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l'année 1736. M. Walpole eut la générosité de faire pour lui une souscription , moyennant laquelle il apaisa les créanciers, et délivra de prison ce prétendu monarque , qui mourut très misérable , le a décembre de la même année. Ou grava sur son tombeau « que la fortune lui avait donné un royaume et refusé du T>ain . • {Siècle de Louis X V.)
NEUSTADT, (paix de) butrb lb c.aua riERBK-LB-GBAHD bt vus subdois. ( io septembre 17a! ). — Cette paix de Neustadt fut signée le 10 septembre 1721, n. st.
Pierre en eut d'autant plus de joie, que, se voyant délivré de la nécessité d'entretenir de grandes armées vers la Suède , libre d'inquiétude avec l'Angleterre et avec ses voisins , il se voyait en état de se livrer tout entier à la réforme de son empire, déjà si bien commencée, et à faire fleurir en paix les arts et le commerce introduits par ses soins avec tant
de travaux.
Dans les premiers transports de sa joie, il écrivit à ses plénipotentiaires : « Vous avez dressé le traité comme si nous l'avions rédigé nous-mêmes , et si nous vous l'avions envoyé pour le faire signer aux Suédois ; ce glorieux événement sera toujours présent à notre mémoire. »
Des fêtes de toute espèce signalèrent la satisfaction des peuples dans tout l'empire , et surtout à Pétersbourg. Les pompes triomphales que le czar avait étalées pendant la guerre * n'approchaient pas des réjouissances paisibles au-devant desquelles tous les citoyens allaient avec transport : cette paix était le plus beau de ses triomphes; et ce qui plut bien plus encore que toutes ces fêtes éclatantes , ce fut une rémission entière pour tous les coupables détenus dans les prisons , et l'abolition de tout ce qu'on devait d'impôts au trésor du czar dans toute l'étendue de l'empire , jusqu'au jour de la publication de la paix. On brisa les chaînes d'une foule de malheureux : les voleurs publics, les assassins, les criminels de lèse-majesté furent seuls exceptés.
£1721} Ce fut alors que le sénat et le synode décernèrent à Pierre les titres de grand , d'empereur et de père de la patrie. Le chancelier Golofkin porta la parole au nom de tous les ordres de l'état dans l'égliae cathédrale ; les sénateurs crièrent ensuite trois fois : rive notre empereur et notre père ! et ces aeclamalions furent suivies de celles du peuple.
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Les ministres de France , d'Allemagne , de Pologne, de Danemarck, de Hollande, le félicitèrent le môme jour, le nommèrent de ces titres qu'on venait de lui donner , et reconnurent empereur celui qu'on avait déjà désigné publiquement par ce titre en Hollande , après la bataille de Puttava. Les noms de père et de grand- étaient des noms glorieux que personne ne pouvait lui disputer en Europe ; celui d'empereur n'était qu'un titre honorifique décerné par l'usage à l'empereur d'Allemagne , comme roi titulaire des Romains; et ces appellations demandent du temps pour être formellement usitées dans les chancelleries des cours, où l'étiquette est différente de la gloire. Bientôt après, Pierre fut reconnu empereur par toute l'Europe , excepté par la Pologne , que la discorde divisait toujours, et par le pape, dont le suffrage est devenu fort inutile, depuis que la cour romaine a perdu son crédit à mesure que les nations se sont éclairées. (Hist. de Pierre-ic- Grand.) NEWTON ET DESCARTES. — avb-
31KMK5T BT COMPARAISON DE CBS DKOX GÉNIES.
— Un Français qui arrive à Londres, trouve les choses bien changées en philosophie comme dans tout le reste *. Il a laissé le monde plein, il le trouve vide. A Paris on voit l'univers composé de tourbillons de matière subtile ; à Londres on ne voit rien de cela. Chez vous c'est la
f>ression de la lune qui cause le flux de a mer ; chez les Anglais c'est la mer qui gravite vers la lune ; de façon que, quand vous croyez que la lune devrait nous donner marée haute, ces messieurs croient qu'on doit avoir marée basse ; ce qui malheureusement ne peut se vérifier; car il aurait fallu, pour s'en éclaircir, examiner la lune et les marées au premier instant de la création. Vous remarquerez encore que le soleil , qui en France n'entre pour rien dans cette affaire, y contribue ici environ pour son quart. Chez vos cartésiens tout se fait par une impulsion qu'on ne comprend guère ; chez M. Newton , c'est par une attraction dont on ne connaît pas mieux la cause. A Paris , vous vous figurez la terre faite comme un
* Lorsque cet article a. été écrit, e'ert-è-dire, ▼ert x73o, plu. de quarante an» aprè. la publication du livre de. Principe*, toute la France était encore cartéttenno.
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melon; à Londres elle est aplatie des deux côtés. La lumière pour uo cartésien existe dans l'air; pour un newtonien, elle vient du soleil en six minutes et demie. Votre chimie fait toute» ses opérations avec des acides, des alkalis et de la matière subtile ; l'attraction domine jusque dans la chimie auglaise.
Li essence môme des choses a totalement changé. Vous ne vous accorder ni sur la définition de l'Ame, ni sur celle de la matière. Descartes assure que l'âme est la même chose que la pensée, et M. Locke lui prouve assez bien le contraire. Descartes assure encore que l'étendue seule fait la matière ; Newton y ajoute la solidité. Voilà de sérieuses contrariétés 1
y on nottrumintervos tantôt eomponêre tifs.
Ce fameux Newton , ce destructeur du système cartésien , mourut au mois de mars de l'an 1727. Il a vécu honoré de ses compatriotes, et a été enterré comme un roi qui aurait fait du bien a ses sujets. On a lu avec avidité et l'on a traduit en anglais l'éloge de M. Newton , que M. de Font eue) le a prononcé dans l'académie des sciences. On attendait en Angleterre son jugement , comme une déclaration solennelle de la supériorité de U philosophie anglaise; mai* quand on a vu que non seulement il s'était trompé en rendant compte de cette philosophie, mais qu'il comparait Descartes à Newton , toute la société royale de Londres s'est soulevée ; loin d'acquiescer au jugement, on a fort critiqué le discours. Plusieurs même (et ceux-là ne sont pas les plus philosophes)* ont été choqués de cette comparaison , seulement parce que Descartes était Français.
Il faut avouer qne ces deux grands hommes ont été bien diflerens l'un de l'autre dans leur conduite, dans leur fortune et dans leur philosophie. Desca rt es était ué avec une imagination brillante et forte , qui en fit un homme singulier dans sa vie privée, comme dans sa manière de raisonner. Cette imagination ne put se casher même dans ses ouvrages philosophiques, où l'on voit à tout moment (les comparaisons ingénieuses et brillantes. La nature en avait presque fait un poète; et en cflfct, il composa pour la reine de Suède un divertissement en vers , que , pour l'honneur de sa mémoire, on n'a pas fait imprimer. Il essaya
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quelque temps du métier du la guerre; et depuis étant devenu tout-à-fait philosophe , il ne crut pas indigne de lui de faire l'amour. Il eut de sa maîtresse une G lie nommée Francine, qui mourut jeune, et dont il regretta beaucoup la perte. Ainsi il éprouva tout ce qui appartient à l'humanité.
Il crut long-temps qu'il était nécessaire de fuir les hommes, et sur-tout sa patrie, pour philosopher en liberté. 11 avait raison ; les hommes de son temps n'en savaient pas assez pour l'éclairer, et n'étaient guère capables que de lui nuire.
11 quitta la France , parce qu'il cherchait la vérité , qui était persécutée alors par la misérable philosophie de l'école; ma» il ne trouva pas plus de raison dans les universités de la Hollande où il se retira. Car, daos le temps qu'on condamnait en France les seules propositions de sa philosophie qui fussent vraies, il fut aussi
Sersécuté par les prétendus philosophes e Hollande, qui ne l'entendaient pas mieux, e» qui, voyant de plus près sa gloire , haïssaient davantage sa personne. 11 fut obligé de sortir d'Utrecht : il essuya l'accusation d'athéisme, dernière ressource des calomniateurs ; et lui, qui avait employé toute la sagacité de son esprit à chercher de nouvelles preuves de l'exiftence d'un Dieu , fut accuse de n'en point reconnaître. Tant de nerséentions supposaient un très grand mérite et une réputation éclatante ; aussi avait-il l'un et l'autre. La raison perça même on peu dans le monde à travers les ténèbres de l'école et les préjugés de la superstition populaire* Son nom fît enfin tant de bruit , qu'on voulut l'attirer en France par des récompenses. On lui proposa une pension de mille écoj. H vint sur cette espérance, paya les frais de la patente, qui se vendait alors, n'eut point la pension, et s'en retourna philosopher dans sa solitude de Nord- Hollande , dans le temps que le grand Galilée, à l'âge de quatre-vingts ans , gémissait dans les prisons de l'inquisition, pour avoir démontré le mouvement de la terre. Enûn il mourut à Stockholm d'une mort prématurée , et causée par un mauvais régime, au milieu de quelques sa va us ses ennemis, et entre les mains d'un médecin qui le haïssait.
La carrière du chevalier Newton a été toute différente : il a vécu près de quatrevingt-cinq tins , toujours tranquille , heu-
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veux et honoré dans sa patrie. Son grand bonheur a été non seulement d'ètr. at dans un pays libre, mais dans un temps où les impertinences scolastiques étant bannies, la raison seule était cultivée; Je monde ne pouvait être que son écolier,' et non son ennemi.
D ne opposition singulière dans laquelle il se trouve avec Descartes, c'est que dansée cours d'une si longue vie, il n'a eu ni passion ni faiblesse. Il n'a jamais approché d'aucune femme : c'est ce qui m'a été confirmé par le médecin et le chirurgien entre les bras de qui il est mort * : on peut admirer en cela Newton ; mais il ne faut pas blâmer Descartes.
L'opinion publique en Angleterre sur ces deux philosophes , est que le premier était un rêveur, et que l'autre était un sage. Très peu de personnes à Londres lisent Descartes, dont effectivement les ouvrages sont devenus inutiles; très peu lisent aussi Newton, parce qu'il faut «•tre fort savant pour le comprendre.
Cependant tout le monde parle d'eux ; on n'accorde rien au Fiançais, et ou donne tout a l'Anglais. Quclqm s gens croient que si l'on ne s'en tient plus à l'horreur du vide , si l'on sait que l'air est pesant , si l'on se sert de lunettes d'ap proche, on en a l'obligation à Newton; il est ici l'Hercule de la fable, à qui ht ignorant attribuaient tous les fait* à -s autres héros.
Dans une critique qu'on a faite à Londres du discours de M. Fontenelle, on a osé avancer que Descartes n'était pas un grand géomètre. Ceux qui parlent ainsi peuvent se reprocher de battre leur nourrice.
Descartes a fait un aussi grand chemin du point où il a trouvé la géométrie jusqu'au point où i] l'a poussée, que Newton en a fait après lui. Il est le premier qui ait enseigné la manière de donner les équations algébriques des courbes. Sa géométrie, grâces à lui, devenue commune, était de son temps si profonde,
3u'aucun professeur n'osa entreprendre e l'expliquer, et qu'il n'y avait guère
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Cela prouve que le médecin de Newton n'était pa» auui bon physicien crue lui. Il n'existe pour le» homme» aucun «igne certain de virginité ; et un homme qui meurt a quatre-vingt-cinq an», dont l'ame a été modérée, et qui a mené une rie retirée et pahûble, peut avoir eu de» faiblesse» •an» qu'il reste de témoin». D'uillcura, quand Newton n'aurait jamais connu ce genre de plarsir, quel bien en ré»ultPcait-U pour le genre humain ?
en Hollande que & houten, et en France que Fermât, qui l'entendissent. H porta cet esprit de géomélrie et d'inveotion dans la dioplrique , qui devînt entre ses mains un art tout nouveau; et s'il s'y trompa beaucoup, c'est qu'un homme qui découvre de nouvelles terres , ne peut tout d'un coup en connaître les propriétés. Ceux qui le suivent lui ont au moins 1 obligation de la découverte. Je ne nierai pas que tous les autres ouvrages de M. Descartes ne fourmillent d'erreurs.
La géométrie était un guide que luimême avait en quelque façon formé, et qui l'aurait conduit sûrement dans' sa
Shysique; cependant il abandonna à la n ce guide, et se livra à l'esprit de système. Alors «a philosophie ne fut plus qu'un roman ingénieux , et tout au plus vraisemblable pour les philosophes ignorans du même temps. Il se trompa sur la nature de l'âme, sur les lois du mouvement, sur la nature de la lumière. Il admit des idées innées; il inventa de nouveaux élémens ; il créa un monde ; il flt l'homme à sa mode; et on dit avec raison que l'homme de Descartes n'est en eiret que celui de Descartes , fort éloigné de l'homme véritable. 11 poussa ses erreurs métaphysiques jusqu'à prétendre que deux et deux font quatre parce que Dieu l'a voulu ainsi; mais ce n'est point trop dire qu'il était estimable, même dana ses égaremens. Il se trompa ; mais ce fut au moins avec méthode, et de conséquence en conséquence. S'il inventa de nouvelles chimères en physique , au moins il en détruisit d'anciennes ; il apprit aux hommes de son temps à raisonner et à se servir contre lui-même de ses armes. S'il n'a pas payé en bonne monnaie, c'est beaucoup d'avoir décrié la fausse.
Descartes donna un œil aux aveugies :
ils virent les fautes de l'antiquité et les siennes ; la route qu'il ouvrit est depuis lui devenue immense. Le petit livre de Rohault a fait pendant quelque temps une physique complète ; aujourd'hui tous les recueils des académies de l'Europe ne sont pas même un commencement de système. En approfondissant cet abîme, il s'est trouvé infini.
Newton fut d'abord destiné à l'Eglise.
11 commença par être théologien , et il lui en resta des marques toute sa vie. U prit sérieusement le parti d'Aiins contre Athanase. 11 alla même pfl peu plus loin
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qu'Anus, ainsi que tous les sociniens. Il y a aujourd'hui en Europe beaucoup de savans de cette opinion; je ne dirai pas de celte communion, car ils ne font point de corps. Ils sont même partagés, et plusieurs d'entre eux réduisent leur système au pur déisme , accommodé avec la morale du Christ. Newton n'était pas de ces derniers. 11 ne différait de l'église anglicane que sur le point de la consubstantialité , et il croyait tout le reste.
Une preuve de sa bonne foi , c'est qu'il a commenté l'Apocalypse. Il y trouve clairement que le pape est l'antechrist, et il explique d'ailleurs ce livre comme tous ceux qui s'en sont mêlés. Apparemment qu'ila voulu, parce commentaire, consoler la race humaine de la supériorité qu'il avait sur elle.
Bien des gens en lisant le peu de métaphysique que Newton a mis à la fin de ses principes mathématiques , y ont trouvé quelque chose d'aussi obscur que l'Apocalypse. Les métaphysiciens et les théologiens ressemblent assez à cette espèce de gladiateurs qu'on fesait combat- Ue les yeux couverts d'un bandeau. Maû quand Newton travailla les yeux ouverts à ses mathématiques, sa vue porta aux bornes du monde.
Il a inventé le calcul qu'on appelle de l'infini ; il a découvert et démontré un principe nouveau qui fait mouvoir toute la nature. On ne connaissait point la lumière avant lui. On n'en avait que des idées confuses et fausses. Il a dit : Que la lumière soit connue, et elle l'a été.
Les télescopes de réflexion ont été inventés par lui. Le premier a été fait de ses mains ; et il a fait voir pourquoi on ne peut pas augmenter la force et la portée des télescopes ordinaires. Ce fut à l'occasion de son nouveau télescope , qu'un jésuite allemand prit Newton pour un ouvrier, pour Un feseur de lunettes. Artifex quidam notnine Newton, dit-il dans un petit livre. La postérité l'a bien vengé depuis. On lui fesait en France plus d'injustice* on le prenait pour un feseur d'expériences *qui s'était trompé ; et parce que Mariette se servit de mauvais prismes, on rejeta les découvertes de Newton.
Il fut admiré de ses compatriotes dès qu'il eut écrit et opéré. Il n'a été bien connu en France qu'au bout de quarante années. Mais en recompense nous avions la matière cannelée et la matière rameuse de Descartes, et les petits tourbillons
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mollasses du révérend père Mallebranche, et lo système de M. Privât de Molière , qui ne vaut pas pourtant Poquelin de
De tous ceux qui ont un peu vécu avec M. le cardinal de Polignac, il n'y a personne qui ne lui ait entendu dire que Newton était péripatéticien , et que ses rayons colorifiques , et surtout son attraction , sentaient beaucoup l'athéisme. Le cardinal de Polignac joignait à tous les avantages qu'il avait reçus de la nature une très grande éloquence ; il fesait des vers latins avec une facilité heureuse et étonnante ; mais il ne savait que la philosophie de Descartes, et il avait retenu par cœur ses raisonnemens comme on retient des dates. 11 n'était point devenu géomètre, et il n'était pas né philosophe. Il pouvait juger les Catilinaires et l'Enéide, mais non pas Newton et Locke.
Quand on considère que Newton , Locke , Clarke , Lcibnitz , auraient été persécutés en France , emprisonnés à Romef brûlés à Lisbonne, que faut-il penser de la raison humaine f Elle est née dans ce siècle en Angleterre. Il y avait eu, du temps de la reine Marie, une persécution assez forte sur la manière de prononcer le grec , et les persécuteurs se trompaient. Ceux qui mirent Galilée en pénitence se trompaient encore plus.
Tout inouisiteur devrait rougir jusqu'au fond de l'âme, en voyant seulement une sphère de Copernic. Cependant si Newton était né en Portugal , et qu'un dominicain eût vu une hérésie dans la raison inverse du carré des distances, on aurait revêtu le chevalier lsaac Newton d'un san-itenUo dans un auto-da-fè.
On a souvent demandé pourquoi ceux que leur ministère engage à être savans et indulgens , ont été si souvent ignorans et impitoyables. Ils ont été ignorans, parce qu'ils avaient long-temps étudié ; et ils ont été cruels , parce qu'ils sentaient que leurs mauvaises études étaient l'objet du mépris des sages. Certainement les inquisiteurs qui eurent l'effronterie de corn* damner le système de Copernic, non seulement comme hérétique, mais comme absurde, n'avaient rien à craindre de ce système. La terre a beau être emportée autour du soleil , ainsi que les autres planètes, ils ne perdaient rien de leurs Devenus ni de leurs honneurs. Le dogme même est toujours en sûreté , quand il n'est combattu que par des philosophes : toute*
filles académies de l'univers ne changeront rien à la croyance du peuple. Quel est donc le principe de cette rage qui a tant de fois animé les Anitus contre les SocrateT c'est que les Anitus disent dans le Tond de leur cœur : Les Socrate nous méprisent.
J'avais cru, dans ma jeunesse, que Newton avait fait sa fortune par son extiéme mérite. Je m'étais imaginé que la cour et la ville de Londres l'avaient nommé par acclamation grand - maître des monnaies du royaume. Point du tout: Jsaac JNewton avait une nièce assez aimable nommée madame Conduit ; elle plut beaucoup au grand-trésorier Hallifax. Le calcul infinitésimal et la gravitation ne lui auraient servi de rien sans une jolie nièce.
Il me reste a parler d'un autre ouvrage plus à la portée du genre humain , mais qui se sent toujours de cet esprit créateur que M. Newton portait dans toutes ses recherches. C'est une chronologie toute nouvelle ; car dans tout ce qu'il entreprenait, il fallait qu'il changeât les idées reçues par les autres hommes. Accoutumé à débrouiller les chaos , il a voulu porter au moins quelque lumière dans celui des fables anciennes confondues avec l'histoire , et fixer une chronologie incertaine. 11 est vrai qu'il n'y a point de famille , de ville , de nation , qui ne cherche à reculer son origine. De plus, les premiers historiens sont les plus négligea à marquer les dates. Les livres étant moins communs mille fois qu'aujourd'hui , et par conséquent moins exposés à la critique , on trompait le monde plus impunément; et puisqu'on a évidemment supposé des faits, il est assez probable qu'on a supposé des dates. En générai , il parut à M. Newton que le inonde était de cinq cents ans plus jeune que les chronologistes ne le disent. 11 fonde son idée sur le cours ordinaire de la nature et sur les observations astronomiques.
On entend ici par le cours de la nature le temps de chaque génération des hommes. Les Égyptiens s'étaient servis les premiers de cette manière incertaine de compter, quand ils voulurent écrire les commencemens de leur histoire. Ils corntalent trois cent quarante-une générations depuis Menés jusqu'à Sethon ; et, n'ayant pas de dates fixes, ils évaluèrent trois générations à cent ans. Ainsi ils
comptèrent , du règue de Menés nu rCgne de Sethon, onze mille trois cent quarante années. Les Grecs, avant de compter par olympiades , suivirent la méthode d«»
Egyptiens, et étendirent un peu la durée des générations , en poussant chaque génération jusqu'à quarante années. Or en cela les Egyptien* et les Grecs se trompèrent dans leur caleul. Il est bien vrai que, selon le cours ordinaire de la nature , trois générations font environ cent à cent vingt ans ; mais il s'en faut bien que trois règnes tiennent ce nombre d'années. 11 est très évident qu'en général les hommes vivent plus long-temps que les rois ne régnent. Ainsi un homme qui voudra écrire l'histoire sans avoir de dates précises f et qui saura qu'il y a neuf rois chez une nation , aura grand tort s'il compte trois cents ans pour ces neuf rois. Chaque génération est d'environ trente ans , chaque règne est d'environ vingt, l'un portant l'autre. Prenez les trente rois d'Angleterre depuis Guillaume-lc-Conquérant jusqu'à Georges I , ils ont régné six cent quarante-huit ans ; ce qui , réparti sur les trente rois, donne à chacun vingt-un ans et demi de règne. Soixanto-trois rois de France ont régné, l'un portant l'autre, chacun à peu près vingt ans. Voilà le cours ordinaire de la nature. Donc les anciens se sont trompés, quand ib ont égalé en général la durée des règnes à la durée des générations ; donc ils ont trop compté , donc il est à propos de retrancher un peu de leur calcul*
Les observations astronomiques semblent prêter encore un plus grand secours à notre philosophe. Il parait plus fort en combattant sur son terrain. Vous savez que la terre, outre son mouvement annuel qui l'emporte autour du soleil d'occident en orient , dans l'espace d'une année, a encore une révolution singulière plutôt soupçonnée que connue jusqu'à ces derniers temps. Ses pôles ont un mouvement très lent de rétrogradation d'orient en occident, qui fait que chaque jour leur position ne répond pas précisément au même point du ciel. Cette différence , insensible en une année , devient assez forte avec le temps ; et au bout de soixante-douze ans , on trouve que la différence est d'un degré , c'est-à-dire , do la trois cent soixantième partie de tout le ciel. Ainsi, après soixante-douze années» le colure de l'équinoxe du printemps , qui passait par une fixe, répond à une autro •
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fixe éloignée de la première d'un degré. De là vient que le soleil , au lieu d'être dan* la partie du ciel où était le bélier du temps d'Hipparqoe , se trouve répondre à cette partie du ciel où sont les poissons ; et que les gémeaux sont à la place où le taureau était alors. Tous les signes out changé de place ; cependant nous retenons toujours la manière de parler des anciens. Mous disons que le soleil est dans le bélier au printemps , par la même condescendance que nous disons que le soleil tourne.
Hipparque fut le premier chez les Grecs oui s'aperçut de quelque changement dans les constellations par rapport aux équinoxes , ou plutôt qui l'apprit des Egyptiens. Les philosophes attribuèrent ce mouvement aux étoiles ; car alors on était bien loin d'imaginer une telle révolution dans la terre. On la croyait en tout sens immobile. Ils créèrent donc un ciel où ils attachèrent toutes les étoiles , et donnèrent à ce ciel un mouvement particulier, qui le fesait avancer vers l'orient , pendant que toutes les étoiles semblaient faire leur route journalière d'orient en occident. A cette erreur ils en ajoutèrent une seconde bien plus essentielle. Ils crurent que le ciel prétendu des étoiles fixes s'avançait d'un degré vers l'orient en cent années. Ainsi ils se trompèrent dans leur calcul astronomique, aussi bien que dans leur système physique. Par exemple , un astronome aurait dit alors : L'cquinoxe du printemps a été dsi temps d'un tel observateur dans un tel signe , à une telle étoile; il a fait denx degrés de chemin depuis cet observateur jusqu'à nous :
or deux degrés valent deux cents ans; donc cet observateur vivait deux cents ans avant moi. Il est certain au 'un astronome qui aurait raisonné ainsi se serait trompé environ de cinquante ans. Voilà pourquoi les anciens, doublement trompés, composèrent leur grande année du monde, c est-à-dire, de la révolution de font le ciel, d'environ trente-six mille ans. Mais lés modernes savent que cette révolution imaginaire do ciel des étoiles n'est autre chose que la révolution des pôles de la terre-, qui se Tait en vingtcinq mille neuf cents ans. Il est bon de remarquer ici en passant que M. Hèwton, en déterminant la figure de la terre , a très heureusement expliqué la raison de cette révolution.
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Tout ceci posé , il reste , pour fixer la chronologie , de voir par quelle étoile le colure des équinoxes coupe aujourd'hui l'écliptique au printemps, et de savoir s'il ne se trouve point quelque ancieo qui nous ait dit en quel point l'écliotique était coupée de son temps par Je même colure des équinoxes. Clément Alexandrin rapporte que Chiron, qui était de l'expédition des Argonautes , observa les constellations au temps de cette fameuse expédition; et fixa l'cquinoxe du printemps au milieu du bélier , l'équinoxe d'automne au milieu de la balance, le solstice de notre été au milieu du cancre, et le solstice d'hiver au milieu du capricorne.
Long-temps après l'expédition des Argonautes, et un an avant la guerre du Péloponèse, Meton observa que le point du solstice d'été passait par le sixième degré du cancre.
Or chaque signe du zodiaque est de trente degrés. Du temps de Chiron, le solstice était à la moitié du signe, c'està-dire, au quinzième degré; un an avant la guerre du Péloponèse il était au huitième ; donc il avait rétrogradé de sept degrés (un degré vaut soixante-douze ans ) : donc , du commencement de la guerre du Péloponèse à l'entreprise des A rgonautes , il n'y a que sept fois soixantedouze ans , qui font cinq cent quatre ans, et non pas sept cents années, comme le disaient les Grecs. Ainsi, en comparant l'état du ciel d'aujourd'hui à l'état où il était alors , nous voyons que l'expédition des Argonautes doit être placée neuf cents ans avant Jésus-Christ, et non pas environ quatorze cents ans; et que par conséquent le monde est moins vieux d'environ cinq cents ans qu'on ne pensait. Par là toutes les époques sont rapprochées , et tout est fait plus tard qu'on ne le dit. Ce système paraît vrai. Je ne sais s'il fera fortune, et si l'on voudra se résoudre sur ces idées à réformer la chronologie du monde. Peut-être les savans trouveraient-ils que c'en serait trop d'accorder à un même homme d'avoir perfectionné à la fois la physique, la géométrie' et l'histoire ; ce serait une espèce de monarchie universelle dont l'amonr propre s'accommode mal aisément. Aussi dans le temps que les partisans des tourbillons et de la matière cannelée atta- . quaient la gravitation démontrée, le révérend père Soudet et M. Fréret écri-