I.rllres persanes, loUro
porte, et je vois une foule de monde attroupé devant une boutique à l'enseigne de la Civette.
— Qu'est-ce que cela ? demandai-je à mon compagnon.
— C'est pour le coup que vous allez rire. Toutes ces bonnes gens attendent leur tour de l'aire remplir leur tabatière.
— Est-ce qu'il n'y a point d'autre marchand <le tabac 'i
— On en vend partout, mais depuis trois semaines on ne veut que du tabac de la Civette.
— Ksl-il meilleur là qu'autre part '?
— Il est peut-être moins bon. Mais depuis que la duclies.se de Chartres l'a mis à la mode, on n'en veut point d'autre.
— Mais comment a-t-elle fait pour le mettre à la mode ?
— En y faisant arrêter son équipage deux ou trois fois pour y faire remplir sa boîte, et en disant publiquement à la jeune personne qui la lui remettait que st)n tabac était le meilleur de Paris. Les badauds, qui ne manquent jamais de s'attrouper à la portière d'un prince, l'eussenl-ils vu cent fois ou le sussent-ils au.ssi laid qu'un singe, répétèrent dans la ville les paroles de la duchesse, et c'en fut assez pour faire courir tous les priseurs de la capitale. Cette femme fait fortune, car elle vend pour plus de cent écus de tabac par jour.
— La duchesse ne se doute pas du bien qu'elle lui a fait '?
— Au contraire, car c'est de sa part une ruse de guerre. La duchesse s'intéressant à cette jeune femme nouvellement mariée, et voulant lui faire du bien d'une manière délicate, s'est avisée de cet expédient, qui lui a parfaitement réussi ' ».
Tout cela prouve qu'elle prisait, ce que nous savions déjà par d'Argenson ^. Au reste, la reine Marie Leczinska prêchait d'exemple ; en aoùl 1740, on lui offrait une riche tabatière ^. En 174(5, Louis XV lui donna pour sesétrennes une « tabatière d'or émaillée, dans laquelle il y avoit d'un côté une montre * ». Le roi avait aussi la sienne, puisqu'on la trouva, un matin, sous le clievel du lit de madame de la TourneUe ■* ».
Je note ici, pour mémoire, que l'État délivrait déjà aux troupes du tabac de qualité inférieure dit labiu: de cantine, et que les soldats chei-chaient souvent à le revendre ".
Quand l'habitude du tabac fut devenue générale dans la société, les Cicililés crurent devoir en réglementer l'usage. Je ne l'y ai pas trouvé mentionné avant 1()75, année où Antoine de Court in publia son Noureau traiU de la civilité' qui se pratique en France parmi les honnêtes gens. Il ne consacre, d'ailleurs, au tabac que cette phrase. « Il ne faut pas prendre de tabac en poudre, ni en mâcher, ni s'en mettre des feuilles
* Mémoires, édit. de Bruxelles, 1803, t. II, p. 178.
* Mémoires, t. VIII. p. 173.
3 Duo do Luvnes, .Mémoires, t. III, p. 237.
* Duc <le Luyne.s, .Mémoires, t. Vil, p. 188.
5 Duc do Lujnos, .Mémoires, t. I\', p. 290.
6 ^'oy. d'Héricourt, Êlémens île l'art militaire, édil. de 1750, t. I, p. 211.
TABAC — TABATIERES
dans le nez. si la personne qualifiée qui est en (lioil d'en prendi-e devant nous, ne nous en présentoil familièrement. Auquel cas, il faut en prendre ou en faire le semblant si on y avoit répuf^nance ».
dos prescriptions sont reproduites presque mot pour mot, cent ans plus tard, dans les Rèifles de la bieméance et de la cicilité chrétienne {\\w. publia le bienheureux J.-B. de la Salle à la lin du dixhuitième siècle. 11 ajoute seulement : «Lorsqu'on prend du tabac en compagnie, il faut que cela soit rare, et qu'on n'ait pas toujours une tabatière ou un mouclioir entre les mains et les doig-ls pleins de tabac. On duil aussi prendre garde ([u'il n'en tombe pas sur le linge, ni sur les habits, car il est malhonnête qu'on y en aperçoive ; et afin que cela n'arrive pas, il en faut prendre peu à la fois ».
Napoléon suivait ce conseil, et c'est à tort qu'on l'a représenté comme faisant « de la poche de son gilet im entrepôt de tabac '».
Louis XVIIL qui usait du tabac sans modération, demandait volontiers une prise à ses familiers. L'un d'eux, le duc de Durfort avait toujours sur lui deux tabatières, dont une était destinée au roi, et il ne prenait du tabac que dans l'autre. La prise de tabac était alors regardée comme l'équivalent du bougeoir que dans l'ancien régime au coucher du roi. le premier valet de chambre remettait au seigneur que sa Majesté désignait, et avec qui il s'entretenait plus particulièrement -.
Dans Les contemporaines de Rétif de la Bretonne, la 160" nouvelle est intitulée : La belle marchande de tabac, et l'iiéroïne j est qualifié de tabaqtiière.
Tabatières (Fabricants de). Les premières tabatières étaient faites en forme de poire. L'extrémité pointue s'ouvrait, et permettait de déposer sur le dos de la main deux petits tas de tabac, destinés chacun à une narine^. Cet objet se nommait alors une tabaquière '^ . 11 fut remplacé par des ustensiles qui re-semblaient aune râpe et qui reçurent le nom de griroises. Puis vinrent les tabatières ou boites, dans la confection desquelles on déploya parfois un luxe inoui^. Lors de la naissance du Dauphin en 1729, le comte de Saugeon, chargé d'en apporter la nouvelle il Paris, reçut de la municipalité une tabatière d'or enrichie de diamants. En juin 1740, l'ambassadeur d'Espagne offrit k la reine une tabatière ■< de jaspe de Sicile avec un milieu gravé en relief >^. Au mois de janvier 1746, Louis XV donna pour étrennes à sa femme « une petite tabatière d'or émaillé, dans laquelle il y avait d'un côté une
' Bourrienne, Mémoires, t. III, p. 212. 2 Lliôte de Selancy, Des charges de la maison rieilt' des rois de France, p. 100.
•' Mercure de France, n» de février 1732, p. 203-
l Horttiod, Paris burlesque {lSi\9), édit. de 1850, p. 91.
5 Voy. Limujon de Saint-Didier, Voyage du Parnasse, p. 157.
6 Duc de Luynes, Me'moires, 16 août 1740, t. III, p. 237. Voy. aussi 14 décembre 1743, t. IV, p. 298.
montre 1 ». Quand une princesse se mariait, on voyait toujours figurer dans la corbeille un grand nombre de tabatières ; la mariée n'en conservai! que (juelque.s-unes. et distriltuail les autres dans son entourage. La corbeille de Marie- Antoinette contenait cinquante-deux tabatières d'or. Le comte de Mercy reçut « ime grande boîte carrée à pans émaillés en aurore, bordure en vert, avec des médaillons peints sur toutes les parties » ; le comte de Saint-Florentin se vit offrir « une boîte à huit pans entourée de bas-reliefs en or ; » le vicomte de Talaru accepta '< une boîte d'or, ovale, avec médaillons dessus et dessous peints en camaïeu et entourés de petits médaillons représentant les quatre saisons» etc., etc. * Dans un monde moins riche, les tabatières à la mode étaient alors en carton et décorées au vernis Martin ■*, encore n'excluaient-elles pas un certain luxe, car le magasin en vogue, le Petit Dunkerque, les vendait couramment 24 à 30 livres*.
En 1774, un sieur (iompigné, tabletier du roi. eut l'idée de fabriipier des tabatières de deuil, ((ui restèrent en faveur jusqu'il la Révolution '. Deux ans plus tard. Turgot inaugure ses réformes financières, et en même temps apparaissent les tabatières plates, ûileti platitudes ou turgutines •"'. Le prince de Conli, qui mourut cette année-là, lai.ssa à son liéritier huit cents tabatières ''.
Un peu plus tard, le mol tabatière n'est plus du bel air, on a seulement iXe^ boites, maison en a pour cliaque saison ; « celle d'hiver est lourde, celle d'été est légère ; l'on a poussé celle recherche jusqu'à changer de boîte tous les jours. c'est à ce trait caractéristique que l'on reconnaît un homme de çroiit * ».
Je rappelle que la chanson populaire Xai du bon tabac dans ma tabatière est attribuée au galant abbé Gabriel-Charles de Lattaignant, mort en janvier 1779 '.
Les tabatières faites de métaux précieux étaient l'œuvre des orfèvres ; les autres, même celles en carton dont je parlais tout à l'heure appartenaient au commerce des tabletiers. Ceux-ci eurent plus d'une fois maille à partir avec la communauté des peintres, qui voulait se réserver le privilège des cartonnages en remis Martin. Le 19 juillet 1749, un arrêt, qui fut confirmé eu appel par le conseil d'Etat, permit aux deux corporations de « faire fabriquer et vendre
' Duc do Luynes, Me'moires, 3 janvier 1740, t. ^ II, p. 188. — Sur une curieuse taliaticn>, vendue à lu princesse de (lonti, voy. d'Arj^'nson, Mémoires, t. VIII. p. 173.
* Descriplinn et relation de tout ce qui s'est passe' A l'occasion du mariage, etc. Biblioth. Mazarine, manuscrit coté 2.937.
^ Voy. Jaubert, Dielionnaire, t. IV, p. 156 et suiv.
* Mercure de France, n° d'aoftt 1775, p. 202.
^ Af/iehes, annonces et aris dicers, n"** de juin et do septembre 1774, p. 88 et 155.
" Mémoires secrets, dits de Bachaumont, 5 mai 1770. t. IX, p. 104.
'' Mémoires secrets, 25 aoftt 1770, l. IX, p. 197.
S s. Mercier, Ta/ileau de Paris. I. Il, p. 220.
ï* E. Juliien, Poésies diverses de Lattnignnnt, chanoine de Reims, 1881, in 8", p. LIV.
T.VBATIKHKS — TABLKTIKRS
coiicun-Piiinieiit îles tiilialioivs de caidm de papier collé verni, dites de vernis Martin.
\ ov. Tabac el Vernis Martin.
Tabellions. \ uv. Notaires.
Tabletiers. .\u ti-eiziéme siècle, les lal)leliers talii'i(|niiieMl seidenient les taliUtles destinées il re<-ritnre. C'étaient de petits carnets composés de feuilles minces en corne, en ardoise, en bois dnr, en os, en arjjent ou eu ivoire, qui étaient enduites de cire verte, rouf^e ou noire sur laquelle on tra(;uil des lettres ou des traits au moyen d'un sli/h '. (".eliii-ci. formé des mêmes matières, était piiiTilu d'un hout et ajjlati île l'autre; le premier sei-vait II tracer les caractères, le second à les .•ll'acer et il redonner à la cire une surface unie. Le stvle, qui llxait ainsi des souvenirs ou des idées, finit par donner sou nom il l'expression même de la pensée ; la plume, qui succéda au si vie, hérita du même privilèjre : style el plume pris dans un sens figuré devinrent svnonvmes par inélonymie.
On possède des labieltes de cire contenant des documents précieux pour l'histoire, et plusieurs d'entre eux ont été récemment publiés-. M. N. de AVaillv a donné, da.is les Méimires de l'Académie des inscriptions ^. une description minutieuse de tablettes ([ui nous ont conservé les comptes de l'hôtel de saint Louis pour les années ri.'>6 et 1257 : ^< Ces tablettes se composent, ditil. de 14 feuilles en bois de platane, enduites de cire sur le rectxj el sur le verso, excepté la première el la dernière qui en portent seulement sur leur surface intérieure, parce que l'autre côté n'était destiné qu'à servir de couverture au registre. Ces feuilles, arrondies par le haut, ont 20 centimètres et demi de larjj^enr sur 4.") centimètres el demi de hauteur, y compris la partie cintrée qui commence à peu près à 39 centimètres de la base. Sur chaque feuille, l'espace réservé à la cire est d'environ 18 centimètres sur 43. Cet espace est entouré d'une marge qui a un peu plus de l centimètre il la base el sur les deux côtés, mais qui s'augmente graduellement sous la partie cintrée en formant sous le cintre principal deux courbes intérieures, dont le point d'inlei-section est à 3 centimètres du haut de la feuille. Cette forme élégante est exactement dessinée sur toutes les feuilles ; en outre, l'espace circonscrit par les marges a été légèrement creusé, el avec tant de précision que la couche de cire, qui n'est guère que de 1 millimëlre, se trouve parfaitement de niveau avec la marge qui l'entoure. L'épaisseur de chaque feuille varie entre 7 et 8 millimètres, et celle du registre tout relié (au moven de bandes de parchemin passées sur le dos des tablettes), n'excédait gut-re 10 centimètres, c'est-à-dire (|u'on avait réussi il réunir les 14 feuilles de bois el à les rapprocher avec une exactitude presque malhématique. Les
nos
liii-ues, au lieu d'être disposées comme dans livres imprimés, sont parallèles et non perpend culaires au dos du i-egistre ; mais comme il aurait été fatigant pour l'œil de suivre des lignes qui auraient eu plus de 40 centimètres, l'écrivain a presque toujours divisé cet espace en trois colonnes, el quelquefois môme en 4, ."i, 0 rm 8 >•. .\ux tablettes enduili's de cire succédèrenl les tablettes d'ardoise ou d'ivoire sur lestiiielles on écrivait directement avec l'ardoise ou la mine Ar plomb, puis le calepin el l'agenda.
Les statuts que les tabletiers souniireiit, vers 1268, il l'homologation du prévôt Etienne Hoilean sont intitulés : Cis titres jiaro/e de ceus qui font lahles ù escrire à Paris '. Le métier était libre : on n'avait rien à paver pour s'établir. Kn dehors de ses enfants. cha(|ue maître ne pouvait avoir qu'un seul apprenti. La durée de l'apprenlissii"-e était de huit ans pour renfant (|ui apportait 40 sous, de dix ans pour l'eiiliint sans argent. Si l'apprenti abandonnait son maître, ccbii-ci devait l'attendre pendant vingt-six semaines avant d'en prendre un autre. Le travail ii la lumière « de nuiz à cbandoile » était interdit. Tous les feuillets des mêmes tablettes devaient être de la même matière ; les tabletiers employaient surtout alors le buis, le hêtre, le cèdre," l'ébène, le brésil ^ et le cyprès, « buis, fanne, cadre, benus, brésil et ciprès ». On défendait de mêler le suif à la cire, sous peine d'une amende de cinq sous. Deux jurés administraient la communauté. Des articles additionnels, postérieurs de quelques années seulement aux précédents, nous apprennent que le métier cessa d'être libre : chaque maître, avant d'ouvrir boutique, dut paver cinq sous au roi, cinq sous iila confrérie et lieux sous aux jurés. Le colportage dans les rues fut défendu. L'apprenti en fuite n'eut plus que trois mois pour rentrer chez son maître. La corporation avait alors pour patrons s-iint Éloi et saint Léonard. « S. Eley et S. Lyennart ». On trouve cilés 21 maîtres tabletiers dans la Tdi/le de 1292, el 20 dans celle de 1300.
La spécialité adoptée par les premiers tabletiers ne pouvait suffire longtemps à alimenter une corporation ; aussi ne tardèrent-ils pas à s'associer les fabriamts de peignes et les deiciers. Dans les statuts accordés à la communauté le 30 juillet l.')07. les maîtres sont qualifiés de peignicrstiMetiers-tourneurs et tailleurs iimages (Fycoire. Chaque maître pouvait posséder en même temps deux apprentis, mais à la condition que le second fut fils de maître ; l'apprentissage durait six ans. Le chef-iFœnrre était exigé de tous les aspirants à la maitrise, sauf des fils de maître. Pour ces derniers, il suffisait < qu'ils ayenl appris le mestier enThoster* de leur pèj-e ou autre maître, qu'ils sçachent ouvrer dudit métier, et qu'ils soient témoignés suffisans par les jurés ». Il était interdit de fabriquer aucun peigne, « sinon que
• Du groc (TrûXo;. poinçon, slyli-t.
* Yoy. le t. XXII, p.'43n \-\ suiv historiens des Oiiules et île In France.
■• Deuxiciuo ^l'ri^•, I. XN III. |'. ô37
du /leeiieil îles
' LIcrc lies uië/iers, titri' LXMI.
* Bois (le couleur rouge et très sec, qui .sans doute nnivail alors (les Indes par l'ÈgJpte. \uy. ci-dessus l'arlicle Couleurs (Marchands diî).
■I Eu la demeure.
TABLKTIl'lRS — TAIERS
(i'yvoire, (Je Jjouis ' ou i1p corne, el non point de l)lan(", bois et autres inéchanles étoiïes ^, et qu'il n'y ait rien de collé ni de cassé ». Chaque maître devait tinilirer ses produits d'une marque spéciale. Les statuts ne parlent pas du colportage dans Paris ; mais une pièce de vers ^, composée vers l'époque qui nous occupe, nous apprend qu'il était autorisé.
Ces statuts furent confirnu'sen juin 1078 el en avril 101)0. puis renouvelés au mf)is de seplemlire 1741. (]plte dernière rédaction qualifie lesta])leliers de malhrs et marchaixis peiijiiiers-taljletierstourneii7-s-ini)ule%irs-})iqHeurs- faiseurs el compositeurs de bois (Te'ventails, marguetetirs-lourtieurs et tailleurs d'images dyroire, et enjoliveurs de leurs ouvrages. En elTet, après de longs démêlés avec les éveiitaillistes, les menuisiers, les sculpteurs, etc., ils avaient obtenu le droit de fabriquer les bâtons d'éventails, les tables à jeux de toutes sortes, et de '< découper, (ailler, sculpter, cizeler et travailler l'vvoire de toutes formes et modes ». Aussi est-ce par eux qu'étaient fabriqués les fausses dents. Dans ime lettre du 5 octobre 1657. Gui Patin mentionne « un sien neveu », qui était, dit-il, « tabletier et remetteur de dents d'ivoire ».
Les statuts de 1741 stipulent que les maîtres ne pourront engager aucun apprenti âgé de moins de quatorze ans et aucun apprenti marié. Les six ans d'apprentissage devaient être suivis de deux années de compagnonnage. La communauté était administrée par quatre jurés tenus de faire au moins quatre visites par an chez chaque maître. L'article 16 autorise ceux-ci à « fabriquer et vendre, à l'exclusion de tous autres, toutes sortes de jeux de trictracs, damiers, échets. solitaires * , trou - madame " , quadrilles " , et toutes sortis de dez d'yvoire, à faire, parfaii'e, garnir et enjoliver lesdits jeux de toutes formes et modèles ». L'article 17 leur donne le droit (< de travailler, dépecer et façonner la baleine, l'écaillé, l'yvoire, les os. la corne, les argots, les bois d'ébeine, violette, gai-nadille ', palissanilre, huis, nacre, ambre el autres bois exquis qui se tirent des Indes ». Il ajoute que les tableliers « mouleront de tous contours l'écaillé, tourneront de toutes façons ou modes, monteront, garniront et enjoliveront les croix, christs, tabatières.
1 De buis.
2 Matières premières.
3 Les cris qu! ont este niijoiistez de noHteau, outre les cent et sept que l'on crie jouritellement à Pttris.
* Le solitaire devait .sun nom à ce qu'en g<'néral on y jouait seul. « Ce jeu, dit un manuel du temps, n'est pas amusant quand on en ignore la marche, bien moins quand on la sait ».
S On appelait Trou-Madame une petite galerie ordinairement d'ébèue, qui était composée de treize arcades dans lestiuelles on s'efforçait de faire entrer des boules ou des billes. Je n'ai ti'ouvé nulle part une étymologie satisfaisante de ce nom étrange, qui a donné naissance h VAlinanuch du Trou-Madame, jeu très ancien et très connu et la cause de presque toutes tes récolutions. Paris, 1791, in-18, réimprimé en ISTO.
•i Jeu de cartes ayant de nombreux rapports avec l'iioinbre.
'' Il faut sans doute lire J»'f«rt</i7/c. C'est une piaule d'.Vmérique.
laljlettes, chandeliers, étuis, cannes, lorgnettes, becs de corbin, crochets, pieds de roy, aunes ou mesures brisées ». Ils avaient seuls le droit d'acheter, façonner el vendre les l)aleines. En ce qui concerne les taliatières, ils eurent maille à partir avec la communauté des peintres, au sujet d'une composition dite remis Martin, qui eut une grande vogue au dix-huitième siècle el dont les spécimens sont encore recherchés des amateurs de curiosités.
Les tableliers pouvaient aussi « vendre, monter et garnir les cannes des Indes el d'autres bois, les rozeaux et liàtons de commandans, fabri([uer et vendre toutes sortes de peignes d'jvoire, d'écaillé, de buis ou autres bois exqujis », mais défense leur était faite encore d'en faliriquer « de bois blanc, ou d'en vendre de collés ou de cassés ». Ceux qui avaient la spécialité des ouvrages en corne étaient dits cornetiers. On ne comptait que 4 ou 5 de ceux-ci en 1773. Les maîtres taliletiers étaient alors au noml)re de 200 environ', chilfre qui paraît avoir peu varié jusqu'il la Révolution ^. Ils avaient définitivement adopté pour patron l'évêque de Meaux saint Hildevert ■'. dont ils célébraient la fêle à l'église Sainte-Croix dans la Cité.
Vov. Ardoislers. — Peigniers, etc.
Tabletiers. Nom domié lialles.
parfois au\ porte-
Taboriniers. ^'ov. Taboureurs.
Taboureurs. Faiseurs ou joueurs de tambour. La Taille de 1292 en cite deux. Ils sont encore nommés ainsi dans les statuts de septembre 1321, qui organisent la corporation des joueurs d'instruments *. On trouve moins souvent tamboureurs. tabourins, taboriniers, etc.
Les caisses de taniliour étaient fabriquées par les boisseliers et les peaux fournies par les parcheminiers.
Tabourins. N Dy. Taboureurs.
Tâche (Tr.\v.\ii, a la). Voy. Travail.
Tachéographes et Tachygraphes.
Voy. sténographes.
Taconneurs. ^"oy. Savetiers.
Taiers. Faiseurs de laies. Le mot taie, taye, loie désignait, au moyen âge, l'enveloppe d'un matelas, d'un lit de plumes, d'un coussin, etc. On lit, dans des comptes du quatorzième siècle. « Pour deux taies, l'une à couste ' et l'autre a coissin » ; el « Deux petites laies pour deux aurilliers * à gésir ' ».
t Savary, I. Il, p. -125.
* Hurlant et Magny, Dictionnaire de Paris, t. I, p. 318.
3 Voy. les art. 3 ot 25 des statuts de 1741.
» .Vrticlo I.
3 Voy. ci-de.s.sus l'art. Couliers.
« Oreillers.
'' Dans Douël-d'.Xrcq, Comptes de l'arjenterie, p. 30 el
TAIKRS — TAILLKS UK 12W, lil'; IHOO KT DK 1313
Les taies étaient parfois l'objet d'un rrrand luxp ; on en trouve qui portent aux coins des liouppes pendantes, d'autres sont découpées à jour, ornées de perles. Marij^uerite d'Autrielie, la princesse qu'avait dû épouser (lliarles VIII, en possédait huit, « ouvrées d'or et de soie ' >>. Mais ces taies si riches étaient l'œuvre d'une autre couiintinauté, celle des cr(^/«(Vr«.
La Taille de 1292 mentionne sept tnievs taières, et toières, celle de 13U0 en cite trois seulement.
Voy. Coutiers. — Crépiniers. — Matelassiers, etc.
Taillandiers. Dits d'abord ourn'ers de tiiillaiU Statuts de février 1463), l'ordoiuiance des Bnnnières il-167) les enrég'imente sous le nom de serpiers. Je les trouve pour la première fois nommés taillandieis dans les statuts de janvier
Ceux de décembre 1663 fournissent >me très complète énumération des iniionihraliles objets qu'était autorisée à fabriquer cette importante corporation.
Elle finit, en elïet, par se diviser en quatre classes, savoir :
1" Les taillandiers en œurres blanches, qui fabriquaient plus spécialement les outils trauchant« et coupans : cognées , liaches , serpes , varlopes , rabots . j^ouges , doloires , scies , enclumes, faux, couperets, bêches, etc.
2° Les taillandiers-vrilliers-taillenrs de limes. fabricants de vrilles, limes, poinçons, ciseaux, tenailles, villebrequins. etc.
3" Les laill'indiers-ffrossiers, fabricants d'ustensiles de cuisine et de i>ros outils : marmites, crémaillères, broches, pelles, pincettes, chenets, essieux, marteaux, pinces, crics, battants de cloche, contre-cœur de cheminée, etc.
4° Les taillandiers-ferblantiers en fer blanc et nnir , qui fabriquaient des chandeliers , des lanternes, des arrosoirs, des passoires, des râpes, des entonnoirs, des girouettes, des moules pour pâtissiers, etc., etc.
Os quatre classes étaient st>umises aux mêmes statuts, et avaient pour patron saint Éloi. KUes composaient, à la fin du dix-huitième siècle, une corporation de 170 maîtres environ, qui prenaient pour litre officiel : taillandiers en (tucres blanches, grossiers, crilliers, tailleurs de limes, ouvriers en fer blanc et noir.
Voy. Ferblantiers. — Grossiers. — Tailleurs de limes. — VrtUiers, etc.
Taillant Plvriers de^ diers.
^'oy. Talllan-
Taille (Ouvriers de). Voy. Sculpteurs.
Tailleresses. Dans les hôtels des monnaies, les femmes et les filles des ouvriers et des monnayeurs étaient, de droit, admises à travailler
' CorrfspoHilanee île l'empeirur Maxim'dien et de Marguerite rTAutrieke, I. II, p. 488.
dans les ateliers, où elles porluienl le litre de tailleresses.
Voy. Monnayeurs.
Tailles de 1292, de 130O et de 1313.
La Taille était un impôt levé siii- les roturiers et proportionné au revenu de chacun d'eux.
On dislin}j:uail deux .sortes de Tailles :
I. La Taille ordinaire, qui pouviyt être exigée par le seigneur toutes les fois que l'argent lui manquait, el sans autre règle que son bon plaisir.
II. La Taille extraordinaire, d'abord nounuéo aide, redevance que le vassal était tenu de payer à son seigneur dans certains cas déterminés. Par exeinj)le :
Quand il armait chevalier son fils aîné ;
La première fois (ju'il mariait une de ses filles;
Quand il partait pour la terre sainte ;
Quand il devait fournir une rançon comme ])ris(innier de guerre ;
Quand le territoire était menacé.
Lorsque le roi demandait de l'argent à sa bonne ville de Paris, les habitants s'imposaient eux-mêmes au prorata de leur revenu. Trente ou quarante bourgeois « bons et loiaus », choisis parmi les plus riches et les plus considérés, choisissaient à leur tour environ douze répartiteurs. Ceux-ci juraient, « sur les saintes Evangiles que bien el diligeamment ils asserront ' ladite Taille, ne n'espargneront nul, ne n'engraveront nul, par haine ou par amour, ou par prière ou par craiide, ou en quelque manière que ce soit - ». La Taille était en général du centième ou du cinquantième du revenu.
Chaque contribuable déclarait par serment l'étal de ses recettes mobilières el immobilières, et si la déclaration était reconnue fausse, le délinqiuuit perdait la partie de ses biens qu'il avait voulu soustraire à l'impôt. Tout le monde devait hi Taille sauf les ecclésiastiques et les nobles. Cependant les bourgeois, vilains el manans qui se croisaient étaient exempts de la Taille pendant l'année où ils avaient pris la croix ; d'un autre côté, l'exercice d'un commerce ou d'une industrie quelconque faisait perdre aux membres des deux ordres privilégiés le bénéfice de l'exemption.
Pour asseoir équitablemenl la Taille de 1313, Paris élit, non pas douze, mais seize répartiteurs, représentant les principaux corps de métier. Ce furent :
Jehan Barbette ; Jacques Bourdon ; Jacque Le Queu. orfèvre ; \ incenl. poismnnier de mer ; Jehan de Monlerueil, tisseront; Thomas de Noisy, rinetier ; Gerarl Godefroy, espicier ; Jehan Maillart, changeeur ; Symon de Saint-Benoist, drapier ;
I Ils assiéront.
* Ordonn. de 1270, dans les tlnliimi. royales, I. I, p. 2'Jl, et Ducange, au mot lallia.