CIRIERS — CLA VAINS
et grands seigneurs* ». Tallemant des Réaux raconte qu'à la fin d'un hal, une jeune fille voulant éclairer Louis XIII a sa soiiie, « monta sur un siège pour prendre un Ijoul de chandelle de suif, avec si bonne grâce que le roi en devint amoureux * ». On se sen'ail <louc encore, même au Ijal, de chandelles de suit, mais on ik; les louchait déjà qu'avec un peu de répugnance.
En 1650, le gazetier Loret, décrivant une « belle collation » donnée par M"" de Sévigné nous apprend qu'
On y vit btillii- .iiix rhandclli'S
Des f^ov^rn |>assilt)liTllrnt brllfS*'.
Mais étaienl-ce des chandelles de suit ou des chandelles de cire ?
On nommait howjies d'un denier celles tpii se vendaient à la porte des églises et étaient destinées aux ex-voto ; Imnqies rPhtisnier, celles f[ue l'on portail devant le roi dans l'intérieur des appartements ; elles étaient carrées et plus larges du bas que du haut. L'expression arhre de vire désignait le cierge pascal.
Mais on ne peut parler iei desciriers sans dire un mol du fameux i^ierge de 11)57. A cette date, le roi Jean était prisonnier en Angleterre; l'aris, désolé par la famine et l'anarchie, avait encore à redouter une invasion. Pour apaiser le courroux du ciel, la municipalité vota l'oft'rande à perpétuité d'un cierge qui aurait en longueurl'étendue du circuit de la capitale, de sorte que. suivant les calculs de M. Bonnardot , il eut mesuré environ 5.750 mètres. On sait, par une quittance récemment retrouvée, qu'il nécessitait l'emploi de cent trois livres de cire, ce qui lui suppose un diamètre de trois à quatre millimètres. Il était enroulé comme un câble, autour d'une sorte de cabestan, et un prêtre avait pour mission de le surveiller et de toujours le « tenir ardent ». Mais ces cent trois livres de cire représentaient une grosse dépense annuelle, en sorte que, pendant la Ligue, on se décida à remplacer ce cierge interminable par une lampe d'argent qui, rappelant les armes de la ville, avait la forme d'un navire, et qui restait allumée jour et nuit *.
Les ciriers, dits aussi cierger et derniers, avaient, comme les épiciers, pour patron saint Nicolas.
Voj. Cabinets d'anatomie. — Chauffecire. — Cire a cacheter. — Figures de cire. — Valets chaufTe-cire. — Veilleuses (Fabricants de), etc.
Ciriers. Ofliciers de la grande chancellerie. « Leurs fonctions sont de fournir la cire nécessaire pour sceller les expéditions de la grande chancellerie, et de la faire préparer dans une pièce voisine de la salle où se tient le sceau. Ils remplissent ces fonctions en habit noir, sans épée ^ ».
1 Tliéàlre ,1'ajricullure, éilil. île 1600, p. 879.
2 Histurielles. I. II, |>. 240.
'* Muîe hisluriaiie, ii" «lu 16 juillet. * Vuy. le Jlufleli» de ia société de l'hishire de Paris année 1875, y. U).
5 Guyot, Traité des offices, t. IV, (>. 472.
Ciseleurs. Ce mof n'existe pas encore dans le Dictionnaire du commerce de Savarv (I723i, mais on y trouve le verbe ciseler, qui est ainsi déhui : « Couper, tailler, graver déliailemenl avec le ci.seau... (oiseleurs se dit des ouvriers qui se servent du ciselet ' ». L'abbé Jauberl, dans son édition de 177;j nous apprend que le ciseleur est l'ouvrier « qui enrichit et embellit les ouvTages d'or, d'argent et autres métaux, par quelque dessein et sculpture qu'il j représente en bas relief * ».
Les ciseleurs ne furent jamais officiellement constitués en corporation , car une foule de communautés avaient le droit de ciseler ellesmêmes les objets qu'elles produisaient. Je citerai entre autres les orfè\Tes, les fourbisseurs, les armuriers, les éperonniers, les fondeurs, les graveurs, les doreurs sur métaux, etc.
On nommait encore ciseleurs les ouvriers qui, « avec des fers chauds gravés, font une espèce de velours ciselé ou plutôt gaufré, en aplatissant le poil du velours à l'endroit qui doit servir de fond et en ne touchant pas à celui qu'on réserve pour le dessin et les façons ■'». On ne ciselait guère que le vieux velours, à qui celte opération rendait une apparence de fraîcheur.
Cithareurs. Fabricants, professeurs ou joueurs de cithare, instrument à cordes qui avait, le plus souvent, la forme triangulaire.
On trouve aussi Cythareurs, Chitareurs, etc.
Citoleeurs. Fabricants , professeurs ou joueurs de l'inslrument appelé citole. La Taille de 1292 cite quatre citoleeurs. La citole, déjà mentionnée [cithola] dans le Dictionarius àa ifAix de Garlande *, paraît avoir été une sorte de guitare au corps allongé et au manche court.
Cizeleurs. N'oy. Ciseleurs.
Claceliers. Voy. Concierges et Geôliers.
Claqueurs. Leur institution ne paraît pas antérieure à la Restauration. « Sous Louis XIV', le parterre formait au moins la moitié du public. Il était libre, jaloux de son droit, et il n'eut pas toléré une troupe permanente d'applaudisseurs gagés, organisée ostensiblement pour neutraliser toute manifestation d'opinion littéraire trop indépendante ■■ ». Figaro dit bien en 1775 : « J'avois rempli le parterre des plus excellens travailleurs ; des mains comme des battoirs. . . ^ : » mais il s'agit là d'une fantaisie purement individuelle.
Clavains (Faiseirs de). Voy. X>emiceintiers.
' Tuiui' 1, |). 78r>. — Le ciselet est u un petit ciseau (l'fti'ier bien trenipé ilunt on se sert peur ciseler ».
* Dictitinnaire des arts et métiers, t. I, p. 507.
3 Jaubeii, t. I, p. 508.
i Kilil. Scbeler, p. 37.
'■' E. Despois, Le théâtre français sous Louis XIV, p. 3-0.
*• /.(' barbier de Sétitle, acti' I, scène 2.
CLAVAIHI'IS — CI.KRCS DU (JUKT
Clavaires. Oux i|iii >>:Hrilaient les clefs iliiiR' ville, tlnii Irt'siir. elc. (]v mol a ilcsi^jié aussi (les peri't'pleurs d'iiupûls. des iidiniiiis- Irnltnii's df ti-rriloirc, elc. <'(c. '.
Clavandiers (FAi.><Erns 1)k\ Vc.v. Demiceintiers.
Clavecinistes. Faiseurs, professeurs ou JDueius dv riiistrumeni appelé clavecin. Le clavecin diffère surtout .de répinelle par sa dirnension qui est plus grande -. Les professeurs de clavecin, Imninies et fenuues, élaienl lii'jà nomlireux à la iiu du dix-sepliéu\e siècle''. Ou disting^uait [jarini eux Kr'ari(;ois (iouperin '.dont un desceniiaut pidilia. en 171(i. L'art ilildlirlier /<• r/urfri/i.
Les clavecinistes apparlenaienl a la cor|)oralion des luthiers.
On trouve aussi clavessinisles.
Clavessinistes. Voy. Clavecinistes.
Claveteurs. Voy. Cloutiers.
Claviers (F.\isiiURs de). \'oy. Demiceintiers.
Clercelières (Faiseurs de). Voy. I>emiceintiers.
Clercs, (le mol avait deux acce])lions principales. 11 sijriiitiait avant tout liounne sachant lire, écrire, compter, et eiilendanl même parfois un peu du latin.
Une foule de positions honorables et lucratives s'oH'niient à celui qui possédait ces connaissances. Les grands seigneurs avaient besoin d'un clerc pour tenir les comptes de leur hôtel. Les clercs (ht (/ne/ ^ avaient dans leurs altribniions les écritures relatives à ce service, eidre autres la convocation des hommes de garde pour chaque jour. Le c/erc df la Ville, dit d'aboril clerc du parloir aux bourgeois, puis greffier de l'hôtel de ville, enregistrait les sentences rendues par les officiers du parloir, faisait expédier les actes publics souscrits par eux. etc.. elc. Lui-même avait un clerc ''. Ia^s riches commerçants entretenaient aussi à l'année un clerc chargé de tenir les livres de la maison ; c'est ainsi qu'il faut entendre les mentions de ce genre assez fréquentes dans la Taille de 1292 : « Alain de Dampierre, et Guillot, son clerc. — Le clerc feu Adam Bourdon. — Adam, le clerc Henri des Nés ». Les corporations importantes eurent par la suite chacune son clerc. Celui-ci, installé au bureau de la communauté, servait de secrétaire aux jurés, rédigeait les procès-verbaux de leurs délibérations, réglait les comptes, perce-
' \ oy. Valbounais, Mémoires pour servir à fAis/oire ila l'aK/tAine', [i. 12L — Ducauge, au mot clatarius.
' Voy. l'art. Épinetiers.
•• Voy. /.<• litre commode pour 1692, t. I, p. 20T.
* Sur cette famille, voy. .\. Jal, Dictionnaire critique, p. 440.
î* Voj'. l'art. Guet des métiers.
" Voy. Le Koux de Lincy, Histoire de l'Hôtel de tille, p. 178.
vait les redevances instituées pour l'entretien de la confrérie, elc. ; c'est a lui aussi que devaient s'adresser les ouvrier.s arrivant ù Paris pour obtenir l'eidrée dans un atelier île leur métier.
On nommait encore clerc tout homme appartenant, soit de près, soit de loin, au cierge séculier ou régulier ; ce titre était donc pris par une foule d'iiulividus au service des hauts fonctionnaires ecclésiastiques ou seulement employés dans les couvenis. Les grandes abbayes de Paris possédaient un personnel considérable de clieids et de serviteurs ' qui, considérés comme gens d'église, étaient exempts d'impôts, à la condition pourtant qu'ils ne se livrassent à aucun tralic. Mais beaucoup d'entre eux faisaienl le commerce plus ou moins ouvertement, el créaient ainsi aux co[-porations une concurrence redoulable, puisqu'ils ne payaient aucune des nombreuses taxes imposées aux marchands laïcs.
Clercs de l'argenterie. Voy. Contrôleurs.
Clercs des bourg-eois. Voy. Oreffler de l'hôtel de ville.
Clercs de l'écritoire. Voy. Orefaers des bâtiments.
Clercs-commis au greffe du Conseil
privé. Deux offices jurés créés en novembre 1094. Quatre autres furent créés en décembre
Clercs du g-uet. Ils étaient au nondjre de deux. Ils arrivaient au Chàtelel à l'heure du couvre-feu, faisaienl l'appel des bourgeois appelés à fournir le service du guet, et les distribuaient dans les huit postes qui leur étaient assignés.
Au treizième siècle déjà, ils abusaient de leur autorité, el les fripiers, dans les statuts qu'ils soumirent à l'homologation d'Ktienne Boileau, s'en plaignent naïvement. Les clercs du guet ne voulaient, disent-ils, recevoir les excuses des hommes convoqués que quand elles étaient présentées par les femmes de ceux-ci, « laquelle chose est moult leide et moult vilaine que une famé soit en Chasteleit à queuvre-feu parmi telle ville comme Paris est >>. Ils sollicitaient donc du roi la permission de se faire excuser par leur ouvrier, leur servante ou leur voisin -.
Sur ce point, je ne .sais quelle fut la réponse de saint Louis. Mais, au siècle suivant, je vois les clercs du guet accusés de se laisser corrompre, et d'accorder moyennant finance des dispenses de service. Le roi l'apprit et les remplaça par deux notaires du Châtelet 3. Comme les hommes s'esquivaient parfois, après avoir fait inscrire leur nom, l'ordonnance veut que le
1 « Le mol clerc, à nos anciens signifioit tantost l'ecclésiastique, tantost se donnoit à celuv que l'on estimoit sçavani, lantost à celuy (|ue nous appelons aujourd'huy secrétaire ». Et. Pasquier, Recherches sur ta France, liv. II, ehap. V.
* Litre des métiers, litre LXXVI.
' Ordonii. royales, t. III, p. 670.