‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 137 sur 183 · HOC · texte numérisé non relu

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Tous trois se haïssaient réciproquement, et tous trois négociaient toujours à la fois les uns contre les autres. Le cardinal de Richelieu se brouillait avec le duc de Buckingham , dans le temps même que l'Angleterre lui fournissait des vaisseaux contre la Rochelle, et il se liguait avec le comte-duc Olivarès , lorsqu'il venait d'enlever la Valteline au roi d'Espagne.

De ces trois ministres, le duc de Buckingham passait pour être le moins ministre ; il brillait comme uo favori et un grand seigneur, libre, franc, audacieux, non comme un homme d'état ; ne gouvernant pas le roi Charles i«r par l'intrigue, mais par l'ascendant qu'il avait eu sur le père , et qu'il avait conservé aut le fil*. C'était l'homme le plus beau de son temps, le plus fier et le plus généreux. Il pensait que ni les femmes ne devaient résister aux charmes de sa figure , ni les hommes à la supériorité de son caractère. Enivré de ce double amour-propre , il avait conduit le roi Charles, encore prince de Galles , en Espagne , pour lui taire épouser une infante , et pour briller dans cette cour. C'est là que , joignant la galanterie espagnole i l'audace de se s entreprises, il attaqua la femme du ministre Olivarès, et fit manquer, par cette indiscrétion, le mariage du prince. Etant depuis venu en France, en i6a5, pour conduire la princesse Henriette qu'il avait obtenue pour Charles 1", il fut encore sur le point de faire échouer l'affaire par une indiscrétion plus hardie. Cet Anglais fit à la reine Anne d'Autriche une déclaration , et ne se cacha pas de l'aimer, ne pouvant espérer, dans cette aventure, que le vain honneur d'avoir osé s'expliquer. La reine, élevée dans les idées d'une galanterie permise alors en Espagne ne regarda les témérités du duc de Buckingham que comme un hommage à sa beauté, qui ne pouvait offenser sa vertu.

L'éclat du duc de Buckingham déplut à la cour de France , sans lui donner de ridicule , parce que l'audace et la grandeur n'en sont pas susceptibles. Il mena Henriette à Londres , et y rapporta dans son cœur sa passion pour la reine, augmentée par la vanité de l'avoir déclarée. Cette même vanité le porta à tenter un second voyage à la cour de France : le prétexte était de faire un traité contre le duc Olivarès , comme le cardinal en avait fait un avec Olivarès contre lui. La véri-

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table raison, qu'il laissait assez voir > était de se rapprocher de la reine : non seulement on lui en refusa la permission , mais le roi chassa d'auprès de sa femme plusieurs domestiques accusés d'avoir favorisé la témérité du duc de Buckingham.

Cet Anglais lit déclarer la guerre à la France, uniquement parce qu'on lui refusa la permission d'y venir parler de son *unour. Une telle aventure semblait être du temps des Amadis. Les affaires du monde sont tellement enchaînées, que les amour» romanesques du duc de Buckingham produisirent une guerre de religion , et la prise de la Rochelle [1627]. • Un chef de parti profite de toutes les circonstances. Le duc de Rohan, aussi profond dans ses desseins que Buckingham était vain dans les siens, obtient du dépit de l'Anglais l'armement d'une Hotte de cent vaisseaux de transport. La Rochelle et tout le parti étaient tranquilles; il les anime, et engage les Rochellois à recevoir la ilotte anglaise non pas dans la ville même , mais dans lTledc-Ré. Le duc de Buckingham descend dans l'île avec environ sept mille hommes. 11 n'y avait qu'un petit fort à prendre pour se rendre maître de l'île, et pour séparer à jamais la Rochelle de la France. Le parti culviniste devenait alors indomptable. Le royaume était divisé, et tous les projets du cardinal de Richelieu auraient été évanouis, si le duc de Buckingham avait été aussi grand homme de guerre ou du moins aussi heureux qu'il était audacieux.

[Juillet 1627] Le marquis, depuis maréchal de Tboiras, sauva la gloire de la France, en conservant l'ile-de-Ré avec peu de troupes, contre les Anglais très supérieurs. Louis xm a le temps d'envoyer une armée devant la Rochelle.

Son frère Gaston la commande d'abord.

Le roi y vient bientôt avec le cardinal. Buckingham est forcé de ramener en Angleterre ses troupes diminuées de moitié, sans même avoir jeté du secours dans la Rochelle, et n'ayant paru que pour en hâter la ruine. Le duc de Rohan était absent de cette ville , au'il avait armée et exposée. Il soutenait la guerre dans le Languedoc contre le prince de Cîondé et le duc de Montmorcnci.

Tous trois combattaient pour eux-mêmes; le duc de Rohan, pour être toujours chef de parti ; le prince de Gondé , a la tête des troupes royales, pour rega-

gner à la cour son crédit perdu ; le dur de Montmorcnci, à la tête des troupe»

levées par lui-même et de sa seule autorité, pour devenir le maître dans le Languedoc , dont il était gouverneur, et pour rendre sa fortune indépendante, à l'exemple de Lcsdiguièrcs. La Rochelle n'a dooe qu'elle seule pour se soutenir. Les citoyens, animés par ta religion et parla liberté, ces deux puissans motifs des peuples, élurent un maire nommé Guiton, encore plus déterminé qu'eux. Celui-ci , avant d'accepter une place qui lui donnait la magistrature et le commandement des armes , prend un poignard , et le tenant à la main :« Je n'accepte > ditil , l'emploi de votre maire, qu'à condition d'enfoncer ce poignard dans le cienr du premier qui parlera de se rendre ; et qu'on s'en serve contre moi si jamais je songe à capituler. »

Pendant que la Rochelle se préparc ainsi à une résistance invincible, le cardinal de Richelieu emploie toutes les ressources pour la soumettre ; vaisseaux bâtis à la hâte, troupes de renfort, artillerie, enfin jusqu'au secours de l'Espagne; et , profitant avec célérité de ia haine du duc Olivaies contre le duc de Buckingham, fesant valoir les intérêts delà religion, promettant tout, et obtenant de»

vaisseaux du roi d'Espagne, alors l'ennemi naturel de la France , pour oterau* Rochellois l'espérance d'un nouveau secours d'Angleterre. Le comte-duc envoie Frédéric de Tolède avec quarante vais seaux devant le port de la Rochelle.

L'amiral espagnol arrive. Croirait oa que le cérémonial rendit ce secours inutile, et que Louis xiu, pour ne pas avoir voulu accorder à l'amiral de se couvrir en sa présence [i6a8], vit la flotte c*pa gnole retourner dans ses ports [ifooj* Soit que cette petitesse décidât d'utir affaire si importante, comme 1/ n'arrive: que trop souvent, soit qu'alors de nouveaux différens au sujet de ia succession de Mantoue aigrissent la cour espagnole, sa flotte parut et s'en retourna; et peutêtre le ministre espagnol ne l'avait envoyée que pour montrer ses forces au ministre de France.

Le duc de Buckingham prépare un nouvel armement pour sauver la ville. Il pouvait en très peu de temps rendre tou» les efforts du roi de France inutiles. La cour a toujours été persuadée qnc le cardinal do Richelieu, pour parer ce coup , se ser

vit de l'amour même de Buckiogfaam pour Anne d'Autriche , et qu'on exigea de la reine qu'elle écrivît au duc. Elle le pria, dit on, de différer au moins rembarquement ; et on assure qne la faiblesse de Buckingham l'emporta sur son honneur et sur sa gloire.

Celte anecdote singulière a acquis tant de crédit, qu'on ne peut s'empêcher de la rapporter: elle ne dément m le caractère de Buckingham, ni l'esprit de la cour; et en ellet on ne peut comprendre comment ic duc de Buckingham se borne à faire partir seulement quelque* vaisseaux qui se montrent inutilement, et qui reviennent dans les ports d'Angleterre. Les intérêts publics sont si souvent sacrifiés à des iu triques secrètes , qu'on ue doit point du tout s'étonner que le faible Chirles iar, en feignant alors de protéger la Rochelle, la trahît pour complaire à la passion romanesque et passagère de son favori. Le général Ludlow, qui examina les papiers du roi lorsque le parlement s'en fut rendu maître , assure qu'il a vu la lettre signée Chartes rcx , par laquelle ce monarque ordonnait au chevalier Peunington, commandant de l'escadre, de suivre en tout les ordres du roi de France quand il serait devant la Rochelle, et de couler a fond les vaisseaux anglais dont les capitaines ne voudraient pas obéir. Si quelque chose pouvait justifier la cruauté avec laquelle les Anglais traitèrent depuis leur roi, ce serait un telle lettre.

11 n'est pas moins singulier que le cardinal ait seul commandé au siège , tandis que le roi était retourné à Paris. 11 avait des patentes de général. Ce fut son coup d'essai. 11 montra que la résolution et le génie suppléent à tout; aussi exact à mettre la discipline dans les troupes qu'appliqué dans Paris à établir l'ordre, et l'un et l'autre étant également difficiles. On ne pouvait réduire la Rochelle tant que son port serait ouvert aux flottes anglaises; il fallait le fermer et dompler la mer. Pompe Targon , ingénieur italien, avait , dans la précédente guerre civile , imaginé de construire une estacade, dans le temps que Louis xui voulait assiéger cette ville et que la paix fut conclue. Le cardinal de Ricin lieu suit cette vue; la mer renverse l'ouvrage : il n'en est pas moins ferme à le faire recommencer. Il commanda une digue, dans la mer, d'environ quatre mille sept cents pieds

de long; les vents la détruisent. 11 ne se rebuta pas ; et ayant à la main son Quinte. Curce et la construction de la digue d'Alexandre devant Tyr, il recommence encore la digue. Deux Français , Métézcau et Teriot, mettent la digue en état de résister aux vents et aux vagues.

Louis xiii vient au siège, et y reste depuis le mois de mars i6a8 jusqu'à sa reddition. Souvent présent aux attaques, et donnant l'exemple aux officiers, il presse le grand ouvrage de la digue ; mais il est toujours à craindre que bientôt une nouvelle flotte anglaise ne vienne la renverser. La fortune seconde eu tout cette' entreprise. Le duc de Buckingham, s'étant encore brouillé avec Richelieu, était prêt enfin à partir et à conduire une flotte redoutable devant la Rochelle, lorsqu'un Anglais fanatique , nommé Felton , l'assassina d'un coup de couteau [septembre 1628] , sans que jamais on ait pu découvrir ses instigateurs.

Cependant la Rochelle, sans secours, sans vivres, tenait par son seul courage. La mère et la sœur du duc de Rohan, sou i'i ru nt comme les autres la plus dure disette , encourageaient les citoyens. Des malheureux , prêts à expirer de faim , déploraient leur état devant le maire Guiton, qui répondait : « Quand il ne restera plus qu'un seul homme , il faudra qu'il ferme les portes. •

L'espérance renaît dans la ville à la vue de la flotte préparée par Buckingham, qui parait enlin sous le commandement de l'amiral Lindsey. Elle ne peut percer la digue. Quarante pièces de canon, établies sur un fort de bois dans la mer, écartaient les vaisseaux. Louis se montrait exposé à toute l'artillerie de la (lotte ennemie , dont tous les efforts furent inutiles.

La famine vainquit enfin le courage des Rochellois ; et , après une année entière d'un siège où ils se soutinrent par euxmêmes [a8 octobre 16:18], ils furent obligés de se rendre malgré ic poignard du maire , qui restait toujours sur la table de l'hôtel-dc-ville pour percer quiconque parlerait de capituler. On peut remarquer que ni Louis xm comme roi , ni le cardinal de Richelieu comme ministre, r ni les maréchaux de France en qualité d'officiers de la couronne, ne signèrent la capitulation. Deux maréchaux de camp signèrent. La Rochelle ne perdit pas ses privilèges ; il n'en coûta la vie à personne.

La religion catholique fut établie dans la ville et dans le pays, et ou laissa aux babitans leur calvinisme , la seule chose qui leur resta. (Essai sur (es mœurs,)

ROCROY ( bataille de). — axons* par as grand cordé ( 19 mai 1 643). — Le fort de la guerre était du côté de la Flandre; les troupes espagnoles sortirent des frontières du Hainaut, au nombre de vingtsix mille hommes , sous la conduite d un vieux général expérimenté, nommé don Francisco de Melio. Ils vinrent ravager les frontières de la Champagne; ils attaquèrent Rocroy, et ils crurent pénétrer bientôt jusqu'aux portes de Paris, comme ils avaient lait huit ans auparavant. La mort de Louis xm, la faiblesse d'une minorité, relevaient leurs espérances; et, quand ils virent qu'on ne leur opposait qu'une armée inférieure en nombre, commandée par un jeune homme de vingt-un ans, leur espérance se changea en sécurité.

Ce jeune homme sans expérience , qu'ils méprisaient, était Louis de Bourbon, alors duc d'Enghien, connu depuis sous le nom de Grand Condé. La plupart des grands capitaines sont devenus tels par degrés. Ce prince était né général ; l'art de la guerre semblait en lui un instinct naturel : il n'y avait en Europe que lui et le suédois Torstenson qui eussent eu à vingt ans ce génie qui peut se passer de l'expérience.

Le duc d'Enghien avait reçu , avec la nouvelle de la mort de Louis xm , l'ordre de ne point hasarder la bataille. Le maréchal de l'Hospital , qui lut avait été donné pour le conseiller et pour le conduire, secondait par sa circonspection ces ordres timides. Le prince ne crut ni le maréchal ni la cour; il ne confia son dessein qu'à Gassion , maréchal de camp, digne d'être consulté par lui ; ils forcèrent le maréchal à trouver la bataille nécessaire.

On remarque que le prince, ayant tout réglé Je soir, veille de la bataille, s'endormit si profondément qu'il fallut le réveiller nour combattre. On conte la même chose d'Alexandre. Il est naturel qu'un jeune homme, épuisé des fatigues que demande l'arrangement d'un si grand jour, tombe cosuite dans un sommeil

J)lein ; il l'est aussi qu'un génie fait pour a guerre, agissant sans inquiétude, laisse au corps assez de calme pour dormir.

Le prince g.» >na la bataille par lui-même ,

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