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princes Jacques ot Constantin Sebieski sont captifs N et que Charles* lui répondit : «Comment délivrera- 1 on la république si on ne Sait pas une élection ? » Celte convcrsalion fut 1 'unique brigue qui mit Stanislas sur le trône. Charles prolongea exprès la conférence, pour mieux sonder le génie du jeune député.
Après l'audience , il dit tout haut qu'il n'avait jamais vu d'homme si propre à concilier tous les partis. Il ne tarda pas à s'informer du caractère du palatin Leczinski. Il sut qu'il était plein de bravoure, endurci a la fatigue; qu il couchait toujours sur une espèce de paillasse , n'exigeant aucun service de ses domestiques auprès de sa personne ; qu'il était d'une tempérance peu commune dans ce cli<mat, économe , adoré de ses vassaux, et le seul seigneur peut-être en Pologne qui eût quelques amis , dans un temps ou l'on ne connaissait de liaisons que celles de l'intérêt et de la faction. Ce caractère, qui avait en quelques choses du rapport avec le sien , le détermina entièrement. II dit tout haut après la c onférence : « Voilà un homme qui sera toi. •
Quand le primat de Pologne sut que Charles xu avait nommé le palatin Leczinski , à peu piès comme Alexandre avait nommé Abdolonyme, il accourut auprès du roi de Suède pour tâcher de faire changer cette résolution; il voulait faire tomber la couronne à un Lubomir-kt.
« Mais qu'avec vous à alléguer contre Stanislas Leczinski f » dit le conquérant. «Sue, dit le primat, il est trop jeune. • Le roi répliqua sèchement : « Il est à peu
{>rès de mon âge ; • tourna le dos au préat , et aussitôt envoya le comte de Iloorn signifier à l'assemblée de Varsovie qu'il fallait élire un roi dans cinq jours , et qu'il fallait élire Stântsla* Leczinski. Le comte de H oorn arriva le 7 juillet ; il fixa le jour de l'élection au 13, comme il aurait ordouné le décampement d'un bataillon.
Le cardinal primat, frustré du fruit de tant d'intrigues , retourna à l'assemblée , oii il nemna tout pour faire échouer une élection à laquelle il n'avait point de part. Mais le roi de Suède arriva luimême incognito à Varsovie ; alors il fallut se taire. Tout ce que put faire le primat fut de ne point se trouver à l'élection ; il se réduisit à une neutralité inutile,. ne pouvant s'opposer au vainqueur, et ne voulant pas le seconder.
[i?o4] Le samedi 1a juillet, jour fixé.
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pour Infection , étant venu, an s'assembla à troit heures après midi au Colo, champ destiné pour cette cérémonie : l'évêouo de Posnanie vint présider à rassemblée à la place du cardinal primat. Il arriva suivi des gentilshommes du parti. Le comte de Hoorn et deux autres officiers généraux assistaient publiquement à cette solennité, comme ambassadeurs extraordinaires de Charles auprès de la république. La séance dura jusqu'à neuf heures du soir : l'évèque de Posnanie la finit , en déclarant, au nom de la diète, Stanislas élu roi de Pologne : tous les bonnets sautèrent en l'air, et le bruit des acclamations étouffa le cri des opposans.
Il ne servit de rien au cardinal primat, et à ceux qui avaient voulu demeurer neutres, de s'être absentés de l'élection; il fallut que dès le lendemain ils vinssent tous rendre hommage au nouveau roi : la plus grande mortibcalion qu'ils eurent fut d'être obligés de le suivre au quartier du roi de Suède. Ce prince rendit au souverain qu'il venait de faire tous les honneurs dus à nn roi de Pologne; et, pour donner plus de poids à sa nouvelle diguité, on lui assigna de l'argent et des troupe». (Histoire de Charles XII.)
— itKSXPais pxaiBs Tcacs, en 1709.— Stanislas, n'étant plu* soutenu par la main qui l'avait Tait roi, se trouvant sans argent , et par conséquent sans parti en Pologne, s'était retiré d'abord en Poméranie ; et , ne pouvant plus se conserver son royaume, il avait défendu, autant qu'il l'avait pu, les états de son bienfaiteur. Il avait môme passé en Suède, pour précipiter les secours dont on avait besoin dans la Poméranie et dans la Livonie ; il avait fait tout ce qu'on pouvait attendre de l'ami de Charles xn. En ce temps, le premier roi de Prusse, prince très sage, s'inquiétant avec raison du voisinage des Moscovites , imagina de se liguer avec Auguste et la république de Pologne , pour renvoyer les Russes dans leur pays, et de faire entrer Charles xn lui-même dans ce projet. Trois «grand»
événemens devaient en être le fruit : la paix du Nord , le retour de Charles dans ses états, et une barrière' opposée aux Russes, devenus formidables à l'Europe.
Le préliminaire de ce traité , dont dépendait la tranquillité publique, était l'abdication de Stanislas. Mon seulement Stanislas l'accepta, mais il se chargea d'être le négociateur d'une paix qui lui
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enlevait la couronne; la nécessité, le bien public , la gloire du sacrifice et l'intérêt de Charles, à qui il devait tout, et qu'il aimait , le déterminèrent. Il écrivit à Bender : il exposa au roi de Suède l'état des affaires , les malheurs et le remède : il le conjura de ne point s'opposer à une abdicat.' jti devenue nécessaire par les conjonctures, et honorable par les motifs ; il le pressa de ne point immoler les intérêts de la Suède à ceux d'un ami malheureux qui s'immolait au bien public sans répugnance. Charles xu reçut ces lettres à Varnitza : il dit en colère au courrier, en présence de plusieurs témoins.: «Si mon ami ne veut pas être roi, je saurai bien en faire un autre. >
Stanislas s'obstina au sacrifice que C h ailes refusait. Ces temps étaient destinés a des sentimens et à des actions extraordinaires. Stanislas voulut aller luimême fléchir Charles;. et il hasarda pour abdiquer un trône, plus qu'il n'avait fait pour s'en emparer. Il se déroba un jour, à dix heures du soir, de l'armée suédoise qu'il commandait en Poméranie ,et partit avec le baron Sparre, qui a été depuis ambassadeur en Angleterre et en France, et avec un autre colonel. Il prend le nom d'un Français nommé Haran , alors major au service de Suède , et qui est mort commandant de Dantzick. Il côtoie toute l'armée des ennemis; arrêté plusieurs fois, et relâché sur un passe «port obtenu au nom de Haran, il arrive enfin, après bien des périls, aux frontières de Turquie.
Quand il est arrivé en Moldavie, il renvoie à son armée le baron Sparre, entre danslassi , capitale de la Moldavie, se croyant en sûreté dans un pavs où lé roi de Suède avait été si respecte ; il était bien loin de soupçonner ce qui se passaà alors.
On lui demande qui il est : il se dit major d'un régiment au service de Charles xu. On l'arrête à ce seul nom; il est mené devant le hospodar de Moldavie, qui, sachant déjà par les galettes que Stanislas s'était éclipsé de son armée , concevait quelques soupçons de la vérité. On lui avait dépeint la figure du roi, très aisé à reconnaître à un visage plein et aimable, et à un air de douceur asses rare.
Le hospodar l'interrogea , lui fit beaucoup de questions captieuses * et enfin loi àemanda quel emploi il avait dans l'armée suédoise. Stanislas et le hospod»
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parlaient latin. Major î«m, lui dit Stanislas ; Imà , maximus es , lui répondit le Moldave : et , aussitôt lui présentant un fauteuil, il le traita en roi; mais aussi il le traita en roi prisonnier, et on lit une garde exacte autour d'un couvent grec, dans lequel il lut obligé de rester jusqu'à ce qu'on eût des ordres du sultan. Les ordres vinrent de le conduire à Bender, dont on fesait partir Charles.
La nouvelle eo vint au bâcha dans le temps qu'il accompagnait le chariot du roi de Suède. Le bâcha le dit à Fabrice : celui-ci, «'approchant du chariot de Charles xu, lui apprit qu'il n'était pas le seul roi prisonnier entre les mains des Turcs, et que Stanislas était à quelques milles de lui, conduit par des soldats. «Courez à lui, mon cher Fabrice, lui dit Charles, sans se déconcerter d'un tel accident : dites-lui bien qu'il ne fasse jamais de paix avec le roi Auguste ; assurez-le que dans peu nos affaires changeront. ■ Telle était l'inflexibilité de Charles dans ses opinions , que , tout abandonné qu'il était en Pologne, tout poursuivi dans ses propres états, tout captif dans une litière turque , conduit prisonnier sans savoir où on le menait, il comptait encore sur sa fortune, et espérait toujours un secours de cent mille nommes de la Porte Ottomane. Fabrice courut s'acquitter de sa commission , accompagné d'un janissaire, avec la permission du bâcha. Il trouva a quelques milles le gros de soldats qui conduisait Stanislas : il s'adressa au milieu d'eux à un cavalier vêtu à la française et assez mal monté, et lui demanda en allemand où était le roi de Pologne? Celui à qui il parla était Stanislas lui-même , qu'il n'avait pas reconnu sous ce déguisement. « Hé quoi ! dit le roi, ne vous souvenez-vous donc plus de moi? «Alors Fabrice lui apprit le triste état où était le roi de Suède et la fermeté inébranlable, mais inutile , de ses desseins.
Quand Stanislas fut près de Bender , le bacba qui revenait, après avoir accompagné Charles xu quelques milles , envoya au roi polonais un cheval arabe avec un harnais magnifique.
Il fut reçu dans Bender au bruit de l'artillerie ; et, à la liberté près qu'il n'eut pas d'abord, il n'eut point à se plaindre du traitement qu'on lui fit \ Cependant
* Le bon chapelain Horberg prétend qu'on «e
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on conduisit Charles sur le chemin d'Andrinople. Cette ville était déjà remplie du bruit de son combat. Les Turcs le condamnaient et l'admiraient; mais le divan irrité menaçait déjà de le reléguer dans une île de l'Archipel.
Le roi de Pologne Stanislas, qui m'a fait l'honneur de m 'apprendre la plupart de ces particularités, m'a confirmé aussi qu'il fut proposé dans le divan de le confiner lui-même dans une île de la Grèce ; mais, quelques mois après, le grandseigneur adouci le laissa partir.
( Histoire de Charles XII. )
STORCK et MUNCER. — jettent lus
FONDRMBNS DB l/ANABAPriSUB BN l5a3.
Deux fanatiques , nommés Storck et Muncer, nés en Saxe, se servirent de quelques passages de l'Ecriture , qui insinuent qu'on n'est poùit disciple dn Christ sans être inspiré : ils prétendirent l'être.
[i5a5] Ce sont les premiers enthousiastes dont on ait ouï parler dans ces temps-là. Us voulaient qu'on rebaptisât les enfans, parce que le Christ avait été baptisé étant adulte : c'est ce qui leur procura le nom d'anahaptisles. Ils se dirent inspirés , et envoyés pour réformer la communion romaine et ia luthérienne, et pour faire périr quiconque s'opposerait à leur Evangile, se fondant sur ces paroles : « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. «
Luther avait réussi à faire soulever les princes, les seigneurs, les magistrats, contre le pape et les évéques. Muncer souleva les paysans contre tous ceux-ci. Lui et ses disciples s'adressèrent aux habitans des campagnes en Suahe, en Misnie, dans la Thuringe , dans la Francooie. Ils développèrent cette vérité dangereuse qui est dans tous les cœurs : c'est que les hommes sont nés égaux , et que , si les
!>apes avaient traité les princes en sujets, es seigneurs avaient traités les paysans en bêtes. A la vérité , le manifeste de ces sauvages, au nom des hommes qui cultivent la terre, aurait été signé par Lycurgue : ils demandaient qu'on ne levât sur eux que les dîmes des grains;' qu'une partie fût employée au soulage* ment des pauvres ; qu'on leur permît la
contredit ici, en diiant que le roi Stanisla* fut retenu en prisonnier et «rvi en roi dan* Bender, Commentée pauvre homme ne ▼ oyait-il pat qu'on peut être à la foi* honoré et
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chasse et la pèche pour se nourrir; que l'air et l'eau fussent libres ; qu'on modérât les corvées ; qu'on leur laissât du bois pour se chauffer. Ils réclamaient les droits en genre humain ; mais ils les soutinrent en bêtes féroces.
Les cruautés que nous avons vues exercées par les communes de France et en Angleterre , du temps des rois Charles vi et Henri v , se renouvelèrent en Allemagne , et furent pins violentes par l'esprit du fanatisme, tluncer s'empare de Muihausen en Thuringe en préchant l'égalité , et fait porter à ses pieds l'argent des habitan» en prêchant le désintéressement. [i5a5] Les paysans se soulèvent de la Saxe jusqu'en Alsace : ils massacrent les gentilshommes qu'ils rencontrent ; iU égorgent une fille bâtarde de l'empereur Maximilien i". Ce qui est très remarquable , c'est qu'à l'exemple des anciens esclaves révoltés qui, se sentant incapables de gouverner, choÏMirent pour leur roi le seul de leurs maîtres échappé au carnage, ces paysans mirent à leur tète un gentilhomme.
|ls ravagèrent tous les endroits où ils pénétrèrent, depuis la Saxe jusqu'en Lorraine; mais bientôt ils eurent le sort de tous les attroupemens qui n'ont pas un chef habile : après avoir fait des maux a Dreux, ces troupes furent exterminées par des troupes régulières. [i5a5] Mnocer, qui avait voulu s'ériger en Mahomet, périt à Muihausen sur l'échafaud. Luther, qui n'avait point eu de part â ces emportement , mais qui en était pourtant malgré lui le premier principe , puisque le premier il avait franchi la barrière de la soumission, ne perdit rien de son crédit, et n'en fut pas moios le prophète de sa patrie.
( Essai sur le$ mœurs. ) STfULSUNl) (siège de). — cmaixs xii y xst sursaut ( so octobre t7i5). — Stralsuud , ville devenue fameuse en Europe par le siège qu'y soutint le roi de Suède , est la plus forte ville de la Poraéranie. Elle est bâtie entre la mer Baltique et le lac de Franken , sur le détroit de Gella : on n'y peut arriver de terre que sur une chaussée étroite , défendue par une citadelle et par des rciranchemens qu'on croyait inaccessibles. File avait une garnison de près de neuf mille hommes, et de plus le roi de Suède lui-même. Les rois de Dancmarck et de Prusse entreprirent ce siège avec une armée de
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trente-six mille hommes, composée de Prussiens , de Danois et de Saxons.
L'honneur d'assiéger Chrles xu était un motif si pressant, qu'on passa par des sus tout les obstacles, et qu'on ouvrit ta tranchée la nuit du 19 au ao octobre de cette année 1715. Le roi de Suède, dans le commencement du siège , disait qu'il ne comprenait pas comment une place bien fortifiée , et munie d'une garnison suffisante, pouvait être prise. Ce n'est pas que , dans le cours de ses conquêtes passées, il n'eût pris plusieurs places, mais presque jamais par un siège régulier; la terreur dé ses armes avait alors tout emporté : d'ailleurs il ne jugeait pas des autres par lui-même , et n'estimait pas assez ses ennemis. Les assiégeans pressèrent leurs ouvrages avec une activité et des efforts qui furent secondés par un hasard très singulier.
On sait que la mer Baltique n*a ni (lux ni reflux. Le retranchement qui couvrait la ville, et qui était appuyé, du côté de l'occident, â un marais impraticable, et, du côté de l'orient, à la mer, semblait hors de toute insulte. Personne n'avait fait attention que , lorsque les vents d'occident soufflaient avec quelque violence, ils refoulaient les eaux de la mer Baltique vers l'orient , et ne leur laissaient que trois pieds de profondeur vers ce retranchement , qu on eût cru bordé d'une mer impraticable. Un soldat, s'etaot laissé tomber du haut du retranchement dans la mer, fut étonné de trouver fond : il conçut que cette découverte pourrait faire sa fortune: il déserta, et alla au quartier du comte de Wackerbartb, général des troupes saxonnes , donner avis qu'on pouvait passer à gué , et pénétrer sans peine au relranchementdes Suédois.
Le rot de Prusse ne larda pas à profiter de l'avis.
Le lendemain donc, à minuit, le vent d'occident soufflant encore, le Meotenantcolonel Koppen entra dans l'eau , suivi de dix-huit cents hommes : deux mille s'avançaient en même temps sur la chaussée qui conduisait à ce retranchement :
toute l'artillerie des Prussiens tirait, et les Prussiens et les Danois donnaient l'alarme d'un autre côté.
Les Suédois se crurent sûrs de renverser ces deux mille hommes qu'ils voyaient venir si témérairement en apparence sur la chaussée; mais tout â coup Koppen, avec ses dix-huit cents hommes, eotrt
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dans le retranchement du côté de Ja mer. Les Suédois, entourés et surpris, ne purent résister. Le poste fut enlevé après un grand carnage. Quelques Suédois s'enfuirent vers la ville ; les assiégeans les? poursuivirent : ils entraient pêle-mêle avec les fuyards : deux officiers et quatre soldats saxons étaieut déjà sur le pont-levis; mais on eut le temps de le lever : ils furent pris, et la ville fut sauvée pour cette fois. , On trouva dans ces retranchemens ving t-
3uatre canons, que l'on tourna contre tralsund. Le siège fut poussé avec l'opiniâtreté et la confiance que devait donner ce premier succès. On canonna et on bombarda la ville presque sans relâche.
Vis-à-vis de S tralsund, dans la mer Baltique, est l'île de Rugen, qui sert de rempart à cette place, et où la garnisoa et les bourgeois auraient pu se retirer s'ils avaient eu des barques pour les transporter. Cette ile était d'une conséquence extrême pour Charles : il voyait bien que, si les ennemis en étaient les maîtres, il se trouverait assiégé par terre et par mer; et que, selon toutes les apparences, il serait réduit, ou à s'ensevelir sous les ruines de Stralsund , ou à se voir prisonnier de ces mêmes ennemis qu'il avait si longtemps méprisés, et auxquels il avait imposé des lob si dures. Cependant le malheureux état de ses affaires ne lui avait pas permis de mettre dans Rugen une garnison suffisante; il n'y avait pas plus de deux mille hommes de troupes.
Ses ennemis fesaieut depuis trois mois toutes les dispositions nécessaires pour descendre dans cette lie, dont l'abord est très difficile ; cnGu ayant fait construire des barques , le prince d'Anhalt, à l'aide d'un temps favorable, débarqua dans Rugen, le i5 novembre, avec douze mille hommes. Le roi présent partout «tait dans cette ile ; il avait joint ses deux mille soldats , qui étaient retranchés près d'un petit port , à trois lieues de l'endroit où l'ennemi avait abordé ; il se met à leur tête, et marche au milieu de la nuit dans un silence profond. Le prince d'Anhalt avait déjà retranché ses troupes, par une précaution qui semblait inutile. Le» officiers qui commandaient sous lui ne s'attendaient pas d'être attaqués la nuit même, et croyaient Charles xu à Stralsund ; mais le prince d'Anhalt , qui savait de quoi Charles était capable, avait fait creuser un fossé profond, bordé de che-
vaux de frise , et prenait toutes ses sûretés , comme s'il eût eu une armée supérieure en nombre à combattre.
A deux heures du matin Charles arrive aux ennemis sans faire le moindre bruit. Ses soldats se disaient les uns aux autres: Arrachez les chevaux de frise. Ces paroles furent entendues des sentinelles :
l'alarme est donnée aussitôt dan» le camp, les ennemis se mettent sous les armes. Le roi ayant ôté les chevaux de frise, vit devant lui un large fossé : Ah! dit-il , est-il possible ! je ne m'y attendais fa*. Cette surprise ne le découragea point : il ne savait pas combien de troupes étaient débarquées : ses ennemis ignoraient de leur côté à quel petit nombre ils a valent affaire. L'obscurité delà nuit semblait favorable à Charles : il prend son parti sur-le-champ : il se jette dans le fossé , accompagné des plus hardis, et suivi en un instant de tout le reste ; les chevaux de frise arrachés , la terre éboulée , les troncs et les branches d'arbres qu'on put trouver, les soldats tués par les coups de mousquet tirés au hasard , servirent de fascines. Le roi , les généraux qu'il avait avec lui, les officiers et les soldats les plus intrépides, montent sur l'épaule les uns des autres, comme à un assaut. Le combat s'engage dans le camp ennemi. L'impétuosité suédoise mit d'abord le désordre parmi les Danois et les Prussiens ; mais le nombre était inégal : les Suédois furent repoussés après un quart d'heure de combat , et repassèrent le fossé. Le prince d'Anhalt les poursuivit alors dans la plaine ; il ne savait pas que dans ce moment c'était Charles xu lui-même qui fuyait devant lui. Ce roi malheureux rallia sa troupe en plein champ , et le combat recommença avec une opiniâtreté égale de part et d'autre. Grotliuscn , le favori du roi, et le général Dardof, tombèrent morts auprès de lui.
Charles en combattant passa sur le corps de ce dernier qui respirait encore. During, qui l'avait seul accompagné dans son vOyage de Turquie à Stralsund, fut tué à ses veux.
Au milieu de cette mêlée, un lieutenant danois , dont je n'ai jamais pu savoir le nom, reconnut Charles, et lui saisissant d'une main sou épée, et de l'autre le tirant avec force par les cheveux : ■ Rendez-vous , sire , lui dit-il , ou je vous tue.» Charles avait à sa ceinture un pUtolet : il le tira de la main gauche sur cet officier, qui en mourut le lendemain matin. Le
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nom du roi Charles, qu'avait prononcé ce Danois, attira en un instant une foule d'ennemi*. Le roi fut entouré. Il reçut un coup de fusil au dessous de la mamelle gauche : le coup, qu'il appelait une contusion, enfonçait de deux doigt». Le roi était à pied , et près d'être tué ou pris. Le comte Poniatowski combattait dans ce moment auprès de sa personne. 11 lui avait sauvé la vie à Pult.iwa; il eut le bonheur de la lui sauver encore dans ce combat de Rugcn , et le remit à cheval.
Les Suédois se retirèrent vers un endroit de l'île nommé Allefcrre, où il y avait un fort dont ils étaient encore maîtres. De là le roi repassa à Stralsund, obligé d'abandonner les braves troupes qui l'avaient si bien secondé dans cette entreprise ; elles furent faites prisonnières de guerre deux jouis après.
Parmi ces prisonniers se trouva ce malheureux régiment français, composé des débris de la bataille d'Iiochstet, qui avait passé au service du roi Auguste, et de là à celui dû roi de Suède : la plupart des soldats furent incorporés dans un nouveau régiment d'un fils du prince d'Anhalt , qui fut leur quatrième maître. Celui qui commandait dans Rugen ce régiment errant, était alors ce même comte de Villelongue, qui avait si généreusement exposé sa vie à Andrînople pour le service de Cbarlcs xu. 11 fut pris avec sa troupe , et ne fut ensuite que très mal récompensé de tant de services, de fatigues et de malheurs.
Le roi, après tous ces prodiges de valeur qui ne servaient qu'à affaiblir ses forces, renfermé dans Stralsund, et près d'y être forcé, était tel qu'on l'avait vu à Bcnder. Il ne s'étonnait de rien ; le jour il fesait faire des coupures et des retranche mens derrière les murailles; la nuit il fesait des sorties sur l'ennemi : cependant Stralsund était battu en brèche ; les bombes pleuvaient sur les maisons; la moitié de la ville était en cendres : les bourgeois, loin de murmurer, pleins d'admiration pour leur maître , dont les fatigues, la sobriété et le courage les étonnaient, étaient tous devenus soldats sous lui. Ils raccompagnaient dans les sorties ; ils étaient pour lui une seconde garnison.
Un jour que le roi dictait des lettres pour la Suède à un secrétaire , une bombe tomba sur la maison, perça le toit, et vint
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éclater près de la chambre même du roi. La moitié du plancher tomba en pièces ; le cabinet où le roi dictait étant pratiqué en partie dans une grosse muraille , ne souffrit point de l'ébranlement; et, par un bonheur étonnant , nul des éclats qui sautaient en l'air n'entra dans ce cabinet, dont la porte était ouverte. Au bruit de la bombe , et au fracas de la maison qui semblait tomber, la plume échappa des mains du secrétaire. « Qu'y a-t-il donc? lui dit le roi d'un air tranquille ; pourquoi n'écrivez-vous pas f » Celui-ci ne put répondre que ces mots : «Eh! sire, /a bombe ii — « Hé bien! reprit le roi, qu'a de commun la bombe avec la lettre que je vous dicte? Continuez. »
11 y avait alors dans Stralsund un ambassadeur de France enfermé avec le roi de Suède : c'était un Colbert , comte de Croissy. lieutenant général des armées de France , frère du marquis de Torcy, célèbre ministre d'état, et parent de ce fameux Colbert dont le nom doit être immortel en France. Envoyer un homme à la tranchée ou en ambassade auprès de Charles xu, c'était presque la même chose. Le roi entretenait Croissy des heures entières dans les endroits les plus exposés, pendant que le canon et \es bombes tuaient du monde à côte et derrière eux , sans que le roi s'aperçût du danger, ni que l'ambassadeur voulût lui faire seulement soupçonner qu'il y avait des endroits plus convenables pour parler d'affaires. Ce ministre fit ce qu'd put avant le siège pour ménager un accommodement entre les rois de Suède et tic Prusse; mais celui-ci demandait trop, et Charles xu ne voulait rien céder. Le comte de Croissy n'eut donc dans son ambassade d'autre satisfaction que celle de jouir de la familiarité de cet homme singulier. Il couchait souvent auprès de lui sur le même manteau : il avait, en partageant ses dangers et ses fatigues, acquis le droit de lui parler avec liberté. Charles encourageait cette hardiesse dans ceux qu'il aimait ; il disait quelquefois au comte de Croissy: Veni, matedieamxn de rege : « Allons, disons un peu de mal de Charles xn. » C'est ce que cet ambassadeur m'a raconté.
Croissi resta jusqu'au i3 novembre dani la ville; et enfin, ayant obtenu des ennemis la permission de sortir avec ses bagages, il prit congé du roi de Suède, qu il laissa au milieu des raines de Stral-
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*und,arec une garnison dépérie des deux tiers, résolu de soutenir un assaut.
Eo effet , on en donna un deux jours après à l'ouvrage à corne. Le* ennemis s'en emparèrent deux foi», et en lurent deux fois chassés. Le roi y combattit toujours parmi les grenadiers* : enfin le nombre prévalut ; les assiégeant en demeurèrent les maîtres. Charles resta encore deux jours da os la ville , attendant à tout moment un assaut général. II s'arrêta le 19 jusqu'à minuit sur un petit ravelin tout ruiné par les bombes et par le canon ; le jour d'après , les officiers principaux le conjurèrent de ne plu* rester dans une place qu'il n'était plus question de défendre; mais la retraite était devenue aussi dangereuse que la place môme. La mer Baltique était couverte de vaisseaux moscovites et dauois. On n'avait dans le port de Stralsund qu'une petite barqueà voiles et à rames. Tant de périls qui rendaient cette retraite glorieuse, y déterminèrent Charles. 11 s'embarqua , la nuit du ao décembre 171 5, avec dix personnes seulement. Il fallut casser la glace dont la mer était couverte dans le port: ce travail pénible dura plusieurs heures avant que la barque put voguer librement. Les amiraux ennemis avaient des ordres précis de ne point laisser sortir Charles de Stralaund, et de le prendre mort ou vif. Heureusement ils étaient sous le vent, et ne purent l'aborder; il courut un danger encore plus grand en passant à la vue de l'île de ltugen, près d un endroit uommé la Ha bette, où les Danois avaient élevé une batterie de douze canons. Ils tirèrent sur le roi» Les matelots lésaient force de voiles, et de rames pour s'éloigner : un coup de canon tua deux hommes à côté de Charles; un autre fracassa le mât de la barque. Au milieu de ces dangers , le roi arriva vers deux de ses vais • seaux qui croisaient dans la mer Baltique. Dès le lendemain Slralsund se rendit; la garnison fut faite prisonnière de guerre; et Charles aborda a Jstcd en Scanie, et de là se rendit à Carelscroon , dans un état bien autre que quand il en partit quinze ans auparavant sur un vaisseau de cent vingt canons pour aller dont.er des lois au Word. (Histoire de Chât ies XII.) STRAFFORD (le comte de). —sa fin
MAGffAKIM* SOUS CHARLES l*r d'aNCLSTEURK
15 164 ». — La chambre des communes ne regardait pas les Ecossais comme des ennemis , mais comme des frères qui lui
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enseignaient à défendre ses privilèges. Le roi ne recueillit d'elle que des plaintes amères contre tous les moyens dont il se servait pour avoir dos secours qu'elle lui refusait. Tous les droits que le roi s'était arrogés furent déclarés abusifs : impôt de tonnage et pontage, impôt de marine, vente de privilèges exclusifs à de» marchands , logement de soldats par billets chez les bourgeois, enfin tout ce qui gênait la liberté publique. On ae plaignit surtout d'une cour de justice nommée la. Chambre èloiiie , dont les arrêts avaient condamné trop sévèrement plusieurs ci toyens. Charles cassa ce nouveau parlement , et aggrava aiusi les griefs de la nation.
11 semblait que, Charles prît à tache de révolter tous les esprits ; car , au lieu de ménager la ville de Londres dans des circonstances si délicates , il lui fit intenter un procès devant la Chambre éloMèe, pour quelques terres en Irlande, et la fit condamner à une amende considérable. 11 continua à exiger toutes les taxes contre lesquelles le parlement s'était récrié. Un roi despotique, qui en aurait usé ainsi, aurait révolté ses sujets; à plus forte raison un roi d'une monarchie limitée. Mal secouru par les Anglais, secrètement in*
Suie té par les intrigues du cardinal de ichelieu , il ne put empêcher l'armée des puritains écossais de pénétrer jusqu'à INewcastle. [»64o} Ayant ainsi préparé ses malheurs , il convoqua enfin le parlement , qui acheva sa ruine.
Cette assemblée commença , comme toutes les autres » par lui demander la réparation des griefs, abolition de la Chambre étoilec , suppression des impôts arbitraires , et particulièrement de celui de la marine ; enfin elle voulut que le parlement fût convoqué tous les trois ans.
Charles, ne pouvant plus résister, accorda tout. Il crut regagner son autorité en pliant, et il se trompa. Il comptait que son parlement l'aiderait à se venger des Ecossais, qui avaient fait une irruption en Angleterre; et ce même parlement leur Gt présent de trois cent mille livres sterling pour les récompenser de la guerre civile. 11 se flattait d'abaisser en Angleterre le parti des puritains, et presque toute la chambre des communes était puritaine. Il aimait tendrement le comte de Straltbrd , dévoué si généreusement à son service; et la chambre des communes, pour ce dévouement môme, accusa StraX->
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lord de bante trahison. On lui imputa qu iqnes malversations inévitable» dan* ces temps de troubles , mais commises toutes pour te service du roi, et surtout effacée» par ia grandeur d'àme avec lamiellé il l'avail secouru. Lee pairs le condamnèrent; il fallait le consentement du roi pour l'exécution. Le peuple féroce demandait ce sang a grands cris. Strafford poussa la vertu jusqu'à supplier luimême 1> roi dtî consentir à sa mort ; et le coi poussa la faiblesse jusqu'à ligner cet acte fa'al ['64']* qui apprit aux Anglais à répaaiire un sanp plus précieux. On ne voit point dans les grands hommes de Plutarque une telle magnanimité dans un citoyen , ni une telle faiblesse daus un monarque. ( Et Mai sur Us mœurs. ) STKEUTZ , milice moscovrite. —
ai VOLTS OR OBTTK TROC PB XR ifiBl. — La
Srincessc Sophie , la troisième des filles u premier lit du czar Alexis, princesse d'un esprit aus*i supérieur que dangereux, ayant vu qu'il restait à son frère Pœdor |»eu de temps à vivre, ne prit point le parti du couvent ; et, se trouvant entre ses deux autre* tiré es qui n> pouvaient gouverner, l'un par son iucapacité, ('autre par son enfance, elle couçùt le des» sein de se mettre a la tête de l'empire : elle voulut , dans les derniers temps de la vie du czur Fœdor, renouveler le rôle que joua autrefois Purehére avec l'cmpereur Théodose , son frère.
A peine Fœdor fut-il expiré que la nomination d'un prince de dix ans au trône, l'exclusion de rainé, et les intrigues de la princesse Sophie, leur sœur, excitèrent dans le corps 'des strélilz une des plus sanglantes révoltes. Le* janissaires ni les ardes prétoriennes ne furent jamais si arbares. D'a'.ord , deux jours après les obsèques du czar Pœdor, ils courent en armes au Kremelin ; c'est, comme on sait, le palais des csars à Moscou : ils commencent par se plaindre de neuf de leurs colonels qui ne les avaient pas assez exactement payés. Le ministère est obligé de casser les colonels, et de donner aux strélitz l'argent qu'ils demandent. Ces soldats ne sont pas contins; ils veulent qu'on leur remette les neuf officiers , et les condamnent, à la pluralité des voix, au supplice qu'on appelle des ixUogues.
Yoici comme on inflige ce supplice
On dépouille nu le patient; on le couche sur le ventre , et deux bourreaux le frappent sur le dtos avec des baguettes
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jusqu'à bc que le juge dise : C'est assez . Lis colenels, ainsi tcaiiés par. leurs soldats, forent ncore obligés de les remercier, selon l'usage oriental de» criminels, qui, après avoir été punis, baisent la main de leurs juges ; il» ajoutèrent à leurs remercinsens une somme d'argent, ce qui n'était pas d'usage.
Tandis que les stréKtz commençaient ainsi a se faire craindre, la princesse 80-
[►lue, qui les animait sous main pour rs conduire de crime en crime, convoquait chez elle une assemblée des princesses du sang , des généraux d'armée, des boyards, du patriatctie, des évèques et même de» principaux marctiand* : elle leur représentait que le prince Ivan, far son droit d'aiuesse et par son mérite, devait avoir l'empire , dont elle espérait en secret tenir les rêne*. Au sortit' de l'assemblée , elle fait promettre aux strélitz une augmentation de paie et des préseus. Ses émissaires excitent surtout la soldatesque contre la famille des Nari-km , et principalement contre les deux INarnkin, frères delà jeu. eczarine douairière, mère de Pierre On persuade aux atréillz qu'un de ce» frères, nommé Jean, a pris la robe du czar, qu'il s'est iuîs»i;r le trône, et qu'il a Voulu étouffer le prince Iran; on ajoute qu'un malheureux médecin hollandais, nommé Daniel Vangad , a empoisonné le czar Fœdor. Enfin Sophie fait remettre entre leurs mains une liste de quarante seigneurs qu'elle appelle leurs ennemis et creux de l'Etat* et qu'ils doivent massacrer. Rien ne ressemble plus aux proscriptions de Srlia et des triumvirs de Rome.Christieni i» les avait renouvelées en Danemarck et en Suède.
On voit par la que ces horreurs sont de tout pays dan» les temps de trouble et d'anarchie.
On jette d'abord par les fenêtres les knès Dolgorouki et M«ffl:u : les ttnlitz les reçoivent sur la pointe de leurs piques, les dépouillent et le» traînent sur la grande place; aussitôt ils entrent dans le palais, ils y trouvent un des oncles du czar Pierre, Athaoase N ariskin, frère de la jeune czariue ; ils le massacrent de la même manière ; ils forcent les portes d'une église voisine où trois proscrits s'étaient réfugiés ; ils les arrachent de l'autel , les dépouillent et les assassinent à coups de couteau.
Leur fureur était si aveugle que, voyant passer un jeune seigneur de la maison de
Soltikof qu'ils aimaieot , et qui n'était point sur la liste des proscrits, quelquesuns d'eux ayant pris ce jeune homme pour Jean Nariskin uu'ils cherchaient, il* le tuèrent sur-le-champ. Ce qui découvre bien le» mœurs de ces temps-là , c'est qu'ayant reconnu leur erreur, ils portèrent le corps du jeune Soltikof a son père pour l'enterrer; et Je père malheureux , loin d\>ser se plaindre, leur donna des récompense)» pour lui avoir rapporté Je corps sanglant d*- sou fils. Sa femme, ses tilles et l'épouse du mort lui reprochèrent sa faiblesse. « Attendons le temps de la vengeance, • leur dit le vieillard. Quelques strélitx entendirent ces paroles, ils rentrent furieux dans la chambre , traînent le père par les cheveux , et l'égorgeut a la pot te de sa maison.
D'autres stréliU vont chercher partout le médecin hollandais Vangad; ils rencontrent sou 61s , ils hji demandent où est son père ; le jeune homme , en tremblant, répond qu'il l'ignore, et sur cette réponse il est égorgé. Ils trouvèrent un autre médeciu allemand: «Tu es médecin, lui disent ils; si tu n'as pus empoisonné notre maître Fanlor, tu en as empoisonné d'auUes; tu mérites bien la mort; » et ils le tuent.
Enfin , ils trouvent le Hollandais qu'Us cherchaient; il s'était déguisé en mendiant ; ils le trament devant le Palais; les priucesses, qui aimaient ce bon homme, et qui avaieut confiance en lui, demandent grâce aux strélitx, en les assurant qu'il est un fort bon médecin, et qu'il a très bien traité leur frère Fetdor. Les strélitx répondent que non seulement il mérite la mort comme médecin, mais aussi comme sorcier, et qu'ils ont trouvé chez lui un grand crapuud séché et une peau de serpent. Ils ajoutent qu'il leur faut absolument livrer le jeune Ivan Na~ xiskin, qu'Us cherchent en vain depuis deux jours, qu'il est sûrement caché dans le palais, qu'ils y mettront le feu si on ne leur donne leur victime. La soeur d'Ivan Nariskin, les antres princesses épouvantées vont dans la retraite où Jean Nariskin est caché ; le patriarche le confesse, lui donne le viatique et l'extré nu -onction ; après quoi il prend une image de ia Vierge qui passait pour miraculeuse ; il mène par la main le jeune homme , et s'avance aux strélitx en leur montrant l'image de la Vierge. Les princesses en larmes entourent Nariskin, se
mettent a genoux devant les soldats, le» conjurent, au nom de la Vierge, d'accorder la vie à leur parent; mais les sol- ■ dats l'arrachent des mains des princesses , ils le traînent au bas des escaliers avec Vangud : alors ils forment entre eux une espèce de tribunal : ils appliquent à la question Nariskin et le médecin. Un d'entre eux, qui savait écrire, dresse un procès verbal; ils condamnent les deux infortunés à être hachés en pièces; c'est un supplice usité à la Chine et en Tartarie pour les parricides : on l'appelle le supplice des dix mille morceaux. Après avoir ainsi traité Nariskin et Vangad, ils exposent leurs tètes, leurs pied» et leurs mains sur les pointes de fer d'une balustrade.
Pendant qu'ils assouvissaient leur foreur aux yeux des princesses, d'autres massacraient tous ceux qui leur étaient odieux, ou suspects à Sophie.
[Juin 168a] Cette exécution horrible finit par proclamer souverains les deux princes Ivan et Pierre, en leur associant leur soeur Sophie en qualité de co- régente. Alors elle approuva tous leurs crimes et les récompensa , confisqua les biens des
Kroscrits , et les donna aux assassins ; elle sur permit même d'élever un monument , sur lequel ils firent graver les noms de ceux qu'ils avaient massacrés comme traîtres à la patrie ; elle leur donna enfin des lettres patentes par lesquelles elle les remerciait de leur zèle et de leur fidélité.
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SUISSE. FONDATION OS Si LFBSHTé
xm xhtyj. — De tons les pays de l'Europe , celui qui avait le plus conservé la simplicité et la pauvreté des premiers âges était la Suisse. Si elle n'était pas devenue libre, elle n'aurait point de place dans l'histoire du monde ; elle serait confondue avec tant de provinces plus fertiles et plus opulentes , qui suiveot le sort des royaumes où elles sont enclavées. On ne s'attire l'attention que quand on est quelque chose par soi-même. Un ciel triste, un terrain pierreux et ingrat , des mon ta eues , des précipices , c'est la tout ce que la nature a fait pour les trois quarts de cette contrée. Cependant on se disputait la souveraineté de ces rochers avec la même fureur qu'on s'égorgeait pour avoir le royaume de Naples ou l'Asie Mineure.
Dans ces dix-huit ans d'anarchie où l'Allemagne fut sans empereur, des sei-