Mémoires, uililion île IS8I, I I, p
HAKiM'll'MS — BAINS FROIDS
p.irfumpr chez lui ». Louis XIV ne lui point oiililieux : le père de La Vienne deviul, après l'rud'luinime, son premier barhier, et La Vienne lui nommé premier valel cle chambre. Le roi uiMi avait pas moins encore huit liarliiers servant jiar ijuarlier. Leurs fonclions étaient <■. de peig-ner le HoV, lanl le matin qu'à son coucher, luv l'aire le poil, et Tessuver aux bains et étuves, el après qu'il a joué ii la paume ' >^.
L'élablissement de rrud'homme était situé rue Neuve-Montmartre. On (;n Irouvait d'aulres, célèbres aussi, rue Richelieu, rue d'Orléans, rue Vieille-du-Temple et rue des Marmouzels *.
Les bourgeois qui voulaient prendre des bains il domicile pouvaienl louer, moyennanl vinu;t sous par jour, une liaijrnoire en cuivre chez u:i cliaudronnier ■*, ou movennani dix sous par jour une baiirnoire île bois chez un tonnelier '.
Au dix-huitième siècle, les dames recevaient volontiers leurs visiteurs, reuune> ou hommes, pendant qu'elles étaient au bain. Dans ces circonstances, on avait soin de blanchir l'eau soil avec « une pinte ou deux de lait '', soit avec de l'essence : c'est ce que l'on appelait un ôiiin lie lait. M. le comte de Ri'isel possède une baignoire Louis XVL munie d'un couvercle Ciinné qui empêchait de voir la personne dans son bain, tout en permeltanl l'évaporalion *. Le jour même du retour de Varennes. la reine diclail à un des huissiers de sa chambre une lettre destinée ii madame Campan, et qui commence ainsi : « Je vous fais écrire de mon bain, où je viens de me mettre pour soulager au moins mes forces physiques" ». Marie-Antoinette, élevée dans les sévères principes de la cour de Vienne, se baignait velue d'une longue robe de llanelle boulonnée jusqu'au cou, et tandis que ses deux baigneuses l'aidaient à sortir du bain, elle exigeait que l'on tint devant elle un drap destiné ii la cacher à ses femmes ". Il ne faut pas oublier qu'à celte époque, les grandes dames en agissaient souvent avec leurs gens comme les Romains avec leurs esclaves, et regardaient un valel comme un animal en présence duquel la plus craintive pudeur pouvait tout se permettre * ».
.\u milieu du dix-huitième siècle, Paris ne ct>mptail encore qu'une dizaine de bains chauds, possédant chacun de douze à quinze baignoires, quand un sieiir Poitevin imagina d'en établir un sur la Seine même. Ce projel. patronné par la municipalité, reçut sa réalisation en 1761. Le bateau organisé par Poitevin fut amarré près du Pont-Roval, en face des Tuileries. Long de cent
' Élal lie la France pour 1672, t. i. p. 92.
* Le livre commode pour 1692, t. I, |>. 182. «■» Vfty. cH artirlt'.
* Hiirtaut ft Mai;ny, Dictionnaire île l'nris. I. I, p. 513 et 517.
5 Mpurisse, L'art de saigner, p. 382.
6 Comte do Riisit, Litre-Journal de madame Etoffe. t. 1, p. 250.
1 Madame Campan, Mémoires, éclaircissements, t. Il,
' Madame Campan, 3lémoires, cli. IV, t. 1, p. 104. ' Voy Ijongctiamp et W'agnlèrf , .Vémoires sur Voltaire, t. II, p. 119.
quarante-el-un pieds el large de vingl-huil, il était divisé en deux étages. Un côté était réserve aux femmes. Les cabinets ouvraient sur un couloir central, et l'eau, puisée dans le ileuve par deux pompes ù bras, était filtrée avant d'arriver aux baignoires. Un autre bateau, appartenant au même ])ropriétaire, el disposé de la même façiui bien qu'il n'eijt qu'un rez-de-chaussée, stationnait peiulanl l'élè à l'exlréinitéile l'île Sainl-Louis au bas du quai d'Anjou'. Poitevin eut poinsuccesse\ir un sieur (îuignard, qui linil par diriger plusieurs établissements de ce geure. Dans un d'entre eux, siliié ù l'angle du Pont- Royal el du quai d'Orsay, les pauvres élaieul reçus graluiteiTient sur un cerlificJit du médecin ou du curé de leur paroisse.
Des bains plus complets occupaient une maison ([ui faisait le c<iin delà rue de Bellechasse et du ([uai. Outre des bains de vapeur et des douches, ou y trouvait une vaste piscine dans laquelle on pouvait se livrer ii la natation.
Les anciens bains du dix-septième siècle, ou l'on venait ordinairement chercher tout autre chose que de l'eau, étaient représentés par Vlliilel lies bains de S. A. R. Myr le duc d'Orléans, situé au Palais-Royal, et dont l'entrée était rue de Valois. On y trouvait ^< des appartemens garnis, propres ii recevoir des personnes de la première distinction - >>.
Les bains chinois, établis un peu plus lard, sur le boulevard des Italiens, prèsjlu pavillon de Hanovre, conservèrent pendant longtemps une grande vogue •'.
Tous ces établissements étaient tenus par des maîtres harhiers-lMifjnmr.^-e'tiiristcs-jierniqniers, corporalion qui avait été créée par Louis XI\ en 167:3.
\'oy. Bains froids. — Barbiers. — Épiletirs. — Étuvistes, etc.
Bailleuls. ^ oy. Renouaurs.
Bains froids (Tenancieks de';. Pendant bien longtemps, les Parisiens amateurs de bains froids les prenaient dans la Seine, sans se préoccuper des exhibitions dont ils gratifiaient les riverains el les passants. Une chanson * de Coulange nous a décrit l'effroi de la Précieuse qui passe en carrosse, par un chaud jom- d'été, près de la porte Saint-Bernard :
(^ui'l sppctable indécent si- [irést-nte à mes ypux . Des huinmcs vrainii-nt nuds au bord de la rivière Me font uvanouir I .\li ! di- grâce, ma clière,
Evitons cet objet att'reux, .\llons visie, cocher, retournons à la ville.
11 y avait aussi au dix-septième siècle des piscines où les femmes, à qui « il n'est point permis de se baigner dans la rivière », pouvaient aller se plonger dans l'eau froide. Le recueil des
1 Voy. Gai'sautt, Art du perruquier, p. 45, et V Encijelope'die méthodique, arts' et métiers, t. VI, p. 311.
* Tbiéry, Guide des amateurs, etc., t. I, p. 286, el I. 11, p. 593 el 595.
■1 l'rudhomme, .Miroir de Paris (1807), t. V, p. 165.
1 ïoni." I. p. 128.