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LE DIT D'UN MERCIER

Moult a ci bêle compaignie, Merciers sui, si port mercerie, Que i^e vendisse volentiers.

Que ge ai besoig ' de deniers.

S'or vos plaisoil à escouler, Bien vos sauroie deviser La mercerie que ge port ; Mais le fais sostenir m'est fort.

J'aj les mignoles ceint uretes.

J'ai beax ganz à damoiseletes, J'ai ganz fon-ez, doubles et sangles *, J'ai de bones boucles à ceno-les ;

' Leurs biens.

* Tout ce qui est bon à manger.

•* Que j'ai dit vrai.

* D'ennui, (le cbagrin.

5 Collalionné sur liibliotbèque nationale, manuscrits, fonds français, n- 24, -Wa, P>aGl.

6 Vov. ci-dessus, p, 478 et 006.

' lîesoin.

* J'ai gants fourrés, doubles et siiiiple.s. Sangle peut Tenir du latin «Myv/iu.

J'ai chaineles de fer bêles,

.)'ai bones cordes à vieles.

J'ai les guinples ensaIVrenéos *,

J'ai aiguilles encliarnelées,

.l'ai escrins à melire joiax -,

.l'ai borses de cuir à uoiax ^,

Mais quant les voi presque ne muir,

Tant les luiz ; les borses de cuir

Trop m'ont descreu mon chetel.

.l'ai vif argent, el mont n'a tel.

Que ge mis en cuir de poi.sson,

Va\ un sac pelu de tai.sson *.

.l'ai de bon loutre à peliçons *,

J'ai hermine et siglalons ",

Kl orle ' de porpois * de mer.

•l'ai polain ^ à secors orler.

.l'ai les très coiiites aguillées '",

J'ai gratuises à peletées ",

.l'ai braiex '^ et lasnières bêles,

.l'ai de bones Irosses à seles '',

.l'ai les deeus '* à costurières,

J'ai les diverses aumosniëres '^

Kt de soie et de cordoan '"

Que je vendrai encor oan,

l'it si en ai de plaine toile.

Kt si vendroie bien un voile

A une nonain beneoite.

J'ai bons fers à mètre en saiele *',

J'ai lions cornez à trecoers '*,

Boucletes à mètre en solers ",

Fermaillez à enfanz de peutre ^''.

J'ai beax laz à chapeax de feutre ^',

J'ai bêles espingues *- d'argent,

Si en ai d'archal ensement.

Que je vent à ces gentix femes.

' J'ai les guimpes ensafranées. — Sur l'emploi du safran pour le linge, voy. ci-dessu.s, p, 546. La guimpe, faite de linge fin, couvrait la tête et s'enroulait autour du cou ; un des bouts pendait le long du bras gauche.

* Joyaux.

3 J'ai bourses de cuir à glands.

* De blaireau.

= Tunique de pelleterie enfermée entre deux étoflès ; la fourrure appaiaissait seulement sur les bords.

<' \oy. ci-dessus, p. 650.

~ Bordure, garniture.

^ C'est le marsouin, poisson de la famille des dauphins, et dont la chair était alors fort e.stimée. Il est nomméfDurpois dans la grande ordonnance du 30 janvier 1358 [art. 841, et les .\nglais le nomment encore ^t>;y;3('A'yf. On bordait donc alors des vêtements avec la peau du mai-souin.

9 Poisson de la famille de la sole [solea eyiioglossa) .

^^ J'ai les aiguilles très pointues.

" J'ai de la bourre, de la laine commune en quantité.

tî Peut-être des braies. Voy. ci-dessus, p. 107.

'3 Peut-être Aes troussai rs destinés à relever les robes. Voy. ci-dessus, p. 617.

'* Des dés à coudre.

'3 Les faiseuses d'aumônières formaient alors à elles seules une corporation. Voy. ci-dessus, p. 53.

"' Sorte de maroquin, que l'on employait surtout pour laiehaussure. C'est de là que les cordonniers ont pris leir nom. Voy. ci-dessus, p. 203.

" J'ai des fers pour garnir les flèches.

18 Le trfssDÎr était une sorte de diadème ou de bandeau qui retenait les cheveux. Ceux-ci relevés sur l'oreille y foràiaient une toutfe appelée cornf.

1> Petites boucles pour les souliers.

-• Agrafes d'etain jour les enfans.

" Rubans pour les chapeaux <le feutre.

ïS Epingles.

APPENDICE (XIV» SIÈCLE

J'ai (le beax cuevrechiés * à dames, Et coiiïes laceites lieles *, Que g'e vendrai à cez puceles ; Et de soie, par coveiianl :

A chapeax d'orfrois ■' par devant ; S'en ai de lin a damoiseax, A floretes et à oiseax.

Bien lichiées et bien polies, A coifOer devant lor amies *.

S'en ai de chanvre à cez vilains, Et moftles à mètre en lor. mains •''.

J'ai canpeneles de mostier, J'ai buleteax à bolang'ier ^, J'ai croissoères à gasteax ', J'ai laz à sercoz à noiax *, J'ai sonetes de trop beau tor.

J'ai de l)ons flageus à paslor ', J'ai cuillers de liois et de trenble Que j'achetai totes ensanble.

J'ai chances de Bruges faitices '", Argent pel por mètre en esclices '*.

J'ai ameçons à pescheors, J'ai fers d'alênes as vors.

J'ai les liacetes à seignier *-, J'ai les pignes à chief pignier '•', J'ai le bon savon de Paris, J'ai bon coffres où il est mis, J'ai fermaillez i* d'archal dorez Et de laiton sor argentez ; Et tant les aim çax de laiton, Sovent por argent le met-on.

N'ai pas tote criée m'ensaigne '^ :

J'ai bon coffre à garir de taigne '", J'ai couleax charteins et à pointes *", Dont cil bacheler se font cointes.

J'ai beax clareins à mètre à vaches '* J'ai beax l'reseax '^ à faire ataches, A gros botons *" d'or et de soie.

J'ai mainte ferrée corroie *', Rouges et verz, blanches et noires, Que ge vent moult bien à cez foires.

1 On appelait alors coucre-ckef un voile formé tantôt ilr soii-, lantôt d'un tissu très fin appelé lui-même coufre-ckef.

2 Sans doute la coiffure dite coiffe à i/amrs ou crépine. • Voy. ci-dessus, p. 232.

3 Voy. ci-dessus, p. 144 et 526.

* Sur tout ceci, voj'. ci-dessus, p. 179.

5 Moufles ou gants sans doigts.

«J'ai des clochettes pour les couvents; j'ai des bluteaux pour les boulangers.

" l'eut-ètre clés moules en forme de croix destinés à faire îles gâteaux. M. Godefroy [Diclionnuire, t. II, p. 380) donne à ce mot un autre .sens.

8 J'ai lacets à glands pour attacher les surcots.

9 J'ai de bons flageolets ]iour les bergers. '0 J'ai des chausses de Brug.-s bien faites.

" J'ai de l'argent en feuilles pour faire des ornements.

12 J'ai les lanoetli's à saigner.

■13 J'ai les peignes pour peignai- les têtes,

11 Voy. ci-des.sus, p. 322.

15 Je "n'ai pas fait connaître tout ce que je vi'nds.

10 J ai des boîtes remplies d'oBguenIs pour guérir la teigne.

11 J ai des couteaux de Chartres et des couteaux pointus. 18 Le mot dareins désignait spécialement des sonnettes

que l'on penilait nu cou des animaux, l'-i Voy. ci-dessus, p. 345.

'C Uoutons.

ïl J ai mainte courroie avec ornements di' métal.

Si ai boites de mostier maintes * ,

Neles. polies et bien paintes.

Si ai l'ençans et l'ençans-sier -,

L'orcuel •' il lote la cuillier.

J'ai table, grefes et greliers *,

Dont ge reçois de bons deniers

De cez clercs, de bones maailles.

Si ai niedntes riche toailles,

Que loient à cez hautes fesles

Sez gentix femes sor lor testes ^.

Si ai lot l'apareilleinent

Dont feine fail furniement " :

Rasoers '. forces *, guignoeres,

Escuretes et furgoeres '.

El bcndeax et crespiseors '",

Traineax ", pignes, mireors '*,

Eve *•' rose dont se forl)is.sent.

J'ai queton '* dont eus se rongis.senl,

J'ai blanche! dont eus se font blanches '■".

J'ai lacez à lacier lor manges **.

J'ai gingenbre *'. j'ai garingaul *',

Qui fait cez clercs chanter en haut ",

Figues, dates et alemandes *".

J'ai saffren à mètre en viandes **

Que ge vent à cez damoiseles

A faire jaunes lor toeles **.

J'ai pomes grenetes -' antières.

Mais ceus me sanblèrent moult chières,

El ne pourquani ges sai bien vendre.

Ou l'argent ou le vaillant prendre.

Autres espices ai-ge loles :

Oitjnemenz à jjarir de "-ouïes **,

• J'ai toutes sortes de boîtes faites dans les couvents.

- Encens et encensoirs,

3 Bénitier.

' J ai des tablettes et des styles. Voyez ci-dessus,

5 On nommait parfois louaille une pièce de toile fine, bizarrement découpée, que les femmes plaçaient par dessus leur coiffure.

" J'ai tout l'attirail nécessaire à la toilette des femmes.

' Rasoirs.

8 Ciseaux.

^ Cure-ureilles et cure-dents.

'" Instruments pour lisser et crêper li-s cheveux.

" Coi-nes, chaussoirs, chausse-pieds. Voy. ci-de.ssus,

'2 Peignes, miroirs.

13 Eau.

Il Colon.

15 On voit que les femmes se mettaient sur le visage du rose, du blanc et du jaune.

16 J'ai lacets à lacer leurs manches. — Les femmes portaient alors des manches lacét-s dans toute leur longueur.

f Épice alors fort estimée. Le gingembre confit ou <jin()embrnl était regardé comme si exquis qu'un lui lionnait le iiuin de Pâte Ir Hoi.

'8 Peut-être le galanga, jilanle aromatique .semblable à l'iris.

19 Qui éi-laircit la voix.

-0 ,\mantle.

21 Le safran entrait comme assaisonnement dans un grami nombre de mets. Voy. H. E^lifnni', Apo/ofif /lODr Hér,rlu!e. eh. XXXVII, édil. Hisleihuber, t. II, p. 280.

-* Le XIII" siècle eut une pa.ssion pour la couleur jaune, et les femmes se plaisaient à eiisafraner non seulement leur visage, mais tout le ling»^ ilonl elles se .servaient. \'oy. ci-dessus, p. 54tî.

î3 Sans doute des gi-ena<les.

'-I Oiigui-nls il guérir la gnulle.

Al'l'KNDICK (X1V« SIKCLK)

Ihh

J'ai h' poivre, j'iii It^ coiiiin '.

,)'ai lil ifarirtMil ii inazeliii -, VA (rairhal a ceus de manières (Jiii sont (le li^naif^e à oivières.

J'ui (lez du plus. j"ai dez du mains •' De l'aris, de Cliarires, de Rains *, Si eu ai deux, ce n'est pas gas ", Qui, au hocher, cliieenl sor as *.

.)'ai ferniaus " d'arclial et anieaus ', l>;t liaudrez et fallois moult beaus, Dont ^e doi^ trois s. por un oef.

11 n'a jiairos qu'il furent luief.

.l'ai iieax museax à niusel ', J'ai lieax fresleax à t'reslel '", Caboz. torneiz et pelotes ", l'ateruostres à cez vielloles '*.

(Je ne sai mes que f^e vos die.

Kl monde n'a la mercerie

Que home el feme acheter puissent,

Que tôt maintenant ne li truissent '

Une pilete '* ai ci pendue,

(irosse, pesant et estendue.

Que ge vendrai as cliamberières,

A piler en totes manières.

Bien la porrai vendre en plevine ' =

Qu'il est du rachuel de l'eschine ""',

Pilerons à ^^ros et Ciicluiel

Qu'il est du neu et du rachuel.

Si ne fait pas à aviller,

Ainz m'en doit-on mielz estimer.

Venez avant, dame, venez ; ^

Venez avant, si m'estrinez *''

D'uef '*. ou de fer ou de deniers.

Si m'alegera, cist paniers.

El vos, petites meschinetes ^^,

Poez *" revenir as piletes ;

Or n'a caienz -• nid si riche home

Qui miels n'amast une tel some

De mercerie s'il l'avoit.

Et si bien garder la sa voit.

Mais ge n'en puis nid bien avoir,

Oiupies n'i coni[uis point d'avoir ;

N'onques en riens que ge portasse

< Le catuia.

ï Voy. ci-dessus, p. -148. ,., j

3 Dés à jouer dont les uns avaient la propriété de tomber, les uns sur les nombres les plus bas, les autres sur les plus élevés, d'autres toujours sur 1 as.

* Reims.

5 Moi^uerie, plaisanterie.

fi Sur tout ce passage. Voy. ci-dessus, p. 258.

" Voy. ci-dessus, p. 322.

* .\nneaux.

9 J'ai beaux masques pour les visages.

10 J'ai belles flûtes pour jouer des airs.

11 Des toupies el des balles.

li Chapelets pour les vieilles femmes.

13 Tout ce qu'hommes et femmes peuvent acheter se trouve dans la mercerie.

li Un pilon. Mais ce mot est pris ici dans un sens obscOne.

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