‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 164 sur 183 · TOU · texte numérisé non relu

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est triste ou'ou ne nous ait pas conservé les noms de ces députés. On sait seulement qu'ils présentèrent à genoux une supplique au roi, dans laquelle ils disaient : «C'est grande abomination d'ouïr que ce Boniface entende malcment, comme bougre , cette parole d'espérituihté : Ce tpte tu iierae en terre sera é\9mt eiei; comme si cela signifiait que,1 sTl mettait un homme en prison temporelle , Dieu , pour ce , le mettrait en prison au ciel. »

Au reste , il faut que le tiers-état ait fait rédiger ces paroles par quelque clerc ; elles Curent envoyées à Rome en latin : car à, Rome on n entendait pas le jargon grossier des Français ; et ces paroles furent sans doute traduites depuis en français thiois, telles qoè nous les voyons.

Les communes entraient dès lors au parlement d'Angleterre : ainsi les rois de France ne firent qu'imiter une coutume utile déjà établie chez leurs voisins. Les assemblées de la nation anglaise continuèrent toujours sous le nom de parlemens ; et les parlemens de France continuèrent sous le nom d'états généraux.

( Essai sur (es mœurs.)

TOULOUSE (concile de). — ibtboduît

E<1 FRANCK LA SAINT! INQUISITION KN itij.

— Dans ce concile on fit brûler les ouvrages d'Aristote , c'est-à-dire deux ou trois exemplaires qu'on avait apportés de Gonstantinople dans les premières croisades , livres que personne n'entendait , et sur lesquels on s'imaginait que l'hérésie des Languedociens était fondée. Des conciles suivans ont mis Aristote presqu'à côté des pères de l'église. C'est ainsi que vous verres, dans ce vaste tableau des démences humaines, les sentimens des théologiens, les superstitions des peuples, le fanatisme, variés sans cesse, mais toujours constans à plonger la terre dans l'abrutissement et fa calamité, jusqu'au temps où quelques académies, quelques sociétés éclairées ont fait rougir nos contemporains de tant de siècles de barbarie.

Mais ce fut bien pis quand le roi eut la faiblesse de permettre qu'il y eût dans son royaume un grand inquisiteur nommé par le pape. Ce fut le cordelier Robert oui exerça ce pouvoir nouveau , d'abord dans Toulouse, et ensuite dans d'autres provinces. .

Si ce Robert n'eût été qu'un fanatique, il y aurait eu dn moins dans son ministère

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une apparence da sèle, qui eût excusé ses fureurs aux yeux de* simples; mais c'était un apostat qui couduisait arec lui une femme perdue ; et , pour mettre le comble à l'horreur de sou ministère, celte femme était elle-même hérétique. C'est ce que rapportent Matthieu Pâris et $uusk, ce qui est prouvé dans le Spioi- \fegium de Luc d' A chéri.

, Le roi saint Louis eut le malheur de t lui permettre d'exercer ses fonctions d'inquisiteur à Paris , en Champagne, en Boulogne et en Flandre. Il ut accroire au rot qu'il y avait uae secte nouvelle qui infectait secrètement ces provinces. Ce monstre fit brûler, sur ce prétexte, quiconque, étant sans crédit, et étant suspect, ne voulut pas se racheter de ses persécutions. Le peuple, souvent bon Juge de ceux qui en imposent aux rois, ne l'appelait que Robert le B.... Il fut enfin reconnu : ses iniquités et ses infamies furent publiques; mais ce qui vous indignera, cest qu'il ne fut condamné qu'à une prison perpétuelle; et ce qui

f rouirait encore vous indigner, c'est que e jésuite Daniel ne parle point de cet homme dans son Histoire de France.

C'est donc ainsi que l'inquisition commença en Europe : elle ne méritait pas un autre berceau. Vous sentez assez que c'est le dernier degré d'une barbarie brutale et absurde, de maintenir, par des délateurs et des bourreaux, la religion d'un Dieu que des bourreaux firent périr. Cela est presque aussi contradictoire que d'attirer à soi les trésors des peuples et des rois au nom de ce même Dieu qui naquit et qui vécut dans la pauvreté.

( Essai sur les mœurs.)

TRENTE, (concile de) en i533. — Ce fut le plus long qu'on ait jamais tenu, et cependant le moins orageux. Il ne forma pdint de schisme comme le concile de Bâte; il n'alluma point de bûchers comme celui de Constance; il ne prétendit point déposer des empereurs comme celui de Lyon ; il se garda d'imiter celui de Latran, qui dépouilla le comte de Toulouse de l'héritage de ses pères ; encore moins celui 'de. Rome, dans lequel Grégoire vu alluma l'incendie de l'Europe, en osant déposséder l'empereur Henri îv. Le troisième et le quatrième conciles de Constantinople , le premier et le second de Nicée , avaient été des champs de dbcorde. Le concile de Trente

fut paisible, ou du moins ses querelles ■n'eurent ni éclat ni suite.

S'il est quelque certitude historique, .on la trouve dans ce qui fut écrit sur ce concile par les contemporains. Le célèbre Sarpi, ce défenseur de la liberté vénitienne , plus connu sous le nomde Fra- Paok), et le jésuite Palavîcini, son antagoniste , sont d'accord dans l'essentiel des faits. Il est vrai que Palavicini compte trois cent soixante erreurs dans Fra- Paolo; mais quelles erreurs? il lui reproche des méprises dans les dates et dans les noms. Palavicini lui même a été convaincu d'autant de fautes que son adversaire; et, quand il a raison contre lui, ce n'est pas la peine d'avoir raison. Qu'importe qu'une lettre inutile de Léon x ait été écrite en i5i6 ou 17? que le nonce Arcimboldo, qui vendit tant d'indulgences dans le N ord , fût le fils d'un marchand milanais, ou d'un Génois? Ce qui importe, c'est qu'il ait tait trafic d'indulgences. Ou se soucie peu que le cardinal Martinusius ait été moine de saint Basile, ou ermite de saint Paul; mai» on s'iotéresse à savoir si ce défenseur de ia Transylvanie contre les Turcs fut assassiné par les ordres de Ferdinand 1", frère de Charles-Quint. Enfin, Sarpi et Palavicini ont tous deux dit la vérité d'une manière différente; l'un en homme libre, défenseur d'un sénat libre; l'autre en jésuite qui voulait être cardinal.

Dès l'an i53ô, Charles-Quint proposa la convocation de ce concile au pape Clément vit, qui, encore effrayé du saccagement de Rome et de sa prison , craignant que le prétexte de sa bâtardise n'enhardit un concile à le déposer, éluda cette proposition sans oser refuser l'empereur.

[i54o] Le roi de France, François 1", proposa Genève pour le lieu de l'assemblée, précisément dans le temps qo'oo commençait à prêcher la réforme dans cette ville. Il est bien probable que , si le concile se fût tenu dans Genève, le parti des réformés v eût beaucoup perdu.

Pendant qu'on diffère, les protestons d'Allemagne demandent un concile national, et se fondent dans leur réponse au légat Contarini sur ces paroles expresses : « Quand deux ou trois seront assemblés en mon nom, je serai au milieu d'eux. » On leur accorde que cet article est certain, mais que, si dans cent mille endroits de la terre, deux ou trois personnes sont assemblées en ce nom, ccU

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pourrait produire cent mille conciles , et cent mille confessions de foi différentes ; en ce cas, il n'y aurait eu jamais de réunion , mais aussi il n'y eût peut-être jamais eu de guerre civile. La multitude des opinions diverses produit nécessairement ia tolérance.:

Le pape Paul m , Farnèse , propose Vicenoe; mais les Vénitiens répondent que le divan de Constantinople prendrait trop d'ombrage d'une assemblée de chrétiens dans le territoire de Venise. [i54*] 11 propose Mantoue ; mai* le seigneur de celte vijle craint d'y recevoir une garnison étrangère : enfin il se décide pour la ville de Trente, voulant complaire à l'empereur, dont il avait très grand besoin ; car il espérait alors d'obtenir l'investiture du Milanais pour son bâtard Pierre Farnèse, auquel il donna depuis Parme et Plaisance.

[15452 Le concile est enfin convoqué par une bulle c de l'autorité du Père, du Fils, du Saint-Esprit, des apôtres Pierre et Paul, laquelle autorité le pape exerce en terre : » priant l'empereur, le roi de France et les autres princes de venir au concile. Charles-Quint témoigne son indignation de ce qu'on ose mettre un roi à côté de lui , et surtout un roi allié des musulmans, après tous les services rendus par l'empereur a l'Eglise. Il oubliait le pillage de Rome.

Le pape Paul tu , ne pouvant plus espérer que l'empereur donnât le Milanais à sou bâtard, voulait lui donner l'investiture de Parme et de Plaisance, et croyait avoir besoin du secours de François 1". Pour intimider l'empereur, pressé à la fois par les Turcs et par les protestant, il menace Charles- Quint du sort de Dathan, Corée et Abiron , s'il s'oppose à l'investiture de Parme; ajoutant que* les Juifs sont dispersés pour avoir supplicié le maître, et que les Grecs sont asservis pour avoir bravé le vicaire. • Mais il ne fallait pas que les vicaires de Pieu eussent tant de bâtards..

Après bien des intrigues, l'empereur et le pape se réconcilient. Charles permet que le bâtard du pape règne â Parme , et Paul envoie trois légats pour ouvrir à Trente le concile qu'il doit diriger à Borne. Ces légats oot un chiffre avec le pape ; c'était une invention alors très peu commune, et dont les Italiens se servirent les premiers.

Les légats et l'archevêque de Trente

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commencèrent par accorder trois ans et cent soixante jours de délivrance du purgatoire à quiconque se trouvera dans la ville à l'ouverture du concile.

[i545} Le pape défend par une btftlc qu'aucun prélat comparaisse par procureur, et aussitôt les procureurs de l'archevêque de Mavence arrivent et sont bien reçus. Cette loi ne regardait pas les évêques princes d'Allemagne , qu'on avait tant intérêt de ménager.

[Août] Paul m investit enfin son fils Pierre-Louis Farnèse du duché de Parme et de Plaisance, avec la connivence de Charles-Quint, et publie un jubilé.

Le concile s'ouvre par le sermon de l'évêque de Bitonto. Ce prélat prouve qu'un concile était nécessaire , premièrement , * parce que plusieurs conciles ont déposé des rois et des empereurs; secondement, parce que , dans YEniid*, Jupiter assembla le conseil des dieui. 11 dit qu'a la création de l'homme et â la tour de Babel , Dieu s'y prit en forme de concile , et

Î tie tous les prélats doivent se rendre à .rente comme dans le cheval de Troie; enfin, que la porte du concile et du paradis est la même; l'eau vive en découle, les pères doivent en arroser leurs creurs comme des terres sèches, faute de quoi le Saint-Esprit leur ouvrira la bouche comme à Balaam et ù Caîphe. •

Un tel discours semble réfuter oc que nous avons dit de la renaissance des lettres en Italie; mais cet évêque de Bitonto était un moine du Milanais. Un Florentin, un Romain, un élève des Bembo et des Caza, n'eût point parlé ainsi. Il faut songer que le bon goût établi dans plusieurs villes ne s'est jamais étendu dans toutes les provinces.

[i546} La première chose qui fut ordonnée par le concile, c'est que les prélats fussent toujours revêtus de l'habit de leur profession. La coutume était alors de s'habiller en séculiers, excepté quand ils officiaient.

Il y avait alors peu de prélats au concile , et la plupart des évêques des grands sièges menaient avec eux des théologiens qui parlaient pour eux. Il y avait aussi des théologiens employés par le pape.

Presque tous ces théologiens étaient ou de 1 ordre de saint François ou de celui de saint Dominique. Ces moines dis-

{mtèrent sur le péché originel, malgré es ambassadeurs de l'empereur, qui réclamaient en vain contre ces disputes rc-»

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gardée» par eux comme inalite*. lia entamèrent la grande question si la Vierge» mère de Jésus-Christ, naquit soumise au péché d'Adam f Les dominicain*, ennemis des franciscains , soutinrent toujours avec saint Thomas qu'elle fut conçue dans le péché. La dispute fut me et longue* et le concile ne se termina qu'en statuant qu'on ne comprenait pas la Vierge dans le péché originel commun à tous les hommes, mais aussi qu'on ne l'en exceptait pas.

Duprat, évêque de Clcrraont, demande ensuite qu'on prie Dieu pour le roi de France comme pour l'empereur, puisque ce roi a été invité au concile ; mais il est refusé, sous prétexte qu'il aurait fallu prier aussi pour les antres rois, et qu'on aurait indisposé ceux qu'on aurait nommés les derniers. Leurs rangs n'étaient plus réglés comme autrefois.

[i54o] Pierre Danès arrive en qualité d'ambassadeur de France. C'est alors que, dans une des congrégations, il fit cette fameuse répoose à un évêque italien qui dit après l'avoir entendu haranguer:

« Vraiment ce coq chante bien. » Les mots de coq et de Français signifient la même chose dans la langue latine dont se servait cet évêque. Danès répondit à ce froid jeu de mots: «Plût à Dieu que Pierre se repentît au chant du coq. •

C'est ici le lieu de placer le mot de don Barthélemi des martyrs, primat de Portugal, qui, en parlant de la nécessité d'une réformation, ditï « Les très illustres cardinaux doivent être très illustre' ment réformés. •

Les évêque» cédaient avec peine aux cardinaux , qu'ils ne comptaient pas dans la hiérarchie de l'Eglise ; et les cardinaux alors ne prenaient point le titre d'émi- ■nenoe , qu'ils ne se sont donné que 6ous Urbain vm. On peut encore observer que tous les pères et les théologiens du concile parlaient en latin dans les sessions; mais ils avaient quelque peine à s'entendre les uns les autres, an Polonais, nn Anglais, un Allemand, un Français, un Italien , prononçant d'une manière toute différente.

[i5<i63 Une des plus importantes questions qui furent agitées fut celle de la ré- ' sidence et de rétablissement des évôques de droit'divin. Presque tous les prélats , excepté ceux d'Itabc, attachés particulièrement au pape , s'obstinèrent toujours s> vouloir qu'on décidât que leur institu-

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tion était- divine , prétendant que, si elfe ne l'était pas, Us ne se voyaient pas en droit de condamner les protest ans. Mai» aussi , en recevant leurs bulles du pape , comment pouvaient^ls être établis purement de droit divin f Si le concile constatait ce droit , le pape n'était prns qu'an évêque comme eux. Sa chaire était la première dans l'église latine , mais non le principe des autres chaires; elle perdait son autorité ; et cette question , qui d'abord semblait purement théologique, tenait en effet à la politique la plus délicate. Elle tut long-temps débattue avec éloquence, et aucun des papes sout qui se tint ce long concile ne souffrit qu'elle fut décidée.

Les matières de la prédestination et de la grâce furent long-temps agitées. Le»

décrets furent formés. Dominique de Solo, théologien dans ce concile, expliqua ces décrets en faveur de l'opinion des dominicains, en trois vorumes infolio ; mais frèfe André Vega les expliqua en quinze tom es à l'avantage des cordelière .

La doctrine des sept sacrement fat ensuite examinée long-temps avec attention, et n'excita aucune dispote.

Après avoir établi cette doctrine telle qu'elle est reçue par toute VègVise latine, on passa à la pluralité des bénéfices , article plus épineux. Plusieurs voix réclament contre l'abus introduit dès longtemps de tant de prélaturcs accumulées dans les mêmes mains. On renouvelle les plaintes faites du temps de Clément vu, qui donna, en i5?4, au cardinal Hippolyte , son neveu , la jouissance de tous les bénéfices de la terre vacans pendant six mois.

Le pape Paul m veut se réserver la décision de cette question ; mais les pères décrètent au'on ne peut posséder denx évêchés à la fois. Ils statuent pourtant qu'on le peut avec nne dispense de Rome, et c'est ce qu'on n'a jamais refusé aux prélats allemands ; ainsi il est arrivé qu'un curé ne jouit jamais de deux paroisses de cent écus ebacuoe , et qu'un prélat possède des évêchés de plusieurs millions. 11 était de l'intérêt de tous les princes et de tous les peuples de déraciner cet abus ; il est cependant autorisé.

Cet article ayant rais quelque aigreur dans les esprits , Paul ut transfère le concile de Trente à Bologne } sous prétexte des maladies qai régnaient à Trente.

Pendant les deux premières sessions du

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concile à Bologne, le bâtard du pape, ÏNerre-Louis Farnèse, duc de Parme, devenu insupportable par l'insolence de ses débauches et de ses rapines, est assassiné dans Plaisance , ainsi que Costne de Médieis l'avait été auparavant dans Florence, Julien avant ce Costàe , le duc Galées à Milan , et tant Autres princes nouveaux. 11 n'est pas prouvé que Charles-Quint eut part à ce meurtre ; mais il en recueillit le fruit dès, le lendemain , et le gouverneur de Miiàn se saisit de Plaisance an nom de l'empereur.

Oo peut juger si cet assassinatet cette promptitude à priver le pape de la ville de Plaisance mirent des dissensions entre l'empereur et Paul m. Ces querelles influaient sur le concile ; le peu d'évêques impériaux restés à Trente ne voulaient point reconnaître les péres de Bologne.

C'est dans le temps de ces divisions que Cbarles-Qaint , ayant vaincu les princes protestans dans la célèbre bataille dé Mulberg en 1 5^7 , et marchant de succès en succès, mécontent du pape, n'espérant plus rien d'un concile dirigé , ambi- . tionne la gloire de faire ce que n'avait pu ce concile, de réunir, du moins pour un temps , les catholiques et les protestans d'Aflcmagne. 11 l'ait travailler des théologiens de tous les partis ; il fait publier son inhait, son intérim , profession de foi passagère, en attendant mieux. Ce n'était point se déclarer chef de l'Eglise comme le roi d'Angleterre , Henri vm ; mais c'eût été l^rre en effet, si Jes Allemands avaient eu autant dé docilité que les Anglais.

Le fondement de celte formule de Ptnterim est la doctrine romaine , mais mi* tigée et expliquée en termes qui peuvent ne point choquer les réformateurs. On permet aux peuples le vin dans la communion, on permetattft prêtres le mariage. Il y avait de quoi contenter tout le monde » si l'esprit de division pouvait jamais être content : mais ni les catholiques ni les protestons ne furent satisfaits. [i548] Paul ni, qui pouvait éclater contre cette entreprise, garda le silence. Il prévoyait qu'elle tomberait d'elle-même; et, s'il osait se Mîrvir des armes des Grégoire vu et des Innocent iv contre 4'empercur, l'exemple de l'Angleterre et le pouvoir de Charles le lésaient trembler.

D'autres intérêts plus pressans * parce qu'ils sont particuliers, troublent la vie

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dn pape. L'affaire de Parme et de Plai" san ce était des plus épineuses et des plus bizarres. Charles-Quint, comme maître de la Lombardie, vient de réunir Plaisance à ce domaine, et peut y réunir Parme.

Le pape, de son côté, veut réunir Parme à l'état ecclésiastique, et donner un équivalent à son petit-fils , Octave Farnèse. Ce prince a épousé une bâtarde de Gharles-Quint , qui lui ravit Plaisance ; il est petit-fils du pape , qui veut le priver de Parme : persécuté à la fois par ses deux grands-père* , il prend le parti d'implorer le secours de la France et de résister au pape, son aïeul. Ainsi, dans le concile de Trente, c'est l'incontinence du pape et de l'empereur qui forme la querelle la plus importante ; ce sont leurs bâtards qui produisent les plus violentes intrigues, tandis que des moines théologiens argumentent. Ce pontife meurt saisi de douleur, comme presque tous iés souverains, au milieu des troubles qu'ils ont excités, -et qu'ils ne voient point finir. De grauds reproches, et peutêtre beaucoup de calomnies, flétrissent sa txï omoi r c* #

[i55i] Jean del Monte, Jules m, est élu, et consent à rétablir le concile à Trente; mais la querelle de Parme traverse toujours le concile. Octave Farnèse persiste à ne point rendre Parme à l'Eglise ; Charles-Quint s'obstine à garder Plaisance malgré les pleurs de sa fille Marguerite , épouse d'Octave. Une autre bâtarde se jette à la traverse et attire la guerre en Italie; c'est la femme d'un frère d'Octave, fille du roi de France Henri u , et de la duchesse de Volentinois : elle obtient aisément que Henri, son père, se mêle de la querelle; Ce roi protège donc les Farnèse» contre l'empereur et le pape, et celui qui fait brûler les protestans en France s'oppose à la tenue d'un concile contre les protestans.

Tandis -que le roi très chrétien se déclare contre le concile « quelqueaprinccs protestans y envoient leurs ambassadeurs, comme Maurice , nooveau duc de Saxe ; nn duc de Virtemberg, et ensuite l'électeur de Brandebourg; mais ces ministres peu satisfaite s'en retournent bientôt. Le roi de France y envoie aussi un ambassadeur, Jacques Amyot , plus connu par sa naïve traduction de Plutarque que par cette ambassade; mais il n arrive que pour protester contre l'assemblée.

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[i5Si] Cependant deux électeurs, de Mayence et ae Trêve* , prennent séance au-dessous des légats; deux cardinaux lé-

§ats, denx nonces, deux ambassadeurs e Charles-Quint, uu du roi des Romains, quelques prélats italiens , espagnols , allemands, rendent au concile son activité.

Les cordeKers et les jacobins partagent encore les opinions des pères sur l'eucharistie comme sur la prédestination. Les cordeliers soutiennent que le corps de Dieu , dans ie sacrement, passe d'un lieu à un autp; et les jacobins affirment que ce corps ne passe point d'un lieu à un autre , mais qu'il est fait, en un instant , du pain transsubstantié.

Les pères décident que le corps divin est sous l'apparence du vin; que le corps et le sang sont ensemble dans chaque espèce par concomitance, tout entiers, reproduits en un instant dans chaque parcelle et dans chaque goutte, auxquelles on doit un culte de latrie.

Cependant le prince Philippe, fils de Charles-Quint, depuis roi d'Espagne, et le prince héréditaire de Savoie , passent par Trente. Il est dit dans quelques livres concernant les beaux-arts, « que les pères donnèrent un bal a ces princes, que le cardinal de Mantoue ouvrit le bal , et que les pères dansèrent avec beaucoup de gravité et de décence. » [i55j] On cite aur ce fait le cardinal Palavicini ; et , pour faire voir que la danse n'est point une chose profane, on se prévaut du silence de Fra-Paolo , qui ne condamne point ce bal du concile.

11 est vrai que chez les Hébreux et chez les Gentils la danse fut souvent une cérémonie religieuse ; il est vrai que Jésus-Christ chanta et dansa après sa pâque juive , comme le dit saint Augustin dans ses Lettres ; mais il n'est pas vrai, comme on dit, que Palavicini parla de cette danse des pères. On réclame en vain l'indulgence de Fra-Paolo ; s'il ne condamne point ce bal, c'est qu'en effet les pères ne dansèrent point. Palavicini. dans son livre onzième, chap. 1 5, dit seulement qu'après un repas magnifique donné pai le cardinal de Mantoue , président du concile , dans une salle bâtie exprès à trois ceuta pas de la ville , il y eut des diverlissemens, des joutes, des danses; mais il ne dit point du tout que ce président et le concile aient dansé.

Au milieu de ces divertissement, et des occupations plus sérieuses du concile,

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Ferdinand i" , roi de Hongrie , frère de Charles-Quint, fait assassiner le cardinal Martinusius en Hongrie. Le concile a cette nouvelle est plein d'indignation et de trouble. Les pères remettent la connaissance de cet attentat au pape, qui n'en peut connaître ; ce n'est plus le temps des Thomas Becquet et des Henri ii d'Angleterre*

Jules m excommunie les assassins , qui étaient Italiens, et au bout de quelque temps déclare le roi Ferdinand , frère da puissant Charles-Quint , absous des censures. Le meurtre du célèbre Martinusius demeure dans le grand nombre des assassinats impunis qui déshonorent la nature humaine.

De plus grandes entreprises dérangent le concile. Le parti protestant, défait à Mulbcrg, reprend vigueur : il est en armes. Le nouvel électeur de Saxe, Maurice, assiège Augsbourg. [i55a] L'empereur est surpris dans les défilés du Tyrol ; obligé de fuir avec son frère Ferdinand, il perd tout le fruit de ses victoires. Les Turcs menacent la Hongrie. Henri ut foujours ligué avec les Tores et les prof estans , tandis qu'il fait brûler les nérétiques de son royaume , envoie des troupes en Allemagne et en Italie; les pères du concile s'enfuient en hâte de la ville de .Trente, et le concile est oublié pendant dix années.

[i56o] Enfin , Medechino, Pie iv, qui se disait de la mainon de ces grands négocians et de ces grands princea les Mcdicis, ressuscite le concile de Trente. Il invite tous les princes chrétiens, il envoie même des nonces aux princes protestans assemblés à liaumbourg en Saxe. Il leur écrit, à mon cher fils ; mais ces princes ne le reconnaissent point pour père, et refusent ses lettres.

[i56a] Le concile recommence par ooe procession de cent douze évéques entre deux files de mousquetaires. Un évèque de Rcggio prêche, av.ee. plus d'éloquence que n'avait fai^l'éveque de Bitonto. On ne peut relever .davantage le pouvoir de l'Eglise : il égale son autorité à celle de Dieu :« Car, dit-il, l'Eglise a détruit la circoncision et le sabbat, que Dieu môme avait ordonnés. • Dans les deux années i56a et 65, que dura la reprise du concile , il s'élève presque toujours des disputes entre les ambassadeurs sur la préséance. Ceux de Bavière veulent l'cmpor-

ter sur ceux de Venise ; main ils cèdent enfin après de longues contestations.

[i56a] Les ambassadeurs des cantons suisses catholiques demandent la préséance sur ceux du duc de Florence , et l'obtienuent. L'un de ces députés, nommé Melchior Loci, dit qu'il est prêt à soutenir le concile avec son épée, et à traiter les ennemis de l'Eglise comme ses compatriotes ont traité le curé Zuingle et ses adbérens, qu'ils tuèrent et qu'ils brûlèrent pour la bonne cause.

Mais la plus grande dispute fut entre Jes ambassadeurs de France et d'Espagne. Le comte de Luna , ambassadeur de Philippe n , roi d'Espagne , veut être encensé, et baiser la patène avant Ferrier, ambassadeur de France. Ne pouvant obtenir celte distinction, il se réduit à souiîrir qu'on emploie en même temps deux patènes et deux encensoirs ; Ferrier fut inflexible. On se menace de part et d'autre ;' le service est interrompu ; l'église eut remplie de tumulte. On apaise enfin ce différent, en supprimant la cérémonie de l'encensoir, et Je baiser de la patène.

D'autres difficultés retardaient l'examen des questions théologiques. Les ambassadeurs de l'empereur Ferdinand , successeur de Charles-Quint, veulent que cette assemblée soit un nouveau concile, et non pas une continuation dn premier. Les légats prennent un parti mitoyen , ils disent : « Nous continuons le concile en l'indiquant , et nous l'indiquons en le continuant. »

[Mars i56a] La grande question de l'institution et de la résidence des prélats de droit divin se renouvelle avec chaleur. Les évéques espagnols, aidés de quelques prélats arrives de France , soutiennent leurs prétentions : c'est à cette occasion qu'ils se plaignent que « le Saint- Esprit arrive toujours de Rome dans la malle du courrier ; • bon mot célèbre dont les protestant ont triomphé.

Pie iv, outré de l'obstination des évêqnes, dit que les ultramontains sont ennemis du Saint-Siège , qu'il aura recours è un million d'écus d'or. Les prélats espagnols se plaignent hautement que les prélats italiens abandonnent les droits de l'épiscopat , et qu'ils reçoivent du pape soixante écus d'or par mois. La plupart des prélats italiens étaient pauvres , et le Saint-Siège de Rome, plus riche que tous les évéques du concile ensemble , pouvait Jes aider avec bienséance; mais ceux qui

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reçoivent tout toujours de l'avis de celui qui donne.

Pic iv offre à Catherine de Médicis, régente de France , cent mille écus d'or, et cent mille autres en prêt, avec un corps de Suisses et d'Allemands catholiques , si elle veut exterminer les huguenots de France, faire enfermer dans la Bastille Montluc , évéque de Valence , soupçonné de les favoriser, et le chancelier de THospital, fils d'un Juif, mais qui était le plus grand homme de France , si ce titre est dû au génie , à la science et à la probité réunis. [i56a] Le pape demande encore qu'on abolisse toutes les lois des parlemens de France sur tout ce qui concerne l'Eglise ; et , dans ces espérances , il donne vingt-cinq mille écus d'avance. L'humiliation de recevoir cette aumône de vingt cinq mille écus montre dans quel abfme de misère le gouvernement de France était alors plongé.

[Novembre] Ce fut un plus grand opprobre, quand le cardinal de Lorraine, arrivant enfin au concile avec quelques évéques français, commença par seplaindre que le pape n'eût donne que vingtcinq mille écus au roi son maître. C'est alors que l'ambassadeur Ferrier, dans son discours au concile , compare Charles ix enfant à l'empereur Constantin. Chaque ambassadeur ne manquait pas de faire la même comparaison en faveur de son souverain ; ce parallèle ne convenait à personne ; d'ailleurs Constantin ne reçut jamais d'un pape vingt-cinq mille écus de subsides, et il y avait un peu de différence entre un enfant dont la mère était régente dans une partie des Gaules , et un empereur d'Orient et d'Occident.

Les ambassadeurs de Ferdinand, au concile , se plaignaient cependant avec aigreur que le pape eût promis de l'argent à la France. [i5oa] Us demandaient que le concile réformât le pape et sa cour , qu'il n'y eût tout au plus que vingt-quatre cardinaux, ainsi que le concile de Bàle l'avait statué, ne songeant pas que ce petit nombre les rendait plus considérables. Ferdinand 1" demandait encore que chaque nation priât Dieu dans sa langue, nue le calice fût accordé aux laïques, et qu on laissât les princes allemands maîtres des biens ecclésiastiques dont ils s'étaient emparés.

On fesait de telles propositions quand on était mécontent du siège de Rome , et on les oubliait quand on s'était rapproché.

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La dispute sur le calice dura long-temps. Plusieurs théologiens affirmèrent que la coupe n'est pas nécessaire à la communion ; que la manne du désert , figure de l'eucharistie, avait été mangée sans boire; que Jonathas ne but point en mangeant son miel; que Jésus-Christ, en donnant le pain aux apôtres, les traita en laïques , ot qu'il les fit prêtres en leur donnant le vin. [16 Juillet] Cette question rat décidée avant l'arrivée du cardinal de Lor* raine ; mais ensuite on laissa au pape la liberté d'accorder ou de refuser le vin aux laïques, selon quMl le trouverait plus convenable.

La question du droit divin se renouvelait toujours et divisait le concile. C'est a cette occasion que le jésuite Laines, successeur d'Ignace dans le généralat de son ordre , et théologien du pape au concile , dit « que les autres églises ne peuvent réformer la cour romaine, parce que l'esclave n'est pas au-dessus de son seigneur» •

Les évêques italiens étaient de son avis; ils ne reconnaissaient de droit divin que dans le pape. Les évéquet français, arri* vés avec le cardinal de Lorraine, se joignent aux Esgagnols contre la cour de llomc : et les prélat» italiens disaient que le concile était tombé délia rogna spafjnuola nei mai francese.

[i563] Il fallut négocier, intriguer, répandre I argent. Les légats gagnaient, autant qu'ils pouvaient , les théologiens étrangers. Il y eut surtout un certain Hugonis, docteur de Sorbonne, qui leur servit d'espion. Il fut avéré qu'il avait reçu cinquante écus d'or d'un évêque de Vin timiglia , pour rendre compte des secrète du cardinal de Lorraine.

[Octobre] La cour de France , épuisée alors par les querelles de religion et de politique, n'avait pas même de quoi payer ses théologiens au concile; ils retournent tous en France, excepté cet Hugonts, pensionnaire des légats; neuf évéques français avaient déjà quitté le concile , et il n'en restait plus que huit.

Les querelles de religion fesaient alors couler le sang en France , comme elles •en avaient inondé l'Allemagne du temps deCharles-Quirit; une paix passagère avait cté signée avec 'le parti protestant , au mois de mars de celte année i563. Le pape , conrroucé de cette paix , fait condamner à Rome , par l'inquisition , le cardinal de Châtillon , évoque de Beauvais ,

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huguenot déclaré-; mais il enveloppa dans cette condamnation dix autres evéques de France , et on ne voit point que ces évéques en appellent au concile : quelques-uns se contentent de se pourvoir aux parlemens du royaume. En un mot aucune congrégation du concile ne réclama contre cet acte d'autorité.

[i56s] Les pères prennent ce temps pour former un décret contre tous les princes qui voudront juger les ecclésiastiques et leur demander des subsides.

Tous les ambassadeurs s'opposent a ce décret , qui ne passe point. La querelle s'échauffe. L'ambassadeur de France, Ferrier, dit dans le tumulte : « Quand Jésus-Christ approche , il ne faut pas crier ici comme des diables : envoyeznous dans des troupeaux de cochons.»

On ne voit pas bien quel rapport ce troupeau de cochons pouvait avoir avec cette dispute.

Après tant d'altercations toujours vives, et toujours apaisées par la prudence des légats, on presse la conclusion du concile. [11 novembre] On y décrète dans la vingt-quatrième session que le lien du mariage est perpétuel depuis Adam s qu'il est devenu un sacrement depuis lèsoft- Christ, que l'adultère ne peut le dissoudre , et qu'il oe peut être annulé que par la parenté jusqu'au quatrième degré, à moins d'une dispense du pape. liés protestai», au contraire, pensaient qu'on pouvait épouser sa cousine, et qu'on peut Quitter une femme adultère pour en prendre une autre.

Le concile déclare dans cette session que 4es évêques , dans les causes criminelles , ne peuvent être juçéa que par le pape, et que, i'il est besoin , c'est à lai seulde commettre les évêques pour jupes. Cette jurisprudence n'est pas admise dans la plupart des tribunaux , et surtout en France.

[ 1 565 , a3 décembre ] Dans la dernière session on prononce anathème contre ceux qui rejettent lin vocation des saints 1 qui prétendent qu'il ne faut invoquer que Dieu seul , et qui pensent que Dieu n est pas semblable aux princes faibles et bor nés qu'on ne peut aborder que par leur> courtisans.

Anathème contre ceux qui ne vénèrent pas les reliques , qui pensent que les os des morts n'ont rien de commun avec l'esprit qui les anima , et que ces os n'ont aucune vertu. Anathème contre ceux qui

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nient le purgatoire , ancien dogme des Egyptiens, des Grecs et des Romains, sanctifié par l'Eglise, et regardé par quel» ques-uns comme plus convenable à un Dieu juste et clément qui châtie et qui pardonne , que l'enfer éternel, qui semble annoncer l'être infini comme infiniment implacable.

Dans tous ces an a thèmes on ne spécifie ni les peuples de la confession d Augsbourg, ni ceux de Ja communion de Zuingle et de Calvin , ni les anglicans.

Cette même session permet que les moines fussent des vœux à l'âge de seize ans, et les filles à douze; permission recardée comme très préjudiciable à Ja police de» états, mais sans laquelle lesordres monastiques seraient bientôt anéantis.

On soutient la validité des indulgences, première source des querelles pour lesquelles ce concile fut convoqué , et on défend de les vendre ; cependant on les vepd encore a Rome , mais à très bon marché; on les revend quatre sous la pièce dans quelques petits cantons catholiques suisses. Le grand profit se fait dans l'Amérique espagnole , où l'on est plus riche et plus ignorant que dans les petits cantons.

[i5Gr>] On finit enfin par recommander aux évêques de ne céder jamais la préséance aux ministres des rois et aux seigneurs. L'Eglise a toujours pensé ainsi.

Le concile est souscrit par quatre légats du pape, onze cardinaux , vingt-cinq archevêques, cent soixante-huit évêques, sept abbés , trente-neuf procureurs d'évêaues absens , et sept généraux d'ordre.

On n'y employa pas la formule : « 11 a semblé bon au Saint-Esprit et à nous , » mais, «En présence du Saint Esprit , il nous a semblé bon. » Cette formule est moins hardie.

Le cardinal de Lorraine renouvela les anciennes acclamations des premiers conciles grecs ; il s'écria : c Longues années au pape, « l'empereur et aux rois ! » Les pères répétèrent les mêmes paroles. On «c plaignit en France qu'il n'eût point nomme le roi son maître , et on vit dés lors combien ce cardinal craignait d'offenser Philippe ii, qui fut le soutien de la ligue.

Ainsi finit ce concile, qui dura, dans ses interruptions depuis sa convocation , l'espace de vingt et un ans. Les théologiens qui n'avaient point de voix délibéra tive y expliquèrent les dogmes ; les pré-

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lats prononcèrent ; les légats du pape les dirigèrent, ils apaisèrent les murmures, adoucirent les aigreurs, éludèrent tout ce qui pouvait blesser la cour de Rome, et lurent toujours les maîtres.

( Histoire particulière. ) TRUAUMONT (la ). — sa coksuba-

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n'y eut sous l'administration de Louis xiv qu'une seule conspiration, en 167^, imaginée par La T ru au m ont, gentilhomme normand, perdu de débauches et de dettes ; et embrassée par un homme de h maison de Roharj, grand veneur de France , qui avait beaucoup de courage et peu de prudence. La hauteur et la dureté du marquis de L ou vois l'avaient irrité au point qu'en sortant de son audience il entra ému et hors de lui-même chez M.

de Caumart in , et se jetant sur un lit de repos : « 11 faudra, dit-il, que ce.... Louvois meure on moi. » Caumart in ne prit cet emportement que pour une colère passagère : mais le lendemain ce même jeune homme lui ayant demandé s'il croyait les peuples de Normandie affectionnés au gouvernement, il entrevit des desseins dangereux. « Les temps de la fronde sont' passés, lui dit-il; croyez-moi, vous vous perdrez, et vous ne serez regretté de personne. » Le chevalier ne le crut pas; il se jeta à corps perdu dans la conspiration de La Truaumont. Il n'entra dans ce complot qu'un chevalier de Préaux , neveu de La Truaumont,. qui , séduit par son oncle, séduisit sa maîtresse, la marquise de Villers. Leur but et leur espérance n'étaient pas et ne pouvaient être de se faire un parti dans le royaume. Ils prétendaient seulement vendre et livrer Quillebœuf aux Hollandais , et introduire les ennemis en Normandie. Ce fut plutôt une lâche trahison mal ourdie qu'une conspiration. Le supplice de tous les coupables fut le seul événement que produisit ce crime insensé et inutile, dont à peine on se souvient aujourd'hui.

( Essai sur les mœurs. ) TRUCHSES , électeur de Cologne.-* sa dbchBahcb bh i584. — Un événement tout nouveau inquiète , cette année % l'Empire. Gebhard de Truchsès, archevêque de Cologne, qui n'était pas prêtre,, avait embrassé la confession d'Augsbourg , et s'était marié secrètement dans- Bonn avec Agnès de Mansfeld , religieuse du monastère de Guerichen. Ce n'était pas une chose bien extraordinaire

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qu'un évêque marié; mais cet évftque

était électeur : il voulait épouser sa femme, publiquement , et garder sod élcctorat. UnéJectorat eat incontestablement une dignité séculière. Les archevêques de Maycnce, de Trêves et de Cologne ne furent point originairement électeurs parce qu'ils étaient prêtres , mais parce qu'ils étaient chanceliers* Il pouvait arriver très-aisément que l'électorat de Cologne fût séparé de l'archevêché, ou que le prélat fût a la fois évèque luthérien et électeur. Alors il n'y aurait eu d'électeur catholique que le roi de Bohême , et les archevêques de Maycnce ét de Trêves. L'Empire serait bientôt tombé dans les mains d'un protestant, et cela seul pouvait donner à l'Europe une face nouvelle.

Gebhard de Truchsés essayait de rendre Cologne luthérienne. Il n'y réussit pas. Le chapitre et le sénat étaient d'autant plus attachés à la religion catholique, qu'ils partageaient en beaucoup de choses la souveraineté avec l'électeur, et qu'ils craignaient de la perdre. En effet, l'électeur, quoique souverain , était bien loin d'être absolu. Cologne est une ville libre impériale, qui se gouverne par ses magistrats. On leva des soldats de part et d'autre , et l'archevêque fit d'abord la guerre avec succès pour sa maîtresse.

[i585] Les princes protestans prirent le parti de l'électeur de Cologne. L'électeur palatin, ceux de Saxe et de Brandebourg, écrivirent en sa faveur à l'empereur, au chapitre, au sénat de Cologne; niais ils s'en tinrent là; et, comme ils n'avaient point un intérêt personnel et présent à faire la guerre pour le mariage d'une religieuse , lis ne la firent point.

Truchsè* ne fut secouru que par des princes peu puissans. L'archevêque de Brème, marié comme lui, amena de la cavalerie à son secours. Le comte de Solms et quelques gentilshommes luthériens de Westphalie donnèrent des troupes dans la première chaleur de l'événement. Le prince de Parme, d'un autre côté , en envoyait au chapitre. Un chanoine de l'ancienne maison de Saxe, qui est la même que celle de Brunswick, commandait l'armée du chapitre, et prétendait que c'était une guerre sainte.

L'électeur de Cologne, n'ayant plus rien à ménager, célébra publiquement son mariage, à Rosendal, au milieu de cette petite guerre.

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