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à sa fin, le délivraient des deux protecteurs de la ligue de Smalcadc.
[ i547]. Charles réussit aisément à détacher le vieux duc de Wirlemberg de la ligue. Il était alors si irrité eontre les révolte» dont la religion est la cause ou le
f (rétexte, qu'il voulut établir à Naples 'inquisition , dès long-temps reçue en Espagne; mais il y eut une si violente sédition, que ce tribunal fut aboji aussitôt qu'établi. L'empereur aima mieux tirer
3 uelque argent des Napolitains, pour Paiera dompter la ligué de Smalcade , que de s'obstiner a faire recevoir l'inquisition, dont il ne tirait rien.
La ligue semblait presque détruite par la soumission du Palalinat et du VVirtemberg ; mais elle prend de nouvelles forces par la jonction des citoyens de Prague et cre plusieurs cantons de la Bohème, qui se révoltent contre Ferdinand, leur souverain, et qui vont secourir les confédérés. Le margrave de Culembach, Albert de Brandebourg , surnommé 1 Alcibiade , dont on a déjà parlé, est à la vérité pour l'empereur; mais ses troupes sont défaites, et il est pris par l'électeur de Saxe.
Pour compenser cette perte, l'électeur du Brandebourg, Jean le Sévère , tout luthérien qu'il est , prend les armes en faveur du chef de l'Empire , et donne du secours à Ferdinand contre les Bohémiens.
Toutét;:it en confusion vers l'Elbe , et on n'entendait parler que de combats et depillages. Enfin l'empereur passe l'Elbe, avec une forte armée , vers Mulberg.
Son frère l'accompagnait avec ses enfaqg, Maximilien et Ferdinand; et le ducd'Albe était son principal général.
Ou attaque l'année de Jean-Frédéi ic- II fini, duc-électeur de Saxe, si célèbre par son malheur. Celte bataille de iMulbérg j>it s de l'Elbe fut décisive. On dit qu'il n'y eut que quarante hommes de tués du côté de l'empereur : ce qui est bien difficile à croire. L'électeur de Saxe blessé- est prisonnier avec fe jeune prince Ernest de firuuswick. Chailcs fait condamner, le 1 ?. mai, l'électeur de Saxe, par le conseil de guérie , à perdre la téle. Le sévère duc d'Albe présidait à ce tribunal. Le secrétaire du conseil sign ifia , le même jour, la sentence à l'électeur, qui >e mil a jouer aux échecs avec le prince Ernest de Brunswick.
Le duc Maurice, qui devait avoir son electorat, voulut encore avoir la gloire
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aisée de demander sa grâce. Charles accorde la vie à l'électeur, à condition qu'il renoncera pour lui et ses enfans à la dignité électorale, en faveur de Maurice.
On lui laissa la ville de Gotha et ses dépendances; mais ou en démolit la forteresse. C'est de lui que descendent les duc* de Gotha et de Wcimar. Le duc Maurice s'engagea à lui faire une pensiou de cinquante mille écus d'or, et à lui en donner cent mille une fois payés, pour acquitter ses dettes. Tous les prisonniers qu'il avait faits , çt surtout Albert de Brandebourg et Henri de Brunswick, fuient relâchés; mais l'électeur n'en demeura pas moins prisonnier de Charles.
Sa femme Sibille, saur du duc de Crèves, vint inutilement se jeter aux pieds de l'empereur, et lui demander en larmes la liberté de son mari.
Les alliés de l'électeur se dissipèrent bientôt. Le landgrave de liesse ne pensa plus qu'a se soumettre. On lui imposa pour condition de vc'nir embrasser les
!;enoux de l'empereur, de raser toutes ses or ter esses, à la réserve de Cassel ou de Ziegenheim , en payant cent cinquante mille éçus d'or.
Le nouvel électeur Maurice de Saxe et l'électeur de Brandebourg promirent par écrit au landgrave qu'on ne ferait aucune entreprise sur sa liberté. Ils s'en rendirent caution, et consentirent d'être appelés en justice par lui ou par ses enfans, et à souffrir eux-mêmes le traitement que l'empereur lui ferait contre la foi promise.
Le landgrave, sur ces assurantes, consentit a tout. Granvelle, évêque d'Arras, depuis cardinal , rédigea les conditions que Philippe signa. On a toujours assuré que le prélat trompa ce malheureux prince, lequel avait expressément stipulé qu'en veuaut demander grâce à l'empereur, il ne resterait pas en prison. Granvelle écrivit qu'il ne resterait pas toujours eu prison. Il ne fallait qu'un v à la place d'une npour faire celte étrange différence en langue allemande. Le traite devait porter nicht mit einiger gcfœn gniss ; et Granvelle écrivit eiviger.
Le landgrave n'y prit pas garde en relisant l'acte. Il crut voir ce qui devait y être; et, dans cette confiance, il alla se jeter aux genoux de Charles Quint. Eu effet, il pa« rait indubitable qu'il ne serait pas sorti de chez lui pour aller recevoir sa grûce, s'il avait cru qu'on le mettrait en prison. Il fut arrêté quand il croyait s'en retour-
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ner en sûreté , et conduit long-temps à la suite de l'empereur.
Le vainqueur se saisit de toute l'artillerie de l'électeur de Saxe Jean-Frédéric, du landgrave de Hessc , et même du duc de Wirtembcrg. 11 conGsca les biens de plusieurs chefs du parti; il imposa des taxes sur ceux qu'il avait vaincus, et n'en exempta pas les villes qui l'avaient servi. On prétend qu'il en retira seize cents mille écus d'or.
Le roi des Romains Ferdinand punitde son côté les Bohémiens. On ôta aux citoyens de Prague leurs privilèges et leurs armes. Plusieurs furent condamnés à mort , d'autres à une prison perpétuelle. Les taxes et les confiscations furent immenses. Elles entrent toujours dans la vengeance des souverains.
(Annotes de ('empire. )
PROVINCES -UNIES. — fondation
Dl CETTE BépL'BMQCS Bff i586. — Si on
consulte tous les monumens de la fondation de cet état, auparavant presque inconnu, devenu bientôt si puissant, on verra qu'il s'est formé sans dessein et contre toute vraisemblance. La révolution commença par les belles et grandes provinces de terre ferme, le Brabant, la Flandre et le Hainaut, elles qui pourtant restèrent sujettes; et un petit coin de terre , presque noyé dans l'eau , qui ne subsistait que de la pèche du hareng, est devenu une puissance formidable, a tenu tôte à Philippe u, a dépouillé se» successeurs de presque tout ce qu'ils avaient dans les Indes Orientales , et a fini enfin par les protéger.
On ne peut nier que ce ne soit Philippe n lui-même qui ait forcé ces peuples à jouer un si grand rôle, auquel ils ne s'attendaient certainement pas : son despotisme sanguinaire fut la cause de leur grandeur.
11 est important de considérer que tous les peuples ne se gouvernent pas sur le même modèle; que les Pays-Bas étaient un assemblage de plusieurs seigneuries appartenantes à Philippe à des titres diûerens ; que chacune avait ses lois et ses usages ; que , dans la Frise et dans le pays de Groningue, un tribut de six mille écus était tout ce qu'on devait au seigneur; que dans aucune ville on ne pouvait mettre d'impôts, ni donner les emplois à d'autres qu'à des regnicoles, ni entretenir des troupes étrangères, ni enfin rien innover san* le consentement des états. 11 était dit parles anciennes constilu-
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tions du Brabant ; • S i le souverain, par violence ou par artifice, veut enfreindre les privilèges, les états seront déliés du serment de fidélité, et pourront prendre le parti qu'ils croiront convenable. * Cette forme de gouvernement avait prévalu long-temps dans une très grande partie de l'Europe : nulle loi n'était portée, nulle levée de deniers n'était faite sans le sanction des états assemblés. Un gouverneur de la province présidait à ces états au nom du prince ; ce gouverneur s'appelait stadl-hotdcr , teneur d'états, ou tenant l'état, ou lieutenant, dam toute la Basse- Allemagne.
Philippe u, en i55o, donna le gouveinement de Hollande, de Zélande, de Frise et d*Utrecht, à Guillaume de Nassau , prince d'Orange. On peut observer que ce titre de prince ne signifiait pas prince de l'Empire. La principauté d'Orange, tombée de la maison de Chàlons dans la sienne par une donation , était un ancien fief du royaume d'Arles, devenu indépendant. Guillaume tirait une plus grande illustration de la maison impériale, dont il était; mais, quoique cette maison, aussi ancienne que ce fie d'Autriche , eût donné un empereur à l'Allemagne , elle n'était pas au rang des princes de l'Empire. Ce titre de prince, qui ne commença à être en usage que vers le temps de Frédéric it, ne fut pris que par les plus grand terriens. Le sang impérial ne donnait aucun honneur, aucun droit; et le fils d'un empereur, qui n'aurait possédé aucune terre, n'était qu'empereur s'il était élu, et simple gentilhomme s'il * ne succédait pas à son père. Guillaume de Nassau était comte dans l'empire, comme le roi Philippe u était comte de Hollande et sèigncur de Malines ; mais il était sujet de Philippe en qualité de son stadt-holder , et comme possédant des terres dans lcst'à^-Bas/
Philippe voulut1 ê'tré souverain absolu dans les pays-Bas, ainsi quil l'était en Espagne. U kuffisàît d'être homme pour avoir ce projet ; taftt l'autorité cherche toujours à renverser lés ' barrières qui 1a restreignent; mais Philippe trouvait en* core un antre avantage1 à être despotique dans un vaste et riche pays voisin de la Fiance; il pouvait en ce cas dényitfBrer au moins la France pour jamais , puisqu'en perdant sept provinces , et étant souvent très séné dans les autres, il fut encore sur le point de subjuguer ce
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royaume, «ans même être jamais à la tête d'aucune armée. ,
[1 56.') j 11 voulut donc abroger toutes les lois, imposer des taxes arbitraires, créer de nouveaux évéques, et établir l'inquisition , qu'il n'avait pu faire recevoir ni dans Naples, ni dans Milan. Les Flamands sout naturellement de bons sujets et de mauvais esclaves. La seule crainte de l'inquisition fit plus de protestai) s que tous les livres de Calvin, ches ce peuple qui n'est assurément porté par son caractère ni à la nouveauté, ni aux rerauemens. Les principaux seigneurs s'unissent d'abord à Bruxelles , pour représenter leurs droits à la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles-Quint. Leurs assemblées s'appelaient une conspiration, à Madrid; c'était, dans les Pays-Bas, l'acte le plus légitime. 11 est certain que les confédérés n'étaient point des rebelles, qu'ils envoyèrent le comte de Berg et le seigneur de Montmorenci-Montigny porter en Espagne leurs plaintes au pied du trône. Ils demandaient l'éloignement du cardinal de Granvclle, premier ministre, dont ils craignaient les artifices. La conr leur envoya le duc d'Albe avec des troupes espagnoles et italiennes , et avec l'ordre (l'employer les bourreaux autant que les soldats. Ce qui peut ailleurs étouffer aisément une guerre civile, fut précisément ce qui la fit naître en Flandre. Guillaume de Nassau, prince d'Orange, surnommé ie Taciturne, songea presque seul à prendre les armes , tandis que tous les autres pensaient à se soumettre.
11 y a des esprits fiers, profonds, d'une intrépidité tranquille et opiniâtre , qui s'irritent par les difficultés. Tel était le caractère de Guillaume-le-Taciturne, et tel a été depuis son arrière-petit-fils le
E rince d'Orange, roi d'Angleterre. Guiliume-le-Taciturne n'avait ni troupes ni argent pour résister à un monarque tel que Philippe h : les persécutions lui en donnèrent. Le nouveau tribunal établi à Bruxelles jeta les peuples dans le désespoir. Les comtes d'Egmont et de Horn, avec dix-huit gentilshommes , ont la tête tranchée ; leur sang fut le premier ciment de la république des Provinces-Unies.
Le prince d'Orange, retiré en Allemagne, condamné à perdre la tête, ne
Kouvait armer que les protestans en sa iveur; et, pour les animer, il fallait
l'être. Le calvinisme dominait dans les
Crovinces maritimes des Pays-Bas. Guilmme était né luthérien. Charles-Quint, qui l'aimait, l'avait rendu catholique; la nécessité le fit calviniste ; car les princes qui ont ou établi ou protégé ou changé les religions, en ont rarement eu. 11 était très difficile à Guillaume de lever une armée. Ses terres en Allemagne étaient peu de chose : le comté de Nassau appartenait a l'un de ses frères. Mais ses frères , ses amis, son mérite et ses promesses, lui firent trouver des soldats. Il les envoie d'abord en Frise sous les ordres de son frère, le comte Louis ; son armée est détruite ; il ne se décourage point ; il en forme une autre d'Allemands et de Français , que l'enthousiasme de la religion et l'espoir du pillage engagent a son service. La fortune lui est rarement favorable, il est réduit à aller combattre dans l'armée des huguenots de France, ne pouvant pénétrer dans les Pays-Bas. Les sévérités espagnoles donnèrent encore de nouvelle»
ressources. L'imposition du dixième de la vente des biens meubles , du vingtième des immeubles , et du centième des fonds, acheva d'irriter les Flamands. Comment le maitre du Mexique et du Pérou était-il forcé à ces exactions ? et comment Philippe n'était-il pas venu lui-même dans le pays, comme son père, étouffer tous ces troubles 1
[i57o] Le prince d'Orange entra enfin dans le Brabant avec une petite armée.
Il se retire en Zélande et en Hollande. Amsterdam , aujourd'hui si fameuse , était alors peu de chose, et n'osa pas même se déclarer pour le prince d'Orange. Cette ville était alors occupée d'un commerce nouveau et bas en apparence, mais qui fut le fondement de sa grandeur. La pêche du hareng et l'art de le saler ne paraissent pas uu objet bien important dans l'histoire du monde; c'est cependant ce qui a fait , d'un pays méprisé et stérile , une puissance respectable. Venise n'eut pas de commencemens plus brillans. Tons les graods empires ont commencé par des hameaux, et les puissances maritimes par des barques de pêcheurs.
Toute la ressource du prince d'Orange était dans des pirates : l'un deux surprend la Brille ; un curé fait déclarer Flessingue ; enfin les états de Hollande et de Zélande assemblés à Dordrecht, et Amsterdam elleanême, s'unissent avec lui, et le
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reconnaissent pour Mathoudcr : il tint alors de* pcoplc» cette* même dignité qu'il uvait tenue du roi. On abolit la religion romaine, afin de n'avoir plus vicm de commun avec le gouvernement es-
peuples deptri* long -temps n'avaient point passé pour guerriers , et ils le devinrent tout d'uu coup, [i^j^] Jamais on ne combattit de part et d'autre ni avec plus de courage, ni avec tant de fureur. Les Espagnol», au siège de Harlem, ayant jeté dant» la \ille la tôle d'un de leurs prisonniers , les habitanè leur jetèrent onie tètes d'Espagnols, avec cette inscription : • Dix tètes pour le paiement du deuxième denier, et la oniième pour l'intérêt. » Harlem s'étaht rendue à discrétion , les vainqueurs font pendre tous les magistrats , tous les pasteurs et plus du quinze cents citoyens : c'était traiter les Pays-lias comme on avait traité le nouveau monde. La plume tbihbe d^s mains quand on voit comment les hommes en usent avec les hommes.
Le duc d'Albe, dont les inhumanités n'avaient servi qu'à faire perdre deux provinces au roi son maître, est en lin rappelé. On dit qu'il se vantait, en partant, d'avoir fait mourir dix-huit milite hbrsonnes par la maiu du bourreau: Les nUrrcurs de la guerre n'en continuèrent pas moins sous le nouveau gouverneur des Pays-Bas , le grand commandeur de Rcquesens. [1574] L'armée du prînète d'Orange est encore battue ; ses frères sont! tués, et son parti se fortifie par luminosité d'un peuple né tranquille, qui, ayant une fois passe les botnes , ne savait plds reculer.
[i574] Le siège et la défense de Le}dé sont un des plus grands témoîgnagnes de ce que peuvent la constance et laliberté. [157S] Les Hollandais firent précisément la même chose qu'on leur a vu hasarder depuis, en 1 67a, lorsque Louis x 1 v était aux portes d'Amsterdam : ils percèrent de* digues ; les eaux dé l'issel ^ de la Meuse et de l'Océan mondèrent lés campagnes; et une flotté de deux Cents batteatrx apporta du secours datts là ville par-dessus les ouvrages des Espagnols*. It y eut nn antre prodige , c'est que les assiégeai» osèrent continué* ît siégé et entreprendre de saigner cette Vasfé inou dation. II n'y avait point d'exemple dans0 l'histoire , ni dJune tene" ressource dans
des assiégés, ni d*mte tellé opiniâtreté
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dans des assiégeans; mais rrtte opiniâtreté fut inutile , et Leyde cctcbrc encore aujourd'hui tons les ans le jfotir de sa délivrance. 11 ne faut pas oublier que ta habitans se servirent de pigeons dans ce siège pour donner des nouvelles au prince d'Orange : c'est une pratique commuoe en Asie.
[i5j6] Qûel était donc ce tourernement ai sage et si vanté de Philippe 11, lorsqu'on voit dans ce temps la roftne ses troupes sè mutiner eu Flandre faute de paiement , saccager la ville d'Anvers, et que toutes les province* dcsPm-fia», sans consulter ni lui ni son eouvcrneor, font Un traité de pacification avec les révoltés, publient une amnistie, rerideat les prisonniérs, font démolir des forteresses, et ordonnent qu'on abattra h fameuse statue du duc "d'Albe, trophée que son orgueil avait élevé à sa cruauté, et qui était encore debout dans la citadelle d'Anvers , dont le rbl était le maître.
Aptes la mort dû grand commandeur de Rèqaesens, Philippe, qui pouvait encore essayer de remettre le calmé dans les Pays-BàS par sa présence, f envoie don Juan d'Autriche, sou frère , ceprmrc célèbre dans l'Europe -par la fameuse victoire dé Lépâhtè remportée sur \es Turcs , et par son ambition, qui lui avait fait tenter d'être roi de Tunis. Philippe n'aimait pas don Juan : il craignait sa gloire, et se défiait de ses desseins. Cependant il lui donne malgré lui le gouvernement de* Pays-Bas, dans l'espérance que lés peuples , qui aimaient dans ce prince lé sang et la valeur de Charles- Quint, pourraient revenir à leur devoir; il se trompa. Le prince d'Orange fut reconnu gouverneur du Brabant dans Bruxelles [ lÔ??] , lorsque don Juan en sortait , après1 y avoir été installé gouverneur général. Cet honneur qu'on rendît à Guillaume-Ie-Taciturne, fut cependant ce qui empêcha le Brabant et fa Flandre! d'être libres, conime le furent les Hollandais. Il y avait trop' de seigneurs dans ces deux provinces ; ils furent' jaloux du prince a*Orâr/ge, et cette Jalousie éonserva dix provinces à ï'Espafcrie. Ils appellent l'arcbidué Mathias pour être' gouverneur général err concurrence* irrtc don Juàri. Oh a pe?ut à concevoir qn"ua archid ne d* Adtriche, proche parent de Philippe it , et catholique , vienne te mettre a là tetè' d'oïl parti presque tout protestant, contre lé chef de sa maison ;
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mais l'ambition ne connaît point des liens, et Philippe n'était aimé ni de l'empereur ni de l'Empire.
Tout se divise alors , tout est en confusion. Le prince d'Orange, nommé par les états lieutenant général de l'archiduc Mathias , est nécessairement le rival secret de ce prince. Tous deux sont opposés à don Juan. Les états se défirent de tous les trois. Un autre parti , également mécontent et des états et des trois princes, déchire la patrie. [i5;r8] Les états publieot la liberté de conscience ; mais il n'y avait plus de remède à la frénésie incurable des factions. [(5^8] Don Juan, ayant gagné une bataille inutile à Gëm» blours , meurt à la fleur de son âge au milieu de ces troubles.
A ce fils de Charles-Quint succède un pctit-lils non moins illustre ; c'est cet Alexandre Faruèse, duc de Parme, descendant de Charles par sa mère , et du pape Paul m par son père; le même qui vint depuis en France délivrer Paris, et combattre Henri-'le-Grand. L'histoire ne célèbre point de plus grand homme de guerre : mais il ne put empêcher, ni la fondation des sept Provinces-Unies , ni les progrès de cette république qui naquit gousses yeux.
Ces sept provinces, que nous appelons -aujourd'hui du nom général de la llol~ lande, contractent parles soins du prince d'Orange cette union qui parait si fragile- [29 janvier 1S79], et qui a été si constante, de sept provinces toujours indépendantes l'une de l'autre , ayant toujours des intérêts divers, et toujours aussi étroi* tement jointes par le grand intérêt de la liberté , que l'est ce faisceau de flèches qui forme leurs armoiries et leur emblème.
Cette uniori diftrecht, le fondement de la république, l'est anssi du s tat bondéerat. Guillaume est déclaré chef des sept provinces sous le nom de capitaine, d amiral général , de stathouder. Les dix autres provinces, qui pouvaient avecla Hollande former la république la plus pui*~ aantede monde, ne se joignent point au* sept petites Provinoes-Uniefe. Celles-ci se; protègent elles-mêmes ; mais le Brabant , la Flandre et les antres veulent un prince étranger' pour lès protéger. L'archiduc Mathias était devenu inutile. Les Etats- CénéranX renvoient avec une pension4 modique ce fris et ce frète d'empereur » qui fut depuis empereur loi-même. Ils
font venir François , duc d'Anjou , frère du roi de France Henri m , avec lequel ils négociaient depuis long-temps. Toutes ces provinces étaient partagées entre quatre partis : celui de Mathias, si faible qu'on le renvoie ; celui du duc d'Anjou , qui devint bientôt funeste ; celui du duo de Parme, qui, n'ayant pour lui que quelques seigneurs et son armée» sut enfin conserver dix provinces au roi d'Espagne ; et celui de Guillaume de Nassau , qui lui en arracha sept pour jamais.
C'est dans ce temps que Philippe , toujours tranquille à Madrid, proscrivit le prince d'Orange fi58o], et mit sa tète i vingt-cinq mille ecus. Cette méthode de commander des assassinats , inouïe depuis le triumvirat , avait été pratiquée en France contre l'amiral de Coiigni, beau* père dè Guillaume ; et on avait promis cinquante mille é eu s pour son saug. Celui du prince, son gendre, ne fut estimé que la moitié par Philippe, qni pouvait payer plus chèrement.
Quel était le préjugé qui régnait en* cote? Le roi d'Espagne, dans son édit de proscription, avoue qu'il a violé le sermeht qu'il avait fait aux Flamands; et dit* que le pape l'a dispensé de ce serment.» Il croyait donc que cette raison pouvait faire une forte impression sur les esprits des catholiques f Mais combien devait-elle irriter les protestans, et les affermir dans leur défection i
La réponse de Guillaume est uh des plus beaux monument de l'histoire. De sujet qu'il avait été de Philippe , il devient son égal dès qu'il est proscrit. On voit dans son apologie un prince d'une maison impériale non moins ancienne y non moins illustre autrefois qne la maison d'Autriche? un stathouder qui se porte pour accusateur du plus puissant roi de l'Europe au tribunal de toutes les cours et de tons leS hommes* 11 est enfin supérieur a- Philippe , en ce crue , pouvant le proscrire à son tour, il abhorre cette vengeance , et n'attend sa sûreté que de son épée.
Philippe dans ce temps-là m date était plus redoutable que jamais; car il s'en», parait du Portugal sans sortir du cabinet, et pensait réduire de même les Provinces- Unies. Guillaume avait à crainoVe d'un côté les assassins, et de l'autre un nouveau maître dans le duc d'Anjou, frère de Henri 111, arrivé dans les Pays-Bas, et reconnu par les peuples pour duc de
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Brabant et comlc de Flandre. Il fut bientôt défait du duc d'Anjou, comme de l'archiduc Mathias.
[ i58o] Ce duc d'Anjou voulut être souverain absolu d'un pays qui l'avait choisi pour son protecteur. Il y a eu de tout temps des conspirations contre les princes ; ce prince en fit une contre les peuples. Il voulut surprendre à la fois Anvers, Bruges ut d'autres villes qu'il était venu défendre. Quinze cents Français fuient tués dans la surprise inutile «l'Anvers : ses mesures manquèrent sur les autres places. Pressé d'un côté par Alexandre Farnèse, de l'autre haï des peuples, il se retira en France couvert de bonté , cl laissa le duc de Parme et le prince d'Orange se disputer les Pays-Bas, qui devinrent le théâtre le plus illustre de la guerre en Europe , et l'école militaire oii les braves de tous les pays allé* rent faire leur apprentissage.
Des assassins vengèrent enfin Philippe du prince d'Orange. Un Français, nommé Salcède, trama sa mort. [i585] Jaurigni, Espagnol, le blessa d'un coup de pistolet dans Anvers. [i584] Enfin Balthasar Gérard , franc-comtois, le tua dans Délit, aux yeux de son épouse , qui vit ainsi assassiner son second mari , après avoir perdu le premier, ainsi que son père l'amiral, à la journée de la Saint-Barthélemi. Cet assassinat du prince d'Orange ne fut point commis par l'envie de gagner les vingt-cinq mille écus qu'avait
Sromis Philippe , mais par l'enthousiasme e la religion. Le jésuite Strada rapporte que Gérard soutint toujours, dans les tourmens, « qu'il avait été poussé à cette action par un instinct divin. » Il dit encore expressément que « Jaurigni n'avait auparavant entrepris la mort du prince d'Orange qu'après avoir purgé son âme par la confession , aux pieds d'un dominicain , et après l'avoir fortifiée par le nain céleste. » C'était le crime du temps. Les anabaptistes avaient commencé. Une femme en Allemagne , pendant le siège de Munster, avait voulu imiter Judith ; elle sortit de la ville dans le dessein d'aller coucher avec l'évêque qui l'assiégeait, et de le tuer dans son lit. Poltrot de Meré avait assassine François, duc de Guise , par les mêmes principes. Les. massacres de la Saint-Baxthélemi avaient mis le comble à ces horreurs. Le même esprit fit ensuite répandre le sang de Henri m et de Henri iv, et forma la conspiration des
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poudre» en Angleterre. Les exemples tirés de l'Ecriture , prèchés d'abord par les réformés ou les novateurs , et trop souvent ensuite par les catholiques , fesaient impression sur des esprits faibles et féroces, imbécilement persuadés que Dieu leur ordonnait le meurtre. Leur aveugle fureur ne leur laissait pas comprendre que, si Dieu demandait du sang dani ['Ancien Testament , on ne pouvait obéir à cet ordre que quand Dieu lui-même descendait du ciel pour dicter de sa bouche, d'une manière claire et précise, ses arrêts sur la vie des hommes, dont il est le maître ; et qui sait encore si Dieu n'eût pas été plus content de eaux qui auraient fait des remontrances à sa clémence que de ceux qui auraient obéi à sa justice 1
Philippe n fut très content de l'assassinat ; il récompensa la famille de Gérard ; il lui accorda des lettres de noblesse , pareilles à celles que Charles vu donna a la famille de la Pucelle d'Orléans, lettres par lesquelles le ventre anoblissait. Les descendans d'une sœur de l'assassin Gérard jouirent tous de ce singulier privilège, jusqu'au temps où Loui» xiv s'empara de la Franche-Comté. Alors on leur disputa un honneur que les maisons les plus illustres n'ont point en France, et dont même les descendans des frères de Jeanne d'Arc avaient été privés. On mit à la taille la famille de Gérard : elle osa présenter ses lettres de noblesse à Al. de Vanolles, intendant de la province; il les foula aux pieds : le crime cessa d'être honoré , et la famille resta roturière.
Quand Guillaume-le-Taciturne fut assassiné, il était près d'être déclaré comte de Hollande. Les conditions de cette nouvelle dignité avaient déjà été stipulées par toutes lés villes , excepté Amsterdam et Gouda. On voit par la qu'il avait travaille pour lui-même autant que pour la république. .. -
Maurice, son fils,. ne put prétendre a cette principauté : mais les sept provinces le déclarèrent srathouder , et il affermit l'édifice de la liberté, fondé par son père. [i5»4]Il fut digne de combattre Alexandre Farnèse. Ces deux grand* hommes s'immortalisaient sur ce théâtre resserré, où la scène de la guerre attirait les regards des nations. Quand le duc de Parme, Farnèse, ne serait illustre que par le siège d'Anvers, il serait compte parmi les plus grands capitaines ; les An-
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Vctsor se défendirent comme autrefois les Tyriens, et il prit Anvers comme Alexandre, dont il portait le nom , avait pris la ville de Tyr, en fesant une digue sur le fleuve profond et rapide de l'Escaut , et en renouvelant un exemple que le cardinal de Richelieu suivit aussi au siège de la Rochelle.
La nouvelle république fut obligée d'implorer le secours de la reine d'Angleterre , Elisabeth. Elle lui envoya, sous le comte de Leicestre, un secours de quatre mille soldats; c'était assez alors. Le prince Maurice eut quelque temps dans Leicestre un supérieur, comme son père en avait eu un dans le duc d'Anjou et dans l'archiduc Mathias. Leicestre prit le titre et le rang de gouverneur général; mais il fut bientôt désavoué par sa reine.
Maurice ne bisse pas entamer son stathoudérat des sept Provinces-Unies ; heureux s'il n'avait pas voulu aller au delà 1
Toute cette guerre, si longue et si pleine de vicissitudes, ne put enfin ni rendre sept provinces a Philippe, ni lui ôter les autres. La république devenait chaque jour si formidable sur mer, qu'elle ne servit pas peu à détruire cette flotte de Philippe n , surnommée VinvineiUc. Ce peuple , pendant plus de quarante ans, ressembla aux Lacédémo- Ttiens , qui repoussèrent toujours le grand roi. Les mœurs , la simplicité , l'égalité , étaient les mêmes dans Amsterdam qu'a Sparte, et la sobriété plus grande. Ces provinces tenaient encore quelque chose des premiers âges du monde. Il n'y a point de Frison un peu instruit qui ne sache qu'alors l'usage des clefs et des serrures était inconnu en Frise. On n'avait que le simple nécessaire, et ce n'était pas la peine de l'enfermer; on ne craignait point ses compatriotes; on défendait ses troupeaux et ses grains contre l'ennemi. Les maisons , dans tous ces cantons maritimes , n'étaient que des cabanes où la propreté fesait toute la magnificence. Jamais peuple ne connut moins la délicatesse. Quand Louise de Goligni vint épouser à la Haye le prince Guillaume , on envoya au-devant d'elle une charrette de poste découverte, où elle fut assise sur une planche. Mais la Haye devint , sur la fin de la vie de Maurice , et dans le temps de Frédéric - Henri , an séjour agréable, par l'affluence des princes, des négociateurs et des guerriers. Amsterdam fut , par le commerce seul , une des
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plus florissantes villes de la terre; et la bonté des pâturages d'alentour fit la richesse des tiabitans des campagnes.
{Estai sur Us mœurs.) PRUTH (Traité du) krtbb lbs tuhcs
BT PIBHBB-IiB-OBAHD (ai juillet I7U).
On avait vu a Jfarwa soixante mille hommes défaits par huit mille, parce qu'ils étaient indisciplinés; et ici l'on voit une arrière-garde d'environ huit mille Russes soutenir les efforts de cent cinquante mille Turcs, leur tuer sept mille hommes, et les forcer à retourner en arrière.
Après ce rude combat les armées se retranchèrent pendant la nuit; mais l'armée russe restait toujours enfermée, privée de provisions et d'eau même. Elle était près des bords du Pruth, et ne pouvait approcher du fleuve; car, sitôt que quelques soldats hasardaient d'aller puiser de l'eau , un corps de Turcs postés à la rive opposée fesait pleuvoir sur eux le plomb et le fer d'une artillerie nombreuse chargée à cartouche. L'armée turque, qui avait attaqué les Russes, continuait toujours de son côté à la foudroyer par son canon.
Il était probable qu'enfin les Russes allaient être perdus sans ressource par leur position, par l'inégalité du nombre et par la disette. Les escarmouches continuaient toujours; la cavalerie du caar, presque toute démontée , ne pouvait plus être d'aucun secours , à moins qu elle ne combattit à pied; la situation paraissait désespérée. Il ne faut que jeter les yeux sur la carte exacte du camp du ctar et de l'armée ottomane, pour voir qu'il n'y eut jamais de position plus dangereuse , que la retraite était impossible , qu'il fallait remporter une victoire complète, ou périr jusqu'au dernier , ou être esclave des Turcs.
Toutes les relations , tous les mémoires du temps conviennent unanimement que le ctar, incertain s'il tenterait le lendemain le sort d'une nouvelle bataille , s'il exposerait sa femme , son armée , son empire, et le fruit de tant de travaux à une perte qui semblait inévitable, se retira dans sa tente, accablé de douleur et agité de convulsions, dont il était quelquefois attaqué, et que ses chagrins redoublaient. Seul, en proie à tant d'inquiétudes cruelles , ne voulant que personne fût témoin de son état , il défendit
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qu'où entrât dans sa tente. Il vit alors quel était son bonheur d'avoir permis à sa femme de le suivre. Catherine entra malgré la défense.
tfoe femme qui avait affronté la mort pendant tons ces combat», <** posée comme un antre au feu de l'artillerie des Turcs, avait le droit de parler. Elle persuada son époux de tenter la voie de la négociation.
C'est la coutume immémoriale dans tout rOricnt, quand on demande audience aux souverains ou à leurs représentons, de ne les aborder qu'avec des presens. Catheriue rassembla le peu de pierreries qu'elle avait apportées dans ce voyage guerrier, dont toute magnificence et tout luxe étaient bannis; elle v ajouta deux pelisses de renard noir; l'argent comptant qu'elle ramassa fut destiné pour le kiaia. Elle choisit elle-même un officier intelligent qui devait, avec deux valets , porter les présens au grand vistir, et ensuite faire conduire au kiaia, en sûreté , le présent qui lui était réservé. Cet officier fut chargé d'une lettre du înaréch»! Shercmetof à Méhémet Baltagi. Les mémoires de Pierre conviennent de la lettre ; ils ne disent rien des détails dans lesquels entra Catherine ; mait> tout est assez confirmé par la déclaration de Pierre lui-même, donnée en i7»3, quand il fit couronner Catherine impératrice. « Elle nous a été , dit-il , «l'un très grand secours dans tous les daugers, et particulièrement à la bataille de Pruih, où notre armée était réduite à vingt-deux mille hommes. » Si le czar, en effet, n'avait plus alors que vingtdeux mille combat tan s , menacés de périr par la faim ou par le fer , le service rendu par Calheiine était aussi grand que Jcs bienfaits dont son époux l'avait comblée. Le journal manuscrit de Pierve-Je-Grand dit que , le jour même du grand combat du 20 juillet , il y avait trente et un mille cinq cent cinquante-quatre hommes d'infanterie, et six mille six cent quatrevingt-douze de cavalerie , presque tous démontés ; il aurait donc perdu seize mille deux cent quarante -six combat tans dons cette bataille. Les mêmes mémoires assurent que la perte des Turcs fut beaucoup plus considérable que la sienne; et qu'attaquant en foule et sans ordre, aucun des coups tirés sur eux ne
Sorta à faux. S'il est ainsi, la journée u Pruthi du 20 au ai juillet, fut une
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des plus meurtrières qu'on ait vues depui* plusieurs siècles.
11 se passa quelques heures avant qu'on eût une réponse du grand vizir. On craignait que le porteur n'eût été tué par le canon, ou n'eût été retenu par le»
Turcs. On dépécha un second courrier avec un duplicata , et on tint conseil de guerre en présence de Catherine. Dix officiers généraux signèrent le résultat que voici :
t Si l'ennemi ne veut pas accepter les conditions qu'on lui offre , et s'il demande que nous posions les armes, et que nous nous rendions â discrétion , tous les généraux et ministres sont unanimement d'avis de se faire jour au travers des ennemis. »
En conséquence de cette résolution , on entoura le bagage de retranchement, et on s'avança jusqu'à cent pas de l'aimée turque , lorsque enfin le grand vau fit publier une suspension d'arme».
Le vizir, parmi les conditions qu'il exigeait , voulait d'abord que ie czar* 'en-
§ageât a ne plus entrer dans les intérêts e la Pologne , et c'est sur quoi Poniatowski insistait ; mais il était , au fond , convenable à l'empire turc que Ja Pologne restât désunie et impuissante *, ainsi cet article se réduisit à retirer les troupes russes des frontières. Le kao des Tartares demandait un tribut de quarante mille sequins : ce point fut longtemps débattu, et ne passa point.
Le vizir demanda long- temps fu'on lui livrât Can ternir, comme le roi de Suède s'était fait livrer Patkul. Canteaûr se trouvait précisément dans le même ■> cas où avait été Mazeppa. Le czar avait fait à Mazeppa son procès criminel > et l'avait fait exécuter en effigie. Les Turcs n'en usèrent point ainsi; us ne connais sent ni les procès par contumace, ni ies sentences publiques. Ces condamnations affichées et les exécutions en emgie sont d'autant moins en usage ehes eux cm»
leur loi leur défend les reprèscnial'iofc humaines , de quelque genre qu'elles puissent être. Ils insistèrent en vain sur l'extradition de Cantemir. Pierre ecriiit ces propres paroles au vice -chancelier Schaffirof :
• J'abandonnerai plutôt aux Turcs tout le terrain qui s'étend jusqu'à Cursi ; il me restera l'espérance de le recouvrer:
mais la perte de ma foi est irréparable . je ne poux la violer, flous n'avons de
propre nue l'iioooeur : y renoncer, c'est cesser d être monarque. •
Ko Un, le trailé fut conclu et signé prés du village nommé Falksen , sur les bord» du Pruth. On convint, dans le traité, qu'Axof et son territoire seraient rendus avec les munitions et l'artillerie dont il était pourvu avant que le czar l'eût- pris, en 1696 ; que le port de Tangarok, sur la mer de Zabacbe serait démoli, ainsi que celui de Samara sur la rivière de ce nom, et d'autres petites citadelles. On ajouta enfin un article touchant le roi de Suéde , et cet article mémo fesatt assez voir combien le vizir était mécontent de lui. 11 fui stipulé que ce prince ne serait point inquiété parle czar , s'il retournait dans ses états , et ^ue d'ailleurs le czar et lui pouvaient faire la paix , s'ils en avaient envie.
{H Ut. de Picrre-le-Grand.) PULTAWA (Bataille de) auras chajslks xii «t pibbbs 1" ( 8 juillet 1709). — Charles , avec ses dix-huit mille Suédois, n'avait perdu ni le dessein ni l'espérance de pénétrer jusqu'à Moscou» U alla vers la fin de mai investie .Pultawa , sur la rivière VorsUa , à. l'extrémité orientale de l'Ukraine , à treize grandes lieue» du Boryathène; ce terrain est celui de* Zapo-. raviens , le plus étrange peuple qui soit sur la terre. C'est un ramas d'anciens Russes, Polonais et Tartares, fesant tous profession d'une espèce de christianisme, et d'un brigandage semblable à celui des flibustiers. Ils élisent un chef qu'ils déposent ou qu'ils égorgent souvent. Ils ne souffrent point de femmes chez eux, mais ils vont enlever tous les enfans à vingt ou trente lieues à la ronde, et les élèvent dans leurs moeurs. L'été, ils sont toujours en campagne ; l'hiver , ils couchent dans des granges spacieuses qui contiennent quatre Ou cinq cents hommes. Il* ne craignent rien; Us vivent libres ; ^affrontent Ta mort pjuwr le plus léger butin avec la même intrépidité que Charles x»i la bravait pour donner des couronnes. Le czar leur fit donner soixante mille florins, dans l'espérance qu'ils prendraient son parti; ils prirent son argent , et se déclarèrent pour Charles xu, par les soins de Mazeppa; mais ils servirent très peu, parce qu'Us trouvent ridicule de combattre pour autre chose que pour piller. C'était beaucoup qu'ils ne nuisissent pas; il y en eut environ deux mille tout au plus qui firent le service. On présenta dix de leurs chefs
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un matin au roi, mais on eut bien de la peine à obtenir d'enx qu'ils ne fussent point ivres; car c'est par là qu'ils commencent la journée. On les mena à la tranchée; ils y firent paraître leur adresse à tirer avec de longue* carabines; car, étant montés sur te revers, ils tuaient à la distance de six cent» pas les ennemis qu'ils choisissaient. Charles ajouta à ces bandits quelques mille Valaques, que lui vendit le kan de la Petite-Tartarie. Il assiégeait donc Pultavra avec toutes ces troupes de Za pora viens , de Cosaques, de Valaques qui , joints à ses dix-huit mille Suédois, fesaient une armée d'environ trente raille hommes, mais une armée délabrée, manquant de tout. Le czar avait fait de Pultawa un magasin. Si le roi le prenait, il se rouvrait le chemin de Moscou , et pouvait au moins attendre dans l'abondance de toutes choses les secours qu'il espérait encore de Suède , de Livonie,de Pomeranieet de Pologne. Sa seule ressource étant donc dans la prise de Pultawa, il en pressa le siège avec itdeur. Ma/eppa, qui avait des intelligences dans la ville, l'assura qu'il en serait bientôt le maître : l'espérance renaissait dans l'armée. Les soldats regardaient la prise de Pultawa comme la fin de toutes leurs misères.
Le roi s'aperçut, dès le commencement du siège , qu'il avait enseigné l'art de la guerre a ses ennemis. Le prince Menzikoff, malgré toutes ses précautions, jeta du secours dans la ville. La garnison par ce moyen se trouva forte de près de cinq mille hommes.
On fesait des sorties, et quelquefois avec succès; on fit jouer une mine ; mais ce qui rendait la ville imprenable, c'était l'approche du cear, qui s'avançait avec soixante et dix mille combattans. Charles xu alla les reconnaître le 27 mai , jour de sa naissance, et battit un de leurs détachemens : mais comme il retournait à son camp , il reçut un coup de carabine qui lui perça la botte , et lui fracassa l'os du talon. On ne remarqua pas sur son visage le moindre changement qui pot faire soupçonner qu'il était blessé : il continua à donner tranquillement ses ordres, et demeura encore près de six heures à cheval. Un de ses domestiques s'aperce van t que le soulier de la botte du prince était tout sanglant, courut chercher des chirurgiens : la douleur du roi commençait/ à être si cuisante qu'il fallut l'aider â des
cendre de cheval, et l'emporter dans sa tente. Les chirurgiens visitèrent sa plaie ; ils furent d'avis de lui couper la jambe. La consternation de l'armée était rnexprimable. Un chirurgien, nommé Ncuman, plus habile et plus hardi que les autres, assura qu'en f osant de profondes incisions il sauverait la jambe du roi. • Travaillez donc tout à l'heure, lui dit le roi -f taillez hardiment , ne craignez rien. » 11 tenait lui-même sa jambe avec les deux mains , regardant les incisions uu'on lui fesait , comme si l'opération eût été faite sur un autre.
[9 juillet 1709] Dans le temps même qu'on lui mettait un appareil , il ordonna un assaut pour le lendemain ; mais à peine avait-il donné cet ordre qu'on vint lui apprendre que toute l'armée ennemie 8^1- Yançait sur lui. Il fallut alors prendre un autre parti. Charles, blessé et incapable d'agir, se voyait entre le Borysthène et la rivière qui passe à Pultawa , dans un pays désert, sans places de sûreté, sans munitions, vis-à-vis une armée qui lui coupait la retraite et les vivres. Dans cette extrémité il n'assembla point de conseil de guerre , comme tant de relations l'ont débité ; mais, la nuit du 7 au 8 de juillet , il fit venir le feld-maréchal Renschild dans sa tente, et lui ordonna sans délibération, comme sans inquiétude, de tout disposer pour attaquer le czar le lendemain. Renschild ne contesta point, et sortit pour obéir. A la porte de la tente du roi il rencontra le comte Piper, avec qui il était fort mal depuis long-temps, comme il arrive souvent entre le ministre et le généra). Piper lui demanda s'il n'y avait rien de nouveau : • Non , dit le général froidement, • et passa outre pour aller donner ses ordres. Dès que le comte Piper fut entré dans la tente : • Renschild ne vous a-t-il rien appris? > lui dit le roi. « Rien , » répondit Piper : « Hé bien, je vous apprends donc, reprit le roi, que demain nous donnons bataille. » Le comte Piper fut effrayé d'une résolution si désespérée; mais il savait bien qu'on ne fesait jamais changer son maître d'idée; il ne marqua son étonnement que par son silence , et laissa Charles dormir jusqu'à la pointe du jour.
Ce fut le 8 juillet de l'année 1709 que se donna cette bataille décisive de Pultawa , entre les deux plus singuliers monarques qui fussent alors dans le monde : Charles m, illustre par neuf années de vic-
toires;Pierre Alcxiow itz par neuf années de
Îteines prises pourformerdes troupes égaes aux troupes suédoises : l'un , glorieux d'avoir donné des états; l'autre, d'avoir civilisé les siens : Charles, aimant les dangers, et ne combattant que pour la gloire ; Alexiowitz , ne fuyant point le péril, et ne fesant la guerre que pour ses intérêts : le monarque suédois, libéral par grandeur d'âme; le Moscovite , ne donnant jamais que par quelque vue : celui-là , d'une sobriété et d'une continence sans exemple, d'un naturel magnanime, et qui n'avait été barbare qu'une fois; celui-ci, n'ayant pas dépouillé la rudesse de son éducation et d,c son pays , aussi terrible à ses sujets qu'admirable aux étrangers , et trop adonné à des excès qui ont même abrégé ses jours : Charles avait le titre d'invincible , qu'un moment pouvait lui ôter; les nations avaient déjà donné à Pierre Alexiowitz le nom de grand, qu'une défaite ne pouvait lui faire perdre , parce qu'il ne le devait pas à des victoires.
Pour avoir une idée nette de cette bataille et du lieu où elle fut donnée, il faut se figurer Pultawa au nord, 7e camp du roi de Suède au sud, tirant un peu vers Torient, son bagage derrière lui, à environ un mille, et la rivière de Pultawa au nord de la ville , coulant de l'orient à l'occident.
Leczar avait passé la rivière à une lieue de Pultawa, du côté de l'occident, et commençait à former son camp.
A la pointe dn jour les Suédois parurent hors de leurs tranchées avec quatre canons de fer pour toute artillerie : le reste fut laissé dans le camp avec enriroo trois mille hommes ; quatre mille demeurèrent au bagage : de sorte que l'armée suédoise marcha aux ennemis , forte d'environ vingt et un mille hommes, doot il y avait environ seize mille Suédois.
Les généraux Renschild, Roos, Levenhaupt , Slipenbak , Hoom , Sparre , Hamilton , le prince de Wirtemberg , parent du roi, et quelques autres, dont la plupart avaient vu la bataille de Narra , lésaient tous souvenir les officiers subalternes de cette journée, ou huit mille Suédois avaient détruit une armée de quatre-vingt mille Moscovites dans un camp retranché. Les officiers le disaient aux soldats ; tous s'encourageaient en marchant.
Le roi conduisait la marche, porté sur un brancard à la tête de son infanterie.