‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 119 sur 183 · PIE PIE · texte numérisé non relu

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mille cavaliers bien armés et quelque in- par le trait que rapporte la princesse Anne lanterie , avec lesquels il pouvait conque- Comuène , de je ne sais quel comte franrir des provinces , soit sur les chrétiens, çais qui vînt s'asseoir à côté de Tempesoit sur les mahométans. reur sur son trône dans une cérémonie La princesse Anne Comnène dit que publique. Baudouin , frère de Godefroi de son père fut alarmé de ces émigrations Bouillon, prenant parla main cet homme prodigieuses qui fondaient dans son pays, indiscret pour le iaire retirer, le comte On eût cru, dit-elle, que l'Europe, arra- dit tout haut dans soo jargon barbare : chée de ses fondemens, allait tomber sur « Voilà un plaisant rustre que ce Grec, l'Asie. Qu'aurait-ce donc été si près de de s'asseoir devant des gens comme trois cent mille luMimes, dont les uns nous. » Ces paroles furent interprétées à avaient suivi l'ermite Pierre, les autres Alexis, qui ne fit que sourire. Une ou le prêtre Codescaie, n'avaient déjà dis- deux indiscrétions pareilles suffisent pour paru ? décrier une nation. Alexis fit demander On proposa au pape de se mettre à la à ce comte qui il était, a Je suis, répondit* tète de ces armées immenses qui restaient il, de la race la plus noble. J'allais tous encore. C'était la seule manière deparve- les jours dans l'église de ma seigneurie, nir à la monarchie universelle, devenue où s'assemblaient tous les braves seil'objet de la cour romaine. Cette entre- gneurs qui voulaient se battre en duel , et prise demandait le génie d'un Mahomet qui priaient Jésus -Christ et la sainte ou d'un Alexandre. Les obstacles étaient Vierge de leur être favorables. Aucun grands , et Urbain ne vit que les obs- d'eux n'osa jamais se battre contre moi. • tacies. Il était moralement impossible que de Grégoire vu avait autrefois conçu ce tels hôtes n'exigeassent des vivres avec projet des croisades. 11 aurait armé l'Oc- dureté, et que les Grecs n'en refusassent cident contre l'Orient, il aurait coin- avec malice. C'était un sujet de combats mandé à l'église grecque comme à la la- continuels entre les peuples et l'armée tine. Les papes auraient vu sous leurs de Godefroi, qui parut la première après lois l'un et l'autre empire. Mais, du temps les brigandages des croisés de l'ermite de Grégoire vu , une telle idée n'était en- Pierre. Godefroi en vînt jusqu'à attaquer core que chimérique. L'empire de Cons- les faubourgs de Constantinople , et 1 emtantinople n'était pas encore assez acca- pereurles défendit en personne. L'évêque blé, la fermentation du fanatisme n'était du Puy en Auvergne, nommé Monteil, pas assez violente dans l'Occident. Les légat du pape dans les armées de la c roiesprits ne furent bien disposés que du sade, voulait absolument qu'on commentemps d'Urbain u. çât les entreprises contre les infidèles par Le pape et les princes croisés avaient le siège de la ville où résidait le premier dans ce grand appareil leurs vues diflé- prince des chrétiens. Tel était 1 avis de rentes, et Constantinople les redoutait Bohémond, qui était alors en Sicile, et toutes. On y haïssait les Latins, qu'on y qui envoyait courriers sur courriers à regardait comme des hérétiques et des Godefroi, pour l'empêcher de s'accorder barbares. Ou craignait surtout que Cons- avec l'empereur. Hugues, frère du roi de tantinople ne fût l'objet de leur am bition, France, eut alors l'imprudence de quitter plus que la petite ville de Jérusalem ; et la Sicile, où il était avec Bohémond, et certes on ne se trompait pas , puisqu'ils de passer presque seul sur les terres d'Aenvahirent à la fin Constantinople et lexis. Il joignit à cette indiscrétion celle l'empire. de lui écrire des lettres pleines d'une Ce que les Grecs craignaient le plus, fierté peu séante à qui n'avait point d'aret avec raison, c'était ce Bohémond et mée. Le fruit de ses démarches fut d'être ses Napolitains, ennemis de l'empire, arrêté quelque temps prisonnier. Enfin la Mais, quand même les intentions de Bo- politique de l'empereur grec vint à bout héraond eussent été pures, de quel droit de détourner tous ces orages. Il fit dontous ces princes d'Occident venaient-ils ner des vivres, il engagea tous les seiprendre pour eux des provinces que les gneurs à lui prêter hommage pour les Turcs avaient arrachées aux empereurs terres qu'ils conquerraient; il les fit tous grecs? passer en Asie les uns après les autres, On peut juger d'ailleurs quelle était après les avoir comblés de présens. Bohél'arrogance féroce des seigneurs croisés, mond, qu'il redoutait le plus, fut celui

'arrogance leroce des seigneurs

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qu'il traita avec te plan 4e magnificence. Quand ce prince vint lui rendre hommage à GonstantinOple, et qu'on lui fit voir les raretés du palais , Alexis ordonna qu'on remplit «m cabinet de meubles précieux, d'ouvrages d'or et d'argent, , de bijoux de toute espèce , entassés sans ordre , et de laisser la porte du cabinet entr'ouverte. Bohémond vit en passant ces trésors , auxquels les conducteurs affectaient de ne faire nulle attention.

«Est-il possible, s'écriaMl , qu'on néglige de si belles chose»? si je les avais, je me croirais le plus puissant des printes. » Le soir même l'empereur lui envoya tout le cabinet. Voilà ce que rapporte sa fille, témoin oculaire. C'est ainsi qu'en usa ce prince , que tout homme désintéressé appellera sage et magnifique, mais que la plupart des historiens des croisades ont traité de perfide, parce qu'il ne voulut pas être l'esclave d'une multitude dangereuse.

Enfin, quand il s'en fut heureusement débarrassé , et que tout fut passé dans l'Asie Mineure , ou fit la revue près de Nicée, et on a prétendu qu'il se trouva cent mille cavaliers et six cent mille hommes de pied en comptant les femmes. Ce nombre , joint avec les premiers croisés qui périrent sous l'ermite et sous d'autres, fait environ onze cent mille. 11 justifie ce qu'on dit des armées des rois de Perse , qui avaient inondé la Grèce , et ce qu'on raconte des transplantations de tant de bar* bares ; ou bien c'est une exagération semblable à celles des Grecs , qui mêlèrent presque toujours la fable à l'histoire. Les Français enfin » et surtout Raimond de Toulouse , se trouvèrent partout sur le même terrain que les Gaulois méridionaux avaient parcouru treize cents ans auparavant , quand ils allèrent ravager l'Asie Mineure , et donner leur nom à la province de Galafie.

Les historiens nous informent rarement comment on nourrissait ces multitudes.

C'était une entreprise qui demandait autant de soins que la guerre même. Venise ne voulut pas d'abord s'en charger. Elle s'enrichissait plus que jamais par son commerce avec les mahométans , et craignait de perdre les privilèges qu'elle avait chez eux. Les Génois, les Pisans et les Grecs équipèrent des vaisseaux chargés de provisions , qu'ils vendaient aux croisés en côtoyant l'Asie Mineure. La for* tune des Génois s'en accrut, et on fut

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étonné bientôt après de voir Gênes devenue une puissance.

Le vieux Turc Soliman , soivdan de Syrie, qui était sous les califes de Bagdad ce que les maires avaient été sou* la race de Clovis, ne put , avec le secours de son fils , résister au premier torrent de tons ces princes croisés. Leurs troupes étaient mieux choisies que celles de l'ermite Pierre , et disciplinées autant que le permettaient la licence et. l'enthousiasme.

[1097] On prit Nicée; on battit deux foi» les armées commandées par le fils àt Soliman. Les Turcs et les Arabe» ne .<ootmrent point dans ces commeocemeus le choc de ces multitudes couvertes de ter . de leurs grands chevaux de bataille, et des forêts de lances auxquelles ils n'étaient point accoutumés.

£1098] Bohémond eut l'adresse de se faire céder par les croisés le fertile pays d'Antiocbe. Baudoin alla jusqu'en Mésopotamie s'emparer de la ville d'Edesse, et s'y forma un petit état. Enfin on mit le siège devant Jérusalem, dont le calife u'Kgypte s'était saisi par ses /ientenans. La plupart des historiens disent que l'armée des assiégeans , diminuée par /es combats, par les maladies et par les garnisons mises dans les vVues conquises., était réduite à vingt mille hommes de pied et à quinze cents chevaux; et que Jérusalem , pourvue de tout, était défendue par une garnison de quarante mille soldats. On ne manque pas d'ajouter qu'il avait , outre cette garnison , vingt mille abitans déterminés. Il n'y a point détecteur sensé qui ne voie qu'il n'est guère possible qu une armée de vingt mille hommes en assiège une de soixante mille dans une place fortifiée ; mais les historiens ont toujoors voulu dn merveilleux.

Ce qui est vrai, c'est qu'après cinq semaines de siège, la ville fut emportée d'assaut, et que tout ce qui n'était pas chrétien fut massacré.

( Essai sur les nwBtir* . ) PNEUMATIQUE (machine). — sos mvBKTiOit. — Tous les corps connus pèsent , et il y a long-temps que la légèreté absolue a été comptée parmi les erreurs reconnues d'Aristote et de ses sectateurs.

Depuis que la fameuse machine pneu matique a été inventée , on a été plus à portée de connaître la pesanteur des corps; car, lorsqu'ils tombent dans l'air, les par fies de l'air retardent sensiblement h chute de ceux qui ont beaucoup de sur-

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face et peu de masse ; mais dans cette machine privée d'air, les corps abandonné* à la force, quelle qu'elle soit, qui les précipite sans obstacle , tombent selon tout leur poids.

La machine pneumatique , inventée par Otto Guerick , fut bientôt perfectionnée par Boyle ; on fit ensuite des n cipiens de verre beaucoup plus longs , qui furent entièrement purgés d'air. Dans un de ces longs récipiens, composé de quatre tubes, le tout ensemble ayant huit pieds de hauteur, on suspendit en haut , par un ressort, des pièces d'or, des morceaux de papier, des plumes; il s'agissait de savoir ce qui arriverait quand on détendrait le ressort. Les bons philosophé!) prévoyaient que tout cela tomberait en même temps : le plus grand nombre assurait que les corps les plus massifs tomberaient bien plus vite que les autres : ce grand nombre , qui se trompe presque toujours, fut bien étonné quand il vit , dan* toutes les expériences , l'or, Je plomb , le papier et la plume tomber également vite, et arriver au fond du récipient en même temps.

Ceux qui tenaient encore pour le fUin de Descartes , pour les prétendus effets de la matière subtile, ne pouvaient rendre aucune bonne raison de ce fait ; car lca faits étaient leurs écueils. Si tout était plein (quand on leur accorderait qu'il pftt y avoir alors du mouvement, ce qui est absolument impossible ) , ail moincette prétendue matière subtile remplirait exactement tout le récipient ; elle y m i ait en aussi grande quantité que de l'eau ou du mercure qu'on y aurait mis; elle s'opposerait au moins à cette descente si rapide des corps ; elle résisterait à ce large morceau de papier, scion la iurface de ce papier, et laisserait tomber la balle d'or ou de plomb beaucoup plus vite. Mais ces chutes se font au même instant ; donc il n'y a rien dans le récïpic ut qui résiste; donc cette prétendue matière subtile ne peut faire aucun effet sensible dans ce récipient) donc il y a une autre force qui fait la pesanteur. En vain dirait-on qu'il est possible qu'il reste une matière subtile dans ce récipient, puisque la lumière le pénètre; il y a bien de la différence. La lumière qui est dans ce vase de verre n'en occupe certainement pas la centmillième partie; mais, selon les cartésiens, il faut que leur matière imaginaire remplisse bien plus exaetc-

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ment le récipient que si je le supposais rem -

f»li d'or; car il J a beaucoup de vide dans 'or, et ils n'eà admettant point dans leur matière su btile . ^

Or, par cette expérience, la pièce d'or, qui pèse cent mille fois plus que le morceau de papier, est descendue aussi vite

Sue le papier; donc la force qui l'a (ait escenare a agi cent mille fois plus sur elle que sur le papier, de môme qu'il faudra cent fois plus de force à mon bras pour remuer cent livres que pour remuer une livre ; donc cette puissance, qui opère la gravitation, agit en raison directe de la masse des corps. Elle agît /en effet, tellement selon la masse des corps, non selon les surfaces, qu'un morceau d'or réduit en poudre descend dans la machine pneumatique aussi vite nue la même quantité d\W tendue en feuille. La figure des corps ne change ici en rien leur gravité; ce pouvoir de gravitation agit donc sur la nature interoéfdes corps, et non en raison des superficies.

On n'a jatâ* pu répondre à ces vérités pressantes que par une supposition aussi chimérique que les tourbillons. On suppose que la matière subtile prétendue , qui remplit tout le récipient, ne pèse point. Etrange idée a qui devient absurde ici ; car il ne s'agit pas , dans le cas pré* sent , d'une matière qui ne pèse pas , mais d'une matière qui ne résiste pas.

Toute matière résiste par sa force d'inertie; donc, si le récipient était plein , la matière quelconque qui le remplirait résisterait infiniment : cela parait démontré en rigueur.

Ce pouvoir ne réside point dans la prétendue matière subtile, dont nous parlerons au chapitre suivant; cette matière serait un fluide. Tout fluide agit sur les solides en raison de leur superficie ; ainsi le vaisseau, présentant moins de surface ar sa proue , fend la mer, qui résisterait ses flancs. Or, quand la superficie d'un corps est le carré de son diamètre, la solidité de ce corps estle cube de ce même diamètre : le même pouvoir ne peut agir a la fois en raison du cube et du carré; donc là pesanteur, la gravitation n'est point l'effet de ce fluide. De plus, il est impossible que cette prétendue matière subtile ait d un côté assez de force pour précipiter un corps de cinquante-quatre mille pieds de haut en une minute (car telle est la chute des corps), et que, de l'autre, elle soit assez impuissante pour

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ne pouvoir empêcher le pendule du bois le plus léger de remonter de vibration en vibration dans la machine pneumatique, dont cette matière imaginaire est supposée remplir exactement tout l'espace. Je ne craindrai donc point d'affirmer que, si l'on découvrait jamais une impulsion qui fût la cause de la pesauteur des corps vers un centre, en un mot, la cause de la gravitation, de l'attraction universelle, - cette impulsion serait d'une tout autre nature que celle qui nous est connue.

Voilà donc une première vérité déjà indiquée ailleurs , et prouvée ici : il y a un pouvoir qui fait graviter tous les corps en raison directe de leur masse.

Si l'on cherche actuellemeut pourquoi un corps est plus pesant qu'un autre , on en trouvera aisément l'unique raison ; on jugera que ce corps doit avoir plus de masse , plus de matière sous une même étendue : ainsi l'or pèse plus que le bois , parce qu'il y a dans l'or bien plus de matière et moins de vide que dans le bois.

Descartes et ses sectateurs (s'il en peut avoir encore) soutiennent qu'un corps est plus pesant qu'un autre sans en avoir plus de matière : non contens de cette idée , ils la soutiennent par une autre aussi peu vraie : ils admettent un grand tourbillon de matière subtile autour de notre globe ; et c'est ce grand tourbillon « disent-ils , qui , en circulant , chasse tous les corps vers le centre de la terreî ë#Jeur fait éprouver ce que nous appelons pesanteur. 11 est vrai qu'ils n'ont donné aucune preuve de cette assertion : il n'y a pas la moindre expérience, pas la moindre analogie dans les choses que nous connaissons un peu . qui puisse fonder une présomption légère en faveur de ce tourbillon de matière subtile : ainsi de cela seul que ce système est une pure hypothèse , il doit être rejeté. C'est cependant par cela seul qu'il a été accrédité. On concevait ce tourbillon sans effort ; on donnait une explication vague des choses en prouonçaut ce mot de matière subtile ; et, quand les philosophes sentaient les contradictions et les absurdités attachées à ce roman philjsopluque, ils songeaient à le corriger plutôt qu'à l'abandonner.

Huyghens et tant d'autres y ont fait mille corrections, dont ils avouaient euxmêmes l'insuffisance. Mais que mettronsnous à la place des tourbillons et de la matière subtile ? Ce raisonnement trop ordinaire est celui qui affermit le plus les

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