces de liauteur. Il fui présenté au roi le 16 décembre 1774.

Un cheval nain, âgé de cinq ans el haut de treide pouces. (An. 1774).

Une vache avant deux têtes et cinq jambes. (An. 1748).

Deuxgénissesjumellesattachées l'une tt l'autre. ^An. 1774).

Un cheval n'ayant que trois jambe.s. (An. 1774)' .

Vdv. Animaux curieux. — Animaux dressés. — Bateleurs, elc.

Phlébotomistes. En latin minulores. Il est prolialile cpie le soulagement produit parles hémorragies spontanées, épislaxis. hémorroïdes, etc., a fourni la première idée de la saignée. Le

I Aiiliauilés lie Paris, t. II, p. 545. - I*]. Canipanliin, Les spectacirs df la

foirt, passini.

l'MLKBOTOMlSTKS

ôG<J

(liuliMir 1,. (iiiviiii ' |)rclcricliiil (.•«'pt'iiilunl ([uo celle opéiiilioii iivail clé sii^j^ërce à rimiimie par les NiUij^siies : coinine, ajoule-l-il, on ii"eii pouvait trouver en hiver, les luédeeins v suppléèrent au nioven île la phlélioloniie -.

Klle fui liien vite rej^janloe comme une nécessité livjîiéni(iue ù laquelle personne ne devait se siuislraire. Le Licre des métiers la cilo parmi les causes qui dispensaient hour^eois et ouvriers de faire le service du ^^uet : k<. Nus ^ (|ui ait passé i.x ans, necil aus([uex leur fauies j^isenl d'eufaul, tant coiue elles {jiseul, ne nul (jui soit sainie/. *, se il n'a esté semons ani;ois (|ue il se feist Sciinnier ■'. ne doivent point de jjuait " ».

On se faillit saigner à propos de rien et à propos de tout. Parfois pour mêler son sanj^ ù celui d'un ami, d'un frère d'armes, d'une maîtresse, en témoii;na^e de profonde et éternelle alïecliiin.

Dans les couvents, la saignée élail prali([uée périodiquement sur tout le personnel de la u\aison. L'opération avait lieu, en élé après non(\ en hiver après vêpres. Pendant les (rois jours ipii suivaient, la luiurriture de la communauté était un peu auj^mentée, les religieux restaient assis et couverts pendant les offices, se recouchaient après matines, etc. Ces époques de saignées génorales étaient nomméesyour* malades an jours de la minution du sang. A Siiint-Viclor de Paris, il y avait chaque année cinq saignées générales :

1" En septemlire.

2" A l'entrée <le l'Avent.

3" Avant la Quadragésime.

4° Après Pâques.

5° Après la Pentecôte '.

La saignée avait lieu chaque année :

Chez les Augustins, quaire fois.

Chez les Camaldules. trois fois.

Chez les Cannes, quatre fois.

Chez les Chartreux, cinq fois.

(]hez les Dominicains, quaire fois.

Chez les Prémontrés, cinq fois *.

Les supérieurs des communautés religieuses e.spéraient par ce moyen faciliter au clergé régulier l'observation du vœu de chasteté, et surtout plier plus facilement au joug d'une règle austère des hommes dans toute la force de l'âge.

Le minutor chargé de l'opération comptait aussi des laïcs parmi ses clients, car bien des gens voulaient s'associer à la cérémonie, et pour y prendre part se retiraient dans quelque couvent. On a vu des seigneurs, fondant un monastère, se réserver ce droit pour eux. leur femme, leurs enfants et leui-s domestiques ".

' Mort en 1630.

- Dirrrses leçons, clc, t. I, p. 755.

3 Nuls,

* Saigné.

5 S'il n'a élé convoqué avant qu'il se soit fait saigner.

6 I.irrr lies me'tiers , titre LX\^'I . Voy. aussi litres VIII, XVII, ete.

' \ oy. le Glossaire de Ducange, au mut miniirre. ' Doin Calmet, Commentaire sur la règle île saint Benoit, t. I, p. 569.

9 Ducange, ut supra.

Tout ceci n'es! rien, si ou le lompare à l'elVroyahle abus (|ui fut fait de la saignée depuis le sei/.ièute sii'cle. l'aris semble alors devenit un champ de bataille, oii luttent ii forces presque égales les malades et les médecins. Ceux-ci, l'dme trantpiille et le cœur léger, souriants et calmes, sans autres armes que quel(|ues mot.s latins sur une feuille de papier, se mettent ii répandre des torrents de sang.

Le chirurgien A. île Corbye écrit en 1,")90 : H MaintenanI, nous seignons des etifans à trois et avant trois ans, voire réitérer la seigiu'-e avec heureuse issue ; et les hommes de (jiuilre-vingts ans la portent fort bien ' ». Kn 1(509 , le médecin Le Moyne avoue, il se vanle sjins doute, qu'il a en quinze mois tiré douze cents palettes lie .sang à une jeunls lille -. La palelle de Paris représentait (rois onces au moins •', Le Movne enleva (loue '22.') livres de sang à sa <'liente, qui, d'après la théorie alors admise, aurait renouvelé en(ièremen( son sang plus de neuf fois en ([uinze mois. Louis XIll, que son médecin Bouvard fi( saigner quaran(e-sept fois en un an *, n'avait ilonc pas le droit de se plaindre.

.\vec raison, d'ailleurs, la saignée dont on abusait tant était regardée comme une opération délicate, et qui exigeait (ou(e l'atlendon du chirurgien même le plus liabile. On lui acccjrdail le (lroi( de faire sor(ir de la pièce toute figure qui lui déplaisait. Dionis n'usait pas de ce privilège, et il s'en montre très fier: « S'il y avoit quelqu'un dans la chambre que le chirurgien ne crût pas de ses amis, il pourroit le faire sortir, parce qu'il ne faut pas qu'il ait pour spectateurs des gens qui pourroient l'inquiéter et le chagriner par leur présence. Autrefois, ils usoient de ce privilège, et un jour que M. Félix alloit saigner le Roy, il dit à l'huissier de faire sortir un des chirurgiens de quartier qui n'étoit pas de ses amis. Mais aujourd'huy cela ne se pratique plus. Toutes les fois que j'ai .saigné madame la Dauphine ou quelqu'un des princes, la chambre étoit pleine.

« On donnera au malade quelque chose de rond dans la main, qu'il luy faut faire tourner sans trop la serrer ; il faut que ce soit par un mouvement réglé, qui puisse hâter le sang de se porter vers l'ouverture de la veine. Il y a quehpies chirurgiens à Paris qui portent dans une poche faite exprès un bâton de la longueur d'im pied et demi garni de velours et même brodé. Ils le donnent à tenir au malade aussitôt que la piqueure est faite ; ils prétendent que ce bâton n'est pas seulement pour le tourner dans la main, mais que le bout de ce bâton posant sur le lit sert à appuyer le bras du malade. Je n'ay point pratiqué cette galanterie, je me suis contenté de donner mou étiiy, et même avant la saignée ^ ».

Au début du dix-liuitième siècle, la doctrine

' Les fleurs de ckirnrglr, p. MB.

* Lostoile, Journal lie Henri IV, 26 .septembre 1609.

3 A. Paré, Œurres, p. 357. — Dionis, Opérations île rkirurifie, p. ."i."i.".

* Aniclot lie la Hoii-s.saye, .Mémoires, t. I, p. 518. 3 Dionis, p. 566.

l'HLKBOTOMISTl'lS — l'IC.UJiLLIERS

(Je la IVéqiR'iile saignée n'avail jj^inTe perdu de sa voo^ue. Le Silicien Marana, visilant Paris vers 1700, écrivait: « Quand j'ai voulu assurer que jamais on ne m'avoit ouvert la veine, les chirur- ;j:ieiis de France n'ont pu nie croire sans auparavant me voir nud ' ». Tout était encore prétexte à saignée. Ainsi, au mois de juillet 1721 , Louis XV, alors âf^é de onze ans. ayant eu un accès de fièvre, on le « saigne du bras à quatre heures après midi, et du pied à onze lieures du soir - ». Les gens prudents se faisaient saigner sans besoin au moins deux fois l'an, au printemps et à l'automne, et Paris restait la ville du monde où la médecine répandait le plus de .sang.

En somme, il faut arriver à la Révolution pour voir disparaître une pratique qui serait aujourd'hui regardée comme une monstruosité. Mercier pouvait dire, en 178"2 : « Il n'y a plus que quelques chirurgiens de Saint-Côme, vieux et ignares, qui commandent encore ces saignées copieuses, ces horribles breuvages compliqués que nos pères avaloient, malgré la répugnance invincible de la nature ^ ».

Physiciens. Nom que portèrent pendant longtemps les médecins. Sur ce sujet, vo^'. Et. Pasquier, Ri'rherches sur la France, liv. VIII, chap. 26, t. I, p. 803.

Physiciens. Sous ce litre ÏAlmanac/i Danpluii pour 1777 publie l'article suivant.

« Les plivsiciens sont ceux qui possèdent ou professent la science des choses naturelles, et démontrent les raisons et les causes de tous les effets. Quelques-uns des plus connus sont :

Brisson, de l'académie rojale des sciences et maître de physique des Enfans de France.

CoMLS, boulevard du Temple, si connu par son extrême dextérité de la main, s'est livré à des connoissances plus utiles, et tient chez lui un cabinet de récréations physiques et magnétiques, où il continue pendant la belle saison de faire exécuter de nouvelles expériences, qui font to\ijours l'amusement de la Cour, de la ville et des étrangers...

KAniyiEAU, me fini nl-J arques, vis à vis les dames Sainte-Marie, tient un cabinet curieux de pièces d'optique, de plijsique et de mécanique, qu'il fait jouer et mouvoir lorsqu'il en est requis.

SiOAUD DE Lafont, Tve Saiiit-Jacques, près Saitil-Yres, profeseur de mathématiques et membre de plusieurs académies, tient ses cours de physique expérimentale les lundis, mercredis et vendredis ».

J'ajouterai que Mathurin-Jacques Brisson, auteur d'ouvrages estimés, mourut en 1806 ; que Comus fut le grand-père de M. Ledru-KoUin, qui joua un rôle politique en 1848; que Habiqueau était directeur d'un spectacle mécanique et physique où l'on entrait, en 1774, pour trois

1 Lettre, p. 5.

- Barljicr, Journal, t. 1, p. 96.

3 Tableau de Paris, t. IV, p. 323.

livres aux premières places et vingt-r|uatre sols aux deuxièmes; que Sigaud de Lafond, devenu membre de l'Institut en 1796, a fait des découvertes utiles.

Il n'est pas moins vrai que, pour V Almanach Dauphin comme pour le public, ces physiciens tenaient une place honorable entre les savants et les prestidigitateui's. Chaque année, on vovait, aux foires Saint-Ciermain et Saint-Laurent, des cabinets de physir]ue, d'optique, d'électricité ; d'autres étaient établis à demeure près des théâtres forains du boulevard du Temple. J.-B. Pujoulx écrivait vers 1800 : « Les savans courent les rues, et nos boulevards sont devenus des écoles de physique. L'un a des machines électriques et des fioles remplies de phosphore ; pour deux sous, il vous électrise légèrement et vous donne la fiole. Plus loin, c'est une chambre noire... Là, c'est une double lunette à réfraction... Celui-ci, enfin, a un microscope dont il vante la beauté et surtout les effets * ».

Voy. Baromètres (Marchands de).

Pianos (Facteurs de). Le piano est dérivé de l'épinette et du clavecin*. Il ne devint à la mode que vers la fin du dix-huitième siècle. h' Almanach Dauphin pov.r l'année 1777 ne mentionne encore que des clavecinistes ou facteurs de clavecins. \j Encyclopédie méthodique (1785) fournit la définition suivante du forte piano ou clavecin à marteau : « C'est un petit clavecin d'une forme oblongue, dont chaque touche fait lever une espèce de marteau en carton enduit de peau, qui frappe contre deux cordes uni.ssones ou contre une seule ' ».

Madame de Genlis écrivait vers 1818 : « Le piano fut inventé en Angleterre, il y a environ cinquante ans... Le nombre de personnes qui excellent sur cet instrument est hors de proportion avec les virtuoses de tous les autres ; c'est que la commodité de son attitude permet, sans nulle fatigue, des études de sept ou huit heures. Les grands talens sur le clavecin étoient jadi> plus rares qu'ils ne le .sont aujourd'hui sur le piano ; d'abord, parce que le goût delà musique étoit moins général, ensuite parce que le clavecin n'avoit véritablement qu'un genre, la vites.se ; enfin, parce que sa grandeur le rendoit fort incommode dans un petit appartement* ».

Piautriers. Voy. Étain.

Picadilliers. Ils sont mentionnés par deux arrêts, l'un d'avril 1,")9Î), l'autre de ilécendire 16iS9, au milieu d'autres métiei-s et avant le> empeseurs. Suivant M. Quichenil, les picadille> seraient de « petits festons de bordure' ». C'est tout ce que j'ai pu découvrir sur celle profession.

I Paris â ta fin tlu ifix-iuitième sièele, p. 34. — Sur les eabinet.s rip physique, vov- E. Canjpardon, Les s/ifffaeles i/e ta fiiirr.'t. I, p. 196 et 225 ; t. II, p. 19, 177, 179, 216, 432. etc.

- Voy. ci-dessus les articles Clavicinistes et Kpinetiers.

•t Arts et mr'liers, t. IV, p. 165.

^ Dictionnaire fies e'/içuettes, t. I, p. 90.

5 Histoire lia costume, p. 457.

l'ICgUKIKKri'S — l'Il'KS

Picquebœufs. \ ov. Bouviers.

Picqueurs. N'ov. Fiqueurs.

Pièces Travaii, avx). Xoy. Travail.

Pieds poudreux. Celli- exprossion iU'sijjiiiiilli's marclmiuls iloiil lii ivpiilalii)nt't la sulvahilili' ('laii'iil ildutcuM's. l'',xi'iii[)li' : ■< (ri'^l un pied poudreux que ccl luuunie >^.

(Juaud on (lisait d'un ni'<^ociaril qu'il t-lail « n'duil au petit pied», cela siirnifiail (pie son crédit était devenu fort mince, ([u'il devait se contenter d'une petite boutique et n'avoir point de trarcon.

Pierre-au-Lait il.a . \dv. Laitiers.

Pierres fausses, ^'ov. Bijoutiers en faux.

Pierres aux poissonniers <>u Pierres durci. Vov.Foissonnlers(Fierresaux).

Pierres simples, polies, gravées et sculptées ' Faiseurs d'olvrages de). Titre qui appartenait aux marbriers.

Pierreurs. Voy. Carriers.

Pierriers de pierres natureUes. Voy.

Lapidaires.

Pierriers de verre. \'oy. Bijoutiers en faux.

Pigneres. Voy. Pelgnlers.

Pigneresses. Voy. Pelgneurs.

Pigneux de laine. Pei<rneurs de laine.

Nom que l'ordonnance des Batinières donne aux cardeurs.

Pigniers. Voy. Pelgnlers.

Pileurs de ciment. Ce sont ceux qui

« dans les tuileries, réduisent en poussière, avec une masse de fer, les tuiles, briques et carreaux de rebut, et qui. dans les villes, font la même opération sur les vieilles tuiles cassées, les vieilles briques et carreaux qui ne peuvent plus servir, après les démolitions ' ».

Pileurs de pois. La TuilU de 1313 cite, sur le Petit-Pont. « Pierre du Tref, pileur de pois' ». Il vendait donc de la purée de pois, mets alors fort recherché. Rabelais, parlant de Qnaresmeprenant, nous apprend que •< s'il baisloyt, c'estoyent potées de pois pilez'' ».

Pilotes. Voy. Avaleurs de nefs.

Pinceau Peintres av CtRos). Voy. Peintres en bâtiment.

Pinctiers. Voy. Potiers d'étain.

t Jaub' * Page .«.

3 Pantngrui

lort, Dictionnaire, t. III, p. 452.

* Page 166.

3 Pantagruel, liv IV, chap. 32.

Ping-niers. \ <iy. Pelgnlers.

Pintiers. \ Hy. Potiers d'étain.

Pionniers. Ouvriei's employés « à l'armée pour applauir les clieinins. creuser des lij.jnes et des tranchées, et faire tous les travaux où il s'aj^il de remuer de la terre ' ».

\'oy. Terrassiers.

Pipes (Fabricants DE . Le mot pipe, écrit presque toujours yx^^tf, existait bien avant qui? Jean Nicot eut introduit le tabac en Fraïuc. Il désijjnait la petite lij^e à laquelle s'attachaient les sif^nets d'un livre. On lit, par exemple, dans un compte de 1;J90 : •■< A Nicolas Arode, orfèvre, pour six petites pippes d'arj^ent doré, achetées de liiy pour uuMtre es petites heures et autres livres du Roy - ».

Les premières pipes ;i fumer poricreiit d'abord le nom de cornets. Olivier de Serres écrivait vers 1600 : ^< La fumée du petum masle, dit aussi tabac, prinse par la bouche avec un cornet à ce approprié, est bonne pour le cerveau, pour la

veue, l'oiiïe, les dents, etc.

La te

dont

furent faits ces cornets était, depuis le siècle précédent, employée pour la fabrication d'une vaisselle spéciale : elle dut aux fumeurs le nom de terre de pipe.

En 1659, « très haut et très puissant seio^neur, monseig'neur Eugène-Maurice, comte de .Soissons » obtint du roi le « privilège de vendre, luy seul, tant èz ville et fauxbourgs de Paris que dans les autres villes du royaume, toutes les pippes qui servent à prendre le tabac et pelun en fumée ». Ce privilège était accordé pour neuf années, à la condition que les pipes ne pourraient être vendues plus de douze sous la douzaine *.

Au début du dix-huitième siècle, on appelait pipe grasse « celle qui, à force d'avoir servi à fumer, était devenue d'un brun oliscur presque noir » ; et brùle-giieule celle « dont le tuyau a été cassé à cinq ou dix doigts du fourneau '.

On nommait encore :

Pipes anglaises celles dont le talon était pointu.

PipfS à la capucine celles dont le fourneau était uni et sans talon.

Pipes croches celles dont le tuyau formait angle droit avec le fourneau.

Pipes falbalas celles dont le tuyau était recourbé en demi-cercle.

Pipes guinguettes celles dont le fourneau était très petit.

Pipes du nnuceau »««?■/«' celles dont le tuyau et le fourneau étaient chargés d'ornements en relief.

' Jaiiliert, Dictionnaire, t. III, p. 459.

- I.. (io Labopdo, Glossaire, p. 450.

•' Théâtre iT agriculture, édit. rie 1617, p. 573. Cette phrase n'e.xiste pas dans la première édition {1600).

* ^ ov. la Currespontlniire historiijue et arche'ologique, an.

5 Savary, Dictionnaire Hn commerce, t. II, p. 1098.

l'Il'KS — l'LAISIHS

Les hollandais en ajuiilaiciil une à chaque (grosse (Ift pipes ordinaires *.

Je ne saurais dire exactement ii quelle date les eifrares vinrent faire concurrence à la pipe ; mais ce que l'on peut aftirmer, c'est qu'ils furent d'aliord connus sous le nom de cigales, sans doute parce que leur forme rappelle celle de cet insecte. L'abbé Jaubert écrivait encore à la fin du dix-huitiéme siècle : « Les cif^ales sont des fiMiilles dp tabac roulées comme un tuyau de pipe, arrêtées par les extrémités au moyen d'un III, qu'on tient par un bout dans la bouche, qu'on allume par l'autre et dont on se sert pour fumer ^ ».

La maison Gambier, dont le nom est devenu populaire, fut fondée, dit-on, en 1780 ; elle fournit la plus jurande partie derj pipes débitées à Paris et aux environs. Je lis dans les rapports rédi^-és à l'occasion de l'exposition universelle de 18.">r) qu'à celle date, deux manufactures établies à Saint-Omer, livraient au commerce environ cinquante millions de pipes chaque année '.

Voy. Tabac.

Piquebœufs. ^dy. Bouviers.

Piqueeurs. Nom que le Litre îles métiers donne aux pi([ui('rs.

Piqueteurs. Voj. Piqueurs.

Piqueurs. Voy. Tabletiers el Pointeurs.

Piqueurs. Dans un atelier de cousiruclion, ce nom désii>;ne << les o^ens préposés par l'entrepreneur pour recevoir en compte les matériaux, veiller à l'emploi du temps, marquer les journées lies ouvriers et piquer les absents sur son rôle ». Les piqueurs qui n'ont d'autre emploi que celui de hâter les ouvriers se nommaient rhasse-aratil. hiUcnrs, etc.

Piqueurs. Chez les éping'liers, on nommai! ainsi ceux (|ui piquaient le papier dans lequel on livrait les épiny;les *.

Piqueurs. Ouvriers qui démolissaienl des murs il coups de pique ■'. On trouve aussi pupiecms [en lUOOj, el dans l^Tol^fiwl jiicqueurs et iiiquelt'nrs.

Piqueurs. •• Domestiques qui moulent, dressent el exercenl les chevaux >>.

Piqueurs de bœufs. Voy. Bouviers.

Piqueurs [de MOf:i,LONJ. Ouvriers maçons (jui piquent le moellon.

Piqueurs de vins. Voy. Courtiers.

1 K ncijehpéilie méthoilique, arts et nK'ticr.s, t. ^'I, p. 37(5.

2 Dicliiinmiire ile.i arls rt métiers, t. III, [i. -168.

■1 Tracaux lie la cummission française, XX\III" jury, p. 128.

* K ncyclopêilie méthoitique, arts et métiers, t. II, j). 476. •■> G. Fagniez, Élmles sur l' inrlustrk, p. 416.

Piquiers. Faiseurs de piques. I>a Taille de

1292 cite quatre piqniers et piqveeurs. celle de 131)0 en mentionne ileux seulement. Selon toute apparence, ils appartenaient à la communauté des fourbisseurs.

La fique était la lance des fantassins. Elle avait 15 à 18 pieds de long, dit Claude Fauchet, qui, cédant à sa passion malheureuse pour les étymoloifies, prétend que cette arme était originaire de Picardie ' . Dans une bataille, les piquiers, ordinairement précédés d'arquebusiers, étaient placés sur six à sept rangs ; les deux premiers rangs tenaient leurs piques abaissées, le bout fiché en terre et maintenu ])ar le pied ; les derniers rangs avaient la pique haute, prêts soil à frapper, soit à remplacer les hommes tués ou blessés des première rangs. Tavannes, qui me fournit ces détails -, ajoute : « Les piquassent le> meilleures armes des gens de pied ». Au seizième siècle, Venseipte, équivalent du bataillon actuel ■'. comprenait un nondjre à peu près égal d'arquebusiers, de liallebardiers et de piq\iiers. Ces derniers étaient encore fort estimés à la fin du dix-septième siècle : « Le roi, écrit Dangeau le 14 oclobre 1692, donne des piques aux douze nouveaux régimeiis qu'il a fail.s ' ». Les piques ne ilisparurent de l'armée qu'au commencement du dix-huitième siècle, quand la baïonnette devint d'un usage général ''.

Piseurs. Maçons qui avaient la spécialité des constructions en pisé.

Pissechiens. Voy. valets de chiens.

Pisseteurs. Boulangers, dit Ducange ••. Ce mot viendrai! ih pissa, « arca in qua pinsitur ».

Pitanciers. Ceux qui sont chargés des provisions de liouche, géranl.s, économes, etc., surtout dans les maisons religieuses '.

Pitres. Voy. Palliasses.

Placement (Bureaux de}. Voy. Bureaux.

Placiers-Balayeurs. Voy. Balayeurs.

Plafonneurs. d- sont ceux qui ^< dérobent aux yeux la saillii' brute des ])oulres el les joints intérieurs des planchers '' ».

Plaisirs 'Marchandes de). Les plaisirs ont remplacé les nieules ou oublies, et les marchandes de plaisirs ont remplacé les nieuliers ou oublieurs.

Ce que l'on nommait oïdlie à pointe représentait exactement, dans une dimension un peu moindre, nos plaisirs actuels.

t De rnrigine ilrs ehernlirrs, p. 58-

ï .Vrmiiirrs, é<lil. Mictiaud, p. 84 el 121.

3 Plusieurs euseijjnes réunies formaionl une banilr.

* Mr'moires, t. IV, p. 183.

5 Voy. l'art. Lanciers.

6 lllossaire, au mot pissa.

' Voy. Dueanfje, Olossairr, aux mots pilanekarius et jlitanciaria.

S Voy. l'Art i/u pla/oiineiir, dans V E ncycloptilit méiko- (tique, arls el métiers, t. \I, p. 385.

l'LAlSIHS — l'LKURKl'KS

("est en ll'2'2 qu'il fui (It'li'ndu aux oublieui-s (le colporter leurs pùtisseries dans les rues, et l'on ne trouve jjuère trace des iimrcliHiides de plaisii-s avant le milieu du dix-liuiliènie siècle. I)ans un liallet-paiiloininie de d'Oi-ville, Les fêtes (lu liois ih Boulogne, (|ui fui repréM-nlé h la foire Saint-tierMiaiii, une iiiarcliajide de ])lai>irs vient clianler. sur un refrain déjà populaii-e :

En cacliotlc se ivntli'i' it-i, A*'là l'plai — sir ilrs daines.

L'une vient surprenilre un mari, El l'auliv y vii'rit [nvndre un unii.

Savuir jouir Et contenter leurs flaïunies, V'Ià r|ilui....sir des dames, \ là l'iilai sir 1

La gravure placée en tèle àv Lu jolie oultlietise, une des nouvelles coui[)rises dans Les conlempor«('/i« de Rétif de la Bretonne ' repré.sente une marchande de plai>irs oll'ranl ses pâtisseries à un jeune homme.

\'o\'. Oublieurs.

Plancheeurs. Vov. Pontonniers.

Plancheieurs. \o\. Faxqueteurs et Pontonniers.

Plancheniers. Menuisiers, faiseurs de plaïuhes. Du mol planc/iii. plunchiii. p/uiicio. qui sif^niliait planche -.

On trouve aussi phincheois.

Plancheyeurs. \'ov. Pontonniers.

Planeurs. Ouvi-iers orfèvres et ouvriers potiers d'étain, qui planaient la vaisselle, c'està-dire la rendaient « unie, à force de petits coups de marteau ».

Au dix-huitième siècle, on nommait plus particulièrement planeurs ou forf^eurs les ouvriers chaudronniers qui préparaient les phtnches de cuivre pour les j^raveurs.

Planteurs. « L'art de ces jardiniers est d'abord de Lien disposer et alij^ner le terrain où ils doivent former le Lois ou la forêt qu'ils ont à planter — Ils sont chartrés aussi du soin d'enceindre de treillages les .semis ou Lois nouvellement coupés, pour empêcher les animaux des forêts d'y entrer '* ».

Il y avait, pour les maisons royales, un « directeur des pépinières », et même un « inspecteur ù cheval des plants d'arLres * >;.

Les planteurs appartenaient à la corporation des jardiniers.

Plaqueurs. Faiseurs de placages.

Voy. Ébénistes.

Plaqueurs en argile. Vov. Hourdeurs.

1 Tonir XXVIII, p. 414.

* \oy. le Glossaire de Ducangfe.

3 Jaubert, Dictionnnife, t. II, p. 471.

* Trabouillet, État île la F,ance pour 17 12, t. I, p. 328.

Plâtriers. .\u treizième siècle, les plâtriers

apparlenaienl a la corporation des maçons. Régis |)ar les mêmes statuts, ils étaient, comme eu.x, soumis à l'aulorilé du premier maçon ou maître des œuvres du roi. dépendant, seuls de tous les artisans <[ui compi>saienl la cojuniunaulé, ils devaient, avani de s'élaLlir, payer un droit de cin(| sous ; en même temps, chacun d'eux jiu'ail v^ seur sains ' ([ue il ne meira rien avec le piastre fors le ciieiir du piastre, et (jue il liverra - Lone mesure et loial ». Cha(|iu' maître ne pouvait avoir à la fois qu'un setd apprenti ; l'apprentissage durait six années; le travail à la lumière était interdit ; la comintmaulé avait [jnnr patron saint Hlaise, « nuinseigneurS. Ble^ve ■' ».

La Titille île l'JO'J meidionne 'M\ plnstriers, celle lie J.'loO en mentionne seulement "^2.

L'ordonnance de 14[?> * désigne, pour le commerce du plâtre, deux ports spéciaux. L'un. dû part des Barres, était situé à rextrémilé de la rue de ce nom ; l'autre se trouvait un peu plus haut, « à la tour de l'Escluse. appelée la tour de Billy ».

La capacité des bateaux qui amenaient du plâtre à Paris, était vérifiée par les tiiuilres îles ponts, qui recevaient huit sous parisis pour chaque Lanpie jaugée. Cet ol'lice liil plus tard rempli par des mesureurs ou toiseurs île plâtre. La nne de plâtre représentait vingl-ipiatre Loisseaux.

Autour de Paris, les principales carrières de plâtre étaient celles de Montmartre, de Montfaucon,, de Charonne et de Belleville. Au dixhuitième siècle, presque tout le plâtre que fournissaient ces dernières était expédié aux Etats-Unis d'Amérique, oii le plâtre manque ; de là, le nom de carrières d'Amérique, qu'elles portent encore.

Voy. Mesureurs de plâtre.

Pleureurs. « Les pleureuses, dit l'aLLé JauLerl, sont des femmes qui se louent pour pleurer aux funérailles des défunts, et dont le métier est de donner à la parenté du mort le ton de tristes.se convenaLle dans une pareille occasion ».

On renonça de bonne heure aux pleureuses et on leur substitua des pauvres qui remplis.saient le même oftice. (Jn se faisait gloire d'en réunir un grand noniLre, plus de cent parfois, qui tenaient une torche à la main. Tous recevaient une aumône, et, aussi bien que les membres de la famille, étaient habillés aux frais de la succession. On donnait aux pauvres des cottes de camelin ; à la famille des robes, des manteaux traînant jusqu'à terre et des capuchons embronchés, c'est-à-dire dont la coUîe avançait assez pour cacher presque entièrement le visage : le tout était de drap noir.

Martial de Paris, décrivant les obsèques de Charles VII, nous apprend que le corps était

' Sur les retiques des saints.

* Livrera.

3 lÀcre des me'tiers, litre XLVIII.

» Chapitre XXIV.

PLKUR]<:rRS

précédé des vin<^l-(|uatre crieurs officiels agitant leui's sonnettes,

l'uis y avilit quatre cens povres, Vt'sluz (le unir, jtui-tans dos torches ^.

Dans la suite, les pauvres furent surtout olioisis parmi les enfants qu'avaient refueiilis les liôpiliuix (leslinés aux orphelins:

Tout If convoi fut fort heureux.

Aucun critique u'y put mordre ; Les enfants j;ris, rouf^es et bleus Marcliérent dans un fort bel ordre *.

Les enfants rouges et les enfants bleus devaient ce nom à la couleur de leurs vêtements. Les premiers t-laient les orphelins de l'hôpital des Knfanls-Dieu, au Marais ; les seconds teu.x de rhôpilal (le la Trinité, rue Saint-Denis. Je ne connais pas les enfants gris, qui pourraient bien n'avoir été réunis aux autres que par plaisanterie, à moins pourtant que ce ne fussent les enfants trouvés du parvis Notre-Dame. Le tarif était de cinq sous par enfant sans surplis, de dix sous avec surplis ; on donnait, en outre, une indemnité de vingt sous il l'ecclésiastique qui les conduisait '.

Je termine, comme j'ai débuté par quehpies lignes empruntées à l'abbé Jaidjert : « Le nombre des jjleureurs est ordinairement proportionné aux l'iicultés (lu défunt, aux dignités dont il a été décoré, aux places qu'il a occupées ou à la vaine ostentation de ses héritiers. Revêtus d'un grand manteau noir, les cheveux épars, la tête couverte d'un chapeau dont les bords sont abattus et dont la forme est entourée d'un crêpe qui leur. pend le long du dos, des gants blancs et un mouchoir à la main, ces hommes sont dans l'attitude des personnes qui pleurent, quoiqu'ils ne versent pas une larme.

« On nomme aussi pleureur celui qui mène le deuil ou qui a soin des cérémonies funèbres. On donne encore ce nom au juré crieur de corps qui se charge de préparer les choses nécessaires pour un enterrement et d'assembler le convoi par un de ses semonneurs qu'on nomme aussi pleureurs * ».

Je rappelle que les pleureuses étaient encore deux petites bandes de linge uni dont les gentilshommes en deuil recouvraient, pendant une quinzaine de jours, l'extrémité des manches de leur habit.

^'oy. Crieurs et Pompes funèbres.

Plieurs de cerceaux. Vov. Cerceliers.

Plombs à tirer, plonib de chasse.

Vo y. Fondeurs de petit plomb.

PloiILbeurS. Ceux qui plonibaienl les marchandises soumises k certains droits. Ils sont aussi nommés [erreurs et marqueurs.

On a encore nommés ainsi les plombiers.

' Vigiles lie la mort île Charles VII, édit. de 172-1, t. II, |i. 1(>H.

- Abbe de Marigny, Le pain be'nil, 1673, in-12.

3 .\lletz, Tableiiu !le fhiiiiianite; etc., (1769), p. 32, 60 et 75.

* Dictionnaire îles arts et métiers, (1773), t. III, p. \~%.

l'LOMBIKRS

Plombiers. Il est probable que les plombiers formèrent pendant longtemps une seule communauté avec les couvreurs, car ils ne figurent ni ihins If Livre des me'tiers, ni dans les Tuilles de 1202, de 1300 et de 1313, et je n'ai rencontré avant l'année 1048 aucun règlement (|ui les concerne.

L'art du plombier remonte cependant aux premiers siècles du UKjjen âge, et il se perpétua sans déchoir jusqu'à la Renaissance. Sous les rois mérovingiens, on couvrait déjà de plomb des édifices entiers, des palais', des églises. Il existe encore des couvertures datant du treizième siècle, et qui sont restées très .saines ; elles sont d'ailleurs admirablement combinées, et prouvent que les ouvriers de cette époque connaissaient bien les propriétés du métal (ju'ils employaient, ainsi que les conditions dans lesquelles il doit être posé pour composer un revêtement solide et duralde. Leur ploml), imparfaitement épuré et renfermant une assez notable quantité d'argent et d'arsenic, était, en outre, meilleur que le nôtre, beaucoup moins sujet à se piquer et à s'oxyder. Ce qui donne à la plomberie du moyen âge un charme particulier, c'est que les procédés de fabrication qu'elle met en œuvre, les formes qu'elle adopte sont toujours appropriés à la matière utilisée. C'est un art à part, qui traite avec raison la plomberie comme une orfèvrerie colossale. Les ouvriei-s excellaient alors à revêtir les toits d'ouvrages charmants, à repousser le métal au marteau, à exécuter des crêtes, des épis pleins de goût, et qui constituaient une des décorations principales des couronnements d'édifices. On fit encore de belles plondieries pendant le seizième siècle, bien que les moyens d'al tache et de recouvrement lussent déjà moins étudiés et moins soignés qu'auparavant. A partir de cette époque, la décadence se précipite. Les plondieries les plus importantes, celle des Invali(h's, celle du château de Versailles sont lourdes et négligées, l'art a disparu, le métier seul subsiste encore ' .

Les premiers statuts des plombiers leur furent donnés par Henri II au mois de mai-s l.'>48 ; Louis XIV les renouvela en juin 1648, parce ([ue, dit-il. ces anciens statuts étaient « con(;us en des termes tellement gro-ssieiN et confus, ([ue l'explication en est très difficile, que l'exéculiou s'en trouve absolument négligée, et (|ue plusieurs personnes en méprisent l'autorité >>. Il ne faudrait pointant pas attacher trop d'importance ù cette déclaration. C'est une formule convenue qui accompagne souvent les renouvellements de statuts et q\ie j'ai bien souvent rencontrée.

Les statuts des phtiihiers-funtiiiiiiers - présentent beaucoup moins d'iiilérêl (|ue ceux des couvreurs. Ciia([ue maître pouvait avoir à la fois deux apprentis, et la durée de l'apprenlissiige était de quatre années; les fils de mail réservaient deux années seulement, et chez leur père.

1 Voy. ^■iollot-le-Duc, Dicliunnairt Ht i'artkilrflHrr, t. VII, ]>. 20!) et suiv.

2 statuts, articles, ori/oMunHees et pricilfjft i/ts ploiniirrsfuntaiiiitrs, etc., 1735, in-8°.

PI.OMRIKHS

l'M'MASSIMHS

On nt> ilcviiil eiif^a^cr ni appi'<'iiti, ni ouvrier « n'pi'i> (11' jiislicf pour larcin un unlre iiclion inilijjni' il'uni' pt'i-sonnt» i-apable dVMro employée puur le service ilii pulilic ». I,es ouvriers étuienl astreints au travail île cini| heures du matin à sept heures ilu Miir, ^< sans diseontinualion ([ue pour prendre leur réfection honiuMe et nécessiiire ».

Tout apprenti voulant as])irer à la maîtrise devait faire « chef- (Pœiirre, de ses propres mains », en la uuiison d'un des jurés; les lils de maîtres étaient seidemeni tenus de WxpérieHce.

(Chaque maître devait timlirer ses ouvrajjes d'une nmniue particulière.

La veuve pouvait conlinuer le connnerce de son mari, ^< à cliar<;-e de pri'ndre un cunipaj^nun expert au lait dn métier >..

\a\ corporation était adinini>trée par un principal ([ue les hacheliei-s et jurés en charge élisaient pour un an. et par deux jurés, élus pour deux ans «ù la pluralité des voix de tous les nuiitres ». Les jurés faisaient ciuKiue année six visites j^énéi-dles, pour chacune desquelles ils recevaient une indemnité de cinq sous. Les amendes indij^ées pour contravention aux statuts allaient, partie aux jurés, partie au couvent des pauvres relij^ieuses de Notre-Dame de Saint-Cyr au val de (îallie, proche le château de \'ersailles ', partie à la confrérie de la Sainte-Trinité et aux nuilades, car « les vapeurs du plomb sont de périlleuses conséquences, et plusieurs desdits maîtres sont perclus de leurs mendires et estropiez jusques au point de finir leurs jours dans les langueurs ».

Les « faiseurs de balles et dragées de plomb » ne dépendaient pas de la corporation. Ils appartenaient il celle lies miroitiers.

En 1(){)2. le plombier du roi portait le nom prédestiné de D.'sgoutières. Le sieur Denis était premier fontainier du roi ; ses deux fils exerçaient leur art l'un au château de Versailles, l'autre à Trianon -.

Le nombre des maîtres était de 40 en 1725 ■*, de ôO en 1770 », et de 42 en 1779 '.

\a corporation était placée sous le patronage de la Trinité. La confrérie, régie par deux administrateurs, se rassend)lait à l'église du Saint- Sépulcre, dans la rue .Saint-Denis, où se trouvait également le bureau de la commuiuiuté.

Le nom de ce corps d'étal a été orthographié de plusieui-s manières. Je citerai seidement les formes suivantes : plommiers (quatorzième siècle), plombevrs (quinzième siècle), plombmiers (statuts de 1548).

Plombniiers. Voy. Plombiers.

' Le petit territoire sur lequet s'éleva le château île Versailles se nommait le Val de Gallio. Mais, avant même que celui-ci eût fixé les rejjards île Louis XIII, il y existait un hôpital qui recevait îles malailes de Chavilh', lie \'irotlav, do Muntrt'uil, du Chesnay et de Hocquencourt. \'oy. Le Roi, Histoire île Versailles, t. I, p. 308.

- Le Liûre commode four 1692, t. II, p. 155.

'* Savarj*, Dictionnaire du commerce, t. II, p. 426.

* Jaubc'rt, Dictionnaire , t. III. p. 490.

5 Hurlaut et Ma^v, Dictionnaire de Paris, t. I, p. 319

Plommiers. \'ov. Plombiers et Ploumiers.

Plongeons ei Plongeurs, vreurs et Scaphandriers.

\ i>v. Ou-

Plouniiers. La Tuille de I-JSK' et celle (/(• t3(J(J en citent chacune un. l'itaienl-ce des brodeurs (plumarii), ou plutôt des faiseurs de p/ommi'es. Iléaux arnu'-s de nui.sses de 1er on de plondi pendantes a des ciiaines'?

On trouve initisi p/omMiers.

Ployon (Commerce du). Vo\-. Merreniers.

Plumaciers. Voy. Plumassiers.

Plumassiers. Un trait de la vie de (;harleinagne ' nous montre que, dès cette époque, les élégants se paraient de plumes de paon et de nanuint .

Au treizième siècle, les prélats, les grands seigneurs portaient des chapeaux ornés, peut-être même formés, de plumes de paon. La consommation de ces plumes était assez grande pour faire vivre une corporation, celle des chapeliers de paon - qui, vers 12(58, présenta ses statuts à l'homologation du prévôt de Paris.

Au début du i[uatorzième siècle, on voit apparaître les plumes d'autruche, qui ne cessèrent guère depviis lors de rehausser les coiffures d'apparat ''. Quand Louis XII entra ù Gènes, il portait un casque couronné d'une forêt de plumes droites, d'où émergeait un panache retombant. Une plume blanche garnissait le bonnet de velours noir à la mode sous François I"''.

A une date qu'il est impossible de préciser, mais qui est antérieure au seizième siècle, les chapeliers de paon avaient pris le nom de plumassiers. Leurs premiers statuts, octroyés au mois d'août 1577, furent revisés et renouvelés en juillet 1.599 et en juillet 1059. Ils y qualifient les maîtres de plumassiers-panachers-buuquetiersenjoliveurs, et ils sont précédés d'assez étranges considérants.

Le roi y déclare que ces industriels « ont captivé la bienveillance des cœurs des plus grands de la terre par le travail de leurs mains ; y «'ils ont découvert l'éminence des ajustemens de testes ; que les carrousels ne peuvent esclater sans les applications de leurs ornemens, et que l'on trouveroit de la tristesse dans les pompes les plus magnifiques si les diversités de leurs préparatifs n'y estoient agréablement meslés ».

A cela près, ces statuts sont intéressants et fort détaillés, surtout en ce qui concerne l'apprentissage.

Sa durée était de six ans, suivis de quatre ans de compagnonnage. Mais les maîtres pouvaient engager un second apprenti dès que l'enfant avait terminé sa quatrième année de ser\'ice.

* Monachus Sangallensis, De gestis Caroli magni , hb. II.

* Voy. ci-ilessus cet article.

' ^^'y. J. (^uieherat, Histoire du costume, p. 235.

'I.rMASSIKRS

Les fils de maître, soit chez leurs parents, soit dans râtelier d'un coidrére, ne coniplaienl pas cuninie apprentis.

11 était interdit aux maîtres d'engager aucun apprenti de la « religion prétendue réformée, crainte de quelcpie bruit en leur famille, et qu'il n'en sun-ieinie quelque accident préjudiciable ii la croyance de leurs cnfans ».

Si un maître chassait son apprenti, les jurés se chargeaient de placer le gamin dans une autre maison.

Si l'apprenti quitte son maître, et reste un mois sans venir solliciter son pardon, on le bannit pour toujours delà communauté. Il en est de même des apprentis qui font « des actions honteuses, lasches et indignes de l'honneur qu'ils doivent ii leurs nuiistres et niaistresses ».

Les fils de maître eux-mêmes ne peuvent ouvrir boutique et prendre apprenti avant l'âge de seize ans révolus.

Ces statuts furent revisés, presque sans changement, en 109'2.

Sous Louis XIV et les règnes qui .suivirent JMS(iu'à la Révolution, les plumes figurèrent dans la parure des femmes et même des hommes. Klles devinrent, surtout à la fin du dix-huitième siècle, l'objet d'une véritable passion.

Sél)astien Leclerc. qui nous a transmis une vue du Co/iseil ihi rui, v a représenté Louis XR . ses ministres et les .secrétaires d'état tons coifl'és de vastes chapeaux couverts de plumes. Il v eut un moment d'arrêt pendant le règne de Louis X\ ; mais sous Louis XVI, les coitl'ures devinrent à ce point extravagantes que « les femmes de petite taille avoient le menton à moitié chemin des pieds'». Les coiffures, écrit M"" Campan. « parvinrent il un tel degré de hauteur, par 1 'échafaudage des gazes, des fieurs et des plumes, que les femmes ne trouvoient plus de voitures assez élevées pour s'y placer, et qu'on leur voyoit souvent pencher la tête ou la placer ii la portière. D'autres prirent le parti de s'agenouiller, pour ménager d'une manière plus certaine encore le ridicule édifice dont elles étoient surchargées * ». Le comte de Vaublanc n'est pas moins sévère : « J'ai vu une dame qui. non seulement était à genoux dans sa voiture, mais encore passoit la tète par la portière. J'étois assis auprès d'elle. Quand une femme ainsi panacliée dansoit dans un bal, elle étoit contrainte ù une attention continuelle de se baisser lorsqu'elle passoit sous les lustres, ce qui lui doimoit la plus mauvaise grâce que l'on puisse inuiginer •* ».

On lit encore dans la Correspondance sirirte tic 177.'):

« 19 J'Dirifr. La folie des plumes est arrivée il un excès qu'il est même impossible de soupçonner.

2Ï) février. La coëil'ure de nos femmes s'élève de plus en plus; et à ce moment, telle coëil'ure ([u'on eut il y a quel([ues mois regardée comme

' Uai'onne d'Ohi'rkircli, Mémoires, t. 1, p. 02. î Mémoires, I. I, |i. 96.

-' Mémoires, p. 133.

ridiculement haute, n'est déjà plus supportable.

Les femmes de qualité portent des panaches de deux et trois pieds de hauteur, et c'est la reine qui donne l'exemple ».

Quelques mois plus tard, en fé\Tier 1776, Marie-Antoinette honora de sa présence un bal donné par la duchesse de Chartres, heu Mémoires secrets racontent qu'à celte occasion « la Heine ayant redoublé la hauteur de son panache, il fallut le baisser d'un étage pour qu'elle pût entrer dans son carrosse, et le lui remettre quand elle en est sortie ». Comme on imitait la reine, même dans la bourgeoisie, les théâtres étaient troublés par des querelles sans cesse renaissantes ; à ce point que de Visine, directeur de l'Opéra, se vit forcé d'interdire l'entrée de l'ampUithéàtre aux coifl'ures trop élevées '.

Aux termes de leurs statuts, les plumassiers avaient le droit de confectionner « toutes sortes d'habillemens de tète », panaches, chapeaux et bonnets de mascarades, bouquets pour églises, toques, aigrettes, guirlandes pour carrousels, ballets et courses de bagues ; ils pouvaient teindre toutes espèces de plumes en toutes couleurs, les enrichir et enjoliver d'or et d'argent vrai ou faux.

Ils employaient surtout les plumes d'autruche, de héron, de coq, d'oie, de vautour, de paon et de geai.

Les plumes d'autruche arrivaient presque toutes d'Alger, où l'on élevait des troupeaux de ces animaux pour les dépouiller chaque année, au mois de juin, de leurs grandes plumes. Venaient ensuite celles qu'envoyaient Tunis, Alexandrie. Madagascar. Le commerce en était concentré à Livourne. qui faisait des expéditions dans toute l'Europe et surtout en France. On préférait les plumes de l'aulruclie mâle. Celles du dos et du dessus des ailes l'emportaient sur toutes. On classait ainsi les autres : plumes des ailes déjà un peu u.sées par le frottement, celles des bouts d'ailes, celles de la queue, etc. On les teignait en noir, en rose, rouge, bleu céleste, vert, lilas, jaune, boue de Paris, souci el ponceau.

Les plumes de héron noir ou de iiéron fin étaient beaucoup plus rares et beaucoup plus chères que celles de l'autruche. L'Allemagne et la Turquie les fournissaient. Klles ne figuraient guère que dans les panaches flottant sur le chapeau des récipiendaires de l'ordre du Sainl- Rsprit. Ces panaches valaient de douze cents à six mille livres. Le héron de France ou héron faux élail [.'eu estimé.

Le nombre des maîtres plumassiers était de vin"-l-cin(i à la lin du dix-liuitième siècle. Ils avaient pour patron saint tîeorges, dont ils célébraient la fêle le 23 avril ù l'église Saint- Denis de la Chartre.

Voy. Statuts.

Plumassiers de plumes à écrire.

Vuy. Papetiers.

I Tullio \II, 1.. lui.

l'LUMKTKURS — l'OCIlMTIMUS

Plumeteurs. Xi>m ilonni» |)iu'fiii> aux pi'lils clercs, aux Cdijisles, t'Ic.

Plumets. Oii iiomiiiail ainsi île pauvres q(i<ine-tl-nifis. (|ui se teiiuienl sur les porls et (Imis les Imlles, <■( qui serviiient HU tnirispiirl des inarelmuilises. Ku réalilé. ils laisaieut, pour une minime rélrihulion, lo uu'Iier îles pi)rleui's-jurés lie crains, tie eliarlinii, de loin, ete. (les derniers se eonlentaienl le plus souvent de loucher les revenus île leur eliar^e. La jjrande ordonnaiiee de deeeinlin- 1('>7"J exii^'e que les porteurs pavent « salaire ruisonnalile » à leurs plumets, afin que ceux-ei ne soient pas tentés de rani;oniu>r les bourfieois '.

Ils étaient aussi appelés ^o«//'/««ar.

Voj. Porteurs el Ports (Sur les).

Plumitifs. <.< (irel'tiers, ceux qui tiennent la plume à l'auilience - >^.

Pochetiers. Faiseurs de poches. Titre ([tii appartenait à la corporation des hoursiei-s , mais elle n'était autorisée à conlectionner que les poches en peau. On eut très tard l'idi'e de les faire en étoile et de les joindre aux vêlements. Pendant lonj^temps, l'escarcelle pendue au côté, la ceinture ■'. l'intérieur du pourpoint *, le chaperon ' en avait lait l'office. La nujile des hrayettes ou hrasïuettes. dont toute la irloire revient au quinzième siècle, fut l'origine de poches à peu près semhlaliles aux nôtres.

« Braj^uette, dit Jean Nicot, si^nilie cette petite partie de braies ijui couvre et musse ^ le membre honteux ù l'homme " ». A l'enlre-deux du haut de chausses, à la hauteur des aines, était attaché une espèce de sac, d'autant plus en vue que les chausses se portaient alors tout à fait collantes. Ce sac s'y relia d'abord par des pattes appelées loquets. A ces loquets, les galants substituaient deux aiguillettes placées à droite et ù gauche, en haut de la braguette. Rabelais ne dédaigne pas de nous apprendre que Panurge exhibait une « belle et matriiiticaue bratruette * ». Il avait donc, aussi bien que son maître, droit à la qualification de hraijicard. titre d'honneur dont on gratifiait les damerets qui se distinguaient par l'ampleur et la magnificence de leur braguette. Cette mode insensée fut abandonnée vers la fin du seizième siècle ', el l'on a eu tort de regarder comme en constituant une imitation la tourte de rubans que le dix-septième siècle plaça au même endroit.

I Chap. \\\, ail. 4.

- iJicttonitaii*^ tir Trêcuitx,

3 \oy. l)om Calrnet, Commentaire sur la règle île saint Benoît, t. Il, p. 275.

* \'oy. Claude tic \'ert, Explienlion tles eêrèmonies île tEglise, I. 11, p. 141. — Dirrrses satyres, p. 115 verse, à la suite dos Œucres de Matlmrin Hégnier, édit. de

5 Vi)V. L. Guvon, Dirrrses leçons, (Sdil. de 1610, p. 236. ■

6 El caolie.

"^ Thrêsor (le la langue françoyse, p. 88.

* (Inrnanlua, liv. I, chap. \'IlI,('l liv. III, chap. VU. ^ La oragueUe ne tigua- plus .sur le beau portrait de

Henri III que possède le musée du I.uuvre.

L'on aurait vraiment peine à croire, si sur. ce point les documents n'abondaient, qu'au temps lU .sa spl(!ndeur, la braguettt! servit de poche. Les vraies poches n'apparaîtront qu'au siècle suivant, avec les cluuisses lioulVanles. .\u quinzième siècle, la braguette en tenait lieu. Un y mettait son mouchoir, ses gants, sa bourse ; on y niellait jusqu'il des fruits, qu'il n'était pas malséant d'oljrir aux dames, sortant tout chaud d'un tel lieu. Écoutez le docteur L. Guyon :

« Les chausses hautes esloyent si jointes (]u"il n'y avoK pas moyen d'y faire des pochettes. Mais en ])lace, ils portoyent uni! ample et grosse brayelte, qui avoit deux aisles aux deux costez, qu'ils atlachoient avec des csguilleltes, une de chasciin cosié. l'It en ce grand espace qui estoit entre lesdites deux esguillettes, la chemise el la brayetle, ils y melloyent leurs mouchoirs, une pomme, une orange ou autres fruicts, leur bourse ; ou s'ils se faschoyenl de porter des bourses, ils mettoyent leur argent dans une fente qu'ils faisoient à l'extérieur, environ la teste et pointe de ladite brayetle : el n'esloil pas incivil, estant à table, de présenter les fruicts conservez quelque temps en ceste brayetle ' ».

On avait songé déjà à utiliser l'épaisseur des manches cousues aux vêtements *, et cet usage devint général au seizième siècle ' lorsque domina la mode des manches très larges ; on y cacha la bour.se, en général sous l'aisselle gauche. (]et endroit était alors appelé le gousset *, nom que les lingères donnent encore il cette partie de la chemi.se, el qui est devenu synonyme du mol poche.

Quand on commença à fabriquer des poches à l'intérieur des chausses, on les fit si amples qu'il l'ut possible d'y cacher jusqu'à des armes. Aussi une oi'donnance, rendue en janvier 1.5G3, défendit-elle aux tailleurs de mettre aucune poche aux chaus.ses ^, interdiction qui ne fut que momentanée. Arlus d'Embry nous raconte que l'on apporta à l'herinaphrodile « un miroir faict à peu près en forme d'un petit livret, qu'on luy mit dans la pochette droite de ses chausses * ». Jean Nicot, avant 1606, imprime la définition suivante : « Poche ou pochette, à mettre quelque chose, comme celle qu'on porte aux sayes et

1 //im'rses leçuns, p. 236.

2 (( Le suppliant trouva un sac où estoit une nianctie d'une jubé [vêtement d'homme] , en laquelle il prist 40 à 50 escus n. Lettre de rémission île 1-106, dans Ducange, au mol Jiilieus.

« Alors la bonne dame lira hors de sa manclie une bourcetle en laquelle avoit seulement six écus en or ». La très Jogensp et re'cre'atiee histoire du seigneur de liayart. 1.527, in-8°.

3 « Lo prévost sentit bien qu'on luy fouilloit en sa manche. Il taste et trouve sa bourse adirée [perdue, enlevée] ». Bonaventure Desperriers, Noucelle lxxx, édit. elzév., t. II, p. 275.

* Nous avions « perdu beaucoup de gens de bien, et entr'autres le sieur du Plessis, qui fut frappé d'une Hèche par le gousset, en levant le bras pour combattre ». Martin du Hellay, Mémoires, liv. I, édit. de 1572, p. 2.

^ De la rr'formation des grosses chausses, art. 18, dans Fonlanon, Edicts et ordonnances, t. I, p. 987.

6 Description de l'isle des kermnpkroditeSiéàii de 1724, p. 17.

POCHETIERS — POIDS

grosses chausses * ». Knilii. en 1608, le petit Daupliin se plaint qu'on lui ait pris sept sous « dans la pochette de ses chausses * ».

A dater du di.x-seplième siècle, l'histoire des poches est peu fertile en incidents. Vers 17'20, le gousset, encore inilépendant du haut-dechausses, était à vrai dire plutôt une bourse qu'une poche, car voici comment le définit Furetière : <;< Manière de petit sachet qu'on attache à la ceinture du haut de chausses pardedans et où l'on met de l'argent o\i une bourse ^ ». Les poches des femmes furent placées d'une façon très incommode sous Louis X\ , se virent suspendues entre deux jupons .sous les robes à panier. A ce costume, le plus ample que les femmes aient jamais adopté, la Révolution fit succéder le plus léger et le plus collant qu'elles aient jamais porté. Comme on ne pouvait trouver place pour les poches dans des robes dont le principal objet était de mouler la forme du corps *, ou y substitua un petit sac qui se portait à la main, et qui fut nommé ridicule. C'est réticule qu'il eût fallu dire. Un se plaisait alors à de grotesques imitations de l'antiquité, et l'on avait découvert que les dames romaines, à qui leur climat permettait de ne s'habiller guère, avaient ainsi, en manière de sac à ouvrage, un petit filet appelé reliculum =. Les élégantes qui copiaient si agréablement Athènes et Rome ne savaient pas plus le grec et le latin que leurs couturières, et dans leur bouche, réticule devint bien vite ridicule ''.

Poêliers. Faiseurs de poêles. Montaigne, renvoyant à un passage de Sénèque, rappelle que, chez les Romains, la chaleur « s'inspiroit à tout le logis par des tuyaux practiquez dans l'espais du mur' ». Très probablement, ce procédé était employé par les étuvistes du moyen âge pour chauflér leurs bains.

Dans les appartements de cette époque, dans les églises, on promenait pendant l'hiver des chariots de fer, dits chariots ou réchauds à feu, ([ui étaient remplis de charbons incandescents et de cendres brûlantes ^ C'est sans doute ainsi qu'étaient chauffées à l'hôtel Saint-Pol les deux pièces dites «chauffe-doux'». On a d'ailleurs conservé le souvenir d'une dépense faite en 1416, et qui est ainsi libellée : « A Jehan Lenatier, pour le louage d'un chariot de fer pour huit jours, auquel a esté fait feu de charbon, poureschaulfer les galeries de l'ostel de Saint-Pol '" ».

Les premiers poêles dignes de ce nom semblent

1 Thrésor ik la langue françoyse, p. 490.

ï Héioard, Jiiurnal de l'enfance <le Louis XIII, I. I,

3 Oirlinnnaire frnnçrn.i, t. I, p. 477.

1 Mac!, ili' GuuUs, Uictionmire des e'Iiçiiellei tle la Cour,

3 Dmiiuutif il(> rele, qui signifiait fili'l.

6 ^'l)y. Soureairs [apocaplu-sj de la marquise de Cre'quy, I. IX, cil. VI, p. 111.

' lissais, liv. III, chap. 13.

8 Voy.-on U- ili'.'isin dans Milliii, Attliijuile's nationales, t. III, couimanilcric do Sainl-Ji'an df l'Islc, p. ai».

» Sauvai, lieeherelies sur Paris, l. II, p. 273.

10 V. Ga^v, Ohssuire, t. 1, p. 338.

avoir été importés de l'étranger, et c'est vers 1520 ([ue, revêtus de terre vernissée, ils firent leur apparition en France. Vers 1545, Fj-ançois I" fit construire à P'ontainebleau un pavillon qui fut appelé le pavillon des poêles, « à cause, dit Piganiol, de ceux que le roi fit mettre, à la mode d'Allemagne, pour l'échaufler * ».

Joseph Duchesne, médecin de Henri IV, parle avec envie des « poisles d'Allemagne, qui peuvent contempérer* l'air froid'». Ils ne deviennent guère communs en France avant la lin du seizième siècle, époque où la faïence commença à se faire un peu moins rare, et c'est en 1758 seulement qu'on en installa au château de Versailles. Les poêles .sont alors très grands, plus hauts que larges ; on s'efforce de leur donner des formes gracieuses et on les couvre d'ornements *.

Les poêliers appartenaient à la corporation des faïenciers. Vers 1776, un sieur Dubois, établi rue de Charenton, annonçait qu'il « dessinait, modelait et faisait exécuter dans sa fabrique toutes sortes de poêles, dans les formes qui lui parais.sent le mieux convenir, suivant les emplacemens ». Le « poêlier ordinaire du roi » était un sieur Kropper, qui demeurait rue de la Roquette. Il « y tenait une des plus fameuses i'aliri([ues de poêles de fayance de toute espèce, dans les goûts les plus nouveaux et les plus recherchés ^ ».

On connais.sait aussi les poêles en fer et en fonte, mais les ouvriers qui les confectionnaient dépendaient de la counnunauté des cliaudronniers, à laquelle appartenait la spécialité de nomlireux ustensiles de ménage en cuivre, en fer et en fonte. Pourtant, en 1777, un sieur Lefebvre, se ilisant « marcliand de fer et ai-tificier du roi », révélait dans les principaux journaux du temps une invention dont il était l'auteur, et qui semble bien l'origine des poêles mobiles si en faveur aujourd'hui. On lit dans les Af/iches, annonces et (iris divers : « Ces poêles, garnis de leurs tuyaux, se posent en moins de cinq minutes et échautïent tuie pièce, de quelque grandeur qu'elle pui^M■ être, en moins de dix. On les transporte facilement d'un appartement à un autre, sans fumei' et sans avoir à craindre le feu, dans les endroit> même garnis de tapis * ».

Voy. Fumistes.

Poelliers et Poesliers. Voy. Paaliers.

Poesliers. Voy. Poêliers.

Poids Fai>rk:.v.nts dk . La Taille de i292 lile \u\ jjrssier, qui pourrait bien être un fai,^eur di' poids, car, jusqu'au seizième siècle, on écrivit

I Description de Paris, t. IX, p. 218. ^■oy. ausM Guilbcrt, Description de fon/aineileau, t. Il, p. 2.

* Tfiiipi'ior.

3 Le pouriraiet de la santé (160C), p. 182.

* \'oy. \c niuséf oùraminue (le la niaiiufaclun- d. Si'vri'S.

5 Almanaeh Dauphin pour 1777.

(i Nuiuéiodu2(i iiovi'iiibri' 1777, p. 192. Voy. aus,si !■■ numéiD du 13 janvier 17711, y. ".

l'OIDS

pois on puis, et non poids. Ceux-ci devinrent lic bonne lieiiiv le priviloffe des lialanciers, à qui une sentence du Cliillelel (oetulire lôl'J inteidit de vendre uucune lialance sans y joindre « les poix ». (lelle ine>ure elait prise contre les merciers el les fondeurs, (|ui s'élaienl inj^-érés, les uns do déiiiler. les autres de faliriqtUT di's poids.

I)e temps immémorial, la corporation des apothicaires-épiciers était dépositaire de l'étalon des poids. Elle comptait parnu ses préroffatives celle de contrôler les ustensiles de pesage employés par tous les commer(;<inls(|ui déhitaieiit i\es iiroir i/t- po!(/s. c'est-à-dire des marciiandises vendues au poids. (",e droit lui, mais sans succès, contesté aux épiciei-s, d'aliord par lescliandeliers, qui jus(|u'au quinzième sièi-le avaienl apparlenu à leur cor[)i)ration ; ensuite par les merciei-s, communaulé riche el puissante, toujours en {jjucrre avec les autres )iiétiers. Les orfèvres, relevant directement de la Cour des monnaies, échappaient au contrôle des épiciers.

Le dimanche des Brandons KJ'il, le prévôt de Paris lit visiter les poids alors en usage, et ordonna d'en lahriquer trois nouveaux étalons. Le pi'emier devait èlre remis aux épiciers, le deuxième à la Monnaie, el le Iroisième altrihué au poids le roi '.

On nommait M«rc un poids de cuivre qui en contenait sept autres emhoilés les uns dans les autres. L'ensemble pesiit liuit once.s, poids exact du marc.

.\u dix-huilième siècle, il existait deux étalons de tous les poids qui servaient en France. Le premier, iVd poids de C/iar/imai/iie, était conservé à la Cour des Monnaies dans une [lièce appelée la chambre des poids, c)iï il occupait un coffre fermé à trois clefs. Une des clefs restait entre les mains du premier président, l'antre entre celles du conseiller-commissaire aux poids, la Iroisième était gardée par le greffier en chef. L'étalon, reposait dans un étui de cuir rouge qui portail ces mots : « Poids original, pour la Cour des monnoies ».

Le second étalon était également renfermé dans un coffre fermant à trois clefs. C'esl sur celui-ci qu'on étalonnait tous les poids faLi'iqués par les balanciei-s. Cette opération avait lieu en présence du conseiller commissaire, qui faisait marquer chaque poids d'un poinçon portant une fleur de lis.

Ces deux poids originaux furent comparés en 1760. Le premier était alors plus pesant d'un grain, le second ayant beaucoup servi -.

Le MARC se divisait en :

8 onces.

64 gros.

192 deniers.

160 esterlins, 320 mailles.

640 félins.

Page 1