BAINS FROIDS — BALANCES PUBLIQUES
Caguels de Hncrouchée '. nous en fournil la preuve. Le soleil « estant au sijjne du Cancre, je me résolus, avec quelques-unes de mes voisines, d'aller aux élnves pour me rafraîchir... (]omme je fus arrivée aux baings où d'ordinaire nous avons coustiime entre nous autres de rafraîchir, je me trouvay au milieu d'une bonne et agréable compagnie de bourgeoises et dames de Paris qui estoient venues au mesme lieu pour ce subjeci ».
Au siècle suivant, nous trouvons des bains froids instidlés sur la Seine :
A la Râpée ;
Près de rarchevêché ;
Ouiii des Morfondus, aujourd'hui quai de l'Horloge ;
Port Saint-Nicolas, en face de la rue dns Poulies ;
Quai des Quatre-Nations, aujourd'liui quai Conti ;
Près de la barrière des Invalides *.
Ces hains, entièrement recouverts d'une toile, avaient douze toises de long sur deux de large. Ils étaient formés par une vingtaine de pieux enfoncés dans la rivière, et que des planches reliaient ensemble. On v descendait au moyen d'iuie échelle altacliée à un bateau dans lequel les baigneurs se déshabillaient el laissaient leurs vêtements. Le prix du bain était de trois sous. Le linge se pavait à part ; un sou pour une serviette du côté des hommes, trois sous pour une chemise du côté des femmes.
Ce n'était pas précisément là que se donnaient les rendez-vous de noble compagnie. Pour celleci. des bateliers avaient établi dans la rivière, au-dessous et au-dessus de Paris, de petites cabanes appelées ^ore«. Elles se composaient de quatre pieux ombragés par une toile ; un autre pieu planté au milieu permettait de se soutenir sur l'eau, a Les dames, dit le Journal dv, citoyen ', sont conduites et descendues dans ces gores, sûrement, commodément et secrettement. Les femmes de mariniers conduisent les baigneuses. On l'ait marché de gré à gré pour se faire Conduire. Il en coûte communément vingt-quatre ou trente sols par heure du lover d'un bateau >>.
Celte façon de se baigner sans bouger, inspira, vers 1781, une idée assez étrange à un sieur Turquin. Sur le petit bras du fleuve, près du pont de la ïournelle, il plaça dans un bateau plusieiu's baignoires maintenues par un plancher il une certaine profondeur; leurs parois étaieni percées de Irons qui laissaient le courant les traverser el y renouveler l'eau sans cesse. Cliaque baignoire, installée dans un cabinet, étail assez grande pour recevoir jusqu'à trois personnes. Ot établissement, qui subsistait encore en 1787 *. reçut le nom de Bains chinois. Le succès qu'il obtint décida Turquin à en ouvrir un autre où les baignoires disparurent, où l'on ne put se montrer sans caleçon, et où
I Edit. i-lzév., p. 196.
s Jozo, Elal ou lableaii de Paris (1"60), ('. 330.
3 Paris, 1754. p. 187.
* Thiéry, Guide des amateurs, t. II, ]• 136-
l'on disposa des cabines pour se déshabiller. Turquin fut ainsi le véritalile créateur des écoles (If natation telles que nous les voyons organisées aujourd'hui. La première, située près des bains chinois, fut inaugurée le 16 juillet 1785, en présence de plusieurs membres du corps municipal, de l'Acijdémie des sciences et de la Société de médecine *. Turquin ne tarda pas à établir une seconde école de ce genre à la pointe de l'île .Siint-Louis ; puis une troisième au-dessous du Pont-Royal*, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui l'embarcadère du Touriste.
Voy. Baigneurs.
Baladins. Voy. Bateleurs ''t Maîtres de ballets.
Balais (Marchands de). On criait des balais dans les rues de Paris au treizième siècle :
.\t balais, si coin je I'onl<*n ! 5.
L'annonce est encore un peu succincte, mais elle se complète au seizième siècle :
.l'ay fl''S balrtz de ptusiiMire sorli-s, I""aitz ilr viTgi'.s docii'c» il fortr.s, l)i' jauet *. de bioil ou bouliau ' J'i'n ay icy un gros fardeau ^
Au dix-huitième siècle, les balais de poils étaient faits par les brossie.'-s ; la fabrication des autres étail libre. Les balais de bouleaux venaient en général de la campagne, et ils étaient vendus à Paris par les chandeliers, les regrattiers et les fruitiers ".
Balances publiques v Entrepreneurs
DEi. Je ne crois pas que ce métier soit antérieur au dix-huitième siècle ; je n'en ai du moins rencontré aucune trace avant l'année 1724. Le 16 mai de cette année, des lettres patentes accordèrent à Hugues Blaisol, sieur Desbordes « le privilège exclusif d'établir des balances pour peser les personnes, sur les boulevards et hors des portes de la ville de Paris, pendant le tems de vintrt aniu'es, avec faculté de recevoir \\n .sol de chaque personne qui voudra se faire peser. .. A la charge que lesdites balances ne ser\-iront à d'autre usage qu'à peser les personnes seulement el non les marchandises ».
Cette innovation effraya le Parlement qui. avant d'enregistrer les lettres patentes, demanda l'avis du lieutenant général de police, du procureur du roi près la ville et du prévôt des marchands, .le n"ai pas l'avis des deux premiers, mais le prévôt des marchands ne se montra pas moins timoré que le Parlement. Il répondit : « Nous ne connoissons aucune nécessité ni utilité d'étalilir des balances pour peser les personnes sur les remparts et hors les portes el barrières de
1 W<y. li's .Wmoirrs secrets dite de Uacliaumont. 18 juin rt It) jiiill.'t I78.T. 10 soplcmbn- 1786.
* Tliiiiv. t. II. p. 133.
•1 (iuill." ili' la Villi' Neuve, les eritries de Parit.
* De jonc ou di' fTenet.
5 Cris de Paris con.'servi's A la bibliotli. de l'Arsenal. \'oy. aussi .\. Truqnel. l.rs reni rt sept eris, y-\e.
" Eucyelopédie niModifue. Coimiierce, t. I, p. 180, art. balays.
HAI.WCKS ITHI.IQUKS - HM.IMNKS
la ville de l^ris. Même, après avoir fait atleiitiuii aux incuiivéïiieiis qui piuirroienl résulter de pareilles asseiulilées publiques et tumultueuses, des paris ou g^ageiu-es, et des rixes et querelles que ces assemblées pourrnieiil causer à ce sujet sur Icsdits reiuparts, aoU'e avis t'st qu'un pareil élalilisseineul ne doit point être permis. . ».
Le FarlemenI passa outre. J'en trouve la preuve dans une lettre du sieur Ijesljordes, datée de mars n'2'), et dans laquelle, pour tii'er parti de son privilèj^e, il écrit il la nmnicipalité de je
ne sais quel eiulroit : « Connue j'ai déjà traité
il forfait avec quelques villes, j'ai cru qu'en vous proposiint la même chose, je vous donnerois par là lieu d'occuper et de l'aire gajjner la vie à quehjut's lialiitans. C'est im amusement innocent, ((ui satisfera la ciu-iosité de plusieiu-s, et dont l'opération peut se faire facilement avec une balance à la romaine, ■garnie d'un seul plateau ou d'une chaise, que l'on peut rendre portative aux foires, à l'entrée des promenades publiques ou dans d'autres lieux convenables... ». Desbordes se contentait, pour tout droit, d'une somme de quatre-vingts livres une l'ois payée.
Il serait plus intéressant de savoir quel résultat il obtint à Pai'is, mais le silence de tous les chroniqueurs contemporains permettrait de supposer que l'avis de la nmnicipalité prévalut et que l'autorisation fut accordée pour la province seulement.
J'ai retrouvé le texte original du privilège accordé à Desbordes et de la circulaii'e émanant de lui. deux feuilles simples qui doivent être fort rares et qui figurent à la bibliothèque Mazarine, dans le recueil coté A 15.385. 16'^ et 17" pièces. L'on peut encore consulter sur cette affaire la Reçue rélrospectire. deuxième série, t. VIII (1836), p. 468.
Balanciers. Fabricants de balances et de poids. Dès le neuvième siècle, on connaissait notre balance actuelle, formée d'un fléau, d'un style, d'une bielle et de deux plateaux *.
Les balances n'étaient pas d'un usage bien général à Paris au treizième siècle, car la Taille de t2'.i2 mentionne seulement deux, balanciers ; on y trouve aussi un pessier que ( iéraud - regarde comme étant un fabricant de poids. Celle de 1300 cite trois balanciers ; on en comptait dix-huit en 1325 * et leur nombre était réduit à six en 1691 *.
Leurs plus anciens statuts datent du 2 décembre 1325. et pré.sentent fort peu d'intérêt. En octobre 1519, une sentence du Chàlelet leur interdit de verulre des balances sans y joindre les poids, mesure prise contre les merciers et les fondeurs, qui s'étaient ingérés d'en fabriquer. Au dixseptième siècle, la durée de l'apprentissage était fixée à cinq ans et suivie de deux ans de compagnonnage. Les maîtres ne pouvaient avoir à la fois plus d'un apprenti, et celui-ci devait être né
' ^'oy. Viollel-le-Duc, Dielionnaire du moiilier, t. II, |.. -22.
- Paris sous Pkilippf-lf-llel. (.. 531.
•• t'aguiL'Z. Êtudts sur l'induslrie, y. 8.
* Savary, Dictionnaire du evumirrer, t. I, p. 218.
à Paris. Deux jurés, élus pour deux ans, administraient la corporation, qui se composait de dix maîtres en 1717, de quinze maîtres en 1773 et de seize inaiires en 1779.
Les balanciers étaient soumis à la juridiction de la cour des monnaies, ti'esl d'elle qu'ils recevaient la maîtrise ; c'est au greffe de celte cour qii'élail conx-i'vée l'empreiiilc <lu poiinjon diJiil clia(|ue maili'e devait liuil)rer ses produils. el qui l'eprésenlail en général l'iniliali! de son nom surmontée d'une couronne lleurdelysée. Les poids portaient en outre une Heur de lys, marque de l'étaloiniage de la cour des monnaies.
On possédait déjà, au commencement du ilixhuitième siècle, des balances que la 4.09(1'^ partie d'un grain faisait trébucher '. Les Iléaux étaient alors fournis aux balanciers par les t'orgerons. Ifs bassiii> par les chaudronniers.
Les l)alanciers avaient pour patron siiinl Michel, ([ue la liturgie qualifie d'introducteur des âmes dans l'élernilé et que lesanciennes représentations du jugement dernier montrent pesant les âmes devant le souverain juge. Les maîtres célébraient la fête de leur patron le 29 septembre, à l'église des sainis Innocents, aux environs de laquelliils ne ce.s.sèrent de demeurer depuis le Ireiziènie siècle.
\oy. Balances publiques. — Foids le roi. — Poids (Fabricants de), tic.
Balanciers du roi. \'oy. Directeur du balancier du Louvre.
Balayeurs. L'histoire a conservé le nom de ((uelqiies-uns de ces humbles travailleurs. Le balayage de l'Apport-Paris constituait un service public, dont le titulaire lut nommé par le prévùl de Paris, d'abord, puis, à dater de 1512, par le roi^. En 1490, le placier-balayeur de l'Apporl- Paris était un poulailler appelé Jean Gentil : en 1512. il avait été remplacé par un sieur Antoine Kigault. Pour assurer ce service, le balayeurétait autorisé à percevoir une taxe sur les propriétaires et les locataires des maisons qui entouraieni la place, el sur les nombreux marchands qui y étalaient ■'.
L'Apport-Paris, dit aussi Porte de Paris, était situé devant le Grand-Châlelel, et occupait une partie de l'emplacement représenté aujourd'hui par la place du Châtelel. C'est là que se trouvait la (iraiide-Boucherie et le marché à la volaille, autour desquels se pressaient des veudeui's de toutes sortes. C'étail un des endroits les plus encombrés de Paris.
Baleines M.\rchands de). Vincent de Beauvais trace un tableau très pittoresque el très exact des opérations qui, au treizième siècle, consliluaienl la pêche de la baleine. De nombreuses barques destinées à agir de concert étaient rassemblées, et les marins faisaient retentir l'air du son des cymbales, car la baleine a
* Jf laissf la responsabilité de crUr nsscrtion ;é Savarv. \\<y. \r mot trébueliet.
* Ordonnances royales, I. XXI, |>. 176
3 Uflaïuarr»-, Traité de la police, t. IV, ]i. 203.
BALEINES — BANIERS
rcjroilli- cliin-mé»' jjiir la mi-lodie musicale. Au lucmieiil où rimpriuieiil célacé y prélait toute son alleiitioii, un pécliieur lui lançait uno pique (jue terminait une lon<j;ue corde, el la llotlille s'éloijynail en grande liâlc. L'animal frappé s'aliandonne alors à des niduvements désordonnés, mais prévus, puis s'enloncc dans les lliils. Il l'ail de vains ell'orls pour se dégager du fer ([ni 11- relient caplif et élargit ainsi sa lilessure. 11 repai'ait enfin u la surface el ne tarde pas à donner les signes d'une mort proeliaine. Les matelots se rapprochent, el l'espoir ilu succès conimuniqne du courage au.x moins liardis. On enloure le monstre, il esl achevé ii coups de piques ; on le lie avec des cordages, el triomphalement on l'amène à terre au milieu d'enlliousiasles acclamations *.
Alherl de Hollsladi nomme la graisse de la haleine (fraspois -, vocahle c[ui ligure hieii souvent dans les ordonnances rovales de celle époque. Le craspois ou lard de carême composait, en ellet, la principale nourriture des pauvres ii-ens pendant les joni's maigres. D'autres parties de son corps, la langue entre autres, étaient h)rt estimées, et l'on en faisait grand usage, surtout dans les couvents '. Les églises de Saint-Berlin et de Saint-Umer percevaient un droit de quatre deniers pour ciiaque (jueue de haleine. L'ahhaye de (^aen prélevait la dîme des haleines prises k Dives *, l'église (le (^cuitances celle des langues de haleine amenées à Merri ■'. Les fanons avaient leur emploi dans l'induslrie : (inillaume le Breton nous apprend, par exemple, que sous l'hilippe-AugusIe les guerriers en composaient des ornements pour leurs cas([ues ".
■ Au douzième siècle, les Norvégiens et les Islandais avaient « distingué déjà vingt-trois espèces de haleines par des noms différents ; et, bien que la description (ju'ils en ont laissée soit très imparfaite, on y reconnaît la plupart de celles que l'on rencontre aujourd'hui dans les mers du Nord '' ». Le monopole des ouvrages faits en haleine appartenait a\ix lidileliers. Les jurés de la corporalion ayant saisi chez un sieur Mullol « 'MO pa([uels de haleines ». soidenaieni (|ue leur communauté «avoil seule le privilège d'acheler, façonner et vendre la marchandise de baleine et les ouvrages qui se fout avecicelle ». Le Chàlelel leur donna raison et prescrivit, au profit de la corporation *, la vente des baleines saisies.
I (I Cum niafrno tripuilio ». Spmilum naliirale, 1021, ill-fuliu.
* « Hujus piscis lanluni e^t quoil f;ras|iois vocatur ». I.'oii écrivait plus oi'ilinuiiTnient craspois.
■I Krequenti.s-sinii' niagiiiu portiones stnitiuiiuiu (il'eshu'"'iMns) ... el crassus pisci.s ([ua? Lalena ilieiUir altunde iniiii.strabatur ». Geslit abbiiltim Triiiloiiensiiini. Iil>. XIII. Dans I.iic d'Achery, Spicilepiim. t. VII, p. 51)9.
4 Fiiiiilaliu SS. Triiiilnlis Cadomensis (lOGO). Dans le (luUia Christiana, I. XI, insti-umenta, p. 59.
!• Iliitla EiiÇjeini III. pro Ecclcsia Conslantiensi [1145). Dans le dullin clirislimitt, t. XI, p. 230.
C fiiiillaunie le Hr.'lun, l'hilippidos. édil. Delalnircle, t. II, p. 270. Vuy. anssi paf;e ;f;)l.
■ H.-.I. Noi'l, Hisloirc (ffnérah des prchn. t. I, p. 21H.
* Voy. Atis de M. If l'rocKrnir du Ittiij. i/iii pu/ difriisrs Il loiUes autres personnes ijue les peigniers-lablelirrs de façonner et faire commerce de baleines. 10 septembre 1039.
Les boursiers prétendaient aussi avoir droit à leur emploi. De fait, ils obtinrent l'autorisation de confectionner, comme les tableliers, des parasols et des parapluies. Kn outre, dans leurs statuts de 1750, ils s'inliluleid faiseurs île l/ustes, c'est-ii-dire de corsets pour les femmes.
Balestriers- \ oy. Arbalétriers.
Ballets (MArrREs dei. M. Jal a très bien dénionlré que, dès le seizième siècle, il y avait à la cour des personnagesen titre d'office qui portaient le nom de baladins, et dont les fonctions consistaient à régler des ballets, à composer les pas et les figures, à régler les bals et les fêtes où la danse devait avoir .sa part ' . \'ers la fin du dixseptième siècle, ces baladins devinrent mattres à danser el maîtres de ballets. l*în 1092, un sieur de Beauchamp avait le litre de maître des ballets du Roy -,
Le règlement du 19 novembre 1714 détermina ainsi les fonctions du niailre de ballets à l'Opéra : « Il travaillera k la disposition des danses et ballets, et indiquera les acteurs el actrices auxquels il conviendra de distribuer les danses. Il sera tenu de montrer et faire répéter les dites danses par lui-même ou par le mailre lie salle sous ses ordres. L'un el l'autre assisteront à toutes les répétitions et représentations, pour faire exécuter les danses dans le goût qu'elles auront été composées, ou pour contenir les danseurs el danseuses dans le devoir ■'.
Voy . Chorégraphes. — Danse (Maîtres de). — Théâtre etc.
BaUonniers. Faiseurs de ballons. Voj.
Jouets (Fabricants de).
Banchiers. < >fliciers chargés de percevoir
l'impôt du banvin.
Bandagistes. Voy. Herniaires.
Ban d'août. Voy. Août (Loi d").
Bandes Grande etpeth-e). Voy. Instruments (Joueurs d').
Baneliers. Voy. Banneriers.
Bangards. (iardes d'un banc, d'un territoire. Voy. Messiers.
Baniers. Voy. Messiers.
Baniers. Officiers publics chargés de porter les sommations et de proclamer les bans du seigneur.
Grieurs du ban, porteurs de la semonce du roi.
Hérauts, sergents, huissiers de justice, trompettes, crietirs publics.
Gardes d'un ban, d'un territoire *.
On trouve aussi baiiniers, baigners, etc.
' Oietionnaire critique, p. 97.
4 l.icrr commode pour 1692, t. I, p. 256. :i .\rlifle 29.
4 \'oy. (lodffroy, Dictionnaire de faneienne langue française.
ha.nM';hiers — bannières
Banneriers. l'orle-bamiiére. On Irouvc iuissi Baneliers.
Bannières (Ordonnance dite des). En 14<)7. Lrnui> XI. ini'iiaci- par Cliarles le Ténu'riiin- et n'osant trop compter sur la liilcliti' de sji nolili'sso. résolut de conliei-]a partie de Paris aux iK nianans et liabitans >> de sii bonne ville. 11 oi-lrova de nouveaux statuts ù la plupart des corporations ou\Tières, et une ordonnance datée du n\ois de juin eut pour objet de les organiser en nulice urbaine. k< Pour le bien et seureté de iiosire bonne ville de Paris, dit le roi, et pour la ;:;arde, luicion et detl'ense d'icelle ». nous avons V l'ail nieclre sus et en armes les manans et habilans de tous estatz de nosire dicte ville et cité, el ordonné les gens de mestiers et marchans esire divisez el partiz en certaines bannières. >oubz lesquelles ilz -seront chascun selon la ijualilé et Testât dont il est ».
En conséquence les maîtres ' , les ouvriers de tous les corps de métiers, le Parlement, le (Ibùlelel. la Chambre des comptes, les lonctionnaires des aides et des monnaies, en un mol tous les hommes de seize à soixante ans en élat de porter les ai'mes, durent se procurer « un habillement soultisiinl selon leur possibilité ». une longue lance ou une coule\Tine à main -, une britjandine •*, une salade ' el un vouse •''.
Ainsi équipés el armés, ils étaient partagés en soi.xanle el une compagnies dont chacune avait pour chefs un principal et un sous-principal, élus cha(]ue année par les maîtres des métiers réunis au Chàlelet. Les maîtres seuls pouvaient prétendre à ces grades : « Ne pourront esIre esleuz aucuns en principaulzelsoubz-principaulz, sinon qu'ils soient chiel's d'hostelz *, bien recèans, renommez et conditionnez, et qu'ils ayent demourez et résidé en ceste ville six ans au moins ». L'ordonnance donnait à tous le droit de porter « dague », et autorisait même les nouveaux soldats à sortir par la ville & les dimanches et aullre fe.stes » avec leur costume et leurs armes.
Elle faisait plus encore, elle accordait officiellement des armoiries à tous les corps de métiers.
Cha(|ue compagnie était, en etlet, distinguée par une bannière spéciale, que l'article 2 de l'ordonnance décrit ainsi : « Et eii chascun desdicts mestiers et compaignies y aura une bannière armorvée el figurée d'une croix blanche au milieu, et de telles enseignes el armoiries que lesdils mestiers el compaignies adviseronl ».
On devine ce que furent ces armoiries. Comme sur les méreaux, on y vit certainement figurer ou le patron du métier, ou ses principaux produits, ou les outils les plus employés par lui. Ce sont là. ainsi que le dit très bien M. Levasseur ', b's insignes de l'artisan, comme l'épée ou la lance sont ceux du chevalier. Quand celui-ci ne
' C'.ummerçanLs établis, patrons.
* Arquebuse.
^ l'uurjioint recouvert de lames d'acier.
' Ostjuf léger et saus ornement.
^ Surle J'épieu.
^ ('iiefs de maison, même sons que maîtres.
'' Histoire des classes outrières, t. 1, p. 582.
savait pas ecriiv il apposiil au bas des actes qu'il devait siirner .son sceau armorié suivant les rèirles du iilason, landis que l'artisan y lra(;ail à la main les instruments de son métier. Il existe un irrand nombre d'anciens contrais souscrits ilun marteau, d'une clef, d'un l'er à cheval, d'une roue, à côté des<(uels le notaire a écrit le nom du maçon, du .serrurier, du maréchal, du charron dont la signature était ainsi représentée '.
J'ai vainement cherché aux Archives el dans les collections manuscrites de la I?iblii)lhè{|ue nationale la description des bannières de 14(>7. Elle nous eût appris d'une manière certaine ce qu'étaient les armoiries primitives des Corporations, de la plupart d'entre elles, du moins ; car. comme on va le voir, plusieurs métiers étaient réunis sous la même bannière, el avaient par consé([uent des armoiries communes. Tous les documenis (jue j'ai consultés, même les liei/istres (les Biiiiiiières *, restent muets sur ce point.
Mais les métiers étaient trop liers de leurs armoiries, ils les admiraient el les chérissaient trop pour les chaTiger ; ils le prouveront bien au dix-septièn\e siècle. Les entrées solennelles des rois et des princes, les réjouissances publiques, les réceptions et les obsèques des maîtres, les élections des jurés étaient autant d'occasions de les produire. Elles figuraient parfois sur les vitraux île la chapelle où se réunissait la confrérie, pres([ue toujours sur les objets d'or, d'argent ou d'élain à l'usage de la communauté. 11 est donc permis d'affirmer que les symboles frappés sur les méreaux de chaque corporation apparurent sur sa bannière. Et dans la suite, quand chacun des métiers réunis sous la même bannière voulut avoir des armoiries particulières, celles-ci rappelèrent toutes par plus d'un détail les armoiries communes.
Ainsi, la première bannière était formée par les tanneurs, les baudroyeurs et les corroyeurs. Nous ignorons ce que représentait alors leur étendard ; mais, lorsqu'on voit ces t"ois métiers faire figurer plus tard dans leur armoiries le même instrument de leur métier, deux couteaux de revers ou couteaux paroirs d'argent el emmanchés d'or, n'est-on pas en droit île supposer que ces objets ornaient leur première bannière? Pour que chaque corporation ail son blason spécial, les tanneurs ont placé les deux couteaux en fasce ■* , les baudroyeurs el les corroyeurs * les ont placés en sautoirs ^. mais tous ont conservé précieusement ce souvenir de leur blason primitif. On peut conclure de cet exemple que les corporations changèrent aussi rarement d'armoiries que de patron, el que les armoiries qu'elles firent enregistrer à la fin du dix-septième siècle difiéraieni peu de celles qu'elles avaient adoptées dans l'origine.
L'ordonnance dite des Bannièreimélé imprimée
' Voy. Mictielet, Origines du droit français, p. 2211.
* Vuy. l'art, liaiinières (RegisliTS de.sl . 3 Horizontalement.
* L'ordonii. du 21 novembre 1577 les avait réunis en une seule corp.>ration.
3 En croix.
baNxNii<;re.s
diiiis If liiuif X\ 1 ' ilii grand recueil dit des Ordonna ni es des rois de France. M. (le l'astoret, ((ui a piililié ce volume en 1814, déclare avoir copié l'ordonnance dans le Livre rouge du Chàlelet et l'avoir collalionnée sur le premier volume des Registres des Bannières. Il indique même exactement en note à quel folio de ce manuscril - elle se trouve. Il existe cependaiil entre le lexle donné par M. de Pasiorel et celui du registre des Bannières de telles différences, qu'il n'est ^nèie permis de cniire à l'assertion du savant académicien, lime snllira pour le prouver de mettre en regard le conunencement des deux textes :
Texte Texte
de M. Pasl'irel. du registre des Bannières
l" B.^NNliîRE.
Tanneurs.
Baudrojeurs.
Courajeurs.
11" Sainturiers.
Boursiers.
Megissiers.
(jtantiers.
Ksofueulleliers.
parenlx Tainliu-iers et pareux de peaulx.
IV^ Cordouenniers.
l'" Banniiîre.
Tanneurs.
Bauili-oyeurs.
(lorroveurs.
1^ Sainturiers.
Boursiers.
Mesgissiers.
IIP (ian tiers.
M>ji:uillelier'-.
Sainturiers et de peaux.
Cordonniers.
Ainsi, .sans insister sur les variantes d'ortliofjraphe, M. de Pastoret . ne s'est pas même ape]-i;u qu'il faisait figurer les sainturiers à la l'ois dans la deuxième et dans la troisième bannière; et, en supposant que le Livre rouge renferme cette erreur, n'eût-elle pas été corrigée lors de la cullation sur le registre des Lannières, qui place très lisiblement dans la Iroi.sième les tuinlitriers et non les sainturiers ?
M. de Pastoret ne s'est pas aperçu non plus que son texte, comme celui du registre des Bannières, au reste, mentionne seulement 60 bannières, tandis que l'article 1" de l'ordonnance dit iormellement que tous les habitants de Paris « seront partiz et divisez en soixante-une bannières ■• et compignies >>. La composition de la soixante et unième bannière doit sans aucun doute être cliercliée dans larl. 2.J de rurdonnance -, il prescrit l'armement des membres du Parlement, du Cliàtelet, de la Chambre des comptes, etc., tous personnages importants, que les rédacteurs de l'ordonnance n'ont pas voulu comprendre parmi les « gens de mesliers et marchans ».
Pour l'honneur du liecueit des ordonnances, si précieux malgré ses imperfections, il l'aul passer rapidement sur les quelques notes au mo^'en
' Page «71.
î Kolio 84.
•'M. H. Martin, qui a reproduit celle liste l'n noli' [HIsloire lie France, t. VII, p. 21) annunce aussi (11 bannières, i|u il prinil nit'nif' soin ilc nuniéruirr. il il ni' ri'niari|ue pas non plus cpio .sou énuniéralion s'arr^lf à la soixanliouie.
descjuelles M. de Pastoret a pensé éclaircir le texte de l'ordonnance des Bannières ; elles dénotent une ignorance complète de l'histoire de nos corporations ouvrières.
Voici, d'après le premier volume dealiegislres des Bannières ', la liste des soixante et une bannières sous lesquelles devaient marcher tous les Parisiens.
I" Bannière.
Tanneurs.
Baudroyeurs.
Courayeurs *.
Sainturiers'''.
Boursiers.
Megissiers.
III" Gantiers.
Esgueulletiers *.
Teinturiers et pareux de peaulx '.
Cordouenniers.
ye Bûulengers.
Vie
Paticiers.
Musniers *.
Fevres.
Mareschaulx.
VHP
Serruriers.