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PAR

GuiI.I.AUME DE LA ViLLE NeUVE

Un noviau Dit ici nous trueve

(luillaume de la Vile nueve,

Puisque povrelez le justice *.

Or vous dirai en quele guise

Et en quele manière vont

Cil qui denrées à vendre ont,

El qui penssent de lor preu fère ' ;

Que jii ne fineront de brère '

Parmi Paris jusqu'à la nuit.

Ke Guidiez vous qu'il lor anuil ^,

Que jà ne seront à sejor *.

Oiez c'on crie au point du jor :

Seignor, quar vous alez baingnier

El estuver sanz delaier ',

Li baing sont chaut, c'est sanz mentir.

Puis après orrez retentir

De cels qui les frès harens crient.

Or au vivet * li autre dient.

Sor et blanc harenc frès poudré *,

Harenc nostre vendre voudré.

Menuise vive * " orrez crier,

Et puis aleles '^ de la mer.

Oisons, pijons et char salée.

Char fresche moult bien conraée '*,

Et de Faillie '^ à grant plenté '*.

prufil.

» G.-B. Depping, p. 379.

* L'y contraint.

3 Et qui pou.seut à en fairt:

* Ne cesseront de crier.

^ Que cela le.s ennuie.

'^ A se reposer.

' Sans tarde'r.

8 Poisson de mer ayant ((Uelque rapport avec l'anguille. On le mançeait au verjus et au beurre.

' Nouvellement salé.

'C Petits poissons vivants. Le Dictionnaire i/e Tréroux, édition do 1771, nomme eneore li'S goujons menuise (t étang.

>' Des sardines ou des anchois. Voy. le Glossaire de Dueange au.\ mots a/erium, aleetium, alectum. Ducange traduit uletits par hareng. — Le Me'nagier He Pari» {l. II, p. 20-1) écrit airs.

là Bien parée, bien coupée.

13 Ij'aititr cirtit une sauco composée d'ail, d'amandes et demie de jinin, piles ensemble et détrempés avec un peu de bouillon. Elle avait la consistance de la moutarde et ,se conservait commi' elle. Otte sauce était alors fort en honneur, el la Taille île 1292 mentionne neuf ailliers ou marchands d'aillée.

1* En grande quanlilc.

APPENDICE (XIII» SIÈCLE

Or au miel ', Diex vous doinst santé I

lOt puis après, pois cliaus pilez -.

l<;i fèves chaudes par delez ^.

Aus et oinij-aons à lontrue alaino *.

l'uis après, cresson de fonlaine,

(^erl'ueil, porpié tout de venue *.

l'uis après porète menue ".

Letues l'resches demannis ',

Vez ci bon cresson orlenois *.

Li autres crie par dalez :

J'ai bons mellens " frès el salez,

L'aj^iiille pour le viez fer ai *",

Or ça, bon niarcliié en ferai.

L'eve por pain ", qui vent si prainj^ne.

J'ai bon fronimajîe de Ctianipainfjne,

Or i a froniniaj^-e de Brie '*.

Au burre frès " n'oul)lie mie.

Or i a ff ruel et forment ' '

Bien pilé el menuement.

Farine pilée. farine.

Au lait, commère, çà voisine.

Craspois i a ", aoust de pesches ''"',

Poires de Ghaillou ' ' el nois fresches ;

Pi'imes ai pommes de rouviau '*,

Et d'Auvergne le blancduriau "*.

Al balais, si comme je l'eiilen.

L'autres crie qui veut le ten -"?

L'autres crie la busche bone -'

A ij oboles le vous done.

' On remployait en guise de sucre.

2 (!'é(ait de la purée de pois, meU alors forl recherché.

— Im Tiiille lie 1313 cito .sur le Pelil-Ponl o Pierre du Tref, pileur de pois » (p. 166), et Hahelais, parlant de Quaresmepivnant, nous appri^nd que o s'il haisloyt, c'estoyeul potées de pois pilez ». (Liv. IV, ch. 32).

' .-V côté.

* .\ulx et oignons dont l'odeur se conserve longtemps.

— Les légumes à saveur acre portaient le nom A'aigrun ou f'tfruftf type latin de aerumen.

5 Cerfeuil, pourpier tout de suite.

* Herbes menues : persil, ciboulette, thym, laurier, etc.

' I,aitues fraîchement cueillies.

* Est-ce cresson d'Orléans ou cresson alénois ?

* Merlans.

10 Peut-êlre : J'offre des aiguilles en échange de vieux

fer. — Du Haillan écrivait en 1580 ; « Il y a siï vingts ans, nous ne trafiquions eu lieu du monde, sinon entre nous, mais c'estoit seulement de marchandise à marchandise, comme de bled à vin et de vin ù bled, et ainsi des autres ». [Discours sur les causes île l'extresme cherté qui est aujourifàui en France).

" Sans doute levain destinée faire lever la pâte. Mais le mot levain est déjà employé dans les premiers statuts des boulangers (Licre des métiers, titre I), <|ui sont contemporains de ces Crieries.

li Celui qui se faisait à Chailiot, près Paris, était aussi très estimé.

*' Beurre frais.

'* Gruau et froment.

15 S'agit-il de pois au gras ou do la baleine salée qui se nommait aloi*s craspois f [Voy. le Ménagier fie Pans, t. H, p. 136, et ci-dessus, p. 62).

16 Pfehes mftivs. — On ne connaissait encoiv que les pOches de vigne.

f Poin's de Caillaux en Bourgogne. C'est un fniit à ^ pelure brune, fort pierreux et bon ù cuire.

Il* Pommes de rouveau ou calville rouge. .\u quatorzième siëcli', on écrivait île rourel.

1* !,<■ blandureau d'.\uvergno ou calville blanc. ÎO Voy. ei-di'ssus, p. 493.

Hude ili' iKiis ', or au cerniaiis.

\ iiiaigre qui est bons et biaus, \ inaigre de mousiarde i a.

Diex, a il point di" lie là -V J'ai cerises. Or au verjus •*.

Or il la porée ça jus * ; Or i a oés 5, or aus poriaus ".

Cliaus pastez i a, chaiis gastiaus.

Or i a poisson de Bondies '.

Chaudes oublées renforcii's •.

(taleles chaudes, eschuudez, Hoinssoles, çù denrée aus dez '.

(^ote et la ciiape par covent '", Clerc i sont enirané sovent ".

Cote et sorcot rafeteroie '*, Et le cuvier relieroie *•'.

Huche et le banc sai bien réfère, Je sai moult bien que je sai fère.

J'ai joncheure de jagliaus '♦, Herbe fresche. Les viez housiaus *^, Les sollers viez "*. Et soir et main '' : Aus Frères de Saint Jaque " pain.

Pain por Dieu aus Frères Menors ", Cels tieng-je por bons preneors *".

.Vus Frères de Saint Augustin -'.

Icil vont criant par malin :

Du pain au Sas *-, pain aus Barrez *', .Vus povres prisons enserrez **,

' On employait alore les huiles d'olives, d'amamles, de noix, de chènevis et de pavots. \ oy. le Lirre îles métiers, titre LXIII, art. 2.

- Dieu ! n'y a-t-il pas de la lie de vin à vendre ici ?

■1 Ce mot était jiris alors dans un sens beaueouji plus large que celui qu'on lui donne aujourd'hui. Il désignait le suc de plusieurs planles acidulés et vertes, l'oseille par exemple. On s'en servait pour assaisonner les viandes, le poisson, les œufs.

* \'enez chercher des herbes par ici. — Le mot poirée sei-vait alors à désigner toute espèce de légumes verts.

5 Des œufs ou des oies ?

8 Des poireaux. .

"^ Poissons péchés dans les étangs du bois de Bondy ?

8 ( )ublies épaisses, gaufres.

!< Les rissoles n'étaient encore qu'une sorte de galette, mais passées par la poêle et rissolées. On voit quon jouait aux dés les rissoles aussi bien que les oublies.

'" La cotte était la robe du dessous, le vêtement de dessus était le seurcot (sur cotte). La chape est ici oti'erle aux religieux.

" Les clercs y sont souvent trompés.

•2 Je raccommoderai.

13 Je remettrai des cercles au cuvier.

1' On jonchait les appartements avec de la paille pendant 1 hiver, avec des herbes et des fleurs pendant l'été. Le jiigliau était, je crois, notre glaïeul.

'= Les housseaux étaient de longues et larges bottes.

"> Les vieux souliers.

l'i Soir et malin.

'* Les Dominicains, établis en haut de la rue Saint- Jatques, d'où leur vint le nom de Jacobins.

19 Les Cordelière ou Frères Winem-s, établis dans la run de l'École de médecine actuelle.

^ Je tiens ceux-là pour bons preneurs.

^ Les religieux Augustins, sans doute encore près de la porte Montmartre, qu'ils quittèrent vers 1293.

2î Les l'"rères Sacs ou Sachets, sur le quai des .\ugustins actuel, emplacement qu'ils cédèrent vers 1293 aux -Vuuustins.

^ Les Carmes, établis alors près du port Saint-Paul. Ils avaient un vé'-ment rayé de noir et de blanc, qui b's tit pendant longtemps nommer les Barrés.

** Le geôlier ne leur fournissait que le pain et l'eau

APPENDICE (XIII« SIÈCLE

A cels du Val des Escoliers * .

Li I avant, li autre amers,

Aus Fieros (les Pies - demandent,

El li Croisié ■* pas nés alandent ',

A pain crier nietent grant paine.

Et li avugle ù liaute alaine.

Du jjain à cels de Champ porri •',

Dont moult sovent, sachiez, me ri *".

Les Bons Enfanz ' on'ez crier :

Du pain, nés vueil pas oublier.

Les Filles Dieu * sevent bien dire :

Du pain, por Jehsu nostre Sire.

Ça, du pain, por Dieu, aus Sachesses

Par ces rues sont jrranz les pre.sses

,Je vous di de ces genz menues '".

Orrez crier parmi ces rues :

Menjue pain " ! Diex. qui m'apcle?

^ ien (;a, vuide cesle escuele.

Or viengne avant gaagne pain :

•J'esclairciroie pos d'estain,

Je relieroie hanas *^.

Du poivre por le denier qu'as '■''.

Or aus poires de hastivel '*.

Jorroises '^ ai ù grant revel.

Frés jonc à moult grant alenée *'.

Or ça à la longue denrée.

Noël, Noël ", à moult granz cris.

.l'ai raïs de l'archaut, raïs '*.

Cil ([ui crie, biau se déporte :

Oui vent le viez fer, si l'aporte '".

Li autres dit autres no vêles :

Qui vent viez pos et viez paieles -" ?

* Les chanoines réguliers de Sainte-Catherine du Valdes-Écohers, dsn.s la rue Saint-Antoine.

* I,es chanoines réguliers de la Sainte-Croix, établis depuis 1258 rue de la Bretonnerie. Dans une pièce du treizième siècle, intitulée Les monstiers île Paris^ on lit ces deux vers ;

La novele ordre de la Pie Qui sont en la Bretonnerie.

3 Peut-être les gens prSts à partir pour la Terre Sainte. Voy. ci-dos.sus p. 5fi0.

* Ne sont |ias en ri'tnrd.

5 Les Quinze- Vingts, établis par saint Louis .sur un emplaeemi'ut dil le (^hanip-Pourri. Ils avaient un crieur attitré. N'oy. la Taille i/e 1292, p. 9.

6 Nom qui très souvent mi' fait rire.

" Le collège des Bons-Enfants, dans la rue Saint- Honoré.

** Leur eouveiit était encore situé hors de l'enceinte.

** Ou ^aclu'Hi's jiniiperes mttlieres Siiecitœ ou fie Siiccix. Etablies sur la rive gauche, elles avaient donné leur nom à une rue qui ilevint dans la suite la rue du Cimetière- Saint-André. Elles portaient un vêtement en forme de sac.

1' Il y a par les nies un grand nombre de ces pauvres gens.

il Mendiants.

1* Voy. ci-dessus, p. 011. Il paraît qu'ils se chargeaient également de faire reluire les vases d'étain.

13 Voy. ci-dessus, p. 581.

1* Le hùtiveau, petite poire précoce.

fS II faut .sans doute hrf jnmre ; c'est le nom vulgaire d'une sorte de vesce.

1*> Jonc frais et très long.

if Peut-être des noèls, des livres di' eanlicpies.

I** Il faut .sans doute lire l'.Vrdlinnt, et traduire ainsi : J'ai radis de l'Archanl, radis!

1" Celui-là s'amu.se ii crier : Qui.' celui (|ui a du vieux fer !\ vendre me l'apporte.

20 \ iiux pots et vieilles poêles.

Li autres crie à grant friçon * :

Qui a mantel ne peliçon *,

Si le m'aport ù rafetier •*.

Li autres crie son meslier.

Chandoile de coton *, chandoile.

Qui plus art cler que nule estoile '.

Aucune foiz, ce m'est avis,

(]rie-on le ban " le roi Lojs.

Si crie l'en en plusors leus '

Le bon vin fort à x.x.xij,

A xvj, iixij, àyj, à viij;

Moult maînent criéor grant bruit '.

Crier orrez qui a à moudre ' ?

J'aporte bones nois de coudre '".

Les llaons chaus '* pas nés oublie.

J'ai cliastaingnes '- de Lombardie,

Figues de Mélite .sanz fin '•' ;

J'ai roisin d'outre mer, roisin **.

J'ai porées '^, et s'ai naviaus **.

J'ai pois en co.sse toz noviaus *'.

L'aulres crie fèves noveles ",

Si les mesiu-e à escueles.

Hanni d'aoust flerant com bausme*'.

L'austres crie : Chaume, i a chaume *".

J'ai jonc paré por nietre en lampes *'.

Bones eschaloingnes d'I'Istanipes -*.

J'ai savon d'outremer -•'. savon.

Des poires de Saint Kiule avon *'.

L'autres crie sanz delaier.

Je sers de pingnes [à | resoier *■".

Quant mort i a, homme ne famé.

Crier orrez : proiez por s'ame,

A la sonete par ces rues **.

' D'une voix perçante.

^ Vêlement d'hiver.

■* Qu'il me le donne à raccommodt'r.

1 Les mèches de chandelles étaient donc, alors cx)mme aujourd'hui, faites de coton.

" Chandelles à mèches de Colon, et qui éclairent plus qu'une étoile.

•i Le banoin. Voy. ci-dessus, p. 00.

^ En plusieurs lieux.

* Les crieurs font {çrand bruit.

^ Qui a du blé à moudre.

1" l)cs noisettes.

1' Tarte très estimée déjii sous les Mérovingiens. Kortunat raconte que sainte Radegunde, pour se mortifier, se contentait de manger la pâli" des flans qu'on lui servait et laissait la crème qu'ils contenaient.

12 Châtaignes. — Lesmarronsde Lyon leuronl .succédé.

'3 Kigues de Malle à foison. — La figue est originaire de la Grèce.

I* Des raisins secs, venant sans doute de Damas.

1!" Voy. ci-dessus, p. 719, note 4.

16 Navets.

1' Tout nouveaux.

18 Les fèves ont été déjà mentionnées plus haut.

19 1, anis du mois d'août était donc renomme pour son |«irfum.

iO Paille. — Voy. la note M, p. 749.

21 On employait alors comme mèche pour les lampes la moelle d'une espèce particulière déjoue. Cette mèche plongeait dans un godet rempli d'huile, ol son aulriextrémité débordait un peu le hec .saillaut de la lampe.

22 Li's échalotes d'Ètampes étaient ivgardées comme excellentes.

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